‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 33 sur 62 · TUNISIE CENTRALE ET SAHEL · texte numérisé non relu

TUNISIE CENTRALE ET SAHEL

Sousse, pricipale ville du Sahel tunisien, à 150 kilomètres de Tunis par le chemin de fer, au fond d’une baie largement ouverte que l’art des ingénieurs a transformée en un port très sûr. Population, 25 000 habitants, dont 1 200 Français et 5 000 Européens. Chef-lieu d’un contrôle civil et

Sousse à vol d’oiseau. - Phot. Albert,

LA TUNISIE

d’une subdivision militaire. Siège d’un tribunal civil. Musée d’antiquités phéniciennes et romaines. Bâtie en amphithéâtre sur une colline qùi regarde la mer, complètement entourée par une muraille crénelée, flanquée de tours et de bastions, Sousse offre du large le merveilleux panorama de ses maisons blanches qui descendent en gradins des hauteurs de la kasbah. L’enchantement disparaît quand on pénètre dans la ville. Pourtant, en gravissant les raidillons qui mènent à la ville haute, on rencontre quelques belles constructions arabes. La grande mosquée^ avec ses plafonds soutenus par des arcades sur pieds-droits, mérite de fixer l’attention. Quant au Ksar-Er-Rebât^ sorte de château transformé en medersa où vivent quelques étudiants, c’est probablement une ancienne construction byzantine rebâtie au temps des Aghlebites. Le quartier des souks est loin de pouvoir être comparé à celui de Tunis.

En dehors des remparts, le long de la mer, les Européens ont construit une ville nouvelle. De larges avenues, quelques promenades plantées d’arbres, un square où se fait entendre la musique militaire donnent à cette partie de Sousse l’aspect d’une jolie bourgade de France. Respectant la vieille cité indigène, le nouveau quartier s’étend vers le port, inauguré le 25 avril 1899. Le bassin d’opérations, long de 350 mètres, large de 400 mètres et profond de 6“,50, a une superficie de 14 hectares. Il est protégé contre les vents du large par une grande jetée de 670 mètres de long, qui abrite elle-même deux autres digues de 256 mètres et 658 mètres, laissant entre elles un passage de 70 mètres pour l’entrée des navires. Des quais complètent cet ensemble de travaux. Le long de la mer circulent des voies ferrées. Divers engins de levage sont mis à la disposition des bateaux pour le chargement et le déchargement des marchandises. Cette œuvre a été accomplie par la compagnie concessionnaire du port de Tunis. Sousse étant le débouché naturel de toute la Tunisie du centre, le mouvement des marchandises s’est élevé, dès les premières années, à 84 000 tonnes. Le nombre des passagers a été de 7 000 ou 8 000. Ou trouve à l’importation des céréales de toute nature, farines et semoules, vins et spiritueux, tissus de coton; à l’exportation, du blé et de l’orge, des huiles d’olive et de grignons. Ces derniers produits sont manufacturés à Sousse dans de grandes usines installées avec tous les perfectionnements modernes.

IVTonastir, à 22 kilomètres de Sousse, est un petit port assez actif. La population comprend environ 8 000 indigènes, parmi lesquels vivent 300 Européens et une centaine de Français. Vue de la mer, avec sa grosse tour ronde et ses hautes murailles, Monastir est très pittoresque. De grandes plages de sable fin bordent ses remparts. Les musulmans y enterrent leurs morts, et la plaine apparaît toute parsemée de koubas et de pierres tumulaires. Sur une pointe exposée à l’assaut des vagues, la mer a découpé de longs couloirs où l’eau s’engouffre avec fracas. Dans la ville même, aucun monument digne d’intérêt. Fréquenté surtout par les barques grecques pendant la saison de la pêche aux éponges, par des barques siciliennes qui viennent y prendre des sardines, anchois et allaches, le port de Monastir a un mouvement de 7 000 à 12 000 tonnes de mar-

chandises, entrées et sorties, en y comprenant les céréales et les huiles. En face de Monastir^ à quelques centaines de mètres de distance, se trouvent trois îles. Dans l’une, la Tonnara, est un établissement installé pour la pêche des thons et la fabrication des conserves de poisson. C’est îa seule industrie locale.

ÜVEoknine, à 25 kilomètres au sud de Monastir, tête de ligne d’un chemin de fer vers Sousse. Population, 7 000 habitants, parmi lesquels une vingtaine de Français. Du haut des terrasses de Moknine, on embrasse le panorama de l’immense sebkha qui s’étend entre le ras Dimas et le cap Africa, et qu’entoure de toutes parts la forêt d’oliviers. C’est du produit de ces arbres que vivent les habitants de Moknine. D’importantes transactions sur les huiles et les grignons y ont lieu chaque hiver. Quelques usines à huile y ont été construites. On cultive aussi, dans les environs, beaucoup de céréales.

ÜVCelidia, à la pointe du cap Africa, à 60 kilomètres de Sousse, est une ville de 6 000 habitants, dont quelques centaines d’Européens. Les paquebots mouillent en rade à 500 mètres environ de la côte. Le mouvement annuel des marchandises est de 20 000 à 25 000 tonnes. Comme les petits ports voisins, Mehdia exporte surtout des grains, des huiles et des grignons. C’est aussi un centre de pêche important, et l’on y prend beaucoup de sardines et d’allaches. L’enceinte, construite par les Arabes, a été remaniée à diverses reprises, notamment par les Turcs.

Aucun monument moderne, mais de nombreux vestiges de l’antiquité, caries Phéniciens et, après eux, les Romains avaient utilisé la position du cap Africa.

Sfax, située par 34® 43' de latitude nord et 8^20' de longitude est, à 125 kilomètres de Sousse, occupe sur le littoral une position avantageuse à l’abri des îles Kerkena. Chef-lieu d’un contrôle civil. Population, 45 000 habitants, dont 3 000 Européens, parmi lesquels 600 Français. Bâtie dans la plaine avoisinant la mer, Sfax est à peine visible du large. On distingue confusément une ligne continue de hautes murailles derrière lesquelles se déroule à perte de vue une campagne d’un vert foncé semée de distance en distance de points éclatants de lumière. Ce sont les innombrables petites habitations indigènes disséminées dans les jardins où mûrissent, avec le raisin, la figue, la grenade, l’abricot, l’orange, la mandarine, le citron et le cédrat. Cette zone de culture fruitière n’a pas moins de 15 kilomètres de large. Au delà, ce sont les immenses étendues couvertes d’oliviers. Immédiatement au pied des remparts s’étend la ville des morts dont la solitude forme un contraste frappant avec l’animation et le bruit de la rue des Forgerons^ un des coins les plus vivants et les plus pittoresques de Sfax, avec la rue des Balcons et le quartier des souks. Les indigènes ne sont pas seulement serruriers et forgerons habiles, ils tissent également des étoffes diverses et fabriquent de la sparterie. C’est cependant la culture qui occupe le plus grand nombre, et les jardiniers sfaxiens sont justement réputés. Suivant le système adopté dans toute la

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Régence, c’est en dehors de la ville arabe que s’est construit et que se développe le quartier européen. Quelques édifices publics construits dans le style mauresque, des promenades et des avenues plantées d’arbres ; enfin un vaste jardin public, permettent de se rendre compte des progrès accomplis. Sfax est reliée à Gafsa par un chemin de fer, qui lui amène les phosphates du Metlaoui et donne à son port une grande activité. Ce port, autrefois incommode, a été complètement refait parla Compagnie con-

Entrée de la ville arabe de Sfax. — Phot- Neurdein.

cessionnaire de Sousse et de Tunis. Il se compose aujourd’hui d’un bassin d’opérations de 10 hectares creusé à 6“,50 de profondeur, d’un chenal de 22 mètres de largeur et 3 kilomètres de longueur creusé à la même cote, de deux quais longs de 594 mètres, enfin de chenaux affectés à la petite batellerie et menant à des darses de 1 200 mètres et 5 600 mètres de superficie. Sur les terre-pleins sont établies des voies ferrées longeant deux hangars pour les marchandises. Enfin la Compagnie des phosphates de Cafsa a établi un immense élévateur destiné à faciliter l’embarquement des minerais. Inauguré le 25 avril 1897, le nouveau port de Sfax a vu croître rapidement son tonnage effectif. Les exportations limitées d’abord aux huiles, aux céréales et aux alfas ont brusquement passé de 25 000 tonnes en 1898 h 85 000 tonnes en 1899, année où commença l’exploitation des phosphates de chaux de Cafsa. Aux importations on trouve des céréales de

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