J/ANNAM
Art. 3 et 4. Nous fournissons à Tempereur 5 vaisseaux à vapeur, 100 canons, des fusils et des munitions. De plus, nous mettons à sa disposition des instructeurs militaires et marins, des ingénieurs, des chefs d'atelier, des comptables et des professeurs. Ces nombreux auxiliaires seront nos alliés les plus dévoués et ne pourront que contribuer à augmenter notre influence. 11 est certes difficile de prévoir Tavenir; mais n'estce pas comme une loi historique que tout Etat placé dans les conditions où se trouve aujourd'hui TAnnam vis-à-vis de la France est fatalement condamné à être absorbé ou conquis? L'annexion de l'Annam semble ne plus être qu'une question de temps, d'opportunité et de convenance.
Art. S. L'empereur consent à abandonner définitivement à la France les six provinces cochinchinoises; mais (art. 6) il lui sera fait remise de tout ce qui reste dû de l'ancienne indemnité de guerre.
Art. 9. L'exercice de la religion chrétienne est autorisé, et l'empereur prend sous sa protection spéciale les évoques et missionnaires. En restant ainsi Adèle à sa politique traditionnelle, la France agit dans son intérêt et dans celui de la civilisation, car il est certain que tous les chrétiens d'Orient s'habituent à nous considérer comme leurs protecteurs et deviennent tous nos clients, et d'un autre côté la supériorité du christianisme sur les cultes abâtardis et corrompus de l'Orient est si grande qu'à chaque progrès du christianisme correspond un progrès dans la civilisation.
Art. 11 et 42. Les ports de Tinhaï, Minhaï et Hanoï sont ouverts au commerce. « Les sujets, français ou annamites, de la France, et les étrangers en général, pourront, en respectant les lois du pays, s'établir, posséder et se livrer librement à toutes opérations commerciales et industrielles (ians les villes ci-dessus désignées. Ils pourront de même naviguer et commercer entre la mer et la province de Yunnam par la voie du Tongking, moyennant des droits fixés. » C'est là le point essentiel. La Chine représente à elle seule près du tiers des habitants du globe, et cette immense agglomération humaine est jusqu'à présent restée en dehors des relations générales. Si nous avons à notre disposition une voie naturelle magnifique, qui s'enfonce jusqu'au cœur de cet empire et nous met en relations
directes avec des contrées jusqu'alors à peu près vierges de tout contact européen, n'est-il pas évident que nous aurons produit à notre proflt une révolution économique? Cette voie naturelle existe : c'est le Tongking, et nous avons le droit de l'exploiter, c'est-à-dire d'ouvrir à notre industrie nationale des débouchés incomparables. L'expédition du Mékong a trouvé des draps de provenance russe dans le Yunnam. Pourquoi ne pas y envoyer des cotonnades françaises? M. Dupuis a déjà démontré que nous ne rencontrerions sur cette nouvelle voie aucun obstacle sérieux. Les riverains semblent nous attendre. Ils ne demandent qu'à voir s'ouvrir devant eux une voie commerciale, qui décuplera la valeur de leurs produits métalliques ou forestiers. Nous n'avons donc plus qu'à utiliser ce que la nature et les traités ont mis entre nos mains, qu'à redonner l'impulsion et la vie à ces intelligentes populations annamites et chinoises, et, grâce à elles, à envahir pacifiquement la Chine intérieure. Ce sont là nos Indes futures. Ne les laissons plus échapper. Nous avons, il y a plus d'un siècle, compromis notre domination asiatique en sacrifiant Dupleix. Ne sacrifions pas aujourd'hui l'œuvre ébauchée par Garnier et Dupuis. C'est peut-être l'unique moyen de relever notre industrie, écrasée par de lourdes charges, et notre commerce, en partie ruiné par la guerre.
Il se peut que l'opinion publique n'ait pas encore saisi tous les avantages de ce traité. Il se peut que certains esprits à courte vue en aient regretté les conséquences. Nous ne pourrons que nous en féliciter. C'est pour nous une bonne fortune inespérée. Aussi bien les étrangers le savent, car il paraîtrait que les Anglais s'occupent très fort de nos progrès dans cette direction et que les Allemands regrettent de ne pas nous avoir demandé la Cochinchine au traité de 1871. Sans nous préoccuper des jalousies anglaises ou des convoitises allemandes, marchons résolument à notre but. Il est certain que notre colonie s'est développée rapidement, malgré les tâtonnements d'une politique indécise au début. Ses deux annexes du Cambodge et de l'Annam augmentent encore son importance. Prenons donc bon courage. Nous avons entre les mains un merveilleux instrument de fortune et de restauration nationale. Sachons nous en servir, et le dernier mot ne sera pas dit sur les destinées et la grandeur de notre pays.