‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 32 sur 62 · TUNISIE DU NORD · texte numérisé non relu

TUNISIE DU NORD

Tunis, capitale de la Régence, située par 36° 47' 39" de latitude nord et 7° 51' de longitude est, à 10 kilomètres de la mer, sur les bords d’une lagune peu profonde, la Bahira ou petite mer, qui la sépare du golfe de Carthage. La population, composée d’éléments très divers, n’a jamais été recensée exactement. On Tévalue à 200 000 habitants environ, dont 100 000 musulmans, 50 000 Israélites tunisiens, 8 000 Français, 35 000 Italiens (2), 5 000 Maltais, 500 Grecs, 1 000 Levantins, Syriens, etc. Sans offrir au touriste le splendide panorama d’Alger, la ville arabe de Tunis, mol-

(i) L’administration évalue l’ensemble de la population de la Tunisie à 1 500 000 habitants ; mais ce chiffre paraît trop faible, et celui de i soo ooo est généralement accepté comme plus exact.

Les étrangers sont au nombre de 82 ooo. L’élément italien s’accroît rapidement, surtout dans la population rurale : il compte aujourd’hui plus de 67 ooo immigrants. Les Maltais sont au nombre de I2 OOO. Les Français (civils) sont en progrès : 25 ooo ; les troupes forment un effectif de i o ooo hommes (Voir page 433).

La population indigène comprend approximativement i 500 ooo mulsumans et 60 000 israélites, en tout i 560 ooo individus.

Cette population, indigène ou européenne, est concentrée, pour les trois quarts, dans les villes principales, qui se succèdent sur le littoral, et dans quelques centres de l’intérieur.

Population des villes. Contrôle ou province de Tunis : Tunis, 200 000 hab. (Voir ci-dessus); La Goulette, 5 ooo hab.; Zaghouan, 2 loo hab.

Contrôle de Béja : Bêja., 12 ooo hab.

Contrôle de Sousse : Sousse, 25 000 hab., dont 5 000 Européens; Monastir, 8 ooo hab., dont 300 Européens ; Mehdia, 6 ooo hab. ’

Contrôle de Grombalia : Nabeul, 1 ooo hab.; Eammamet, 6 ooo hab.

Contrôle de Sfax : Sfax, 45 OOO hab.

Contrôle de Gabès : GaLès, 10 ooo hab.; Djerba, 44 000 hab.

Contrôle de Gafsa : Gafsa, 5 ooo hab.; trois oasis : Tozeur, I5 000 hab.; El Oudiane, 6 ooo hab.; Nef ta, 10 ooo hab.

Contrôle de Kairouan : Kairouan, 20 ooo hab.

Contrôles de Thala et de Maktar ; ? hab.

Contrôle du Kef : El Kef, 6 ooo hab.; Téboursouk, 2 400 hab.

Contrôle de Souk-el-Arba : Souk-el-Arba, 1 500 hab.

Contrôle de Bizerte ; Bizerte, 20 ooo hab.; Mateur, 2 ooo hab.

(2) 43 500 Italiens ont fait leur déclaration de séjour à Tunis de mai 1898 à janvier 1901. Déduction faite des décédés et des départs pendant cette période-, on peut évaluer au moins à 35 000 ceux qui résident actuellement à. Tunis.

LA TUNISIE

lement étendue sur une colline aux faibles ondulations, charme les yeux par son caractère nettement oriental.

« De cette grande tache de maisons pâles surgissent les dômes des mosquées et les clochers des minarets. A peine distingue-t-on, à peine imagine-t-on que ce sont là des maisons, tant cette plaque blanche est compacte, continue, rampante. Autour d’elle, trois lacs qui, sous le dur soleil d'Orient, brillent comme des plaines d’acier. Au nord, au loin, la Sebkha-Errouan ; à l’ouest, la Sebkha-Seldjoumi, aperçue au-dessus de la ville; au sud le grand lac Bahira, puis en remontant vers le nord, la mer, le golfe profond, pareil lui-même à un lac dans son cadre éloigné de montagnes. Par un jour de plein soleil, la vue de cette ville couchée entre ces lacs est la plus saisissante et la plus attachante peut-être qu’on puisse trouver sur le bord du continent africain. » (Guy de Maupassant, La Vie errante.)

La cité indigène est partagée en quatre quartiers distincts : d’abord la Médina avec ses mosquées et ses'medersas, ses palais et ses rues voûtées, sa paisible population de talebs et d’ulémas, de commerçants, de fonctionnaires et de rentiers, puis la harat, sorte de ghetto où grouille la foule misérable des juifs tunisiens. Impossible de se faire une idée de ce labyrinthe de ruelles étroites où circule le plus extraordinaire mélange de types humains qu’il soit possible de rêver. Les rues de l'Église et de la Kasbah sont les deux artères principales sur lesquelles viennent s’embrancher d’innombrables et tortueux passages, tantôt bordés, comme le Souk-el-Hout, de -maisons basses avec une simple porte sans fenêtres, tantôt comme la rue du Pacha., s’allongeant entre des édifices plus élevés percés d’ouvertures protégées par de forts grillages. Partout de sombres et étroites impasses, des arceaux jetés d’un bord à l’autre des ruelles, des colonnades soutenant des constructions lourdes et massives. Aucun plan n’a été suivi dans la construction de la ville indigène; elle s’est développée au gré du caprice de ses habitants. Une grande avenue circulaire sépare le centre de la ville indigène des faubourgs de Bab-el-Djazira et de Bab-Souika. C’est dans ce dernier quartier, près de la mosquée du Sahab-et-Taba (garde des sceaux), sur la -place Halfaouine et dans les rues avoisinantes que les indigènes musulmans organisent les réjouissances habituelles du mois de rhamadan. Les monuments les plus intéressants sont les mosquées dont la principale est la Dj amâa-ez-Zitouna (mosquée de l’Olivier), siège d’une université musulmane fréquentée par plusieurs centaines d’étudiants. A citer également le minaret octogonal de la mosquée de Sidi-ben-Arous et les coupoles de la mosquée de Sidi- Mahrez. Bien d’autres édifices tels que le Tourbet-el-Bey (tombeau des Beys) et l’ensemble des constructions encadrant la place et le square du Bar-el-Bey., sollicitent également l’attention du visiteur, sans compter les souks., c’est-à-dire les rues voûtées où se débitent les parfums, où l’on brode les merveilleuses étoffes et les riches harnachements, où Ton fabrique les lourds bijoux dont se parent les femmes indigènes. « Chaque corporation a sa rue, et l’on voit tout le long de la galerie, séparés par une simple cloison, tous les ouvriers du même métier travailler avec les mêmes gestes. L’animation, la couleur, la gaieté de ces marchés orien-

Tunis. Vue générale.

LA TUNISIE

taux ne sont point possibles à décrire, car il faudrait en même temps en exprimer l’éblouissement, le bruit et le mouvement. Quand le soir vient, tout le quartier des souks est clos par de lourdes portes à l’entrée des galeries, comme une ville précieuse enfermée dans l’autre. » (Guy de Maupassant, La Vie errante.)

De la porte de France aux rives de la Bahira s’étend une immense plaine marécageuse, que traversaient seuls autrefois les égouts à ciel ouvert, répandant dans l’atmosphère leurs exhalaisons fétides. Le quartier

Tunis. La porte de France.

neuf de Tunis est entièrement construit sur ces vases peu à peu solidifiées. Les rues généralement assez larges et plantées d’essences à feuillage persistant se coupent toutes à angle droit. La principale artère, longue de plus de 700 mètres, assure les communications de la vieille ville et du port. La partie haute, connue sous le nom à'uvenue de France, est le centre des affaires et du mouvement. Avec ses grands magasins, ses cafés et brasseries, ses hautes maisons à arcades, ce coin de Tunis est aussi vivant qu’une grande ville d’Europe, h'avenue de la Marine lui fait suite et allonge vers les rives du lac ses quatre rangées de ficus. Tout au fond un square très coquet, où se dresse le monument élevé à la gloire de Jules Ferry. Sur les avenues de Paris et de Carthage s’alignent de grandes maisons de rapport dépourvues de tout caractère pittoresque. La place de Rome, la rue d’Italie, la rue Es-Sadikia sont aussi bordées de

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beaux magasins. Peu de monuments dans ce nouveau quartier. De la résidence générale, située au cœur de la ville, on ne peut guère

mentionner que le jardin. Une cathédrale de style composite s’élève en face de l’habitation du représentant de la France. Plus loin, l’hôtel des postes, monument d’un bel aspect quoique un peu massif. Une sorte de

Tunis. Mosquée de Sidi Mahrez. — Phot. Albert.

LA TUNISIE

quartier administratif s’élève dans le voisinage de la kasbab, à la limite de la ville indigène. C’est là qu’ont été construits le collège Sadiki, petit bijou d’architecture arabe, le palais de justice, également édifié dans le genre mauresque, enfin l’hôpital français, situé hors des murs sur un plateau bien aéré. Un parc de 100 hectares sur la colline du Belvédère, à 1 kilomètre de la ville. Des tramways électriques y conduisent les promeneurs. Plus loin se trouve le jardin d’essais, où d’immenses pépinières fournissent chaque année aux colons des plantes de toute nature. Sur la lisière du jardin est bâtie l'école coloniale d'agriculture. Du Belvédère on domine les bassins creusés dans les boues du lac pour les besoins du commerce. Tunis est, en effet, devenue un port le 28 mai 1893, date à laquelle

L’escalier des lions au Bardo. — Phot. Garrigues.

fut inauguré un bassin d’opérations de 300 mètres de large sur 400 mètres de long, creusé à 6“,50 de profondeur. Ce bassin est relié à la haute mer par un canal de 10 kilomètres de longueur et 6"", 50 de profondeur. Les quais, établis en maçonnerie et pavés en bois, ont une longueur de 600 mètres ; ils sont sillonnés de voies ferrées et bordés de hangars.

Le port de commerce de Tunis est le plus important de toute la Régence. En 1899, le nombre des passagers a été d’environ 65 000, et les exportations ou importations se sont élevées à 272 000 tonnes, représentant un mouvement de plus de 3 000 navires. A l’entrée, on trouve des céréales de toute nature, farines et semoules, vins et spiritueux, fers, houilles, tissus de coton et toiles; à la sortie, du blé et de l’orge, des huiles d’olive et de grignons, des vins, des minerais. Les importations du port de Tunis ont doublé de valeur de 1893 à 1899. Les exportations ont oscillé sans tendance marquée.

Tunis est la résidence du représentant du gouvernement de la République dans la Régence, du général commandant la division d’occupation, de l’archevêque de Carthage, primat d’Afrique. Les directions des Finances,,

VILLES PRINCIPALES 4SI

de l’Enseignement public, des Postes et Télégraphes, de l’Agriculture et du Commerce, des Travaux publics, des Antiquités et Arts y sont également réunies. Tunis possède un ^tribunal civil, un lycée et un groupe d’établissements affectés à l’enseignement indigène.

Le Bardo, à 3 kilomètres à peine de Tunis, était relié à cette ville par un petit chemin de fer remplacé par un tramway courant sur une route bordée de beaux arbres et de nombreuses villas. Le Bardo con-

Ancien canal de La Goulette. — Phot. Albert.

sistait autrefois en un amas de palais autour desquels s’étaient groupées les habitations de la domesticité des beys et des seigneurs de la cour. Déjà sous la dynastie des Hafsides c’était un lieu de plaisance pour les souverains tunisiens; il devint en même temps un refuge quand on l’eut entouré d’épaisses murailles et pourvu d’une garnison. Les beys de la famille husseïnite y firent édifier de nouvelles constructions tantôt dans le goût italien, tantôt dans le genre arabe. Faute d’entretien, un grand nombre de ces bâtiments étaient tombés en ruine. Le gouvernement du protectorat les fit démolir, ne conservant que les parties présentant un intérêt artistique, telles que la mosquée, et le palais proprement dit avec la fameuse cour des lions, la salle du trône, la salle de justice et la partie aux marbres ouvragés. L’ancien harem est devenu le musée Alaoui,

LA TUNISIE

qui renferme, avec un grand nombre de chefs-d’œuvre de la sculpture antique, une magnifique collection de mosaïques romaines,

La Groulette (en arabe Ealk el Oued), située sur cette étroite langue de terre qui sépare le lac Bahira de la Méditerranée, au point où aboutit le canal de Tunis à la mer. Population sédentaire, 5 000 habitants, en majorité israélites ou pêcheurs italiens; environ 500 Français. Deux petits bassins de 4 et 6 hectares de superficie et d’une profondeur de 2™, 50 à 3*", 50 abritent encore une nombreuse flottille de bâteaux de pêche, mais les grands paquebots ne font plus que passer devant ses murs pour se rendre directement à la capitale de la Régence. Son doux climat et ses belles plages ont pourtant sauvé La Goulette d’une ruine complète. En été, plus de 15 000 habitants se pressent dans les villas qui avoisinent la petite ville. La Goulette neuve, Kheir Eddine, Le Kram, avec leurs coquettes habitations et leurs jardins embaumés, prolongent la vieille ville du côté de Carthage, dessinant le long de la mer une immense ligne blanche qui forme un saisissant contraste avec le bleu profond des eaux.

Cartilage. — Cet isthme étroit où pullule la vie se détache de la colline que Carthage couvrait autrefois de ses hautes maisons. Leurs débris sont presque partout ensevelis sous une épaisse couche de terre. Çà et là cependant les patientes recherches du P. Delattre et de M. Paul Cauckler ont mis à jour de curieux spécimens d’habitations romaines et byzantines, des ruines de basiliques, des sarcophages entièrement conservés. Le mobilier des anciens cimetières a pris place dans les salles du musée de Saint-Louis, où se trouve réunie une collection unique d’objets d’art phéniciens. Ils sont là sous la garde des pères blancs du cardinal Lavigerie, qui a fait élever sur le sommet de Byrsa une cathédrale bâtie dans le genre oriental. De tous les points de l’horizon, on aperçoit sa masse énorme, dominant les bâtiments du séminaire et la petite chapelle érigée en l’honneur de Louis IX. Plus loin, accrochés aux flancs du promontoire qui ferme vers l’ouest le golfe de Tunis, s’égrènent les cubes blancs de Sidi-bou-Saïd, uniquement peuplés de riches musulmans, qui se partagent entre cette station et La Marsa, à 2 kilomètres plus loin sur une baie ouverte à la brise rafraîchissante du nord-ouest. Séjour ordinaire du bey et résidence d’été du ministre de France, La Marsa, enfouie dans la verdure, est un des coins les plus pittoresques de Tunisie. Tout cet ensemble de petites agglomérations voisines de La Coulette est rattaché à cette ville et à Tunis par un chemin de fer autrefois exploité par la Compagnie italienne Rubattino, racheté le 29 juillet 1898 par la Compagnie française Bône-Cuelma. La longueur de cette voie ferrée est de 30 kilomètres seulement, mais telle est l’intensité du mouvement entre Tunis et La Coulette-La Marsa que plus d’un million de voyageurs sont transportés annuellement par la compagnie en 1899.

Hammam-Lif, à 17 kilomètres de Tunis, sur le chemin de fer qui mène à Sousse et au cap Bon, est une charmante station balnéaire au pied du Bou-Kournine, le long d’une plage bordée de villas. Les eaux

Wv'-f:

Colonies I

Ancien port de Carthage. — Phot. Neurdein.

Cathédrale de Carthage. — Phot. Neurdein.

thermales d’Hammam-Lif, d’une température de 46 à 49°, attirent un grand nombre de baigneurs pendant l’hiver, mais c’est surtout en été que la population s’accroît par l'afflux des Tunisiens fuyant la lourde atmosphère des villes de l’intérieur. Un casino a été construit ainsi qu’un établissement thermal, aménagé avec tout le confort moderne.

Zagliouan, rattachée au contrôle civil de Tunis, est le siège d’un caïdat et le point terminus d'une voie ferrée de 55 kilomètres. Bâtie au pied de la montagne, la ville, peuplée de 2 000 indigènes et d'une centaine

de Français, est entourée de jardins qui offrent au printemps le charmant spectacle de leurs arbres fruitiers couverts d'une neige de fleurs. L’abondance des eaux permet d’actionner un certain nombre de moulins arabes. Aux environs, les ruines romaines sont nombreuses. La plus fameuse est le Temple des eaux, construit pour abriter la source qui alimentait autrefois Carthage et dont on use encore aujourd’hui pour Tunis et sa banlieue.

Béja, à 120 kilomètres à l'ouest de Tunis, est reliée par un embranchement de 13 kilomètres à Pont-de-Trajan, station du chemin de fer d'Algérie, sur la Medjerda, à 107 kilomètres de Tunis. Population, 12 000 habitants, dont 300 Français. Construite sur une colline aux pentes

VILLES PKINCIPALES

abruptes, la ville indigène est dominée par la kasbab. Une ligne de remparts flanqués de tours massives enserre complètement le dédale de ses rues tortueuses et étroites, vrais sentiers de chèvres entre des maisons basses. Quatre portes principales permettent de pénétrer dans Béja. Du haut de la kasbab on aperçoit le quartier européen groupé autour de la gare. Plus loin l’immense plaine où mûrissent les céréales qui font de Béja le premier marché de grains de la Régence. Chef-lieu d’un contrôle civil, Béja est appelée à devenir un centre important de colonisation.

Sou'k:-el--A-rba (en arabe le Marché du dimanche)^ à 156 kilomètres à l’ouest de Tunis. Chef-lieu d’un contrôle civil et station de la vallée de la Medjerda au point de croisement des routes de Tabarca, Aïn Drakam, Le Kef avec la voie ferrée qui mène en Algérie. Population actuelle, 1 500 habitants environ en majorité européens. Les Français sont au nombre de 400. Cette petite cité, construite en plaine, est d’allure assez coquette. Son développement est rapide bien que ce soit un des points les plus chauds du nord de la Tunisie. Le marché de Souk-el-Arba est très important surtout au moment de la récolte des céréales.

Eizerte. — En arabe Benzert (la fille de la Syrte), ville maritime, chef-lieu d’un contrôle civil et d’une subdivision militaire, à 60 kilomètres au N.-O. de Tunis par la route, à 95 kilomètres par la voie ferrée- La population est d’environ 20 000 habitants, dont 2 000 à 3 000 Français, 4 500 Européens, 8 500 indigènes, et environ 5 000 hommes de troupe. L’élément européen augmente avec rapidité.

La ville est bâtie sur les pentes d’une colline d’où l’on découvre tout à la fois le golfe et la nappe bleue d’un lac qui s’enfonce à 15 kilomètres dans l’intérieur des terres. Un étroit goulet, bordé de maisons, assurait autrefois les communications du lac et de la mer. Il a été comblé et remplacé par un canal de 100 mètres de large ouvert à travers l’isthme de sable de 1 kilomètre qui obstruait le passage. La destruction du pont du vieux canal a enlevé son caractère oriental au quartier indigène qu’on avait si justement surnommé « la Petite Venise ».

Néanmoins, la Bizerte arabe avec son enceinte à peu près intacte,' ses minarets, sa kasbab assise sur le bord de l’eau, la blancheur de ses édifices, conserve encore un aspect très pittoresque. L’industrie indigène n’existe plus guère que pour les besoins locaux.

Dans le quartier européen s’élèvent les bâtiments administratifs, contrôle civil, douanes, postes et télégraphes, écoles publiques, quelques habitations particulières, tout cela épars çà et là sur un damier à l’américaine, dont les espaces vides se remplissent rapidement. Le quartier de plaisance est le faubourg de Bijouville, peuplé de villas habitées par des fonctionnaires et des officiers.

Une compagnie française a créé à Bizerte un port de commerce muni de tout l’outillage moderne. Constituée par décret beylical du 11 mai 1890, elle a ouvert un canal d’accès de la mer au lac, protégé du côté du large par deux jetées de pleine eau, d’une longueur respective de 1 000 mètres

LA TUNISIE

et de 950 mètres. Des appontements, quais ou wharfs, sur une longueur de 200 mètres, des grues et divers engins de manutention ont été établis dans une partie du chenal, où la largeur fut augmentée de manière à permettre l’accostage d’au moins deux navires. Cinq feux de ports guident les navires. Cet outillage fut complété par des terre-pleins, hangars, bureaux, voies ferrées, un bac à vapeur, etc. En échange, la compagnie obtint une concession d’exploitation du port pour soixante-quinze ans et une subvention de 6 millions de francs, la propriété des terrains conquis par suite des travaux du port, enfin le droit exclusif d’exploiter les deux pêcheries du lac de Bizerte et de Tindja. Le port de commerce, ne pouvant être maintenu dans le chenal, va être déplacé, et les installations nouvelles seront faites soit dans la baie de Sebra, c’est-à-dire dans le lac, soit à la Ksiba, à l’abri de la jetée nord. Le mouvement commercial du port de Bizerte s’est élevé, en 1899, à 37 000 tonnes à l’entrée et à 8 000 tonnes environ à la sortie. Il est alimenté à l’exportation par le blé et l’orge, quelques tonnes de minerais des Mogods, et surtout par les expéditions de poisson frais ou en conserve provenant des pêcheries du lac. A l’importation, on trouve des farines et semoules, vins et spiritueux, chaux et ciments, houille. Ce mouvement commercial tend à s’accroître à mesure que Bizerte devient un port de ravitaillement pour les navires allant de Gibraltar à Port-Saïd. Vivres frais, bœufs, poisson, légumes y abondent, ce qui lui donne une grande supériorité sur Malte. Une vingtaine de grands paquebots s’y sont arrêtés pour charbonner en 1899. Trente-deux navires y sont également entrés en relâche forcée.

En même temps les ministères de la Guerre et de la Marine se sont préoccupés d’assurer solidement la défense d’un point qui commande l’entrée d’un lac où peuvent évoluer sans crainte les plus gros cuirassés.

Une défense mobile constituée par une quinzaine de torpilleurs, avisos et garde-côtes, a été établie à proximité du canal, dans une anse bien abritée dite la Baie sans Nom. Les deux rives du canal sont elles-mêmes reliées par un pont transbordeur. Enfin des forts et des redoutes, couronnant la ligne des hauteurs, défendent les approches du côté de la mer. Ces moyens ont été reconnus insuffisants, et tout un plan de travaux nouveaux est en pleine exécution. L’élargissement du canal à 200 mètres et le remplacement du transbordeur par un tunnel assurant la permanence des communications, la construction d’une immense digue de pleine eau perpendiculaire à la jetée nord, l’augmentation du nombre des unités navales, la construction de nouvelles batteries munies de canons à tir rapide, enfin la permanence d’une forte garnison sous les ordres d’un général, et la création d’une préfecture maritime feront de Bizerte une place forte de premier ordre.

L’arsenal indispensable à tout cet organisme est à Ferryville (Sidi- Abdallah), à l’extrémité sud du lac, à 15 kilomètres dans l’intérieur des terres. Des ateliers de réparation pour les gros cuirassés, des bassins de radoub y sont en voie d’achèvement. En cet endroit encore désert il y a deux ans à peine, plus de cinq mille Européens vivent agglomérés. Déjà une ligne de chemin de fer raccorde l’arsenal et la cité naissante à

Le vieux'port de Bizerte. — Phot. NeurJein.

LA TUNISIE

la voie ferrée de Tunis à Bizerte. Dans quelques mois, la flotte française trouvera là un refuge assuré.

Le Kef [El Kef, le rocher), à 175 kilomètres de Tunis, accrochée à la montagne du Dyr, vieille forteresse qui commandait les routes d’Algérie avant la construction du chemin de fer de la Medjerda. Population, 6 000 habitants, presque tous indigènes. Siège d’un contrôle civil où l’on ne compte guère plus de 400 à 500 Français, Le Kef présente l’aspect ordinaire des villes arabes construites en montagne. Elle est défendue par une kasbah et entourée d’une enceinte fortifiée, aujourd’hui sans valeur. A l’intérieur de la ville, c’est toujours l’inextricable fouillis de ruelles serpentant entre des cubes blanchis à la chaux. Quelques bâtiments administratifs et un petit nombre de maisons européennes donnent à certains quartiers une physionomie plus moderne. Pas d’industrie spéciale.

Hammamet, située dans le golfe du même nom, à 65 kilomètres à l’est de Tunis, par le chemin de fer. Population, 6 000 habitants, dont une cinquantaine de Français. « La mer vient baigner les murs de la ville du côté de l’est; vers le nord et le nord-ouest, s’étendent de vastes cimetières ombragés par de vieux arbres que le sable envahit chaque jour davantage, car il assiège Hammamet de tous les côtés. La ville, dans son enceinte fortifiée, contraste par la blancheur de ses murs avec l’azur des flots. Quelques barques de pêche ou de commerce se balancent dans la baie; les jardins sont remplis d’arbres odorants. »

Grand marché d’oranges, mandarines, citrons et grenades. Fabrication d’essence de rose et de jasmin.

Nalbeul, à 75 kilomètres de Tunis, par voie ferrée, n’est éloignée de la mer que de 1 kilomètre environ. Population, 7 000 habitants, dont une centaine français. Très nombreuse colonie israélite. Avec sa ceinture de jardins plantés d’orangers, citronniers, mandariniers, grenadiers et cédratiers, Nabeul offre le coup d’œil d’une charmante petite ville indigène. En outre, l’industrie y est prospère. On y fabrique des tissus, des nattes de jonc et surtout des poteries expédiées dans toute la Régence, en Algérie et en Tripolitaine. Un industriel français a réussi à obtenir des potiers de Nabeul l’emploi de procédés modernes permettant une fabrication plus soignée, mais conservant les vieux modèles et les traditions anciennes. Nabeul fournit la, plus grande partie de l’eau et de l’essence de fleurs d’oranger consommées dans la Régence.

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