‹ Les colonies francaisesChapitre 14 sur 88 · COMPTOIRS DE GUINÉE · texte numérisé non relu

COMPTOIRS DE GUINÉE

EscANDE. Xoli e élablissemenl du Gabon en 1874 {Revue marit. et colon., 1815). P. V. Question de lu Gambie {Erplorateu>\ ISIC). FouiiEST. Le Gabon et l'0;/oué (Exploration, 1S7S). Mabciie. \'oi/af/es dans l'Afrique occidenlalc, 1879. DocTKUR lUuRKT, Ln Région gabonaise. 18S7. v^A. Dei-ohme. Diclionnaire f'rançais-m'iiongué, IS'T.

«-Docteur Bashan. Climat du Gabon {Arc/tives de médecine navale, 1881).

Jardin. Etlmograpliie des Pahouins (Sociclô de Rocliel'orl, 1884). v^YiiOwsKi. Jardin d'essai de Libreville {Tour du Monde, 1897).

On nomme Gabon l'estuaire d'un fleuve africain, qui se trouve situé juste sous l'éiiualeur. Les Portugais furent les premiers Européens qui s'y établirent. On le trouve déjà mentionné dans la carte de Juan de la Cosa, à la fln du xy!sjùcle. H figure dans la Cosmographi'' universelle de Thevet (1576) sous le nom de Rio Gabinhe. ÂîT milieu du siècle dernier, allécbés par l'espoir de trouver quelques mines d'or, ils bâtirent un fortin sur l'ilôt de Coniquet, et ouvrirent avec les tribus voisines de fructueuses relations. AjJéfeuJ. de l'or^cjuM^ rencontrèrent pas, ils firent la traite des nègres avec un tel succès et si peu de scrupules que leur nom, encore aujourd'hui, est détesté dans toute la région. Sauf ces communications avec les Portugais, le Gal)on semble avoir eu peu de relations avec les Européens. C'est en 483S seulement que le lieutenant de vaisseau, depuis amiral, Bouet Wiilaumez, qui cliercliait un emplacement favorable pour créer un établissement destiné à réprimer la traite des nègres, reconnut cet estuaire, ample de proportions, aux eaux calmes et profondes, et le désigna à l'attention du gouvernement français. On s'occupait alors beaucoup en Europe de l'abolition de l'esclavage. L'Angleterre avait pris résolument l'initiative et la direction de la croisade anti-esclavagiste, et la France s'était associée de grand cœur k ce généreux mouvement. Or le meilleur moyen de réprimer la traite était d'établir une croisière d'observation aux foyers même de ce honteux commerce, c'est-cVdire sur la côte africaine, depuis le Sénégal jusqu'au Congo. Rigoureuse observatrice des traités, la France entretint en effet une escadre de vingt-six navires, qui battaient incessamment la mer et fouillaient une à une les baies et les rivières ; mais ces navires étaient petits, d'un faible tirant d'eau et d'une capacité médiocre. Leur approvisionnement était vite épuisé. Ce fut pour assurer ces approvisionnements et aussi pour donner à nos navires une rade

sûre, où ils pouri-aicnt se réparei-, que le goiivernciiKîiiL de Loiiis-IMiilippe résolut de négocier, avec les chefs du Gabon, l'acquisition d'une partie de leur territoire.

Le principal de ces chefs se nommait Denis. C'était un vieillard. Nul n'aurait pu préciser son âge, car les nègres ont la mémoire courte, et ils répondent volontiers « qu'ils ont perdu le souveniides lunes écoulées ». Denis aimait pourtant à rappeler qu'il savait déjà manier la pagaie et remonter le courant des criques, lorsimedesjnaleMs^^ lui racontèrent lamqrt^d'un puissant souverain que ses sujets venaient de faire monter sur l'échafaud. Cest-avec lui que no'ûs entrâmes tout d'aBor3~eirreïnîons7Xës~ autres chefs, sur lesquels il exerçait une sorte de suzeraineté morale, se laissèrent facilement convaincre, et, dès l'année 1842, la France acti^ tous les territoires qui bordent l'estuaire, mais elîè n'en ^t officiellement possession que le 18 juin 1843'. Le "capitaine de c'ôrvette de Montlèon bâtissait aussitôt, eu un point . dominant de la rive droite, un blockaus, aujourd'hui abandonné, car l'endroit était malsain. Pour que la francisation fût plus complète et plus rapide, il débaptisait les points les plus remarquables et changeait les appellations indigènes contre les noms de la famille d'Orléans alors régnante.

Des traités successifs, passés avec les chefs du pays, ont peu à peu élargi le champ de notre souveraineté. En 1844 une première convention nous confirma dans la possession du territoire. Notre pavillon se .montra dans les rivières, au cap Esteiras, à l île Jtfingué-vMingué, et à l'embouchure de la Mounda. En 1862 une nouvelle transaction nous acquit le cap Lopez, à 150 kilomètres plus au sud, et nous ouvrit le cours de l'Ogooué, avec une de ses bouches. En outre de nombreuses explorations étaient dirigées à l'intérieur du pays, et, peu à peu, notre domination était acceptée par les tribus du voisinage.

Quehiues démêlés avec une mission presbytérieni^e èt amérLcaine, qui avait depuis longtemps des visées sur le Gabon, et n'acceptait que de mauvaise grài^eJMiontTeii^ d'être c.nnvp.riB^psir notre pavillon; la fondation en 1849 de Libreville, qui devint le siège du gouvernement et le chef-lieu du comptoir; quelques entrevues solennelles avec le roi Denis ou d'autres chefs africains, tels ont été jusqu'en 1870 les grands faits d^l'hist^i^gabonadse^ La tourmente de 1870 faillit emporter notre nouvelle colonie.

On se rapppla son insalubrité, son éloignement des grandes lignes de navigation, la faiblesse du commerce local et de ses ressources. Il fut môme question de céder le Gabon à l'Angleterre, en échange de ses comptoirs de Gambie, enclavés dans nos possessions sénégalaises. Cette négociation n'a pas abouti, et le drapeau français flotte encore à l'estuaire du Gabon. Nous croyons pour notre part que le Gabon ne méritait pas le discrédit où il était tombé, car il est depuis devenu comme l'embryon d'une France nouvelle. C'est du Gabon que sont partis ou au Gabon que sont venus se ravitailler les vaillants explorateurs qui ont réussi à étendre dans des proportions indéfinies notre domaine colonial et ont fondé ce qu'on peut appeler déjà la France équatoriale. A tous ces titres la région Gabonaise mérite donc une étude sérieuse.

L'estuaire du Gabon forme une rade^oagnifique qui peut offrir un abri sûr à une flotte considérable. Il est divisé en deux bassins, auxquels on a donné les noms de bassin intérieur et de bassin extérieur. La profondeur de l'eau dans le' premier bassin est de 5 à 8 mètres et dans le second de 8 à 2S mètres, c'est-àdire que les plus gros navires peuvent y pénétrer. Malheureusement la navigation exige la plus grande prudence à cause des nombreux rochers à fleur d'eau qui s'élèvent brusquement sur des fonds unis, où rien n'annonce leur présence. La séparation des bassins est marquée par l'île Coniquet, surmontée d'une hauteur qui sert à se diriger dans les passes d'entrée et par l'île marécageuse des Perroquets. De nombreuses collines entourent les deux bassins. Les monts Bouet et Baudin sur la rive droite, Qkone^to et Mandjo sur la rive gauche dominent toutes ces ondulations de terrain, qui se dirigent en pente douce vers lamer, et s'abaissent pour livrer passage aux cours d'eau qui se jettent dans l'estuaire. On l'a comparé non sans raison à l'embouchure de la fiironde avec son bec d'Ambez formé par le confluent des deux princigau^ZtHbïïtaTrërÏÏuJ^ peut remonter, ainsi que l'on remonte la Dordogne et la Garonne avec de petits bâtiments. Le Gabon a, comme la Gironde, ses bancs, ses passes, son embouchure rétrécie, et il est à peu près de même grandeur que l'estuaire français. Mais ni la Como, ni la Rhamboé n'ont l'importance de la Dordogne ou de la Garonne. La Como, assez large à son embouchure, ne tarde pas à se

rétrécir, et, à partir du point où elle reçoit le Bohoé, n'est plus accessible (lu'aux petites j^oiMettes. A l'entrée de la Como, on observe quelques îles dontla plus importante est celle de Miiigué- Mingué, où s'arrêtent volontiers les marchands nègres de l'intérieur. I^a Rhamboé se jette dans l'estuaire près de l'île Mingué- Tongoé et l'orme à son embouchure un bassin de plusieurs milles de longueur sur un mille de largeur.

Signalons au nord de l'estuaire dont elle est séparée par une presqu'île terminée par le cap Esteiras l'embouchure de la Mounda, qui communique par des canaux intérieurs avec le Gabon ; et au "sud lès^eux pointes Pongara et Lopez entre lesquellesla mer dessine la courbe harmonieuse de la grande baie de Nazareth.

Tel est le pays qui dépend de la France. Bien que la possession de ces rivières et de la région qu'elles arrosent nous soit assurée par des traités, notre établissement y est plutôt nominal qu'elîeclif. La seule partie réellement occupée et vraiment importante est la baie elle-même. Dans cette rade profonde et sûre circule constamment quelque stationnaire de la division navale. Un petit nombre de vaisseaux anglais ou américains, trop raremenT français, parcourent cette immense nappe d'eau, niais saîTs réussir à l'alïïmer. tlëlVësrpaTqûe le Gabon soit triste par luimèmerîi^ÏÏâtïïrê au contraire y déploie sa magnificence. Les îlots de Coniquet et des Perroquets semblent surgir de l'eau comme des bouquets dej^erdure. Partout croît une abondante végétation qui descend jusqu'au rivage. Ces arbres et cette verdure donnent à la baie un aspect qui séduirait, s'il était plus vivant; mais ce n'est qu'un tableau de nature morte richement encadré. Ainsi que l'a si bien dit un des gavants qui ont étudié avec le plus de soin la région gabonaise, « celte impression de' silence est siîf^ tôùlrpropré~âiïir'clarté du soleil, à ces heures chaudes du midi, où tout se tait, comme si la nature entière, ses vents, ses animaux, ses plantes, reposaient dans l'immense sommeil. On peut alors parcourir de longues dislances sous la feuillée, sans entendre le chant d'un oiseau, sans voir d'autre bête errante que le serpent glissant au milieu des hautes herbes ou quelque passée de ces fourmis voyageuses qui vont en hâte quêter un nouveau nid. L'alligator est inerte sur la vase des criques où le flot monte sans bruit; le fauve reste tapi dans ses tanières, attendant l'ombre pour chasser et se repaître. » (D' Barret, II, 3.)

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Ce qui frappe les Européens plus encore que l'absence de mouvement, c'est la langueur énervante du climat. La région gabonaise, coupée par l'équateur, correspond à peu près exactement à celle des grands lacs d'où sort le Nil. De même que cette contrée aujourd'hui si célèbre, c'est un pays de chaleurs et de pluies, surtout de pluies. Elles commencent vers le 15 septembre, avec une régularité presque mathématique. Fines d'abord et peu abondantes, elles durent jusqu'aux premiers jours de janvier. Elles cessent alors pendant six semaines environ. C'est la période connue sous le nom de petite saison sèche : elle est fort humide, lourde à supporter et féconde en maladies graves. Après ce temps d'arrêt, la pluie recommence, tombant par torrents et accompagnée d'interminables et magnifiques orages, qui exereent sur la santé les plus déplorables effets. Trois mois de sécheresse absolue viennent entin pomper jusqu'à la dernière goutte cette cataracte annuelle.

Quant à la chaleur, elle n'est pas excessive, mais constante. La moyenne habituelle est de 28 degrés; mais l'humidité et surtout la tension électrique de l'air rendent cette température insupportable aux Européens. Le climat du Gabon est donc foncièrement mauvais, parce qu'il est débilitant. Ce caractère se retrouve dans les maladies locales, fièvres pernicieuses et surtout anémies avec leur cortège de lassitudes sans cause, de douleurs sans lésion, de débilités sans remède. Un pareil pays séduira peut-être le voyageur ou le moraliste, mais l'Européen qui n'est pas retenu par d'impérieuses obligations se contente d'y camper. 11 ne s'y établira jamais.

Ce n'est pas que les richesses naturelles manquent au Gabon. Les animaux domestiques, il est vrai, ne sont pas nombreux. Les bœufs de provenance étrangère y vivent difficilement. Sucés jûsqîTâîrsang par une tique, Ta jikova, amaigris par le jeûne et le climat, sujets aux maladies qui attaquent l'homme étranger, à la pneumonie, à l'anémie, ils ne tardent pas à succomber. L'unique moyen de les conserver serait peut-être d'obtenir un croisement avec les buffles indigènes ou gnares. Les moutons sont rares et leur laine peu abondante, mais très fine, ainsi qu'il arrive d'ordinaire dans les pays chauds. On peut aussi élever des chevaux, mais ils exigent de grands soins. La volaille est commune. Les porcs s'élèvent facilement, mais on en restreint le

nombre à cause des dégàls qu'ils commettent dans les plaiilalions.

On ne trouve les animaux non domestiques que dans les forOls de l'intérieur. Les plus beaux et les plus variés je tous sont los oiseaux. Les passereaux se font remarquer par leurs livrées éclalantes; colibris, oiseaux-mouches, merles métalliques, cardinaux, grimpereaux, passent comme des fleurs vivantes à travers la feuillée. Le splendide foliotocole semble fait d'un rayon de soleil. « Ses plumes fmes s'imbriquent pareilles à de petites ardoises, en un tissu serré qui lui jette sur le dos un manteau vert de pastel estompé d'or, aux reflets ondoyants d'un efl"et merveilleux. Ce vêtement moiré est relevé d'un coup de pinceau net à la ligne du ventre, dont le plumage change et devient jaune mat. )' (Barret, II, 32.) Près de Glass, sur le bord de la mer, est un fromager centenaire, bien connu de tous les résidents du Gabon, Soîis son aomeUe feuillage des milliers d'oiseaux ont établi leurs nids. Ils ne soni[^ajjle,la^même^ tribu, mais vivent eiTbonneTntéîÏÏgence. Les blancsTes respecîenrj~car ils aiment à entendre leurs gazouillements et les nègres vénèrent comme fétiche l'arbre qui donne l'hospitalité à cette république ailée.

Comme animaux féroces ou dangereux on trouve dans les forêts gabonaises la panthère, l'éléphant, les serpents et le gorille. La panthère n'est pas très commune. Elle suit parfois les gens qui traversent les forêts, rôde autour d'eux, mais n'ose pas les attaquer. L'éléphant est plus redoutable. Comme les sauvages de l'intérieur lui ont déclaré une guerre d'extermination, afin de s'emparer de ses défenses, l'éléphant gabonais est devenu féroce. Il rend le mal pour le mal, attaque l'homme au besoin, et ne se laisse jamais approcher. On ne le prend que par ruse. Les serpents sont très communs et tous venimeux, à l'exception du grand boa python, que sa taille suffit d'ailleurs à rendre redoutable. Ils viennent rôder autour des cases pour mettre à mal quelques volailles, et ils poursuivent les rats jusque sur la toiture. Le plus remarquable de ces serpents est l'echidna gabonica, grosse vipère, à courtes cornes, qui atteint parfois deux mètres de longueur, et dont les écailles de couleurs variées forment de grands losanges d'une régularité singulière et vraiment élégante.

Reste le gorille, ou ndyina. C'est un singe d'une taille gigantesque et d'un? force extraordinaire. Hannon, dans son fameux

Périple, les avail déjà signalés. II avait même rapporté des peaux de gorilles romclles qui furent longtemps exposées à Carthage dans le temple de Jupiter Ammon. L'opinion publi(iue fut vivement éveillée, il y a une quarantaine d'années, par les récits de chasse de Duchailla, qui prétendait avoir couru de sérieux dangers dans ses campagnes contre l'animal, qu'il appelait l'homme des bois, et qui n'était autre que le gorille gabonais. Duchaillu exagérait, mais le gorille est néanmoins redoutable. Il se laisse approcher à bonne portée, fort heureusement pour le chasseur qui serait perdu, s'il ne le tuait sur le coup. La vie paraît d'ailleurs s'échapper facilement de ce corps monstrueux. La capacité de sa poitrine donne à sa voix un développement effrayant. Le vagissement du petit gorille ressemble, à s'y méprendre, à celui d'un enfant irrité, et, n'était son corps velu, on le prendrait à première vue pour un petit négrillon. Jamais on n'a réussi à l'élever, bien que des enthousiastes, alléchés par la prime offerte par certains musées à qui ramènerait un gorille vivant, aient consenti à partager avec eux leur table et même leur lit. Quant à l'animal adulte, il est impossible de le prendre vivant.

Les lacs fangeux de la contrée servent d'asile aux caïmans et aux crocodiles. Sur les hauts-fonds du fleuve, on trouve encore l'hippopotame, dont l'ivoire est un objet de commerce, et le lamantin, dont la chair est savoureuse. Cet amphibie herbivore, avec sa poitrine arrondie par des mamelles, son corps effilé, ses yeux grands et expressifs, doit à sa singularité d'avoir conservé dans la science un nom emprunté à la mythologie : il appartient en effet à la famille des Sirénides.

Si le Gabon n'est pas riche en animaux féroces, il ne l'est que trop en insectes, et surtout en fourmis, qui sont la peste et le fléau de la région. On en rencontre plus de vingt espèces différentes. Les unes vivent au milieu des colons et rendent quelques services en échange de leurs incessantes déprédations; elles débarrassent en effet de tout immondice la maison qu'elles ont adoptée. Elles ne sont qu'incommodes. D'autres sont dangereuses, la fourmi blonde par exemple, qui élit domicile sur certains arbres, et à la moindre agression, défend courageusement sa demeure. Les fourmis rousses, les Ndyenge, ont des mœurs singulières. Quand elles défilent en colonnes serrées, une partie s'entassent sur deux rangées, les pattes si bien enchevêtrées les

unes dans les autres que, du bout d'un bâton, on en soulève de véritables pelotes. Entre ces deux murailles vivantes les travailleuses font leur ouvrage, surveillées par des mâles à grosse tôle, chargés de régler le délilé et de veiller à la sûreté de la colonne; mais ils ont peu à faire, car tout le monde s'écarte de leur passage. Elles laissent sur la peau une traînée rouge, et semblent pétries d'acide formique concentré. Aussi n'est-il pas de supplice comparable à celui de, l'abandon d'un captif dans un sillon de fourmis rouges. Elles attaquent avec acharnement, à la suite les unes des autres, s'introduisent par tous les orifices naturels, encombrent les voies respiratoires, déchirent la peau et les muqueuses. Aussi le patient ne tarde-t-il pas à succomber d'horreur et de souffrance. Ces fourmis rousses ont des ennemis pourtant, et qui ne sont pas moins dangereux, les termites. Entre termites et fourmis rousses, c'est une guerre à mort, fort heureusement pour les villages gabonais, car, si elles se liguaient, en quelques jours un village aurait disparu.

Au milieu d'une nature vigoureuse et puissante, sur un sol fertile et facile à cultiver, les Gabonais n'ont su se créer que des ressources insuffisantes pour eux-mêmes et nulles pour les étrangers. La banane et le manioc forment comme le fond de leur alimentation. Le bananier surtout est d'une grande ressource. Dans une expédition de guerre ie plus sérieux cliâiiment ne sera pas de brûler le village, mais de couper sur pied les bananiers. Un a prétendu qu'il existait au Gabon jusqu'à dix-neuf variétés de banane, mais ce nombre doit être réduit à quelques espèces, presque toutes d'importation récente et fruits de dessert. La variété que préfèrent les Gabonais est l'ikondo, ou banane-cochon, dont le fruit est énorme, mais n'a pas un goût très délicat. Quant au manioc, il présente sur celui d'Amérique l'inappréciable avantage de ne pas être toxique : on lui fait pourtant subir une macération préalable, qui lui donne un goût aigre très apprécié des indigènes.

Les condiments ne manquent pas à cette cuisine élémentaire. Nous citerons le Maketa ou gingembre doré, le Yanguebere, l'Enoné, le Nlogolo ou piment, et plusieurs autres plantes connues sous le nom de Malaguette ou poivre de Guinée, qui jadis .étaient fort employées en France dans les préparations pharmaceutiques ou culinaires. On trouve encore deux muscadiers etie vanillier.

Le café a été acclimaté récemment et paraît devoir prospérer. Les Gabonais prisent par-dessus tout l'Iboga, excitant général qui pourrait remplacer le café et dont ils se servent dans leurs longues excursions pour combatre le sommeil et la fatigue. La noix de Gourou est également fort rechercliée. Son goût âpre et sucré imprègne fortement les papilles de la langue et les rend momentanément insensibles aux saveurs les plus désagréables^ même à l'eau soumâtre.

La grande ricbesse de Ja régjoji Gabonaise consiste en produÏÏsoléagineux^ Deux arbres de la famille des sapotacées, le D]ïïvé~ëtle Noungou, fournissent le premier, une huile à moitié concrète, l'autre une graisse très ferme et d'une parfaite blanclieur. Un arbre très élevé, le Mpoga, donne une huile excellente, mais d'une extraction diflicile à cause de la dureté du fruit qui la contient. Une légumineuse arborescente, l'owala, donne une gousse énorme dont les graines sont oléagineuses et comestibles. Si l'on joint à cette liste le palmier à huile (Elœis guineensis), le cocotier, l Ochoco qui donne 61 p. 100 d'une graisse fusible à 70° centigrades, le Ditra, dont la graisse, analogue au beurre de cacao, est précieuse pour la savonnerie fine, et surtout l'arachide, dont les indigènes se soucient peu, parce qu'elle exige un certain travail, nous verrons combien le pays est riche en matières grasses végétales, et quelles ressources les indigènes y trouveraient s'ils voulaient se donner la peine non de cultiver, mais seulement de multiplier et de grouper les espèces utiles.

Aussi bien les Gabonais, en fait de productions végétales,, n'aiment que celles qui ne leur coûtent aucun travail; les forêts par exemple. Il est vrai que ces forêts constituent la principale richesse du sol. Plantureuses et luxuriantes, elles occupent d'énormes espaces, et ne cessent de grandir, ainsi qu'il arrive dans toutes les régions inondées de soleil et de pluie. « Vaste et profonde comme l'Océan qui bat à ses pieds, elle est plus inaccessible, car elle ne s'ouvre qu'au feu, et, silencieusement, envahit tout, vers des limites inconnues, et jusqu'au domaine de l'eau, où les palétuviers par leurs rejetons, fixent et renouvellent l'humus apporté au rivage. On la dirait coulée dans un bloc, et figée dans l'immobilité, mais elle continue son épanouissement avec la lenteur d'une force inconsciente. » La nomenclature, même abrégée, de ses richesses serait interminable. Parmi les princi-

pales essences qu'on exploite, nous citerons le Boinbax, le Fromager géant, le Tulipier de Virginie aux belles fleurs d'un rouge éclatant, l'Osami si remarquable par ses grappes de fleurs blanches et cotoneuscs, le Combo, l'Oréré, l'Oginagina ou arbre à gomrae-gutte, l'Okomé ou bois à chandelle, arbre gigantesque qui sécrète une résine abondante et dans le tronc duquel se creusent les plus grandes pirogues, le liguier Ovoounchoua dont le tronc massif est surmonté par un lacis de branches grêles, et le figuier à caoutchouc, presque inexploité. Le commerce des caoutchoucs (Ndambo) a cependant pris dans ces dernières années une certaine extension, mais les traitants coupent les lianes à l'aventure, les saignent sans merci, et, pour achever de ruiner l'avenir, déconsidèrent leurs produits par de fâcheuses adultérations. Dans les forêts on trouve encore l'ébène (evila), aussi lourd que la pierre, et dont le grain uni et serré se prête si facilement à l'ouvrage du sculpteur, et le santal (oïngo) moins précieux que le précédent, mais qui donne une excellente teinture.

Le règne minéral est jusqu'à présent fort mal représenté. Il est vrai que le pays n'est pas encore connu, mais on n'a pas encore constaté la présence de métaux précieux, pas même celle du fer et de la houille.

Attirées par ces richesses, plusieurs maisons de commerce se sont, dans ces derniers temps, établies au Gabon. Ce sont des maisons anglaises ou allemandes. Leurs affaires sont alimentées par un nombre considérable de traitants noirs, qui s'enfoncent plus ou moins dans l'intérieur et reviennent, à des époques fixes,, rapporter les produits africains en échange des marchandises européennes sur lesquelles on leur fait une remise. Le mouvement commercial s'élevait en 1884 à 8 834 931 francs.

Après les productions, les habitants. En laissant de côté les Européens dont le nombre est encore fort restreint, et qui se composent en général de fonctionnaires et de marins fort désireux d'abréger leur séjour, ou bien de quelques commerçants, répartis sur les rivages de festuaire dans les villages de Glass, de Libreville, de Denis, de Pvrha. la population indigène se divise en quatre groupes parlant chacun un dialecte particulier, les Pahouins qui sont de beaucoup les plus nombreux, et qui sans doute absorberont les trois autres tribus, Mpongués, Boulons et Bakalais.

Une des raisons pour lesquelles certains esprits timorés auraient

conseillé l'abandon du Gabon était le voisinage d'une tribu ou plutôt d'une population africaine très belliqueuse, très remuante, et qui semble poussée par une force irrésistible de l'intérieur du continent vers le rivage de l'Atlantique. On nomme ces africains les Fans ou Pahouins. D'où viennent-ils? On l'ignore. Pourquoi ont-ils quitté en masse leur pays d'origine et quelle puissance inconnue les pousse sans cesse vers l'est? Est-ce l'aiguillon de la faim, est-ce l'attrait de l'inconnu ? Ce problème est encore à résoudre. En 1843 un missionnaire américam, qui avait remonté le Gabon j usqu'à soixante et dix milles de son embouchure, le révérend Wilson, raconte « qu'il trouve le pays bien peupTé~ëry rencontre des" individus qui demeuraient à dix ou douze journées plus avant dans l'intérieur, et dont les figures et les traits diffèrent de beaucoup de ceux des rivages du fleuve. Ils ne font usage ni de tabac ni de liqueurs spiritueuses, et l'esclavage n'existe pas parmi eux. Leur pays s'étend à plusieurs centaines de milles dans l'intérieur. » Telle est k trace, pour la première fois signalée, de ce flot pressé d'émigrants qui déborde de l'intérieur sur le pays Gabonais. Depuis cette époque les tribus ont succédé aux tribus, comme les vagues remplacent les vagues. Ils arrivent par masses serrées, et se disant eux-mêmes aussi nombreux que les blancs dont on leur parle. Brûlant tout sur leur passage, détruisant pour se nourrir bêtes et gens, écrasant les tribus quiosentleur barrer passage, ils sont déjà étendus et groupés sur les limites de nos possessions et se prolongent dans l'intérieur du continent à des profondeurs ignorées. Cannibales déterminés, non seulement ils mangent leurs ennemis, mais encore leurs propres morts : il est vrai qu'ils ne mangent pas dans un village les morts de ce village, mais vont les vendre à côté. C'est à ce simple ménagement que se bornent leurs scrupules. Leur air de sauvagerie étonnée, leurs incisives taillées en pointe et alignées en deux rangées de canines sur le devant de la bouche leur donnent une physionomie de carnassiers. On reconnaît en eux des hommes qui ne mangent pas toujours à leur faim. Il n'est pourtant que juste de reconnaître que les cas de cannibalisme deviennent plus rares à mesure que les Pahouins se rapprochent de nous et jouissent d'un certain bien-être. Les Pahouines sont grandes et bien charpentées. Elles ne sont pas belles avec leur front brûlé et leurs yeux écarquillés, mais leur

féconcUt(^ est inépuisable. Leur cliasteté est toule relative, car la polygamie est cliez eux en lioiiuciir autant (pie dans les pires sociétés nègres, mais le mari est le maître absolu, et il use et abuse de ses prérogatives, ^es-fefftmes s'acliètent plus ou moins cher suiyâiiUcuiLjige^. Les veuves et les femmes vieilles se transliiîettent par héritage. Quand une femme est trop vieille on ne la marie plus, et personne ne la commande, mais elle doit travailler pour se nourrir. Les cas de divorce sont rares, ceux de séparation^ éjialement. Il est vrai que les obligations réciproques^ïïës conjoints^sôïïTtelles que le mari a tous les droits et la femme ne peut qu'obéir. Les Pahouines jouent néanmoins un rôle important dans cette société primitive, car elles exercent un grand empire sur leurs maris et surtout sur leurs enfants. Vêtues la plupart du temps d'un mince tablier d'écorce ou de peau tannée, elles le nomment l'ito, que maintient une ceinture, dans les bouts, passant entre les genoux, se ramènent autour de la taille et dont l'extrémité s'étale en éventail au milieu du dos. Les Pahouines ne renoncent pas à la coquetterie. Elles aiment à se teindre le corps d'un enduit gras coloré en rouge, elles portent des colliers de perles, elles parent leurs oreilles de pendants de fer et leurs jambes d'anneaux de cuivre en enfilade. SjuiiJ£jv^nlTe^^^ dos et sur les jambes elles portent des tatouages en relief faits ^àrJsJMll tlans ses heuresjl^jjésœuii^mejit. « UnamTcelui-ci n'a rien à faire et s'ennuie, il prend sa femme, la couche par (erre, se met à cheval dessus et dessine, avec la pointe de son couteau, sur le ventre de sa moitié, puis il la froite avec le suc de je ne sais quelle herbe, et bientôt quelques dessins de plus s'ajoutent à tous ceux qu'il avait déjà tracés. » Les Pahouines ne connaissent pas encore l'art de la coilTure et se contentent de laisser tomber autour de leur visage de longues bandelettes où parfois elles insèrent des plumes d'oiseaux. Quand elles allaitent, leurs enfants sont retenus sur le côté gauche dans une espèce de sac fait d'une écorce simple ou d'une peau de léopard et dont la bandoulière porte sur l'épaule droite. Dès qu'il est sevré, l'enfant grouille tout DU sur la place du village. Il est vif, espiègle, intelligent. On remarque sa tête allongée, son front proéminent, ses yeux grands et doux. Plus farouche que ses parents, il se méfie des étrangers et, quand l'un d'entre eux veut le caresser, il se débat entre ses mains comme un jeune chat sauvage. Les Pahouins considèrent

les enfants comme une richesse. Ils saluent leur naissance par des coups de fusil, et les peignent en rouge, ainsi que les mères, en signe de réjouissance. L'allaitement se continue jusqu'à quatre et cinq ans einiôme^^ d'est une exagêrâtron de l'amour

maternel, mais ce sentiment est trop rare parmi les races africaines pour ne pas être signalé. Les Pahouines ne se contentent pas d'allaiter leurs enfants. Le lieutenant Decazes a vu, dans le village d'Okano, les femmes prendre dans^îèlîrOras avec une extrême complaisance im affreux singe£ui^ s'abreuvait à leurs feins avec avidité. « J'ai demandé des expïlcâtîôns suTce fait bizarre, ajoute-il jamais on m'a ri au nez sans me réponclre. »

Les Pahouins sont fort braves. La guerre est parmi eux comme l'état naturel. Campés plutôt qu'établis à demeure fixe, les villages sont en tout temps gardés par des hommes armés, placés en embuscade. L'étranger est considéré de prime abord comme un ennemi, et ce sentiment de détiance est chez eux tellement enraciné qu'ils interdisent l'entrée de leurs maisons même aux membres des tribus voisines. Dans les nombreux combats qu'ils ont soutenus contre nous, et il n'est pour ainsi dire aucune année où leur brigandage ne nécessite une démonstration quelconque de notre force, les Pahouins se sont fait bravement tuer. On les a vus s'exposer intrépidement et traverser à découvert les ruines fumantes de leur village incendié. S'ils étaient plus avisés, il leur serait facile, dans leurs épaisses forêts, de prolonger la résistance, mais ils redoutent les blancs et ae poussent jamais à fond la lutte. Quand ils tombent entre nos mains, les uns se tuent pour échapper à la honte, les autres n'aspirent qu'à la liberté perdue, et rien ne leur coûte pour la reconquérir. Ce ne sont pas des ennemis méprisables. Ils pourraient devenir de très utiles alliés.

Les Pahouins sont très industrieux. Ils ont appris sans maître l'art de tirer le~fer"dirmînerai, et cette aptitude innée pourra très cerlâînëmént être dSvêToppée. Avec une petite enclume fixée en terre, une masse et un soufflet à double courant assez actif pour élever la température au degré de malléabilité du métal, ils obtiennent des armes et des outils d'une élégance inattendue Ce sont des sagaies au fer triangulaire barbelé, des haches encastrées dans un manche, des coutelas à longue lame, de larges poignards, des socs de houe, des hameçons ou des pipes à fourneau

forgé. Ils ont inventé une arme bizan'iL-tiiii riU>£elle le prolil d'une tîte d'oiseau emmanchée sur un cou fortemo,ii{eaml)ré. Un coup do pointe appliqué sur la tempe fait une blessui e mortelle et la partie courbe sert ensuite à décapiter. Tous ces instruments sont d'un bon travail, très supérieurs à ceux que le commerce fournil liabitnellement aux tribus africaines. Ils sont en outre ornés de dessins et de fines ciselures. L'arme la plus dangereuse des Paliouinsest une arbalète, avec laquelle ils lancent de petites flèches empoisonnées. Le poison est extrait d'une plante grimpante, l'innée ou onayCjjîui, par bonheur, est rare autour de ces établissements.

Les Pahouins préparent aussi les peaux avec habileté. Avec les dépouilles du singe et du léopard ils fabriquent des tabliers, des sachets, des musettes, des baudriers et des ceintures ; avec celle de l'éléphant de hauts boucliers impénétrables, qu'ils nomment des ngorvEa; avec celles de l'iguane ils recouvrent les fourreaux de bois de leurs armes. Ce savoir-faire tout spontané ne peut qu'étonner, car il place les Pahouins à un rang supérieur parmi les peuplades pnnïïïives .

Peuple avani foïït guerrier, les Pahouins ont des danses guerrières d'un effet saisissant. Deux d'entre eux s'avancent l'un vers l'autre, armés de toutes pièces et la tète couronnée d'une large aigrette à plumes. Quand ils se livrent à leurs passes d'armes, les narines dilatées, l'œil étincelant, la bouche entr'ouverte et meublée de dents acérées, il est difficile de ne pas ressentir une impression sinon d'effroi au moins de respect. On comprend qu'on est en présence d'une population vraiment énergique.

Leur organisation ressemble à celle des peuples Germains au temps où Tacite décrivait leurs mœurs. Chez eux c'est un véritable système de compensation qui sert de base au code criminel. Le sang né se paye pas plir le sang mais par une amenïïèni esT vrai que, s'ils ne peuvent obtenir justice, comme ils ont une bonne mémoire, ils lèguent à leurs enfants le soin de la vengeance. De là des guerres interminables, et dont les motifs remontent parfois à bien des années en arrière. La religion paraît être un fétichisme modéré. Us croient aux amulettes. Les cendres humaines, surtout quand elles proviennent de la combustion des os d'un blanc, sont avidement recherchées. Les crânes des ancêtres passés à une teinture rouge, et conservés précieusement dans des coi"-

fres sacrés, préservent de toute malchance. Le fétiche le plus en honneur chez eux se nomme le m'jjieri. C'est un ohjet informe composé des éléments les plus disparates, mais qui ne doit être vu que par son possesseur sous peine de maladie et même de la mort. La divinité bienfaisante s'appelle Zama. Les plus intelligents d'entre eux croient pourtant à un être supérieur, Aguama, mais qui est fort méchant. Il paraîtrait que quelques vagues notions de métempsycose sont aussi répandues. Un chef Pahouin racontait un jour à l'un de nos missionnaires que ses ancêtres habitaient maintenant dans le corps des blancsnTs^croîrâiept doncalmélIësIînÏÏé~slîpérieui^ des âmes après la mort. Combien est-il de peuples primitifs qui aient su s'élever jusqu'à cette conception morale? Tous les Pahouins parlent la môme langue. Elle se rapproche beaucoup du gabonais. Elle est à préfixes, assez pauvre, très compUquée comme syntaxe : ainsi un qualificatif quelconque a huit formes et on compte jusqu'à soixante-neuf temps dans le verbe. Us n'ont pas d'écriture. Leur système de numération est décimal, mais ils ne savent pas compter au delà de mille; au delà ils n'ont pas de nom.

La chasse est l'occupation favorite des Pahouins. C'est leur prmctp5Té~rg5?{Jûfce^t leur grand pliisir.ills s'ylîiontrent fort habiles soit à l'affût, soit dans ces vastes battues où les bêtes sauvages, progressivement enserrées, sont acculées à une impasse close de pieux et de lianes. Le Pahouin a pour compagnon un chien de belle race particulière, à robe d'un fauve clair, à poil ras, aux lèvres retroussées, au museau fin et allongé, qui ressemble au chacal, le mbona. Ces serviteurs de la race noire ont une horreur instinctive du blanc et répondent à ses caresses par descôïïps de dents. Bien qu^vivant surtout des produits de la chasse, les Pahouins sont pourtant très habiles à défricher une forêt et à obtenir sar l'emplacement défriché une plantation de bananiers assez productive.

Telle est cette race Pahouine, la plus intéressante du Gabon, et bientôt la plus importante, car elle s'avance à grands pas vers nos comptoirs. Il est certain que ce peuple est doué d'une vitalité puissante, qu'il ne connaît pas l'esclavage, que la fécondité de ses femmes est extraordinaire, qu'il est très susceptible de progi±s, Quêîques-uns de nos officiers ^"dTnos^négocian ts qui les ont étudiés sur place, n'éprouvent pour eux qu'une médiocre

sympalhie, et voudraient qu'on pratuiuât à leur égard la polilii|ue des Anglais vis-à-vis des naturels de FAuslralie, celle du rel'oiilement. Il est certain que les Paliouins peuvent devenir de très incommodes voisins. Ils ont un caractère ombrageux et versatile. Ils ont commencé par dévaliser les noirs : ils attaquent aujourd'hui les blancs, et nos commandants du Gabon ont déjà été obligés de diriger contre eux de petites expéditions. Les Pahouins ont aussi trouvé des amis et des défenseurs, qui les verraient , avec plaisir se substituer aux Gabonais, race usée, gangrenée de vices, incapable d'un labeur sérieux. Ainsi que le faisait remarquer un des écrivains qui ont étudié avec le plus de soin la région Gabonaise, M. le docteur Barret, « la race Pahouine est aujourd'hui la réalité sur le sol Gabonais. Lorsque nous ne comptons plus sur les anciennes qui s'éteignent à force de paresse et de décrépitude, elle seule peut fournir des ouvriers sur ce sol mortel à la nôtre. Ces ouvriers ont seulement besoin d'être élevés et conduits par une intelligence supérieure avant que la leur soit développée. Il nous appartient de nous en charger, de détourner vers nous celte force vive, qui jusque-là s'est dépensée follement. L'éducateur et le serviteur donnant chacun leur part de travail qui revient à son aptitude différente doivent se partager les profits. Est-ce se leurrer même d'espérer que par eux, là où nous voyons la brousse improductive, s'étendra plus tard la campagne labourée, fertile, en même temps que la terre assainie sera rendue clémente aux étrangers qui viendront s'y établir? » (Barret, II, ^290.)

Quelles sont donc les peuplades que refoulent ainsi les Pahouins dans leur irrésistible poussée vers l'Atlantique, et qui ne trouvent plus en elles-mêmes assez d'énergie et de vitalité pour repousser celte invasion? Quelles sont les tribus Africaines qui, dans ce combat pour la vie, semblent renoncer à la lutte et se condamnent elles-même à disparaître? On en compte trois priibcipales : les Boulou s, les Bakalais et les M'pongués ou GabqnajSprop^remenl dits-^Les M'pongués sont établis sur les bords de la mer et à l'entrée des fleuves. Les Boulons et les Bakalais vivent dans les grands bois.

Les M'pongués sont de fort beaux hommes, d'ordinaire grands et bien proportionnés. Leurs yeux sont expressifs, leur nez peu ou point épaté, leu.'' bouche médiocrement fendue. Leur couleur

est plutôt bronzée que noire. La plupart d'entre eux rasent une partie de leur chevelure, en figurant des dessins variés. Les femmes sont généralement petites. Elles ont les extrémités fines et délicates; la main surtout est parfois très élégante. A l'âge de la puberté, quelques-unes deviennent réellement jolies, mais elles se déforment promptement, et finissent par s'empâter dans leS- couches d'un embonpoint jnonstrueux ou par s'amincir eiî squelettes.. Leur beauté est renomméêl'ort au loin dans l'intérieur. Elles donnent le tyn à l'élégance africaine. Cê^soiiL-Iês gari siennes dfiJuàquateur. On copie leurs modes, surtout leurs coiffures, en les exagérant. Hommes et femmes ont la poitrine nue. Les femmes la couvrent parfois de colliers de verroterie, dont les couleurs sont assorties avec goût. A ces colliers sont suspendus de petits fétiches, plus ou moins précieux, d'ordinaire des simulacres de divinités, taillés grossièrement, mais non sans une certaine grâce, dans un morceau de bois ou d'ivoire. Les femmes M'pongués portent encore d'énormes boucles d'oreille, qu'on leur fabrique en Europe sur un modèle invariable, des bracelets de cuivre et des bagues dont elles ornent leurs doigts et même leurs orteils. Aux jours de grande cérémonie, elles attachent autour de leurs jambes des anneaux de cuivre qui, de loin, ressemblent à des bottes métalliques. Depuis peu les modes européennes ont fait invasion. On voit circuler des jupons, mais peu ou point de chemises. Les hommes commencent à se coiffer de chapeaux de haute forme. Ils portent de gigantesques cravates et d'interminables redingotes noires, mais ils n'ont pas encore adopté les pantalons. Ils les remplacent par un morceau d'étoffe bariolée, dont ils se ceignent les reins. Tl est fort difficile de se rendre compte de leur religion, d'abord

parce qu'ils sont sur ce point pëiTcoTumuniL'aïïïs, et surtout parce qu'ils seraient fort embarrassés de définir leurs croyances. Nos missionnaires ont cru démêler chez eux l'idée d'un Dieu unique, Aniambié, mais Aniambié n'est probablement qu'un grand fétiche plus puissant que les autrëi^ar les M^pongués sont avant tout fétichistes, c'est-à-dire qu'ils vivent dans une atmosphère de génies malfaisants, toujours prêts à leur jouer de vilains tours s'ils ne parviennent pas à apaiser leur fureur. C'est une reUgion de terreurs et d'épouvantes. Les M'pongués ont peur des démons et des morts, peur surtout des magiciens. Gomme l'écrivait le

marquis de Compi^gne, « une foule do choses sont chez eux roomi^ cVsl-à-dire fétiches. Telle île est roûjido : si vous y mettez le pied, vous serez puni parles cspi'its qui la protègent; tel oiseau est roondo : si vous le tuez, tous les malheurs fondront sur vous. Chaxiue^mnie a une viande qui est roondo pour elle : si un de ses incmbrcs~vènait à en manger, il serait puni de mort instantanée. Aussi, pour se préserver des maux de toute sorte que peut faire tomber sur ces gens-là une telle collection de divinités malfaisantes, ils se couvrent le corps de talismans et de grisgris de toute sorte, et ont sans cesse recours aux féticheurs, qui se livrent à l'étude de la magie et acquièrent une immense intlucnce. » Ce sont les féticheurs qui vendent les talismans, ornements ou grilTes de panthères que les femmes portent au cou, cervelles de léopards calcinées que le guerrier portera sous son pagne pour se donner du cœur au moment du combat, dents d'un homme gros mangeur pour avoir bon appétit, préservatifs contre le fer, le tonnerre, la stérilité, les mauvais voisins, et surtout Okoundens, c'est-à-dire débris empruntés aux sépultures humainesT^ès Okoundens, réduits en cendres, sont mêlés à d'autres poussières symboliques, à de la poudre même, et conservés soigneusement dans une coquille de limaçon, une corne d'antilope, une petite boîte ou un sachet. Plus le défunt aura été illustre de son vivant, plus il sera recherché après sa mort. Les cadavres des blancs sont très en hausse; on a été obligé, pour éviter les violations de sépulture de nos compatriotes, de maçonner les tombes.

A ce commerce lucratif de gris-gris, les féticheurs joignent encore l'exercice de la médecine, et ils sont passés maîtres en toxicologie. Les poisons qu'ils emploient le plus volontiers sont le Mpenbarogé, dont les tubercules ont la forme, la couleur et la grosseur d'une truffe, le Mboudon, arbuste qui peut atteindre deux mètres de hauteur, et dont les effets rappellent ceux de la strychnine, et l'Onaï dont le principe vénéneux est contenu dans la substance de graines légères, renfermées à l'intérieur d'un follicule allongé en fuseau et très semblable à une feuille de maïs roulée. Les féticheurs se chargent aussi de la correction des femmes et des enfants au gré des maris et des pères, et les maintiennent dans le droit chemin sous la menace de châtiments épouvantables. De temps à autre paraît dans les villages une sorte de croquemitaine, l'Yasi, qui fait sur quelque pécheresse un exemple

retentissant. Ce sont encore les féticheurs qui disposent des éléments, ot les conjurent ou les déchaînent à leur gré. Aussi leur influence est-elle considérable. Ce sont les véritables souverains de la réiïion.

/ Au Gabon en efl'et il n'y a pas de chef unique auquel obéissent /tous les indigènes; chaque village est gouverné par un chef ([ui / sépare avec impudence du tLtre dej;oi, niais qui n'est le plus sou- / vent qu'un simple négociant^ont laprîncîpale oHïïpâïïôn consîste à vendrèTè^nircher qïîTl peut les produits de ses domaines, l à mendier sans vergogne du tabac et du rhum aux Européens I qui viennent le visiter, et parfois à spéculer sur les charmes de 1 ses femmes. Ils sont sur ce point d'une tolérance stupôliante. \ N'étaient-ils pas autrefois marchands d'esclaves? Les blancs leur ont interdit ce commerce : ils l'ont remplacé par un autre, tout aussi peu honorable. A vrai dire il n'y a jamais eu dans la région Gabonaise que deux ou trois chefs, on les nomme des ogas, plus importants que les autres. Le vieux Denis, notre constant allié, fut le plus connu de ces ogas. Jusqu'à sa mort qui eut lieu en 1876, il exerça une sorte de suzeraineté morale, que nos commandants de station ont tous reconnue, mais, affaibh par l'âge, il vit chaque jour les restes de son prestige s'enfuir avec ses forces. Son fils et successeur Félix, de même que tous les autres ogas, r^.'est plus~qïïTln1nstrumenrëtïïrê^ mains. On leur a laissé la direction deîà police étTîërèg'lemeni des'pétltes discussions intérieures, et encore notre présence exclut-elle toute possibilité de querelle intestine. Aussi bien les ogas ne sont même plus héréditaires. Ils sont élus par leurs concitoyens, non sans quelque émotion populaire; mais^omme ces élections..5£-4&ftt--sûu^la surveillance de jios__offlciers, les rixes~ne sont jamais bien \ séneuses-nTîTancien usage consiste àfâîrèpayer au futUFFoi, par J des inj-ures et par des coups, l'obéissance qu'on lui devra le len- \demain.

Si l'autorité des ogas est étroitement limitée, il n'en est pas de même de l'autorité du chef de famille : elle est absolue et souveraine surtout sur les femmes. Il est vrai de dire que leur condition est peu enviable. La polygamie règne au Gabon dans toute sa crudité. Quatorze ou quinze femmes sont parfois entassées dans une même case autour d'un maître unique sous la direction de la nkoudé ou grande femme, c'esl-à-dire la première en date,

LE (iABON 147

€t la véritable associée du iiiaii. Le mariage n est laT)lapart du temps du'une alïairc de commerce, un mal'cïï'e plus ou jMjng lon^Ailiiballre- Les habitants du môme village ne se marieront j am ajs^cntre euXj Xcause des liens de parente très rappr()cli7; s qui les unissent déJaT^èTsurtoul parce qu'un beau-pere, quand il demeure au loin, est un précieux correspondant. Aussi les femmes sont-elles Iraitées avec un véritable mépris. Ce sont de véritables escla.MûaA A elles incombent les travaux de la maison ou des cultures, tandis que le mari fume et dort. Vient-il à sortir, il renfermera celles qui ne l'accompagnent pas, et ces recluses ne cherchent pas à s'échapper, car, élevées dans cette vie de sujétion, €lles en trouvent les rigueurs toutes naturelles. Elles ont, il est vrai, des compensations. On leur tolère un n'congié, ou sigisbé, accepté et parfois bien traité par le mari. On supporte aussi leurs fan t ai sies anioureuses, surtôïïTquand l'objet de leur passion^est un j]uropéenjj}ui sait reconnaître en monnaie bien sonnante les services— cêftflu^ A cette vie d'hypocrisie ou d^Tébauche, les femmes M'ponguées ont gagné des mœurs plus que relâchées. Elles sont d'une paresse, d'une ivrognerie et d'une inconduite, dolûrien ne peut^nner l'idée. Aussi la famille ITest-elle pour ainsi dire pas constituée dans cette société singulière. Les enfants se soucient peu de leur véritable mère ; à peine s'ils la reconnaissent au milieu de ces femmes qui toutes appartiennent à leur père; et, comme les perversions découlent les unes des autres et prennent force d'habitude dans le consentement général, l'inceste, l'avortement et bienjjTautres crimes sont pour ainsi dire passés danslèsTïàHtudes. Triste socjété en vérité que TaTsociété^ Gabonaise, et^ race vouée à l'épuisement et à unj^projmpfé disparP"' tion! ^

Ce n'est pas que l'intelligence manque aux M'pongués. Ils ont rjnstinct du commence. Tous ceux qui ont consenti cà renoncer â leurs habitudes de paresse et sont devenus acheteurs de marchandises indigènes qu'ils revendaient ensuite aux Européens, ont rapidement acquis ■de grandes fortunes. D'abord attachés à quelque factorerie européenne, ils n'hésitent pas à pénétrer fort loin dans l'intérieur, et de courtiers deviennent traitants pour leur propre compte. On leur ouvre parfois des crédits assez considérables, mais ils ne peuvent en abuser, çaiijeurjamille restant au Gabon, le commanditaire a en elle un excellenFoiager

Aussi bien les maris M'pongués n'iiésilent jamais à donner leurs femmes comme nanlissement des marcliandises en dépôt, et ils les engagent sans le moindre scrupule, comme garantie de leur parole, pour conclure une affaire à long terme. Lorsque ces singuliers négociants commencent à acquérir quelque aisance, comme ils sont d'une vanité grotesque, leur premier soin est (Tacheter un trousseaude clefs pour faire crojre quMls ont beaucoup de coffres. Leurs affaires prospèrent-elles, ils achètent une quantité de "coffres, qu'ils étalent bien en vue, comme s'ils possédaient beaucoup de marchandises. Devenir ce qu'ils nomment un grand monde est leur ambition suprême, et malheur à celui d'entre eux qui réussit. Il est aussitôt en butte à la jalousie et à la haine de ses camarades.

Ce qui assure aux M'pongués, pour de longues années encore, une sorte de suprématie commerciale, c'est que leur idiome est très répandu sur le Httoral et dans l'intérieur du pays. Huit tribus^je tiaxlfixit- Onze le comprennent. Presque touTès~ën ont retenu quelques mots. Gomme Taffirment ceux de nos compa— triotes qui l'ont étudié, ce dialecte serait unique par la musique des sons et surtout la logique des formes. Grâce à la précision des règles qui déterminent les radicaux et les affixes, non seulement le vocabulaire peut s'étendre indéfiniment, mais encore toutes les idées s'expriment avec netteté. Nos missionnaires ont traduit l'évangile et composé des ouvrages en M'pongué sans recours à un seul mot étranger. A4issiJ)ien il existe une littérature M'ponguée. Ge^sont des chants, d^es__fables", des c'onTes,-et ^eï^ues^tradititons historiques qu'on récite dans" les veilTées : mais^garjnalheur7le ftLpongué sera bientôtune laiigue morte, car il n'y aura plus de M'pongué pour la parler.

On H remarqué en etfet, non sans tristesse, que le nombre des M'pongués diminuait de jour en jour. Ceux de nos officiers ou de nos négociants qui revoient le Gabon à quelques années d'intervalle sont tous frappés de ce dépérissement de la race. Les causes qu'on a invoquées pour expliquer en d'autres pays celte dépopulation sont ici insuffisantes. Point de guerres désastreuses, point de maladies épidémiques, pas de misères réelles. Restent rabus d.e l'alcool, la ho^nteuse pratique de l'avortement, une déljauclie sans frein, et surtput le voisinage d'une race supérieure au contact de laquelle s'appauvrit, s'étiole et finira bientôt

par disparaître une race inférieure. La venue des étrangers lejir a fait un mal immense. Avides de jouissances et d'excitations plus fortes que celles qu'ils connaissaient déjà, les M'pongués nous ont emprunté surtout nos vices, et, comme leur force de résistance était insuffisante, les maladies ne pardonnent plus à ces tempéraments appauvris.

Un mal étrange, rjshenda, comme le nomment les M'pongués, c'est-à-dire un sommeil irrésistible, et qui se prolonge de plus en plus jusqu'à l'agonie, s'est abattu sur cette race affaiblie. L'ishenda atteint surtout les enfants et les adolescents. Elle les étreint lentement et sans souffrances apparentes, mais aussi sans espoir de guérison. N'est-ce pas comme le symbole de ce peuple engourdi d'âge en âge dans sa torpeur équatoriale, mais qui va bientôt périr, et périr sans laisser de trace?

Les Boulons et les Bakalais, bien que moins affaiblis que les M'pongués, semblent également condamnés à une décadence irrémédiable. Les Boulous, où hommés des bois, habitent au nord de Libreville un massif de terre compact, couvert de forêts, profondément entaillé par l'estuaire de la Mounda. Leurs villages très rappi ochés offrent aux envahisseurs Pahouins une agglomération résistante; pourtant cette apparence de cohésion est tout artilicielle, car, au moment du danger ou des jalousies, ils s'abandonnent facilement et môme se retournent les uns contre les autres. Au milieu de la forêt, à l'ombre de laquelle ils vivent sans témoin, ils sont restés sombres et tristes. Aussi leur vie solitaire a-t-elle jeté sur eux une sorte de prestige mystérieux. Ils sont un peu médecins et tout à fait sorciers. Les bois n'ont plus de secrets pour eux. Ils y trouvent des médicaments ou des poisons. L'exiguïté de leur mobilier et le peu d'importance de leurs cultures rendent leurs déplacements faciles et peu coûteux. Leurs cases sont petites, mal bâties et malpropres. A vrai dire ils ne présentent qu'un intérêt médiocre, et, bien que se tenant à l'écart des blancs, leur nombre diminue et leur race décline.

Les Bakalais vivent sur le bord des rivières, surtout dans l'immense delta de l'Ogooué. C'était jadis un peuple redoutable et puissant, qui vécut en maître très haut dans l'intérieur du pays, mais fut peu à peu refoulé par les Pahouins. La lutte a duré plusieurs générations, et le souvenir en est resté persistant dans les traditions nationales. Les Bakalais ont même gardé de ces

longues années de combat une humeur batailleuse. Dès le jeuneâge les enfants aiment l'odeur de la poudre. Ils ne deviennent hommes qu'après avoir tué quelque ennemi dans une embuscade, mais les Pahouins ont pour eux la supériorité du nombre^ et bientôt quelque nouveau Fenimore__£ûûpeiL4Kaijm-éçnre la mélancolique histoire du dèrîïïëFdês Bakalais.

Les jeux^prîncipales TnMs~~5ésTBaïïaTàrs se nomment le<v Kamas et les Ouroungous. Ils aiment à passer leur vie dans de grànÏÏès plantations dë~palétuviers et d'enimbas. L'enimba est un grand palmier dont le fruit sec et huileux est d'une médiocre ressource pour l'indigène, mais qui lui fournit des planches toutes faites pour construire sa maison et des tuiles pour la couvrir. Les Bakalais, presque aussi laids que les Boulons, ont tous leurs défauts, mêmes goûts nomades, et aussi peu de respect pour la propriété d'autrui, mais, ainsi que le remarque le docteur Griffon du Bellay, « ils sont plus industrieux, car ils fabriquent des tissus en fibre végétale d'une bonne confection, plus solides assurément, et pourtant moins prisés que la plupart des cotonades européennes dont ils font leurs pagnes. Il ont aussi, plus que leurs voisins, le sentiment de la musique, et font plusieurs instruments qui tiennent, les uns de la harpe, les autres de la guitare. »

Bakalais, Boulous ou M'pongués n'en sont pas moins des races condamnées à disparaître dans un avenir plus ou moins prochain. Les Pahouins au contraire ne peuvent que grandir. Us ont entre leurs mains l'avenir de la colonie. La pohtique à suivre par la France n'est-elle pas dès lors toute tracée? Ne devons-nous pas, tout en protégeant les premiers occupants du sol, nous rapprocher de ceux qui seuls peuvent la féconder, et devenir soit des sujets dévoués, soit d'utiles auxiliaires?

> Aussi bien ce n'est plus au Gabon gue -se-4:égleront les destiaéeslîeTà~Frajîc^^ c'est dans une région voisine dont

on connïïTssiitrà peine le nom il y a quelques années, et dont personne assurément ne soupçonnait l'importance : c'est dans les bassins de l'Ogooué et du Congo. L'expression de Gabon n'existe même plus au point de vue politique : ce noyau du Congo français a été comme englobé dans le vaste territoire des établissements qu'il nous reste à étudier.

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