V. — Géographie administrative
La Cochinchine est gouvernée par un fonctionnaire, d'ordinaire un amiral, qui représente le chef de l'État. Il est dépositaire de son autorité, nomme les agents et les fonctionnaires coloniaux, fixe les taxes locales et détermine l'assiette et la perception des impôts. Il est assisté d'un conseil privé, composé du commandant des troupes, du commandant de la marine, du préfet, du directeur de l'intérieur, du procureur général, t de deux conseillers choisis parmi les notables habitants.
La justice est rendue, pour les Européens, par une cour d'appel siégeant à Saigon et se constituant au besoin en cour
1. Tailleper, ouv. cit. : « Sous l'empereur Tu-duc,le3 mandarins appliquaient et levaient l'impôt. Ils étiienttous prévaricateurs. Sous notre gouvernement, il n'y a qu'un imi ôt, qui est modéré ; il n'est paye qu'une fois, c'est bien entendu. Lc4 Annaoaites eo sont surpris et reconnuissuats. ■
cnmincllc, par un tril)iinal do première instance et par des jnsïes de pai\; pour les indigènes, par les lril)unaux qui fonctionnaient à répocjue de la conquête, et d'après le Code annamite ; mais tous les appels sont déférés à la justice française.
Le culte catholique possédait, en 1895, 53 paroisses, 150 chrétientés, IGO églises ou ciiapelles, et 51,800 chrétiens. Le culte bouddhique s'exerce librement. Les autres religions sont tolérées.
Le service de l'itistruction puldique n'a été organisé que le 17 novembre 1877. Jusqu'à présent il n'existe que 2 collèges (Saigon et Mytho), 443 écoles primaires et 7 écoles enfantines. L'enseignement libre est donné par 536 écoles laïques et 151 congréganistes. Des progrès sérieux ont été accomplis depuis la substitution, dans l'écriture et dans l'imprimerie, des caractères latins aux caractères chinois.
An point de vue administratif, la Gochinchine, depuis le 5 janvier 1876, est divisée en quatre circonscriptions, Soî'g'rtn, Mytho, Vinh-long et Bassac. Chaque circonscription comprend un certain nombre d'arrondissements dirigés par trois inspecteurs français et un inspecteur des affaires indigènes. Ghatiue arrondissement se divise en cantons et chaque canton en villages. Une excellente mesure adoptée par l'amiral Pothuau (10 février 1873) assure le service de ces diverses administrations, en créant un corps de fonctionnaires civils spécialeuient chargés de l'inspection des divers services indigènes. Afin de leur donner les connaissances nécessaires à l'exercice de ces fonctions multiples, on a fondé à Saigon un collège d'administrateurs stagiaires. Ce décret nous donnera ce qui nous a toujours manqué, un personnel d'administrateurs civils, spéciaux, compétents, et fixés à perpétuité dans la même colonie.
La circonscription de Saigon comprend les arrondissements de Saigon, Tayninh, Thudaumot, Bienhoa et Baria, 63 cantons et 643 villages. La ville de Saigon est la seule importante. Elle avait été à moitié détruite par la conquête. Le plan de la nouvelle ville fut largement dessiné. On écrôta le plateau qui la dominait, on combla les marais qui l'enterraient, on traça des rues larges et spacieuses (Gatinat, Nationale, Bonnaid, La Giandière). Ce travail immense fut l'œuvre de quelques années. Déjà de somptueux édifices ont été bâtis : le palais du
LA COGHINCHINE FRANÇAIS!'^ 'l'il!
gouvernement, les casernes, etc. La cathédrale est en voie «le conslraction. Saigon est anjouid'lmi une des plus belles villes de l'exlrème Orient. Elle compte 65 à 70 000 habitants, et sa population augmente chaciue jour, lille communique par voie française avec Marseille, par voie anglaise avec Singapour, Aden, Suez et Naples. Elle correspond par Quin-lione avec Sangliai et le Japon. Par son excellente situation et la sécurité de son port, elle se trouve déjà à la tôte d'un immense commerce. Les autres chel's-lieux d'arrondissement ne sont que de gros villages.
La circonscription de Mytho comprend les arrondissements de 3Jytho, Tan-an, Cocong et Cholon, 42 cantons et 57 villages. Myllio, résidence des administrateurs, est, après Saigon, le point le plus important de la basse Gochinchine; c'est l'entrepôt naturel du commerce du Cambodge, et un poste militaire de premier ordre. La ville la plus remarquable est Gholon . Bâtie en 1778 par des Chinois émigrés, elle ne tarda pas, grâce à la ténacité de ses habitants, à devenir le centre commercial le plus important du pays. Notre occupation lut la bienvenue, car elle donnait à tous la sauvegarde de l'égalité devant la loi. Aussi la ville a-t-elle rapidement prospéré. Elle a un développement de quais de plusieurs kilomètres de longueur, bordés de maisons d'un bel aspect. L'intérieur de la ville est moins brillant; pourtant elle est régulièrement percée et bien tenue, car la police française a plié le Chinois à nos habitudes.
La circonscription de Vinhlong comprend les arrondissements de Vinhlong, Betitré, Travinh et Sadec, 5G cantons et 587 villages. Les seules villes qui paraissent appelées à un certain avenir sont Vinhlong, qui commande les ijualre bras du fleuve, et Sadec, le plus important des marchés de l'ouest.
La circonscription de Bassac comprend les arrondissements de Chaudoc, Hatien, Long-xuyen, Rach-giû, Cantho, Soc-trang et Bac-lien, 68 cantons cl 536 villages. Chaudoc surveille le Cambodge. C'est uu grand marché et une position militaire de premier ordre. Hatien est un joU port, au fond d'une lagune séparée de la mer par une ligne d'écueils infranchissable pou;les gros navires. Cette ville fait un commerce de cabotage avec le Siam.
La population, (|iii n'c'tait en 1867 que de 302,336 habitants, s'est élevée à 1,858,807 en 1887 et à 2,035,457 en 1894 (dont 2,427 Français). Elle a donc quadruplé depuis vingt-sepl ans, mais elle n'a pas encore atteint son maximum de densité, dans une région située dans les mêmes conditions climatériques que Java ou la Chine. La population est d'ailleurs irrégulièrement répartie.
Les Européens habitent exclusivenaent Saigon. Peu d'entre eux sont fixés à l'intérieur. Les Chinois sont répandus dans toute la colonie, dont ils ont accaparé le petit commerce et une partie du grand. Les Tagals sont les restes des troupes espagnoles restées dans le pays. Ils sont presque tous domestiques ou palefreniers. Les Malais sont concentrés à Ghaudoc, où ils font la banque, et les Hindous à Saigon, où ils exercent de petits métiers. Les Cambodgiens se sont attachés à nous, depuis que nous les avons fixés au sol en les déclarant propriétaires. Les sauvages {Mois, Chams, Stiengs) peuplent les forêts. Ceux qui se trouvent dans les limites de nos possessions payent un léger impôt.
Le peuple annamite se mélange facilement avec les Chinois. La race métisse, plus blanche, plus élégante de formes que la race annamite, est fort intelligente et très active. L'avenir lui appartient. Il y a aussi des métis français; mais il faut peu compter sur eux pour peupler notre colonie dans l'avenir.
La population annamite augmente-t-elle? Le fait est probable, car l'énorme extension de l'agriculture, l'accroissement proportionnel du commerce d'échange, l'introduction d'un certain bien-être et d'un peu d'hygiène, surtout la pratique toute récente de la vaccine ont sans doute changé les conditions d'existence dans une proportion que nous ne pourrons apprécier que dans quelques années.