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II. — Sainte-Marie

De Madagascar, sur la côte orientale et au nord-ouest, dépcndentquelques petites îles, qui ont été comme les pierres d'attente de notre domination. Elles sont divisées en quatre groupes : Sainte-Marie, Mayotte, Nossi-Bé elles Comores.

Sainte-Marie, onNossi-Ibrahim, forme à elle seule une colonie indépendante. Elle est située sur le flanc oriental de Madagascar (17" lat. S. et 47" 34' 30" long. E.), et séparée par un canal large de 5 kilomètres dans sa partie la plus étroite et de 8 dans sa partie la plus large. Au sud, Sainte-Marie est traversée par un bras de mer et divisée ainsi en deux. îles. Leur superficie est de 90,975 hectares. Le sol est généralement mauvais. Une zone intérieure, d'une contenance de 20,000 hectares environ, est assez bonne et seule cultivée. L'île est constituée par un ensemble de monticules formant quatre chaînes principales, dont deux basaltiques et deux sablonneuses. On peut les cultiver dans presque toute leur hauteur, qui varie entre oO et 60 mètres. De ces quatre chaînes sortent de nombreux ruisseaux formés par des sources abondantes et de bonne qualité. Le plus important de ces petits fleuves débouche directement au port de Sainte- Marie, formé par un enfoncement dans les terres de 2 kilomètres de profondeur sur une largeur de 1 kilomètre, et acccssii)lc aux plus grands bâtiments. L'entrée de la baie est défendue par l'île Madame, qui porte quelques fortifications ainsi que les bâtiments du personnel civil et militaire.

Le climat de Sainte-Marie est humide et malsain. Les écarts de température sont considérables dans les mois les plus chauds, car le thermomètre, de 37° i/2 pendant le jour, descend à 20" pendant la nuit. La saison pluvieuse dure six mois, de mars à août; mais la saison sèche n'est pas exempte de pluies. Aussi

jMadagascar et ses dépendances

Saintc-Mai'io csl-cllo un des points dn «^iohc où les plnios sont les plus aliondanlos. Les côtes orienlalcs do l'île sont fréquemment assaillies par des ras de marée, mais le canal (pii les sépare do l'île n'en éprouve pas l'atteinte.

Nous avons une pi cmièrc fois occupé Sainte-Marie, en 1750. La reine Boti avait cédé l'île à la Compagnie des Indes, qui y fonda un établissement, bientôt abandonné. Un simple soldat de la Compagnie des Tndes, Labigome, le fonda de nouveau, et, cette fois, il demeura en bonne voie de prospérité jusqu'en 1810, époque à laquelle la prise de la Réunion arrêta cet essor. Après le traité de 1814, comme la perte de l'île de France nous enlevait tout abri par delà le cap de Bonne-Espérance, Sainte-Marie fut choisie en 1818, h raison de sa situation et de la beauté de sa rade, comme siège d'un étai)lissement maritime. Un jeune Marseillais, élève de l'ancienne École normale. Fortuné Albrand, avait quitté la France en 1815 pour organiser à Bourbon une maison d'éducation publique. Trompant non pas sa vocation, mais ses pi ojels, il devint en peu de temps, gTtâce à sa singulière aptitude à parler et à écrire tous les idiomes de l'Orient, le principal négociateur commercial et politique de l'océan Indien. Chargé à plusieurs reprises de missions délicates, il s'en acquitta toujours à son honneur. C'est lui qui réussit à faire comprendre au gouvernement la nécessité de s'établir à Sainte-Marie, et qui, joignant l'exemple au conseil, devint le premier colon de l'ile. Un établissement à Sainte-Marie ne pouvait en effet avoir quelque chance de durée qu'autant qu'une colonie agricole, fondée tout auprès, lui fournirait les ressources indispensables tout en contribuant à assainir le territoire. Albrand se mit résolùraent à la besogne. En trois années, il défricha un terrain immense, bâtit une habitation commode et salubre, et créa un excellent noyau de colonie. Les rapides progrès et la marche régulière de cet établissement décidèrent la France à fonder à Sainte-Marie l'abri militaire qu'elle projetait depuis longtemps. Albrand vit arriver avec bonheur les soldats et les officiers qui allaient consolider son œuvre; mais il n'eut pas la satisfaction d'assister au succès délinilif de ses travaux, car il mourut au mois de décembre 1826. Depuis cette époque, et malgré les hostilités des chefs madécasses, qu'inquiète notre voisinage, l'autorité de la France a été maintenue à Saintc-3Iarie.

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Celle colonie n'a pas été sans ulililc pour nous. Plusieurs milliers d'émigrés, qui fuyaient la tyrannie des Hovas, sont venus demander à notre drapeau la protection qui leur manquait au pays natal. De plus, nos navires non seulement y trouvent les aménagements et les secours qui leur sont nécessaires dans cette mer battue par les tempêtes, mais encordes bois, dont la majeure partie de l'île estcouverte, approvisionnent les chantiers de réparation, et la présence de nos colons a développé ses richesses naturelles. La culture locale commence à être active. Si les insulaires ne cultivent encore que les fruits ou légumes nécessaires à leur subsistance, quelques établissements ont été fondés par des colons français et consacrés au café, au giroflier et à la canne à sucre. Peut-élre que Sainte-Marie dédommagera prochainement de leurs effoi ts les courageux pionniers qui ont osé les tenter.

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