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LE CAMBODGE

Voici comment la France a réussi à faire accepter son protectorat. Dès le XVII* siècle, le Cambodge s'était recomiii le tributaire de l'Annam; mais peu à peu l'empereur du Siam sciait substitué à son collègue annamite, et, prolitant avec habileté des querelles de Tu-duc avec la France, il avait fini par imposer sa suzeraineté absolue au monarque cambodgien, L'an)iral de La Grandière, jaloux d'augmenter l'influence française, essaya de démontrer au roi Norodom que le protectorat soit de l'Annam, soit du Siam, n'était qu'une sujétion déguisée, et qu'il valait mieux recourir à l'alliance de la France, directement intéressée à maintenir l'indépendance du Cambodge entre ses deux puissants voisins. La négociation lut habilement conduite par le commandant de La Grée, eî, le H aoiit 1863, Norodom acceptait notre protectorat. Comme gage de sa bonne volonté, il nous cédait, pour y fonder un dépôt de charbon, l'importante position des Quatre Bras, sur le grand fleuve du Mékong. Dès ce moment, la bonne harmonie n'a jamais été troublée. La France a gagné à ce traité d'assurer ses frontières du nord et d'étendre son influence dans l'intérieur de la péninsule. Le Cambodge y a gagné la paix, la tranquillité, et la certitude d'être soutenu par la France en cas de guerre contre ses voisins. Il est probable que l'alliance se maintiendra, puisqu'elle convient également aux parties contractantes. En 1883 un nouveau traité a été signé et le roi, moyennant un revenu fixe, nous a cédé l'administration financière de ses domaines. Ce ne sont pas ses sujets qui se plaindront de cette innovation. Enfin, le 17 juin 1884, un troisième traité l'a forcé d'accepter plus étroitement notre protectorat et de se résigner à toutes les réformes administratives, financières et commerciales auxquelles nous croirons devoir procéder. Depuis lors ont éclaté de fréquentes révoltes, et des incursions de pirates ont tenté d'inquiéter notre possession de Cochinchine et d ébranler notre protectorat; mais les insurgés ont toujours été battus et les pirates refoulés.

Lors de nos démêlés avec le Siam et après le traité de Bangkok (1894), l'importante province de Battabang a été comprise dans la zone neutre, placée sous l'influence française, et rattachée au Cambodge. C'est un important accroissement de territoire, car on évalue la superficie de cette province à 10,000 kUom. carrés.

Le Cambodge csl en général un pays de plaines; cependant, vers l'ouest, en se rapprochant du golfe de Siam, on trouve un massif montagneux assez considérable. Il a deux ports de mer, Compong-Som et Cainpot. Plusieurs îles fsont échelonnées le long de la côte. Il est arrosé par le Mékong et par un alfliient très important, qui sort du grand lac Tonlé-snp (30 lieues de longueur sur 10 à 12 de largeur moyenne). Ce lac, dans la saison des pluies, présente un volume d'eau énorme. Pendant la saison sèche au contraire les bords sont à découvert à une certaine distance. La rivière ou plutôt le canal qui le fait communiquer avec le grand fleuve présente un phénomène extraordinaire. Tantôt il roule ses eaux vers le lac, qui devient alors comme un déversoir du Mékongtantôt, quand les eaux sont Lasses, le courant reprend sa direction vers la mer de Chine.

Le climat du Cambodge est à peu près le même que celui de notre Gocliinchine, c'est-à-dire qu'il est peu salubre : néaamoins, à cause de l'élévation plus grande au-dessus du niveau de la mer, la terre étant moins humide pendant l'été, les vapeurs paludéennes sont plus rares, et, par conséquent, la température générale meilleure. Les productions sont également les mômes : riz, bétel, bananier, méréak, vernis laque de bonne qualité, cardamome, gomme-gutte, etc. Comme la vie est facile, et que le moindre travail suffit pour se procurer le nécessaire, les Cambodgiens se sont endormis dans la mollesse. Peu à peu, les tôi èls envahissent la contrée. Moins intelligents, ou plutôt moins actifs que les Annamites, les Cambodgiens ont toute la nonchalance que les Hollandais ont signalée dans les naturels des îles de la Sonde. Néanmoins, depuis l'arrivée des Français, quelques progrès se sont accomplis. Rien n'est contagieux comme l'exemple. Le roi Norodom s'efforce en toute circonstance d'inspirer à ses apathiques sujets le désir de s'initier à la civilisation européenne, et, peu à peu, un bien-être relatif s'établit. Le Cambodge est donc en voie de progrès, et ce progrès continuera sans doute autant que notre influence.

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