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Nos établissements français en Océanie sont d'une petitesse humiliante en comparaison des vastes domaines que se sont taillés d'autres nations plus empressées ou mieux dirigées. Notre pavillon ne flotte en effet que sur les îles Taïti,
TMTI r.Uô
TuaiiioiK, Gambier, Marquises^ Nouvelle-Calédonie ci ticrguelen. Peul-i'li'c sera-t-il bientôt arbore sur les arcbipels des Nouvelles-Hébrides et des Salomon. L'occupation la plus ancienne, celle de Taïti, ne remonte qu'à 1843, et la plus récente, celle des Tuamotii, à 1859. Nous sommes donc arrivés bien tard dans ces lointains parages, où s'élaborent mystérieusement des mondes nouveaux. Nos colonies océaniennes ont pourtant leur fonction et leur utilité. Les unes et les autres pré[)arent un champ d'action aux missionnaires, aux colons et aux négociants. Ce sont en outre des stations navales, qui peuvent servir de refuges à nos marins. Lorsque sera percé l'isthme américain, ces archipels océaniens serviront d élapes aux paquebots qui uniront dans l'avenir l'Amérique à l'Asie et à l'Australie. Ils peuvent encore être choisis comme lieux de déportation pour nos condamnés. Enfin quelques-uns d'entre eux ont une étendue assez considérable et des richesses naturelles assez grandes pour qu'on les mette en culture. Les possessions françaises d'Océanie ne sont donc pas à dédaigner.
On peut les diviser en quatre groupes distincts, que nous étudierons successivement :
i" Taili et ses dépendances,
2" Les Tuamotu et Gambier ;
3° Les Marquises;
4" L'archipel Néo-Galédonien.
5° L'archipel de Kerguelen et le rocher Clipperton;
6° Les Nouvelles-Hébi ides et les Salomon.
1° Taltl et ses dépendances.
Pendant longtemps nous étions censés n'exercer qu'un droit de protection sur Taïti et ses dépendances, bien qu'en fait nous possédions et gouvernions cet archipel, tout en laissant aux indigènes les franchises désirables : aussi avait-il reçu la dénomination ofdcielle d'îles du Protectorat, mais il fait depuis 1880 partie intégrante de notre domaine colonial.
Cet archipel est divisé en deux groupes : TaMi, ou l'archipeî géorgien, qui comprend les cinq îles de Taïti, Moorea^ Mahitia, Tabuetnanne[TeLiuraa;V archipel des, Tubuai, qui comprend les quatre îles de Tubuaï, Raevavae, Rurutu et Rinsatara, les deus dernières encore indépendantes. Les premiers explorateurs
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des Taïti, Vallis, Boiigainville et Gook, en firent des descriptions enthousiastes. Bougainville surtout se signala par la chaleur communicative de son récit. Il faut lire ces pages émues où circulent un ardent amour de la nature et comme une admiration passionnée des paysages enchanteurs et des mœurs naïves des insulaires. Sa description delà. Nouvelle Cythèreût une vive impression sur l'esprit de nos pères. Cette peinture de l'innocence et du bonheur des sauvages n'était-elle pas comme une protestation contre les mœurs d'un siècle corrompu? En 1797, des missionnaires de la Société des Missions de Londres vinrent s'établir avec leurs familles dans ce paradis terrestre, si vanté par leurs compatriotes. Vingt ans après, ils avaient converti toute la population des îles. Giâce à eux, un chef de tribu, Pomaré I, réussit à se faire proclamer roi des îles Taïliennes. Son fils Pomaré II et son petit-tils Pomaré III régnèrent paisiblement. Ils avaient une sorte de gouvernement parlementaire, avec un ministère responsable et des Chambres, qui fonctionnaient régulièrement. Séduits par les apparences, quelques navigateurs européens proclamèrent que les Taïliens jouissaient d'un gouvernement modèle ; mais ils ne connaissaient pas le véritable état social du pays. Ils ne parlaient ni des castes, ni de l'immonde association des arioï. Les Taïtiens étaient en effet divisés en trois castes, celle des arii, personnages sacrés, doués de vertus miraculeuses, à tel point que la nourriture qu'ils avaient touchée devenait un poison mortel pour tous ceux qui n'étaient pas du môme rang; celle des raatira, tyrannisés par les arii, mais qui du moins avaient le droit d'être propriétaires; celle des mojiahune, ou gens du peuple, sur lesquels retombait tout le poids de cette société. Quant aux arioï, c'étaient des initiés qui se songeaient qu'au plaisir : manger, dormir, danser, leur vie était une orgie perpétuelle. Ils juraient de ne pas avoir d'enfants et les étouffaient à mesure qu'ils naissaient. Malgré les éloges exagérés que leur décernèrent certains voyageurs, les Taïtiens ne réalisaient donc pas l'idéal des vertus politiques et sociales.
Il est vrai de reconnaître que l'influence des missionnaires anglais fit peu à peu disparaître ces immondes pratiques et rapprocha les Taïtiens de la véritable civilisation. Un des souverains de Taïti fut pour beaucoup dans cette rapide transfor-
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matioii des inœiiis. Ce lut une teiume, Ja sœur de Pomaré lll, Poiuaté IV, née en 1813, et qui régna depuis 18-25. Les Anglais songeaient à profiter de sa jeunesse et de sa reconnaissance pour les bons soins que lui avaient prodigués leurs missionuaires pour annexer Taiti à leurs domaines, A diverses reprises, ces missioiniaires, (|ui deviennent volontiers des agents politiques, avaient insinué à la reine de demander ie piotoctorat de l'Angleterre; mais ils n'avaient pas réussi à la convaincre. Un consul français, M. Mœrenliout, fut plus heureux. Il eut .l'art de persuader à Pomaré et à ses principaux jconseillers que le protectorat de la France assurerait leur indépendance. En eflet, la . reine profila de l'arrivée à Papeïti .d'une escadre françai&e, commandée par l'amiral Dupelit- ThouarB, pom déclarer, le 9 septembre 18^2, qu'elle reconnaissait la suzeraineté de la France. L'amiral s'em[)ressa d'accepter, sauf l'alitication du gouvernement.
Alors éclata l'affaire Pritchard, qui eut un si singulier retentissement. Pritcliard était un missionnaire anglais installé à Taiti. Investi depuis ,peu de la dignité de consul, il avait jugé à propos de joindre à ses deux premiers titres celui de pharmacien. Le succès de la négociation entamée par M. Mœrenhout l'avait irrité. L'arrivée de l'amiral Dupetit-Tliouars acheva de l'exaspérer. Il commença à prêcher une véritable croisade contre les Fiançais et fut secondé par le commodore anglais Toi^p, qui enjoignit aux résidents de son pays de ne pas se soumettre aux règlenients provisoires établis par Dupetit-Thouars et fit hisser un nouveau pavillon sur la. demeure royale de .Pomaré IV, comme pour insuller au pavillon du protectorat. A cette nouvelle, l'amiral se rendit à Taiti et pria la reine de remplacer immédiatement son nouveau paviJlon par l'ancien. Pomaré IV refusa. Dupelil-Tliouars annonce que le pavillon fiançais est seul reconnu et prend possession de l'archipel au nom de la France. Pritchai d, de son côté, amène le pavillon anglais qui flottait sur sa demeure et engage la reine à se réfugier à bord d'un navire anglais. La situation était grave. Approuverait-on en France la conduite de notre amiral, c'était peut-être un cas de guerre contre l'Angleterre. Le désavouerait-on, on s'exposait aux reproches de l'opposition, et, de plus, l'honneur de la marine française étaii: cctj-
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promis. Louis-Philippe régnait alors : il aimait la paix par tempérament et par politique. Quand il sut que l'Angleterre avait été fort irritée par notre prise de possession, il ne songea plus qu'à ne pas mécontenter ses alliés, et, sans se soucier de Ja lâcheuse impression que produirait en France ce désaveu, déclara qu'il n'y avait aucune raison pour déroger au traité primitif et par conséquent que Pomaré IV gardait sa souveraineté.
Sur ces entrefaites, les intrigues de Pritchard avaient amené un dénouement inattendu. Pritchard avait réussi à organiser dans l'archipel une famine factice. Il avait conseillé aux insulaires de cacher leurs troupeaux dans les montagnes, et à la reine de chercher un refuge à bord de la goélette anglaise le Basilic. De plus, des bandes armées parcouraient le pays. O'"^!ques insurgés pris les armes à la main avouèrent qu'ils avaient agi d'après les conseils de Pritchard. L'amiral ht alors at ièler et emprisonner le consul. Les matelots chargés de l'arresialion l'opérèrent avec plus de brusquerie qu'il n'aurait convenu et eurent le tort d'éventrer les bocaux du missionnaire-phartnacien-consul et de ne pas respecter son mobilier. A peine l'arrestation de Pritchard fut-elle connue en Angleterre, qu'il y eut dans tout le pays comme un débordement inouï d'injures et de réclamations contre la conduite de nos agents. M. de Jarnac, notre chargé d'affaires à Londres, écrivit même à M. Guizot. alors ministre des affaires étrangères, qu'on était à la veille d'une rupture. Que faire? Céder encore ou résister? En cédant, on flattait l'orgueil anglais et on évitait une guerre; niais aussi quelle blessure pour notre amour-propre et quelle arme entre les mains de l'opposition! En résistant, on caressait les préjugés français, mais on s'exposait à une guerre redoutable. Jamais le roi et ses ministres n'avaient été plus embarrassés. Par bonheur, le gouvernement anglais ne se souciait nullement de rompre avec la France. Il fit savoir qu'il se contenterait d'une indemnité pécuniaire et de quelques explications diplomatiques. Louis- Pliilippe accepta avec empressement le proposition et répondit qu'il accorderait l'indemnité. Restait à la faire voter par les Chambres. Or le compte présenté par Pritchard était un vérital)le compte d'apothicaire. L'opposition avait donc beau jeu pour discuter article par article
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la note présentée par le consul, lésé dans ses produits pharmaceutiques. Un violent débat s'eng^agea à la Chambre des députés. On affecta de voir dans cette concession un acte de tiinidité, et la politique du cabinet n'obtint (|ue huit voix de majorité. L'épithète de Priichardiste fut appliquée à tous ceux qui avaient voté cette indemnité.
Pendant qu'à Paris se discutait la question taïtienne, à Taiti môme elle se dénouait brusquement par la force. Les insurgés étaient entrés en campagne. A Mahaena, quelques centaines d'entre eux s'étaient installés dans un poste redoutable. Il fallut pour les en déloger un siège en règle. Quelques mois plus tard, à Fatahua, on frappa un nouveau coup. Notre double victoire produisit un tel effet sur les insulaires qu'ils vinrent tous, les uns après les autres, faire leur soumission. Pomaré IV elle-même se décida à rentrer dans sa capitale en jurant lidélilé à la France. Depuis cette époque, la tranquillité n'a pas été lioublée. Le peuple taïlien a compris ses véritables intérêts et s'est sincèrement attaché à nous. La reine s'est habituée à sa vassalité et contentée des honneurs de la souveraineté, que d'ailleurs on ne lui ménage pas. En un mot, l'archipel est soumis, et peu à peu notre influence s'étend sur les îles voisines. Dès 1844 les îles Gambier, et en iSil deux des îles Tubuaï se sont rangées volontairement sous notre protectorat; en d859, les Tuamotu ont accepté notre suprématie. Ces conquêtes pacifiques ont été acceptées par tout le monde. Aussi personne n'éleva de protestation lorsque le 29 juin 1880, à la îuite d'un accord intervenu entre le roi Pomaré V et le commandant Chessé, une proclamation solennelle déclara que Taiti et ses dépendances faisaient dorénavant partie de la France. L'Angleterre elle-même a reconnu la validité de celte annexion pacifique. Nous sommes aujourd'hui les maîtres incontestés de toute cette région du Pacifique. Nous n'avons plus d'autres ennemis que nous-mêmes, ou du moins nos administrateurs, qui, par leur manie de réglementation, ont failli compromettre l'avenir de la colonie. Ils avaient éloigné les pêcheurs et les navires de commerce par des formalités et des taxes vexatoires. N'exigeaient-ils pas des permis de séjour, et ne forçaient-ils pas les étrangers débarqués à Papeïti à rentrer en ville à une certaine heure! On conduisait l'île comme un couvent ou plutôf
r>io LES col(Jml:s françaises
comme une caserne. En 1861, on, a reconnu le danger de ces mesures arbitraires. Droits de navigation, tonnage, expédition, permir, de séjour et certificat, tout a été. supprimé d'un seul coup; mais le port de Papeiti était discrédité, et bien des années Be passeront encore avant que les négociants étrangers ou fi anç iis »ient oublié ces procédés abusifs.
Taïti est néanmoins en voie de progrès. On a fait dans cette île quelques essais de colonisation sérieuse. Une commission municipale a été instituée, ainsi qu'un comité d'agriculture et de nombreuses écoles. On a même fondé une caisse agricole, qui fait fonctions de caisse de dépôt et d'épargne,, et sert d'intermédiaire aux colons pour l'achat des terres aux indigènes. 11 n'y avait en 1863 que 199 hectares mis en culture. On en comptait 1017 l'année suivante, et 2162 en 1867. Si la progression a continué, et tout semble l'indiquer, Taïti deviendra bientôt l'une des îles les plus florissantes de la Polynésie.
Descendons maintenant dans ces îles. Etudions leur constitution physique, leurs ressources et leurs populations
L'île de Taïti se divise en deux parties inégales bien distinctes, Taïti proprement dit et la presqu'île de Tuïarapu,, reliées entre elles par un isthme de 2200 mètres de largeur. Chacune de ces parties est à peu près circulaire. De hautes montagnes, produit d'un soulèvement volcanique, en occupent le centre. Les pics les plus élevés sont dans Taïarapu le Niu. (1,324 m.), et dans Taïti VAorai (2,400 m.), VOrehana (2,236 m.), et le magnitique sommet du Diadème, qui, de loin, avec ses pics déchiquetés, ressemble à une gigantesque couronne. De. nombreuses rivières s'échappent de ces montagnes et bondissent en torrents répandant à flots sous ce beau ciel une fraîcheur délicieuse. Les plus importants de ces cours d'eau sont, le Punaruu et le Papenoo. Au centre de l'île, à 430 mètres a.Uf dessus du niveau de la mer, on trouve le lac Waïpiri, sans» issue apparente: vers la mer, et qui sans doute, est. un cratère, éteint. L'île est entourée par une ceinture de récifs qui s'ou.-- ■vrent à intervalles irréguliers pour former des ports excellents. Le plus sûr et le plus grand est celui de Papeiti, chef-lieu de I'îIk et capitale du protectorat. Le sol de Taïti, pierreux et d'^^< au sommet des montagnes, argileux sur les plateaux inter-
TAÏTI à 11
médiaires, présente dans les vallées et sur les bords de la mer une épaisse couche de terre végétale. C'est surtout sur la côte ouest que s'étend cette couche d'humus. Sur la côte est au contraire, c'est à peine si une plage étroite a pu se former çà et là entre la mer et le pied des montagnes. Cette bande de terrain, propre à toutes les productions tropicales, peut fournir àu l'agriculture une superficie d'environ 25,000 hectares. A [)arti l'étroite ceinture horizontale qui contourne l'Ile et la bouche des vallées principales, tout l'intérieur estiun chaos de montagnes et de pics dont les pentes.oiit une inclinaison si exagérée et une végétation si touffue qu'elles sont à, peu près inabordables.
L'île Moorea, vue de Taïti, est splendide. Les picS; bizarrement découpés qui en occupent la partie centrale sont fort curieux. Un des plus aigus est perforé de. part en part, juste au-dessus de son point Guiminant. C'est un ancien héros qui, d'après la légende, a percé le rocher de sa lance. Moorea a. d'excellents ports, entre autres celui de Teavara. Rien de particulier sur la géographie physique des trois dernières îles taïtiennes ; Tetiaroa, Mahitia et Tabuemann sont des îlots sans importance.
A ces cinq îles, que l!on désigne parfois sous. le nom d'îles du Vent, il nous faut ajouter les îles sous le Vent, Raiatea, Boraboru, Tahaa, Huahine et leuj's dépendances (30,000 hectares), car, en mars 1888, le pavillon français a été arboré sur cet archipel. Celte cérémonie provoqua: à Huahine une sanglante collision, et les esprits ne sont pas encore tout à fait apaisés; mais le temps fera sans doute son œuvre.
Quant aux îles Tubuaï, on en compte cinq principales : Rapa ou Oparo (2,000 hectares), Raivavae, TuJjuaï, , Rurutu et Rimatara. Elles sont encore peu connues, et ne présentent qu'une importance secondaire.
Comme toutes les contrées tropicales, Taiti et les Tubuaï ont deux saisons : l'une sèche, d'avril à décembre, qui est la belle saison, et l'autre pluvieuse, de déccmbx'fi à. avril : c'est l'hivernage. La température moyenne est de 2;i à.30° centigrades au-dessus de zéro. Il est peu de pays au. monde don t. le climat soit plus agréable. Aussi nos administrateurs coloniaux recherchent-ils cette résidence. Peu ou. pas d'ouragans,, mais de vio-
lents coups de vent et des ras de marée dont les navires, quand ils approchent des îles, doivent se défier. En somme, le climat est tort saliibre dans ces archipels; et la population européenne s'y acclimate facilement.
La faune des îles est peu riche. Elle ne présente aucun mammifère particulier. Les animaux domestiques d'Europe y ont été récemment introduits, et leur nombre augmente sensiblement. Peu ou point d'oiseaux. L'étranger qui parcourt les vallées ombreuses de l'île est même étonné du silence complet qui règne dans les masses épaisses de végétation qu'il traverse. Quelques phaétons, de petites perruches et des martins-pôcheurs sont les seuls habitants ailés de l'intérieur. Sur la plage, on rencontre quelques hérons et des chevaliers, et dans les basfond smarécageux des canards et des sarcelles. Le cent-pieds et le scorpion sont les seuls animaux dangereux. Les bois recèlent aussi des hôtes fort incommodes, cochons sauvages, moustiques et guêpes. Les huîtres perlières sont nombreuses, et on commence à les exploiter avec une prévoyance et des précautions qui ont manqué jusqu'à présent. Les parcs sont établis sur des bancs de coraux, où n'existe qu'un léger courant. On tapisse le fond de sujets ayant la grosseur d'une pièce de cinq francs. Un an après, les huîtres sont de la grosseur d'une assiette à dessert. En trois ans, elles deviennent marchandes; c'est dans celles de cinq ans (]ue se trouvent les perles du plus bel orient.
Taïti et les îles voisines se prêtent à toutes les cultures tropi- ' cales : jusqu'ici toutefois, l'agriculture n'a pas atteint le degré de perfectionnement auquel elle semble appelée. Un préjugé trop répandu existe sur la petite quantité des terres que les archipels polynésiens offrent à la culture, car Taïti elle seule est plus étendue de 6,000 hectares que la Martinique, et ses nombreuses dépendances lui assurent des développements considérables. La base de la nourriture des insulaires est formée d'aliments végétaux. Elle se compose du fei ou bananier, du taro, de {'igname et du maiore ou fruit de l'arbre à pain. Gomme cultures industrielles nous signalerons cinq matières textiles qui sont peut-être appelées à un grand développement : 1» la bourre du coco, qu'on avait jusqu'à présent brûlée, faute de débouchés; 2° la fibre des liges et des racines du pandanus, dont on fait des sacs à sucre et à café, et qu'on emploie même pour