III. -r- Géograi)hie économique
Le Sén(''gal n'a longtemps été entre nos mains qu'une pépinière d'esclaves. Sans doute nos négociants y récoltaient aussi de la gomme, de la poudre d'or, des épices et des bois précieux; mais ce qu'ils recliercliaient avant tout, c'était de la marcliandise noire, de ïâ graine noire, comme ils disaient. Il est vraiment étrange que, pendant plusieurs siècles, aucun scrupule ne les ait retenus, ni eux, ni les divers gouvernements qui se sont succédé en France. Est-ce que l'habitude finit par émousser tout sentiment, ou bien la nature humaine est-elle ainsi faite qu'elle n'accepte le progrès qu'à son corps défendant? Toujours est-il que ce honteux marché de chair humaine était exercé au grand jour et sans le moindre scrupule. C'est surtout au siècle dernier, alors que la culture des plantes industrielles en Amérique, coton, canne à sucre, café, etc. , prit une si grande extension, que le nombre des esclaves africains augmenta. On a calculé que deux cent mille nègres étaient chaque année transportés au nouveau monde. L'Afrique devenait une fabrique d'hommes. Les excès de ce commerce homicide amenèrent une prompte réaction. L'Angleterre eut la gloire d'attacher son nom à cette réforme. Elle avait pourtant pris sa part à ce hideux trafic. Ses négriers s'étaient même signalés entre tous par leur âpreté au gain et leur sanguinaire activité; mais enfin ce furent des hommes d'État anglais qui protestèrent les premiers contre la traite des nègres. Ils réussirent même, au congrès de Vienne en 1815, à arracher aux parties contractantes l'expression énergique de leur répulsion, et, dès lors, ils ne renoncèrent plus à cette croisade antiesclavagiste. Dès 18io, ils établirent une croisière permanente sur la côte d'Afrique. En 4838, ils allèrent plus loin encore, et, résolument, supprimèrent l'esclavage dans leurs colonies. Les unes après les autres, les puissances européennes les ont imités. Il ne reste aujourd'hui en arrière que le Portugal et l'Espagne. La France a supprimé la traite en 1848. Cette suppression a réagi d'une manière heureuse sur les populations indigènes et changé les conditions du commerce au Sénégal. Les négociants en effet ne se sont plus contentés de transporter aux comptoirs sénégalais
les marchandises dont les esclaves faisaient ie solde; ils ont demandé à la région qu'ils visitaient ses productions particulières et lui ont apporté en échange ce qui lui manquait. A nous d'étudier ces diverses productions.
Pendant longtemps, la gomme fut la principale, on pourrait môme dire la seule production du Sénégal. On nomme ainsi la substance mucilagineuse que transsude le tronc des acacias sénégalais, et qui rend de si grands services à l'art médical pour ses propriétés spéciales, à l'industrie pour l'apprêt des étoffes et des vernis. C'est au xviiie siècle seulement que les Hollandais révélèrent à l'Europe cette gomme comme un produit similaire de la gomme d'Arabie ou d'Egypte. Ils la nommèrent d'abord gomme de l'Inde, parce quelle formait un article pour ceux de leurs navires qui venaient de l'Inde. Elle ne tarda pas à compter parmi les objets d'exportation de la côte. Sa production est pourtant restée à peu près stationnaire *. Cette production augmenterait si les forêts, où l'on récoite la gomme, étaient exploitées régulièrement; mais ce sont les Maures, ou plutôt les esclaves des Maures, qui sont chargés de la récolte. Or, comme les acacias qui la fournissent sont embarrassés de lianes ou hérissés d'épines, ces esclaves considèrent cette récolte comme une corvée : d'ailleurs cette corvée n'amène ni habitudes régulières de travail ni même effort d'intelligence. Un simple bâton recourbé en croc suffit pour détacher la gomme, et la récolte appartient à qui la ramasse. Les Maures se contentent de nous vendre la quantité, en retour de laquelle ils reçoivent des étoffes, des ustensiles ou des armes. Les acacias qui produisent la gomme croissent tous dans le voisinage du Saliara. Quand souffle l'harmattan, qui s'est échauffé au contact des sables du désert, ses
V Voici à cet égard quelques chiffres significatifs :
Année
offliives hi-rilants contractent et fendent l'écorce des arbres, et en lont couler, sous l'orme de larmes, la gomme, qui bientôt se coagule au grand air; eu sorte que la récolte est toujours en raiiport avec la durée ou la violence du vent. Il y a, comme dirait Leibnitz, harmonie préétablie entre l'iiarmattan et la gomme. Il est la cause, elle est l'elfet; mais une récolte qui repose sur la durée plus ou moins prolongée du vent est singulièrement aléatoire, et, dans de semblables conditions, on ne londera jamais une colonie agricole qui ait quelque chance de succès. De plus, le commerce de la gomme a longtemps été comme un monopole entre les mains des Maures, qui l'avaient limité à certaines escales et à certaines saisons, et devenaient de plus en plus exigeants. Ils avaient fini par croire qu'on mangeait de la gomme en France, et que cette précieuse denrée était mdispensable à notre subsistance. De là des vexations de tout genre et peu d'empressement de la part de nos négociants. L'avenir du Sénégal n'est donc pas dans la production de la gomme.
Il en est autrement d'une plante dont on connaissait à peine le nom il y a une quarantaine d'années, et dont personne ne soupçonnait les précieuses propriétés, l'aracJiide, dont la culture, tout en procurant le bien-être des habitants, les accoutume à un travail régulier, les tîxe au sol, les initie à la piOjM'iété et à la culture, et assure au commerce et à l'industrie un article important. L'arachide croît spontanément dans tout le Sénégal. C'est une herbe annuelle, rameuse et poilue. Ses fleurs sont petites, jaunes et géminées. Le fruit se recourbe vers la terre, s'y enfonce et accomplit sa maturation à plusieurs pouces au-dessous de la surface. Les graines ont la grosseur d'une noisette et une saveur assez agréable, surtout après avoir été torréfiées L'arachide produit une huile grasse, qu'on prétend d'aussi honne qualité que l'huile d'olive et qui se conserve longtemps sans rancir. Ce n'est pas le seul usage de ce précieux arbuste. Son amande sert aussi de nourriture aux bestiaux; on prétend môme qu'elle remplacerait le cacao pour la fabrication du chocolat. Sa tige enfin sert de fourrage aux bestiaux, quand elle est fraîche, et de combustible ou d'engrais quand elle est desséchée. Les soins les plus simples suflisent à sa culture. En trois ou quatre mois, la plante est semée et
récollée. Tous les terrains lui conviennent, surtout les plus secs. Ce sont autant d'admirables conditions pour faire passer de l'indolence et du vagabondage à la vie agricole des populations que rebuterait une plus longue durée de soins. En effet, les Sénégalais se sont adonnés avec empressement à un« culture aussi avantageuse. L'aracliide commence à être fort recliercbée en France, surtout dans le Midi. L'huile que la graine contient, dans une proportion de 33 0/0, trouve son eu)ploi dans la savonnerie, le graissage des laines et l'éclairage. Elle sert même comme huile comestible, pure ou mélangée à l'huile d'olive#
En 1839, on exportait du Sénégal :
8,629,661 kilog. d'arachides, valant 2,243,712
En 1863.... 9,037,349 — — 6,778,012
En 1876.... 23,984,941 — — 6,!)03,037
Eu 1880.... 52,816,040 — — 13.204,010
Eu 1881.... 59,970, US — — 14,991,034
Il est au Sénégal une autre plante oléagineuse qui semble également appelée à un bel avenir commercial. On la nomme le béraff. C'est la graine de deux melons d'eau ou pastèques, le ciicurmis melo et le cucurbila miroor, que les indigènes consomment crus, mais dont ils gardent la graine, pour la vendre. Celle graine, moins encombrante que l'arachide, donne, assure-t-on, une huile meilleure encore, à la fois utils à l'alimentalion et à la saponilication. En 185o, la production locale du béraff débutait par 3 tonneaux; on en a compté 200 en 18S7, 800 en 1858, aujourd'hui plus de 30,000, et ce chiffre ne peut qu'augmenter. Le Sénégal semble d'ailleurs la terre promise des graines oléagineuses : non-seulement toutes celles qu'on récolte en France y croissent pour ainsi dire spontanément, mais on y rencontre encore des produits spéciaux, le pignon d'Inde, le pourgueire, la noix de touloucana, la noix de palme, et le modeste mais utile ricin.
Le colon el l'indigo méritent une mention spéciale. Le cotonnier pousse dans toute la vallée du Sénégal. Les femmes en ramassent la quantité nécessaire à chaque famille, la cardent et la filent. Un tisserand indigène en fait des tissus qu'il teint ensuite. Les échantillons de tissus sénégalais introduits en France n'ont pas été appréciés avec faveur par les manufacturiers. Il est vrai de dire que la négligence des habitants dans
LE SÉNÉGAL 'i^
le triage de la graine ou le classement des brins dépassait toute mesure. Depuis quelques aimées, on a fait à Dakar des plantations modèles qui promettent de meilleurs résultats. Quant à l'indigolère, il croît, ainsi que le cotonnier, spontanément et partout. 11 se passe de soins, résiste à tous les lléaux,et peut donner jusqu'à trois récoltes par an. Le? noirs en obtiennent des teintures du plus bel éclat. Il pourra faire concurrence à l'indigo du Bengale, pour peu qu'on améliore la fabrication de la pâte.
Nous ne parlerons que pour mémoire du froment, du mil et du riz, qui servent à l'alimentation générale; mais nous devons une mention spéciale au maïs; au tabac, dont on cultive deux espèces, l'une à priser, l'autre à fumer; à quatre ou cinq espèces de soies végétales ; à une multitude de légumes et de fruits, dont plusieurs rappellent aux Européens les jardins de la patrie- Une plante nouvelle, un moment populaire en France, le sorgho à sucre, a fait récemment son apparition au Sénégal et y a très bien réussi. Il ne faudrait pourtant pas exagérer cetle tendance à l'introduction de produits nouveaux, car les particuliers gaspillent souvent en tentatives stériles leur temps et leur argent. Mieux vaut s'en tenir aux productions indigènes, qui certes ne manquent ni de variété ni d'abondance.
Pour achever cette énumération des produits végétaux du Sénégal, il nous reste à dire quelques mots des forêts. Elles sont nombreuses, et abondent en essences variées, dont quelques-unes précieuses. Voici le nom des principales : le gonatier (acacia Adansonii) et le cailcedra (elaya Senegalensis), qui servent aux constructions navales et à l'ébenisterie ; le detarr, le rené, le rCdimby et le solum, dont on emploie l'écorce pour la teinture, etc.
Des végétaux passons aux minéraux. Les richesses minérales du Sénégal sont encore mal connues et à peine exploitées. Gorée reçoit delà Gasamance environ 800 barriques de coquilles destinées à la fabrication de la chaux et qui sont directement consommées par la colonie. Sur la lagune de Gandiole, au sud de Saint-Louis, on exploite le sel, denrée précieuse, ([ui dans l'intérieur vaut presque son pesant d'or. Des Maures Douaiches ont apporté à Saint-Louis des échantillons de ce qu'ils appelaient des pierres noires et qui étaient du charbon;
mais on n'a l'ait aucune fouille, et par conséquent on ne connaît pas la richesse du gisement. Les noirs de la Falémé ont encore apporté des échantillons de terre contenant du mercure à l'état natif. Le fer est ahondant. On le rencontre presque partout à fleur de terre. M. Mage raconte que l'armée d'Ahinadou, à la saite de la(|uclle il était entraîné, ayant manqué de balles, quelques soldats ramassèrent des échantillons de fer qu'ils trouvèrent au ras du sol et fabriquèrent en une nuit plusieurs milliers de projectiles. Les procédés d'exploitation sont encore bien rudimentaires, et , comme le 1er ne manque pas en Europe, les indigènes seuls le récoltent pour leurs besoins locaux.
Restent les métaux précieux, et l'or en première ligne. On connaît depuis longtemps l'or sénégalais. Dès le xiv« siècle, nos Normands trouvaient dans leurs comptoirs de la côte de la poudre d'or. Les Portugais qui les remplacèrent ne négligèrent pas ces trésors, que grossissaient leurs convoitises. Ils pénétrèrent même dans le pays producteur, le Bambouk, dans le bassin supérieur du Sénégal; mais ils disparurent après une occupation de peu de durée, car ils ne surent résister ni au climat, ni aux indigènes, ni à leurs propres dissensions. Les Français leur succédèrent de nouveau. André Brue allait à la recherche de l'or, quand il s'enfonça dans le pays en 4098 et y fonda le fort de Saint- Joseph ou de Galam,le premier de nos élablissements dans le haut Sénégal. Seize ans plus tard, en i il4, il fondait sur la Falémé le fort Saint-Pierre et envoyait à Paris de nombreux échantillons d'or. Ce fut le dernier de nos gouverneurs qui s'occupa sérieusement des mines du Bambouk. Ses successeurs laissèrent dépérir nos établissements. Peu à peu, on les oublia. On finit même par croire que cette Clalifornie africaine n'avait jamais existé que dans l'imagination de certains voyageurs. En 1843, deux Français, MM. Huart et Baffenel, résolurent d'éclaircir à tout prix ce mystère irritant. Ils arrivèrent non sans peine à Sansandig, sur la Falémé, et se trouvèrent au seuil de la région aurifère, là où la récolte de l'or se lait par le simple lavage des sables. Quelques jours de marche les conduisirentà Kenieba, oii ils furent reçus avec empressement et initiés à tous les détails d'une exploitation primitive. Ces mines sont situées dans un terrain d'alluvion, oîi
les indigènes ci euscnt des puits d'une profondeur de 7 à 40 mètres , ahoutissant à une galorio horizontale qui se prolonge rarement au delà de 50 mètres. Le minerai, extrait par gros fragments, est jeté dans dos calebasses pleines d'eau, où des lenimes l'écrasent en le pétrissant et le lavent à plusieurs reprises. Le résidu est transporté dans une valve de co(|uille, où il subit de nouveaux lavages. Il est ensuite réduit en poudre avec de petits cailloux. La poudre sèche au soleil; on soutdo dessus, et il ne reste que l'or, obtenu en paillettes ou en molécules. Le précieux métal est alors gardé dans des cornes de gazelle, jusqu'à ce qu'on en ait ramassé une quantité suffisante pour le fondre dans un creuset. Ces procédés primitifs laissent perdre une énorme quantité de métal. D'ailleurs les terres lavées constituent la minime partie de celles qu'on pourrait exploiter. Enfin les puits et galeries sont rudimentaires et souvent détruits par des infiltrations. Parfois, surtout aux flancs des montagnes, de superstitieuses terreurs écartent toute recherche. Notons encore, comme dernier trait de mœurs, que ce sont les femmes qui exploitent les mines; les hommes ne sont admis qu'à extraire le minerai ou à faire sentinelle à main armée.
La présence des gisements aurifères est donc constatée, mais l'exploitation n'a pas été améliorée. En 1852 le commandant Rey, en 1856 M. Flizes reconnurent de nouveau le pays. En 1858, le gouverneur en personne alla construire un fort à Kenieba et fi, commencer les travaux; mais, soit mauvaise direction, soit recherches infructueuses, l'entreprise n'a pas réussi. Les mines du Bambouk sont pourtant fort riches et ne forment, sans doute, qu'une veine détachée des Alpes africaines. Ce vaste massif récèle probablement dans ses flancs un vaste champ d^or, à en juger par la quantité que les indigènes fournissent depuis quatre siècles aux Européens, sans autre manipulation que de grossiers lavages. Le dernier mot n'est donc peut-être pas encore dit sur les placers sénégalais.
Sel, fer, charbon et or, ce sont jusqu'à présent les seuls produits minéraux qu'on ait découverts au Sénégal. Terminons cette revue des ressouces sénégalaises par l'étude de la faune.
Les moutons du Sénégal ne sont utiles que comme viande de boucherie : leur laine ne peut servir, attendu que , par un
i.S LES COLONIES FRANÇAISES
effet bien connu des pays chauds, ils n'ont qu'un poil soyeux et court. Les bœufs au contraire sont fort reclierciiés. Ou les nomme bœufs à bosse, à cause de la tumeur graisseuse qu'ils ont sur le garrot, et bœufs porteurs, à cause de leur aptiludt; à porter de lourdes charges avec un pas égal à celui du cheval. Ils sont fort appréciés dans nos Antilles, surtout à la Guadeloupe, à cause de leur douceur, de leur sobriété, de leur résistance à la fatigue et de leur puissance de travail. Les fins et abondants pâturages qui couvrent surtout la rive gauche du Sénégal permettent de les multiplier à l'infini. Le bas prix de la viande, qui \arie de 60 à 80 centimes le kilogramme, témoigne d'une grande facilité d'éducation et promet des bénéfices à tout spéculateur qui découvrira des débouchés. D'ailleurs, pour un peuple qui naît à la civilisation, rien ne convient autant que l'élève du bétail. Les chevaux du Sénégal sont de bonne race, mais peu nombreux encore. Ils résistent avec peine aux ardeurs énervantes du climat.
Les animaux féroces sont assez rares, et ils n'attaquent l'homme que sous l'influence de la faim. Le plus redoutable est le lion. 11 n'a pas de crinière. Il aime à suivre les troupes d'antilopes, dont il fait sa principale pâture, mais ne dédaigne pas le menu gibier, surtout les pintades. Il sait très-bien observer les passes tracées dans les herbes par ces oiseaux, qui volent rarement, et d'un coup de patte en abat des files. Le lion est souvent en compagnie de deux autres animaux, avec lesquels il a pour ainsi dire contracté alliance. On raconte en effet que le marabout, cette grue africaine, dont la queue orne parfois la tête de nos élégantes, forme société avec le lion sénégalais. Il Tavertit du danger par ses cris aigus, et le lion, pour le remercier, lui abandonne les débris de ses repas. Le chacal suit également le lion, auquel il sert de pourvoyeur. Parmi les autres carnassiers, on cite encore la panthère, le chat-tigre, le lynx, l'hyène et la genette. L'hyène n'est pas à craindre pour l'homme, mais elle est tellement vorace qu'il faut recouvrir de pierre et d'épines les tombeaux, afin de protéger les restes qui y sont renfermés. Quant aux geneltes, elles sont grosses comme de petits chiens et sont fort recherchées à cause de leurs poches remplies de venin. Les plus connus des herbivores sont les éléphants. Ils sont activement pourchassés,
à cause du leurs délenscs, et sont devenus larouclies et redoutables. V hippopotame se rencontre en bandes assez nombreuses. Ses dents sont recliercliées pour la fabrication des dentiers arliliciels. Il faut encore mentionner la girafe, VantUope, le cobalt, le sanglier, V agouti et le lièvre. Trois espèces de singes habitent la r(!^gion : le singe gris à ventre ])lanc dans le bas lleuve,le gologo ou singe de nuit près de Podor etdeSaldéet le cynocéphale à poil roux, dont le museau et le cri ressemblent à ceux du chien. Les cynocéphales sont intelligents et s'apprivoisent assez vite. On les prend en leur présentant un ap|*âï dans une calebasse. Ils y passent la main et ne peuvent plus la retirer.
Au nombre des échassiers se place au premier rang ïoAitrw che, dont le riche plumage est un objet de convoitise pour les nègres. Giiassée à outrance, l'autruche devient rare. Le gouvernement devra sans doute intervenir, comme l'ont fait les Anglais au Cap , afin d'empêcher la disparition de l'espèce. Viennent ensuite, parmi les gallinacés, l'outarde, la poule de Pharaon, la pintade, la perdrix, la caille, la gelinotte, etc.; parmi les palmipèdes, l'innombrable tribu des canards; parmi les passereaux, des espèces aussi jolies que variées, qui depuis peu sont expédiées en Europe en assez grande quantité.
Les reptiles sont peu nombreux : un seul est dangereux, le trigonocéphale. Nous devons une mention spéciale au crocodile ou plutôt au caïman, qui infecte les eaux sénégalaises. Il est insensible à la balle ronde, mais la balle conique pénètre assez aisément sa carapace. Les nègres sont très-friands de sa chair, qui répugne au contraire auxEuropéens, à cause de son odeur musquée. L'instinct de cet animal est très développé. A peine a-t-il noyé sa proie, qu'il la cache dans des creux sous l'eau et invite ses congénères à la partager. Les noirs sont parfois enlevés par eux. La tradition est qu'il faut enfoncer les doigts dans les yeux du caïman pour lui faire lâcher prise.
Le poisson, qui pendant l'hivernage abandonne les côtes du Sénégal, y pullule quand arrive la saison sèche. L;i morue s'y rencontre fréquemment, surtout au banc d'Argiiin. 11 est même singulier que personne encore n'ait songé à tirer parti do ces richesses. Des Portugais avaient autrefois, paraît-il, fondé des pêcheries, dont il reste des vestiges. Rien ne serait
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r.O LES COLONIES FRANÇAISES
plus facile que de les imiter sur ces côtes sénégalaises, où les coups de vent sont rares et où la chaleur, dans celte saison, est tempérée |)ai- les brises du nord. Même en admettant, et rien n'est moins prouvé, l'insuHisance de la morue pour aliiiîonter ces pêcheries, beaucoup d'autres variétés de poissons pourraient être salées et marinées, et un nombie encore plus considérable convertis en engrais. L'industrie de la colle de poisson tirée des vessies natatoires des silures commence à prendre une certaine importance, ainsi que celle des écailles de tortue- Telles sont les principales productions du Sénégal. Variées, abondantes et riches, elles ne peuvent qu'augmenter lorsque des mains intelligentes les auront mises en valeur. L'agriculture surtout semble appelée à une grande prospérité, et cela sans trop d'efforts ni de sacrifices. Attirer les indigènes, les inviter à cultiver des plantes dont la vente est assurée, secouer leur indolence et provoquer leur émulation par quelques encouragements honorifiques ou pécuniaires, c'est la méthode la plus sûre. Quant aux colons européens, il n'est besoin que de les protéger. Ils se tourneront, et d'ailleurs se sont déjà tournés vers les travaux agricoles, du jour oîi ils y ont trouvé honneur et profit. Ceci nous conduit, après avoir étudié le sel et les productions du sol, à étudier les populations qui l'habitent, et l'avenir réservé à notre colonie.