‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 36 sur 62 · SPHÈRE D’INFLUENCE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

SPHÈRE D’INFLUENCE FRANÇAISE

LE PAYS

Le Sahara peut être défini la zone à pluies irrégulières et rares (moins de 20 centimètres par an), comprise entre la zone des pluies subtropicales d’hiver, c’est-à-dire les pays méditerranéens, et la zone des pluies tropicales d’été, c’est-à-dire lê Soudan. Ses limites n’ont rien de précis et, surtout en l’état actuel des connaissances, ne peuvent être fixées avec certitude. On évalue sa superficie à environ 6 200 000 kilomètres, soit à peu près les deux tiers de l’étendue de l’Europe.

De cette immense zone désertique nord-africaine, la plus grande partie a été réservée à l’influence française par divers traités, notamment les conventions de 1889 et de 1890 avec l’Angleterre. Le Sahara français s’étend ainsi au sud de nos possessions d’Algérie et de Tunisie jusqu’à l’océan Atlantique à l’ouest, jusqu’au bassin du Niger et au lac Tchad au sud. Nos colonies méditerranéennes se trouvent donc reliées, théoriquement tout au moins, d’une part à nos colonies du Sénégal et de la boucle du Niger, d’autre part à nos postes de l’Oubangui et du Baguirmi, extension du Congo français. Mais la région est loin d’être occupée entièrement ou même connue, et les communications entre nos diverses colonies ne sont pas effectives. En nous faisant attribuer ces territoires, nous avons seulement entendu réserver l’avenir, en quoi nous avons sagement agi. L’exploration ultérieure de la zone d’influence française nous fera connaître quelles parties méritent d’être occupées, quelles au contraire — et ce sont probablement les plus nombreuses — ne seront pour nous que des charges sans compensation ; elle nous apprendra aussi s’il y a lieu d’établir des communications transsahariennes entre les diverses colonies françaises, de quelle sorte doivent être ces communications et quelles directions il convient de leur faire suivre.

Quoi qu’il en soit, le Sahara français, même en ne tenant compte que de la superficie actuellement occupée, ne peut plus désormais être considéré au point de vue géographique comme une simple annexe de l’Algérie-Tunisie, qu’il dépasse en superficie. Au point de vue politique, il convient aussi de donner à nos confins militaires sahariens une organisation spéciale, car il importe que la pénétration obéisse à une impulsion unique et à des méthodes semblables, dans les trois provinces algériennes et en Tunisie d’abord, puis au nord et au sud du Sahara, à In- Salah et à Tombouctou.

Nature, relief et aspects du sol. — C’est à tort que l’on a cru longtemps la surface du Sahara partout unie et sablonneuse. L’orographie, d’accord avec la géologie, enseigne à distinguer au Sahara deux

Vue du chott Melrir. - Phot. Geyser.

La plaine de Biskra; vue prise du col de Sfa. — Phot. Neurdein.

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i parties, séparées par une ligne un peu sinueuse dirigée du nord-est au sud-ouest, du cap Guir au Darfour. L'ossature de cette limite est constituée par deux massifs archéens surmontés de volcans éteints, l’Ahaggar et le Tibesti, qui atteignent des hauteurs de 1 800 à 2 000 mètres. Tout le Sahara méridional et occidental, au sud de cette ligne, parait occupé ! par des terrains primitifs et paléozo'iques. Les terrains archéens et les roches éruptives forment également d’autres massifs montagneux, qui émergent comme des îles, et dont les principaux sont l’Aïr (1 500 m.), l’Adrar des Aoulimmiden, et l’Adrar de l’ouest (600 m.), non loin de la côte atlantique.

Le Sahara français septentrional, compris entre l’Ahaggar ou massif central targui et l’Atlas, est relativement beaucoup mieux connu. A l’Ahaggar s’adossent une série de plateaux gréseux dévoniens, notamment le Mouydin et le Tassili des Azdjer. Une grande auréole de plateaux crétacés, comprenant le Mzab, le Tademayt, le Tinghert, la Hamada el Homra, sépare les deux bassins d’atterrissements du Melrir à l’est et du Gourara à l’ouest, recouverts d’alluvions tertiaires et quaternaires. Le bassin du Melrir ou de l’Igharghar, constituant le bas Sahara, s’incline du sud au nord ; le bassin du Gourara ou de l’oued Saoura, formant le haut Sahara (700-^00 m.), a sa pente générale du nord au sud. Deux grands massifs de dunes, l’Erg occidental et l’Erg oriental, occupent une surface importante dans chacun de ces deux bassins hydrographiques.

En somme, le Sahara est une région très simple au point de vue géologique et orographique. Les formations des différents âges s’y montrent en couches régulières sur d’énormes distances. Il ne présente pas de véritables systèmes de montagnes aux couches bouleversées par de grands phénomènes de plissements, mais plutôt des plateaux étagés où les couches sont affectés de faibles ondulations, des pâtés montagneux découpés par l’érosion et rehaussés par des éruptions locales. On s’imaginait autrefois que le Sahara était un ancien fond de mer récemment émergé, et on attribuait à cette cause son aridité actuelle. Cette conception a été reconnue complètement fausse : les arguments que l’on invoquait (altitudes négatives, dunes, salure des chotts et des sebkhas) reposent sur des faits mal observés ou n’ont nullement la signification qu’on leur attribuait. Le Sahara a ses montagnes, ses plateaux et ses dépressions. Il ne diffère pas géologiquement des autres contrées du globe ; « il a ses granits comme la Bretagne, ses grès dévoniens comme l’Angleterre, ses calcaires crétacés comme la Champagne, ses calcaires éocènes comme le bassin de Londres, ses terrains volcaniques comme l’Auvergne. » (Schirmer.)

Cependant, dans le détail, les formes du terrain présentent au Sahara des aspects particuliers, que désigne un vocabulaire spécial. Les paysages sahariens affectent le modelé insolite et inachevé propre aux déserts. Ce modelé se rencontre partout où l’eau n’est pas le plus énergique des agents qui modifient le sol et s’explique par l’action de la sécheresse actuelle du climat, en y joignant cette considération que le Sahara a passé, aux temps géologiques antérieurs, par une phase très humide. Les phénomènes d’érosion et de transport s’effectuent ainsi dans des condi-

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lions très différentes de celles qu’on observe dans les pays à humidité normale. L’absence de la végétation, qui ailleurs adoucit les pentes, protège les reliefs, masque les entailles, couvre les débris, contribue plus que tout le reste à donner au Sahara sa physionomie originale. De là l’aspect déchiqueté et ruiniforme, la fréquence des pentes abruptes et des parois verticales ; le squelette de la terre apparaît en quelque sorte à nu. Le versant de la montagne est rarement relié à la plaine par un talus doucement incliné de matériaux meubles, comme dans les pays d’humidité régulière ; on passe brusquement de versants raides à des surfaces horizontales.

L’absence de végétation livre le sol sans défense aux morsures du vent et à l’action des autres agents externes qui le désagrègent et l’effri-

Les gour, à l’ouest d’Ouargla.

tent. En outre, les matériaux, rendus mobiles et sensibles à l’action de la loi de la pesanteur, qui ailleurs sont repris par les eaux courantes, restent ici sur place ou sont livrés au vent qui en constitue les dunes. Le Sahara apparaît ainsi « comme une région en travail de mort, s’ensevelissant sous ses propres ruines ». (Schirmer.)

Ces quelques indications peuvent suffire pour se rendre compte de l’aspect particulier des paysages sahariens. La forme de relief la plus répandue est la hamada {tassili en berbère), plateau à sol de roches ou de débris de roches, sans eau et sans végétation. Ces plateaux aux couches sensiblement horizontales, et qui couvrent des surfaces immenses, sont traversés par des vallées sèches ou ouâdi^ mot dont le sens est très large au Sahara et qui désigne des dépressions de toutes sortes, souvent même sans thalweg. La hamada se limite par de grandes lignes de falaises découpées, au profil souvent assez accentué, qu’on nomme bâte7i ou djebel (montagne). On appelle gara (plur. gour) une butte isolée.

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débris d’un plateau disparu, témoin laissé par les érosions, à pente raide et à sommet généralement tabulaire. On nomme reg une plaine de sable ferme, ordinairement mêlé de graviers agglutinés. Le gassi est un sol dur, formant généralement un couloir entre deux chaînes de dunes. Les vues ci-jointes, qui représentent une vallée du Dâten (du Tademayt?), la gorge d’Aïn-Souf, par laquelle on descend du Tademayt sur les oasis du Tidikelt, enfin une falaise du Toughert, donnent une suffisante idée de la désolation des paysages rocheux du Sahara, paysages si beaux pour un artiste à cause de la lumière intense qui les colore, mais

Falaise de la hamada du Tinghert, au nord de Timassanine.

si attristants pour ceux qui songeraient à faire au désert autre chose que de la photographie ou de la peinture.

Les dunes représentent l’effet du climat sur les matériaux désagrégés provenant soit des grès, soit des alluvions anciennes. La dune type a reçu le nom de sif (lame de sable). Les grandes dunes comprennent des chaînes allongées et distinctes, rectilignes ou courbes. Elles se groupent, s’étagent et constituent par leur réunion des mamelons à formes moins définies qu’on appelle ghourd (champignon). Enfin les dunes dans leur ensemble forment de véritables massifs montagneux, (plur. Areg^

les veines). Les dunes ne dépassent pas en général 200 métrés et très rarement 300 mètres de hauteur. Elles ne couvrent guère plus de 1/9 de la surface totale du Sahara. Les sables sont d’ailleurs loin d’être aussi stériles que les plateaux caillouteux ou hamadas.

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Les dunes de Biskra. — Phot. Leroux.

Les dunes présentent un spectacle merveilleux et indescriptible. « Ce sont des mirages intenses dans les gassis, dont le plan se perd à l’horizon au milieu d’un ruissellement de lumière. Du sommet des cols on aperçoit le panorama fantastique des innombrables pitons de sable aux tons d’or du côté du soleil, bleu violacé très doux du côté de l’ombre. Les arêtes des oghroud brillent au soleil et dégagent comme une sorte de fumée blonde. » (Foureau.)

En résumé, la cause de l’aridité du Sahara ne doit être cherchée ni dans la géologie, ni dans le relief. « Ce n’est pas le sol infécond qui se refuse à produire, c'est le climat qui le condamne à la stérilité. » (Schirmer.)

Climat. — Le Sahara est voué à la sécheresse parce qu’il est en

hiver un centre de hautes pressions, de calmes et de vents divergents. En été, les vents marins soufflent bien vers le désert surchauffé, mais les vents du nord prédominent, et, se trouvant en contact avec des régions de plus en plus chaudes, ils s’éloignent sans cesse de leur point de saturation.

Les pluies au Sahara ne sont pas absolument nulles, mais elles sont très irrégulières. Il se passe quelquefois neuf ans et davantage sans pluies. Les régions montagneuses reçoivent un peu d’humidité, parce que l’air s’y refroidit en s’élevant. Elles constituent donc au désert des régions relativement favorisées et moins stériles. Mais c’est seulement vers le 15® degré de latitude sud que commence la zone des steppes qui ressent déjà le bénéfice des pluies intertropicales..

La température est caractérisée moins encore par son élévation que par ses variations très considérables et très brusques, car la vapeur d’eau, qui joue le rôle d’un écran protecteur, fait à peu près défaut au désert. Dans le jour, la température atteint parfois 50® à l’ombre, 70° au soleil. D’une bougie laissée au soleil il ne reste bientôt plus que la mèche, et la chaleur du sol est telle que les voyageurs européens se sont vus obligés

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de mettre des sandales à leurs chiens. La nuit, le thermomètre s’abaisse souvent à plusieurs degrés au-dessous de zéro.

Hydrographie. — Les fleuves, sous un pareil climat, ne peuvent être que des fleuves morts. On ne connaît pas au Sahara de cours d’eau permanents ; au dire des indigènes, il y aurait dans l’Ahagghar quelques ruisseaux coulant à la surfaco du sol. Quelques mares qui ne tarissent pas se rencontrent soit dans les dunes, soit à la base des plateaux (lac Menkhough). Lorsqu’il se produit un orage ou une averse passagère, les eaux limoneuses roulent pendant quelques heures dans le lit de l’oued, puis s’arrêtent sans avoir en général réussi à atteindre les bas-fonds où aboutissent les vallées.

L’hydrographie superficielle n’a donc au Sahara aucune importance en elle-même. Ce qui est plus intéressant, ce sont les eaux souterraines : eaux d’infiltration qui se rencontrent à une faible profondeur sous le lit des oueds, eaux artésiennes qui, elles aussi, sont réparties en grand conformément aux bassins hydrographiques actuels.

Flore et faune. — La flore et la faune du Sahara ont dû nécessairement s’adapter au rude climat de la contrée et ont été transformées par son action. Beaucoup de plantes et d’animaux ont disparu. Les végétaux qui ont subsisté se sont protégés contre la sécheresse par des épines, par là position verticale des feuilles, qui offrent à l’évaporation la moindre surface possible, parle développement des racines, qui leur permet d’aller chercher dans le sous-sol l’eau nécessaire à leur alimentation.

Le palmier dattier {phœnix dactylifera) est l’arbre par excellence du désert, et son aire de croissance ou tout au moins de fructification se confond avec lui. Il doit, d’après le proverbe arabe, avoir les pieds dans le feu, conditions qui sont réalisées dans les oasis.

Le chameau joue, au point de vue de la faune, le rôle capital qui est dévolu au dattier dans la flore. Il supporte de longues fatigues et de grandes privations, et peut rester longtemps sans boire, quoiqu’on ait exagéré ses qualités de sobriété et de résistance. En tout cas, il ne peut vivre dans un climat humide.

Au Sahara, l’homme a subi, lui aussi, l’influence des conditions exceptionnelles dans lesquelles il s’est trouvé placé.

Augustin Bernard.

LA POPULATION

Le Sahara est loin d’être le pays entièrement désert qu’on se représentait jadis. Dès les temps les plus reculés, il était parcouru par des tribus qui se servaient de la pierre pour fabriquer leurs armes et leurs outils. A l’heure actuelle, toutes les oasis sont habitées, des villages de sédentaires s’y rencontrent, et des nomades traversent en tous sens les plaines les plus arides. Les Berbères ont pris possession du Sahara il y

LA POPULATION

a un grand nombre de siècles, et, depuis longtemps aussi, des Éthiopiens en ont envahi les parties orientales. Malgré l’opinion de certains auteurs, les nègres ne paraissent être venus que plus tard; ils prédominent dans les régions méridionales. Au nord du désert, les Arabes sont nombreux, mais nous savons qu’ils y sont arrivés à une époque relativement récente.

Toutes ces races se sont croisées et ont donné naissance à un grand nombre de métis. Les oasis du sud algérien sont presque exclusivement peuplées d’individus de sang mêlé; nous citerons notamment les M’zabites

Femmes arabes du Sahara algérien tissant des burnous. — Phot. Neurdein.

et les Ksouriens. Parmi les Touareg eux-mêmes de nombreux mélanges se sont opérés, à tel point qu’à Derdj, par exemple, sur la route de Ghadamès à Tripoli, les Berbères qu’on y rencontre sont actuellement, selon les expressions de Rohlfs, « des noirs bien bâtis aux traits caucasiques ». Schirmer nous dit qu’à la place des puissantes tribus Zanaga et Lemtouna, qui vivaient au xv® siècle dans le Sahara occidental et d’où sont sortis les conquérants du Maroc et de l’Espagne, on trouve aujourd’hui des « nomades sans caractère ni race, qu’on appelle les tribus maures, sorte d’amalgame où entrent, dans des proportions variant à l’infini, le sang berbère, le sang arabe et le sang noir ». Par suite de cette complication ethnique, il est presque impossible de donner, en quelques pages,

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une idée exacte de tous les éléments qu’on trouve actuellement dans le désert. Aussi nous contenterons-nous de décrire succinctement les groupes les plus importants.

Arabes. — Les Arabes du Sahara septentrional sont pour la plupart des Bédouins, c’est-à-dire des nomades vivant sous la tente et élevant de nombreux troupeaux. Nous avons donné, sur leurs caractères et leur genre de vie, quelques détails lorsque nous avons parlé des populations de l’Algérie, et il nous semble inutile de revenir sur ces pasteurs. On rencontre, néanmoins, des sédentaires en petit nombre, qui se construisent des gourbis et exerçent certains métiers. Mais il est d’autres tribus qui se sont établies dans le désert, au milieu des Touareg, dont elles sont devenues les vassales; tels sont les Sekakna et les Mazil^ qui fournissent des chameaux aux caravanes entre le Touat et Tombouctou. Erwin de Bary nous dit que les Kowita des environs de Tombouctou et les Mecliagra de l’Agdàd appartiennent également à la race arabe, quoiqu’ils soient devenus aussi pillards, aussi belliqueux que les Touareg eux-mêmes. C’est également le cas des Chaâmba d’El-Goléa, de Metlili et d’Ouargla. Bien que propriétaires du sol, qui leur fournit des grains et des dattes, ils éprouvent le besoin invincible de se livrer à de fréquentes razzias. En 1875, ils sont partis au nombre de trois cent soixante-quinze, les uns à cheval, les autres à méhari, pour aller piller les Berâber du Maroc. Nous recrutons parmi eux des guides et des convoyeurs qui nous rendent de grands services ; toutefois, ils sont loin de s’être ralliés complètement à la France, et, il y a une douzaine d’années, beaucoup d’entre eux ont quitté la terre française pour aller chez un marabout qui nous était hostile.

Touareg. — Le nom de Touareg {Targui au singulier) a été donné parles Arabes à l’ensemble des confédérations berbères qui vivent dans le Sahara, où elles jouent, sans contredit, le rôle le plus important; on peut dire que les Touareg sont les véritables maîtres du désert. Vers le sud, ils étendent au loin leur domination, puisque le commandant Toutée a eu à les combattre sur le Niger, entre Saye et Zinder. Cette région, habitée par des Foulbé et surtout par des Sonrhaï, renferme des villes avec des gardes et toute une organisation urbaine ; néanmoins, nous dit le missionnaire, « un Touareg, un Touareg tout seul, entre dans la maison qui lui plaît, avise dedans une femme qui pile du mil, prend à sa convenance le mil, le pilon, le mortier, le pagne de la femme et la femme pardessus le marché, sans que le noir, propriétaire de ces différents biens, d’inégale valeur, ait même l’air de s’en apercevoir ».

De grande taille (1“,70 environ), robuste et bien proportionné malgré sa maigreur, le Targui a les cheveux noirs et lisses, les yeux noirs, la face ovale et des traits qui rappellent ceux des Européens. Sa peau, très blanche dans l’enfance, se hâle habituellement sous l’action du soleil. Toutefois, certains adultes conservent longtemps la fraîcheur de leurs premières années. Un chef qui se fit tuer bravement dans un engagement avec la mission Toutée « était un joli garçon, blanc comme du lait, aux

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attaches très fines ; son bracelet de poignard, que j’ai ramassé après la lutte, dit le commandant, était trop petit pour qu'un homme puisse y engager le poignet; jTè n’ai trouvé que des femmes qui fussent capables d’y passer la main ». Cette finesse des extrémités supérieures avait été signalée par Duveyrier, qui ajoute que les pieds « seraient également beaux, si le gros orteil, effet ou cause de la chaussure employée, ne faisait une saillie désagréable à l’œil ».

On rencontre parfois chez les Touareg des individus aux yeux bleus, quoique cette coloration soit moins commune que chez les Kabyles et surtout que chez les Chaouïas. Il est, par contre, assez fréquent de trouver des serfs à peau foncée, ce qui s’explique aisément par le grand nombre de nègres que les Touareg ont réduits en servitude.

Ces pirates du désert, comme on les a justement dénommés, ont la démarche lente, grave, altière, quelque peu saccadée, et le maintien plein de noblesse.

Tous, nobles ou serfs, portent un costume analogue, qui comprend une longue chemise blanche en toile de coton, un large pantalon bleu et une grande blouse de même couleur, serrée à la taille par une ceinture. Les nobles décorent parfois leur vêtement de broderies et quelques-uns portent un pardessus en peau. La coiffure se compose d’une longue calotte j rouge, avec gland en soie, autour de laquelle est enroulée, à la façon d’un turban, une longue pièce d’étoffe d’un bleu très foncé, parfois blanche, qui est ramenée au-devant du visage et ne laisse souvent libres que les yeux. Tous les hommes portent ce voile ou litham, et ne le quittent ni pour manger ni pour dormir. De fortes sandales maintenues par des lanières, dont une passe entre le gros orteil et le second doigt, et un chapelet suspendu au cou complètent le costume national.

Celui des femmes est plus simple encore ; il comprend une ou plusieurs longues blouses, serrées à la taille par une ceinture rouge, une pièce d’étoffe blanche ou de couleur, dans laquelle elles se drapent, et une autre pièce qui recouvre leurs bandeaux de cheveux et encadre leur visage. Le beau sexe ne fait usage, comme objets de parure, que de bagues, de bracelets en verre ou en argent et de quelques grains de verroterie. « Avec d’aussi minces éléments de toilette, les femmes trouvent cependant le moyen de rappeler la pose altière des déesses de l’antiquité. »

LE SAHARA

Essentiellement nomades, la plupart des Touareg n’ont d’autre habitation que la tente. Souvent même ils se contentent de dormir en plein air, abrités seulement par leurs bagages, qu’ils entassent du côté du vent. Néanmoins, dans les parties élevées du Sahara, dans les rares oasis de l’intérieur, en général, dans tous les endroits où on peut rencontrer un peu d’eau, s’élèvent de petits villages composés de maisons en pierres brutes ou en torchis. D’ailleurs le Targui n’est pas industrieux, et il semble n’avoir aucun besoin de confort, le milieu dans lequel il vit ne lui permettant pas de s’offrir une alimentation recherchée. Lorsqu'il

Targui avec la coiffure habituelle Targui avec la coiffure blanche

et le litham. ramenée au-devant du visage.

est talonné par la faim, il mange des gerboises, des lézards, des sauterelles pulvérisées, des peaux d’animaux grillées et découpées en lanières, des racines,' des graines qu’il va chercher jusque dans les fourmilières, etc. En temps ordinaire, sa nourriture se compose de lait, de viande de mouton ou de chameau. Un plat assez estimé comprend de la viande pilée à laquelle on ajoute du lait aigri. Si les vivres font défaut, le Targui se serre le ventre avec sa ceinture et peut facilement rester, nous dit-on, quarante-huit heures sans boire ni manger.

Intelligents, braves et énergiques, les Touareg ont dirigé toute leur activité vers les choses de la guerre. Une vieille haine existe entre eux et les Arabes, qu’ils pillent chaque fois que l’occasion s’en présente. Souvent aussi la guerre éclate entre les tribus sahariennes, et on peut dire que les hostilités ne cessent jamais dans le désert. La razzia, le brigandage sont si invétérés chez les Touareg qu’ils croiraient déchoir en y renonçant. Pour

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eux, les idées de liberté et de pillage sont tellement inséparables que le même verbe signifie à la fois être libre et 'piller. Toutefois, ce sont des hommes qui savent, à l’occasion, tenir leur parole. Lorsque, moyennant une honnête rétribution, ils ont accepté d’escorter une caravane, par exemple, on peut être assuré qu’ils la défendront contre les brigands, ce qui ne les empêchera pas de s’écarter sans cesse de la route pour en jouer le rôle. Vous offrent-ils l’hospitalité? Votre personne sera en sûreté tant que vous dormirez sous leur tente ; mais ils ne se feront aucun scrupule d’inciter leurs amis à vous dévaliser dès que vous aurez quitté l’abri qu’ils vous ont offert.

Brave jusqu’à la témérité, le Targui dédaigne quelque peu les arme à feu; ses armes préférées sont la lance, l’épée droite à poignée en croix, qu’il suspend à sa ceinture, et le poignard, toujours fixé à l’avant-bras gauche au moyen d’un bracelet de cuir. Il fait parfois usage d’armes de jet à lame tranchante et il écrase, dans les combats corps à corps, la tempe de son adversaire au moyen d’un anneau de pierre qu’il porte au bras droit depuis le jour où il a été en âge de prendre les armes et qui ne le quittera pas jusqu’à son dernier jour. Chaque guerrier possède un grand bouclier de cuir, souvent décoré de dessins géométriques.

Les Touareg ont, comme montures, d’excellents chevaux et surtout des méharis ou chameaux coureurs d’une vélocité sans égale. Ces animaux, admirablement dressés, obéissent à une simple pression exercée sur leur cou avec les doigts de pied, ce qui donne au cavalier la liberté de se servir de ses deux mains pour combattre.

Politiquement, les Touareg sont divisés en quatre confédérations, qui

Campement des Touareg du Sud.

LE SAHARA

correspondent à quatre divisions territoriales. Les Azdjer ou Kêl-Azdjer du nord-est et les Ahagqar^ Kêl-Ahaggar ou Iloggar du nord-ouest forment le groupe des Touareg du Nord. Celui du Sud comprend les A'v\ Kêl-A'ir ou Kêl-Oui dans le Sud-Est et les Aoiiélimmiden dans le Sud- Ouest. Chacune de ces confédérations, qui a adopté comme centre de sa

vie politique un système isolé de montagnes , se subdivise en nombreuses tribus, les unes nobles {ihaggâ}'en),\es autres serves (imrhâd ou imghâd).

Il existe, en outre, des tribus de marabouts, composées de nobles qui ont abdiqué tout rôle politique pour conquérir une plus grande autorité religieuse, des tribus mixtes , qui achètent la liberté en payant un impôt aux nobles, et enfin des esclaves nègres traités avec beaucoup d’égards par leurs maîtres.

Les nobles se croiraient déshonorés s’ils se livraient au moindre travail manuel ou même s’ils s’occupaient des bestiaux. Ce sont les imhrâd qui gardent les troupeaux et qui en tirent profit moyennant une redevance annuelle d’un peigne, d’un pot de beurre et du lait de dix chèvres ou brebis. « Dans la pratique ordinaire, dit Duveyrier, le droit du maître restant absolu sur les biens du serf, le maître aime que le serf soit riche en argent, en troupeaux, en esclaves, en mobilier, et il lui laisse toute liberté pour arriver à la fortune, parce qu’il sait devoir trouver là, en cas de besoin, des ressources qui ne lui seront pas refusées, mais dont il n’usera qu’avec discrétion pour ne pas décourager le serf... » Aussi voit-on des imhrâd plus riches que certains nobles. Le serf se transmet par héritage ou donation, mais il ne peut être vendu.

La femme targuie occupe une situation élevée dans la famille; elle est considérée comme l’égale de l’homme et elle gère sa fortune person-

MOULEY,

grand chef des Azdjer Oraghen.

Fac-similé d’une phot. de M. G. Méry.

LA POPULATION

Ksouriens et Arabes nomades, à Ouargla.

nelle. Jeune fille, elle reçoit de l’éducation et arrive souvent à posséder une véritable instruction. Elle peut choisir l’époux qui lui convient, à la condition de ne pas se mésallier. C’est elle qui confère à ses enfants le rang- qu’ils prendront dans la société. Libre de ses actes, elle va où elle veut, et il lui arrive de faire des centaines de kilomètres à méhari pour assister à une soirée où, en compagnie d’autres dames, elle fait de la musique et chante en s’accompagnant du tambour ou d’une sorte de violon.

D'une façon générale, les femmes des Touareg savent lire et écrire

en plus grande proportion que les hommes; c’est à elles qu’on doit la conservation de l’écriture libyco-punique dont toutes les autres populations berbères ont perdu le souvenir. La langue parlée par les nomades du désert est, en effet, le seul idiome berbère qui s’écrive au moyen de ce vieil alphabet désigné sous le nom de tefînagh.

Les Touareg, christianisés en partie à l’époque romaine, ont embrassé, depuis, l’islamisme; mais ils sont loin d’attacher au Coran la même importance que les Arabes. Cette absence relative de fanatisme nous permettra sans doute, quelque jour, de nous en faire de fidèles alliés. Toutefois, étant donnés leur amour de l’indépendance, leur fierté de caractère et leur penchant irrésistible au pillage, il est à craindre que ce jour ne se fasse encore longtemps attendre.

Colonies L

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Nègres. — Il est à peine besoin de parler des nègres du Sahara autrement que pour en signaler l’existence. Ils sont tous originaires du Soudan et reproduisent tous les traits de ceux du Bornou, de Tombouctou ou du Sokoto. Eux ou leurs ancêtres ont fait partie des convois d’esclaves dirigés sur les contrées septentrionales, et ils sont restés en la possession des habitants du désert qui, tout en les maintenant en servitude, leur ont fait une condition assez douce. Ils servent de domestiques, gardent les troupeaux, font les convois, et il n’est pas rare qu’ils se. considèrent comme des enfants de la maison. Quant aux négresses, elles remplissent également le rôle de servantes dans les ménages, ou bien deviennent des cuncubines et accompagnent alors leurs maîtres dans leurs longs voyages.

IVEétis. — Nous avons dit combien sont nombreux les métis dans la région saharienne. Nous ne reviendrons pas sur les Maures du désert et nous nous bornerons à donner quelques indications générales sur les deux groupes les plus intéressants, les Mzabites et les Ksouriens.

Les Mzabites sont, pour la plupart, des métis de nègres et de Berbères. Doux, patients, économes et travailleurs, ils cultivent les oasis situées entre Laghouat et El-Goléa. Le manque d’eau les oblige souvent à creuser, dans le calcaire dur, des puits dont la profondeur atteint de 40 à 70 mètres. Ils fabriquent quelques étoffes de laine qu’ils envoient échanger au Touat par leurs commissionnaires chaâmba, contre du henné, des plumes d’autruche et du cuir. Les hommes émigrent fréquemment dans les villes du Tell pour y exercer quelque commerce, et ils s’empressent de regagner leurs oasis dès qu’ils ont amassé un petit pécule.

Il existe chez les Mzabites, qui ont colonisé le plateau rocheux au sud de Laghouat, un véritable esprit de solidarité. Fixés dans des vallées arides, ils y ont bâti des villes et fait croître des palmiers. Ils ont, dit Schirmer, « des cités organisées, des magistrats, des lois écrites, et certes, leur kanoun^ qui punit le vol d’une amende^et de deux ans d’exil, fait un étrange contraste avec les mœurs du désert ». Musulmans ibâdhites, ils sont considérés comme des hérétiques par la plupart des disciples de l’islam; aussi vivent-ils à l’écart des autres peuples mahométans, et les cinq villes du Mzab se sont confédérées pour résister aux étrangers, notamment aux tribus arabes qui parcourent le Sahara.

Les Ksouriens ne nous donnent pas un semblable exemple de solidarité. Il est vrai que le nom s’applique, dans la province d’Oran, à tous les habitants des ksoui\ c’est-à-dire des bourgades fortifiées situées dans l’extrême sud de l’Algérie, sur le versant saharien. Or, ces ksour renferment une population qui forme un véritable chaos ethnique, au milieu duquel, dit le D*” Lanel, « il est bien difficile de dégager le type du Ksourien actuel; toutes les nuances y sont représentées ». D’une façon générale, on peut dire que cette population résulte du croisement des Berbères avec des négresses achetées jadis aux caravanes du Soudan. Le cornmerce des esclaves ayant été aboli dans toutes les contrées sur lesquelles la France a étendu sa domination, l’apport de sang noir a sen-

LES EXPLORATIONS

siblement diminué dans la région des ksour, et il est probable que le teint des habitants s’éclaircira dans l’avenir.

Les Ksouriens sont vêtus à la façon des Bédouins, dont il est impossible de les distinguer à distance. Musulmans, comme leurs voisins, ils s’adonnent à la culture, presque toujours en qualité de métayers de maîtres puissants. De même que tous les sédentaires des oasis et des contreforts sahariens, ils sont exploités par les nomades, qui vivent un peu à leurs dépens et auxquels leur défaut d’union ne leur permet guère de résister.

Verneau.

LES EXPLORATIONS

Premières tentatives de pénétration. — Avant le XIX' siècle, on savait peu de choses du Sahara. Deux voyageurs anglais, Ledyard et Lucas, avaient bien été chargés, en 1788, par l’Association africaine de Londres, de traverser le continent en écharpe, de Tripoli et du Caire à la côte de Guinée, mais ils étaient morts tous les deux au début même de leur voyage. En 1800, le Hanovrien Horneman, délégué par cette même société, partit de Mourzouk, dans le Fezzan, avec la caravane qui se rendait annuellement au Bornou, et succomba dans le Noupé. En 1817, deux autres Anglais, Ritchie et Lyon, avaient accepté de la même société la mission de traverser le Sahara central, de Tripoli au Bornou; le premier mourut à Mourzouk, et le second dut s’arrêter dans le Fezzan. Ce fut encore l’Association africaine qui, en 1822, envoya les Anglais Oudney, Denham et Glapperton. Oudney mourut dans le Bornou ; mais ses deux compagnons visitèrent, outre le Bornou, le Tchad et Sokoto, et revinrent par Tripoli. Un autre Anglais, Laing, traversa le Sahara de Tripoli à Tombouctou, en 1826, mais il fut assassiné. Plus heureux que lui, le Français René Caillé, qui en 1827-1828 avait gagné Tombouctou en partant de Sierra-Leone, réussit à traverser le Sahara occidental du sud au nord et parvint à Fez. Sur cette même route du Maroc à Tombouctou, l’Anglais Davidson fut assassiné en 1836.

Débuts de roccupation française. — Après la conquête de l’Algérie, ce furent les Français qui désormais prirent la plus grande part à l’exploration du Sahara.

Dès 1832, le cheikh, qui commandait dans le Zab oriental, dans le sud de la province de Constantine, et qui était hostile au bey de cette ville, fit acte de soumission à la France et envoya une députation à Alger. Ben Ganah, qui lui succéda, nous fut également fidèle. En 1841, une colonne parcourut sans difficulté une partie des montagnes de l’Aurès dans lesquelles le bey Ahmed avait trouvé un refuge, mais sans pouvoir néanmoins en assurer la soumission.

En 1844, le duc d’Aumale s’était avancé jusqu’à Biskra, où il avait laissé une garnison, et l’oasis du Ziban avait été soumise. A la- même

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époque, le général Marey poussa jusqu’à Laghouat et entra en relation avec le marabout Tedjini d’Aïn Mahdi. En 1846, Gavaignac franchit les chotts, dans le Sud oranais, et pénétra dans les montagnes des ksour, pendant que le général Renault entrait à El-Abiod, capitale des Oulad- Sidi Cheikh. Leurs colonnes s’avancèrent jusqu’à Tiout et Moghar.

En 1849, un ancien cheikh d’Abd-el-Kader, Bou-Zian, profitant du mécontentement causé par certaines mesures administratives, prêcha la guerre sainte dans les oasis du Ziban. Une première colonne envoyée en juillet sur l’oasis de Zaatcha fut repoussée; une nouvelle expédition, conduite en octobre par le général Herbillon, fut également infructueuse. Le colonel Canrobert fit un siège en règle. L’assaut fut donné le 28 novembre. Canrobert enleva la première brèche, mais il fallut se battre rue par rue, maison par maison. La ville fut détruite de fond en comble et le chef insurgé fusillé. Dans l’Aurès, Nara, qui avait opposé comme Zaatcha une résistance opiniâtre, eut le même sort.

Bientôt après, un marabout naguère dévoué à la France, Mohammed ben Abdallah, secrètement encouragé par la Turquie à son retour de La Mecque, souleva à son tour plusieurs tribus. D’Ouargla il marcha sur Laghouat, dont il s’empara. Le général Pélissier vint assiéger cette ville et l’emporta le 4 décembre 1852, -après des combats meurtriers. Mohammed s’étant enfui dans l’extrême Sud, le cheikh des Oulad-Sidi-Cheikh, Si- Hamza, offrit son concours contre cet agitateur de basse origine, dont il voyait avec jalousie croître l’influence, le poursuivit avec les goums des tribus, soutenus par des colonnes légères, et lui enleva Ouargla ( décembre 1853). Si-Hamza, que les tribus appelaient le kalifa français, fit reconnaître son autorité des frontières tunisiennes jusqu’au Djerid tunisien.

A la fin de 1854, une colonne, placée sous les ordres du général Desvaux, entra à Touggourt après un combat d’avant-garde, tandis que le commandant du Barail y arrivait par Laghouat. Ces opérations amenèrent la soumission de l’oued Rirh et de l’oued Souf.

En 1860, Mohammed ben Abdallah, réfugié à In-Salah, tenta un nouveau coup sur Ouargla. Ce fut encore la famille des Oulad-Sidi-Gheikh qui nous servit : Si-Bou-Becker, fils de Si-Hamza, mit en déroute nos ennemis et rendit Ouargla à la France, qui l’a toujours conservée depuis.

L’intervention des Oulad-Sidi-Gheikh nous avait permis aussi d’entrer en relation avec les Touareg dès 1854. Si-Hamza avait ramené, cette année-là, de Ghat, le cheikh Othman, qui, au nom d’Ikhenoukhen, aménokhal des Touareg Azdjer, promit au gouverneur général de bien accueillir nos négociants. En 1856, le capitaine de Bonnemain parvint à Ghadamès ; en 1858, l’interprète Bou-Derba conduisit une caravane à Ghat et vendit des marchandises dans le pays, mais l’entrée de la ville lui fut interdite. Enfin les voyages de Henri Duveyrier marquèrent le point de départ de l’exploration scientifique du Sahara algérien, en même temps que de la pénétration vers le sud.

Voyag'es de Duveyrier. — Henri Duveyrier n’avait pas vingt ans au moment où il conçut le projet d’explorer le Sahara. 11

LES EXPLORATIONS

s’était fortement préparé à son voyage et se proposait de relier par des itinéraires les positions extrêmes que nous occupions en Algérie aux plaines du Sahara algérien et à leurs oasis. Il ne lui fut pas donné de réaliser entièrement son dessein ; mais on doit à son intrépidité et à sa persévérance la première grande exploration de TAfrique du Nord et l’une des plus fructueuses.

Duveyrier débarqua à Philippeville le 8 mai 1859 et se dirigea vers le Touât, mais l’état politique du pays l’empêcha de l’explorer. Muni d’une lettre de recommandation du cheikh des Oulad-Sidi-Gheikh, il se rendit alors à El-Goléa, où aucun Européen n’avait pénétré encore, et il limita ses recherches aux parties du Sahara algérien qui s’étendent sous les méridiens d’Alger et de la province de Constantine, et plus à l’est dans le sud de la Tunisie.

De retour à Biskra en avril

1860, encore souffrant des fièvres contractées dans l’Oued- Rirh, il apprit que la demande de mission chez les Touareg du Nord adressée par lui au gouvernement avait été favorablement accueillie. Il se rendit à Ghadamès ; là, il s’entendit avec Ikhenoukhen, qui l’accompagna à Ghat. Grâce à cet appui, il put entrer dans la ville, en dépit du mauvais vouloir de ceux qui s’étaient montrés hostiles à Bou-Derba, et renouveler les ouvertures déjà tentées. Il y séjourna quinze jours. De là, les deux voyageurs allèrent à Mourzouk, où un accueil favorable leur fut fait par les autorités turques. Des

■ raisons politiques décidèrent le chef targui à retourner dans son pays. Duveyrier, après une nouvelle excursion dans l’est vers Zouïla, revint à Tripoli par la route de Sôkna, à la fin de

1861. Il se disposait à se rendre à Tombouctou, sous la protection du marabout Sidi-el-Bakkay, cousin du cheikh de cette ville, quand il tomba gravement malade à Alger.

Henri DUVEYRIER (1840-1892).

LE SAHARA

Traité de G-laadamès. — Après la tentative inutile de Duveyrier pour entrer dans le Touât, le commandant Colonieu et le lieutenant Burin avaient, en 1860, essayé à leur tour de pénétrer dans une autre oasis du Sud algérien, le Gourara; mais, malgré la protection des Oulad-Sidi- Cheikh, ils ne purent atteindre Timmimoun.

Cependant, à la suite de la mission de Duveyrier, un voyage en France du cheikh Othman fournit une occasion nouvelle de renouer des relations dans le Sahara. Le gouvernement ayant obtenu la promesse d’un traité de commerce, le maréchal Pélissier, gouverneur général de l’Algérie, chargea le commandant Mircher, le capitaine de Polignac et l’ingé-, nieur Vatonne de se rendre à Ghadamès, près du cheikh des Touareg Azdjer. Les cheikhs Ameur-el-Hadj et Othman, envoyés par l'aménokhal Ikhenoukhen, conclurent avec le commandant Mircher (26 novembre 1862; une convention par laquelle ils s’engageaient à protéger le passage des marchands français jusqu’au Soudan et promettaient de s’entremettre près des Touareg Kel-Oui pour obtenir de ceux-ci qu’ils laissassent nos négociants traverser l’Aïr. Mais aucune mission ne fut envoyée chez les Azdjer, et il suffit du renforcement de la garnison turque de Ghadamès pour empêcher le gouvernement de l’Algérie de donner suite à ses projets.

En même temps, une politique imprévoyante provoquait, dans l’Ouest, un soulèvement des Oulad-Sidi-Gheikh. Le Sahara nous fut fermé pour de longues années.

Insurrections dans le Sud oranais. — On pouvait croire que les tribus du Sud étaient définitivement ralliées à la cause française. Le cheikh des Oulad-Sidi-Cheikh, Si-Hamza, qui avait été investi du commandement de toute la région comprise entre Géryville et Ouargla, nous avait servis avec fidélité ; il en fut de même de son fils aîné et successeur, Si-Bou-Becker; mais son second fils, Si-Sliman, défavorable aux Français et poussé par son oncle Si-Lala, saisit une occasion pour faire défection et marcha sur Géryville. Le lieutenant-colonel Beauprêtre, surpris dans le Djebel- Amour, fut massacré avec son escorte. Si-Sliman avait été tué par lui d’un coup de pistolet; ce fut dès lors le frère de Si-Sliman, Si-Mohammed ben Hamza, qui dirigea la révolte. Bientôt elle s’étendit jusqu’aux tribus du Tell, et les Flitta se joignirent aux Oulad-Sidi-Gheikh.

Le maréchal Pélissier organisa une expédition qui ne donna pas des résultats suffisants. Le général Deligny détruisit le ksar de Slitten, capitale des Flitta, mais l’échec du général Jolivet à El-Beïda, en 1864, rendit aux Oulad-Sidi-Gheikh toute leur audace. Une nouvelle expédition fut ordonnée contre eux par le maréchal de Mac-Mahon, gouverneur général de l’Algérie; le général Wimpfen, ayant sous ses ordres le général Chanzy, infligea plusieurs défaites aux tribus dissidentes, qui déposèrent les armes en avril 1870.

Celte paix ne fut pas de longue durée. Les dissidents, entraînés par un nouveau chef, Si-Kaddour hen Hamza, pénétrèrent dans le Tell, d’où le général Osmont les repoussa.

Le combat de Mégoub (25 décembre 1871), après lequel Si-Kaddour et Si-Lala prirent la fuite, mit fin à l’insurrection.

LES EXPLORATIONS

La même année, le général de Lacroix pénétra dans le pays d’Ouargla, et Je général de GallifTet entra à El-Goléa, qui devait demeurer longtemps encore notre avant-garde dans le désert.

La pacification, qui paraissait définitivement rétablie, réveilla le goût des explorations, et la France chercha bientôt à tirer avantage du traité de Ghadamès.

Explorations de Dournaux-Dupéré, Soleillet et Largeau. — Le premier grand voyage accompli dans l’Afrique du Nord, après celui de Duveyrier, est le voyage de l’Allemand Gerhard Rohlfs. Il s’était proposé de se rendre de l’Algérie à. Tombouctou par le Touât,. mais il ne put remplir tout ce programme. Il pénétra dans le Tafilelt, puis se dirigea sur Ghadamès en touchant à In-Salah, et de Ghadamès il arriva à Tripoli.

En 1865, il descendit de Ghadamès vers le Tchad par Mourzouk, le Tibesti et Bilma.

Un Français audacieux,

Dournaux-Dupéré, voulut comme Rohlfs tenter à son tour de pénétrer dans Tombouctou. Il pensait qu’en tournant les oasis du Touât, que nous fermait la défiance des habitants, il pourrait arriver à son but. Parti en 1874, il parvint à Ghadamès, mais fut as- '

sassiné entre cette ville et le Touât avec son compagnon Joubert.

Dans le même temps, Paul Soleillet, prenant Laghouat pour point de départ, essayait, malgré les dangers de toutes sortes, de pénétrer dans le Touât par le Mzab. Suivi d’une faible escorte, il arriva le 6mars 1874 dans l’un des premiers ksour duTidikelt; mais on lui interdit de pénétrer plus avant.

A son tour, Victor Largeau se proposa de chercher le moyen d’ouvrir une route commerciale entre l’Algérie et le Soudan. Soutenu par l’agha de Touggourt, il arriva à Ghadamès et obtint un traité qui ouvrait aux produits du Soudan un débouché nouveau du côté de l’Algérie.

Paul SOLEILLET (1842-1886).

Phot. Mathieu Déroché.

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Dans une seconde expédition, en 1875, Largeau, accompagné par l’officier de marine Louis Say et par MM. Lemay et Faucheux, constata que les Ghadamésiens revenaient sur la parole donnée et dut faire volte-face. Parti une troisième fois en 1877, il entra dans l’Oued-Righ, arriva à Ouargla et se mit en route pour In-Salah; il s’arrêta en apprenant que des partis de Hoggar et de Châamba l’attendaient au puits d’ïnîfel pour le massa-

crer. Vers la même époque , Louis Say exécuta un voyage dans l’oasis de Temassinin.

Jusque-là toutes les tentatives faites pour pénétrer dans le Sahara étaient donc demeurées stériles , et pourtant personne ne contestait l’utilité qu’il y aurait eu pour notre commerce à ou. vrir à la France et à l’Algérie une route 'vers le Soudan au milieu du désert. En 1879, l’ingénieur Duponchel proposa l’établissement d’une voie ferrée transsaharienne.

Victor LARGEAU (1842-1897).

Piiot. Duburguet.

Le projet de chemin de fer transsaharien. Les mis-

sions Flatters. — En 1879, M. de Freycinet, ministre des Travaux publics, nomma une commission pour examiner ce projet hardi, qui consistait à relier l’Algérie au Soudan par un chemin de fer. Deux tracés furent proposés : l’un, à l’ouest, partant de Méchérria, fut étudié par M. Pouyanne, ingénieur des mines; l’autre, à l’est, le fut par deux missions distinctes : celle de M. Choisy, ingénieur des ponts et chaussées, et celle du lieutenant-colonel Flatters.

M. Pouyanne, accompagné de MM. Chavenord et Bailly, ne put dépasser Tiout, à 46(3 kilomètres de la côte.

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La mission Choisy, partie le 17 janvier 1880 de Laghouat, atteignit Biskra le 16 avril, après un parcours de 1 250 kilomètres environ. Le tracé de Biskra à Ouargla, reconnu comme présentant de nombreux avantages sur celui de Laghouat à El-Goléa, fut recommandé comme tête de ligne du futur chemin de fer.

Le lieutenant-colonel Flatters laissa Ouargla le 5 mars 1880, avec les capitaines Masson et Bernard, les sous-lieutenants Le Châtelier et Brosselard, les ingénieurs Béringer et Roche, et le D’^Guiard. La mission atteignit Aïn- Teïha, traversa l’oasis de ïemassinin, noua des relations avec les Touareg, et parvint le 16 avril au lac Menghough. Les Touareg Azdjer avaient autorisé la mission à franchir leur territoire, mais ils avaient voulu soumettre aux agents du gouvernement turc à Tripoli les communications de Flatters. Les négociations traînaient en longueur, et la situation de la mission au milieu de tribus hostiles devenait dangereuse. Dans ces conditions, le colonel Flatters dut reprendre le chemin de l’Algérie.

Une seconde campagne fut préparée Tannée même. La mission comprenait, outre Flatters, le capitaine Masson, les ingénieurs Béringer, Roche et Santin, le lieutenant de Dianous, le D’^ Guiard, les sous-officiers Dennery et Pobéguin.

Partant d’Ouargla le 4 décembre 1880, Flatters suivit une route non encore relevée : l’oued Mia et les contreforts orientaux du plateau qui s’étend d’El-Goléa au Tidikelt. La caravane se dirigeait d’Amguid sur Asiou, lorsque, le 16 février, à Bir-el-Gharama, elle tomba dans un guet-apens. Flatters était parti avec Béringer, Masson, Roche, Guiard et dix hommes, pour examiner le puits de Tadjenout, dans un chemin étroit où on l’avait attiré. Les Touareg embusqués fondirent sur les Européens et les massacrèrent. Ils poursuivirent ensuite les survivants, qui, manquant d’eau et de vivres, commencèrent une désastreuse retraite à travers le désert. Les Touareg leur vendirent des dattes empoisonnées, qui provoquèrent chez plusieurs une folie furieuse. Le 20 mars,

Le colonel FLATTERS (1832-1881).

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Dianous fut tué par les Touareg dans un combat à Amguid. A partir de ce moment, la retraite fut signalée par des scènes horribles; les malheureux, privés de toute nourriture, s’entretuèrent et se nourrirent de chair humaine. Le 2 avril, dix survivants, dont pas un seul Français, arrivèrent à Hassi-el- Messeguem, où ils furent recueillis par des cavaliers envoyés d’Ouargla à leur rencontre.

Ce tragique événement fît ajourner les études du tracé d’un tran s saharien.

Projet de mer intérieure saharienne. — D’autre part, le commandant Roudaire avait proposé en 1874 d’inonder la région des chotts en coupant le bourrelet qui sépare le chott Fedjij du golfe de Gabès. Ce projet de mer intérieure saharienne fut repoussé en 1882, les dépenses paraissant devoir être hors de proportion avec les recettes probables.

Insurrection de Bou-iAmama. — De nouvelles insurrections contribuèrent encore à retarder notre pénétration dans l’extrême sud. Dès 1876 une tentative de révolte s’était produite près de l’oasis d’El- Amra, au sud de Biskra; elle fut réprimée en peu de jours. Il en fut de même pour les troubles qui éclatèrent dans l’Aurès en 1879. Mais en 1881 le Sud oranais fut plus gravement agité. La nouvelle révolte eut un caractère religieux. Ce fut un marabout, Bou-Amama, de son vrai nom Mohammed ben Arbi, qui excita les populations contre la France. Il était né en 1840 à Figuig, où son arrière-grand-père avait la réputation d’un saint. Il appartenait à la tribu des Oulad-Sidi-Cheikh. En 1875, il vint s’établir avec sa famille à Moghor-el-Tahtani et y fonda une zaouïa. Ses talents comme prestidigitateur et ventriloque lui firent attribuer une puissance surnaturelle, et il n’eut pas de peine à acquérir une grande influence. Les sentiments qu’il manifestait contre nous et ses agissements secrets le firent soumettre à une sévère surveillance de notre part. En 1881 les indigènes du Sud oranais, depuis longtemps gagnés à la cause de Bou- Amama, saisirent une occasion pour lever l’étendard de la révolte. Le moment était bien choisi, car le massacre récent de la mission Flatters et les attaques des Khroumirs, à la frontière de Tunisie, pouvaient faire croire à un affaiblissement de notre autorité en Afrique.

Un officier du bureau arabe de Géryville, le sous-lieutenant Weinbrenner, s’était rendu dans un douar pour arrêter des émissaires de Bou- Amama ; il y fut massacré le 22 avril avec son escorte. Ce fut le signal de la révolte, qui bientôt engloba les Trafi, les Amour, les Cheurfa, les Beni- Guil, et beaucoup d’autres tribus. Plusieurs contingents indigènes furent mis en déroute, et le colonel Innocent!, après une rencontre près de Chellala, le 19 mai, dut battre en retraite et remonter vers le Tell. Le 2 juin, l’inspecteur des télégraphes, Bringard, fut surpris et massacré à Aïn- Defalid avec toute son escorte. C’est alors que la colonne de la diyision d'Oran sous le commandement du général Détrie, s’avança contre Bou-

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Amama ; maïs celui-ci se porta vers le nord, puis vers l’ouest, occup- Frendah le 10 juin, soumit diverses tribus et massacra les ouvriers espagnols des chantiers d’alfa de Saïda. Bou-Amama échappait constamment à l’action de nos colonnes, grâce à la rapidité et à l’audace de ses marches. Aussi, malgré quelques succès partiels, fallut-il prendre des mesures plus énergiques. On chargea alors les généraux Delebecque et Saussier de diriger les opérations.

Au mois de juillet, Bou-Amama tenta une nouvelle incursion, mais il essuya successivement plusieurs échecs, et nos troupes occupèrent Mécheria d’une façon permanente. La situation se compliqua par l’intervention d’un nouvel agitateur, Si-Sliman hen Kaddour, qui, le 17 novembre 1881, tenta un coup de main sur les tribus de Hamian. Cependant nos colonnes avaient mis la région à l’abri de nouvelles attaques. Géry ville et Mécheria furent solidement gardés et les abords; étroitement surveillés par nos goums. Le prolongement du chemin de fer de Saïda jusqu’à Mécheria contribua aussi à refouler les insurgés. Enfin une colonne, sous les ordres du colonel de Négrier, commandant de Géryville, parcourut les ksour de la région, exerça des représailles et détruisit la kouba d’El-Abiod-Sidi- Cheikh. En novembre on fouilla le massif montagneux des Amour et leurs tribus furent soumises. L’insurrection du Sud oranais était vaincue, mais nos soldats eurent encore à réprimer quelques agressions de Bou-Amama, qui s’était réfugié sur le territoire marocain.

Les Oulad-Sidi-Cheikh n’avaient pas non plus entièrement désarmé. La pacification ne pouvait être assurée que par leur soumission. M. Tirman, gouverneur de l’Algérie, chargea, en décembre 1881, le général Thomassin d’entamer des négociations avec eux. Celui-ci y réussit pleinement: la tribu devint notre alliée et 4 000 tentes rentrèrent sur notre territoire.

Le Sahara et la convention franco-anglaise du 5 août 1890. — Mais si la paix était rétablie dans l’extrême sud de l’Algérie, la sécurité était loin d’exister dans les régions plus méridionales. Le Sahara fit encore de nouvelles victimes.

Le lieutenant de cavalerie Marcel Palat, chargé d’une mission du ministère de l’Instruction publique, était parti de Géryville le le*" octobre 1885; il comptait traverser le Sahara pour gagner Tombouctou et revenir de là au Sénégal. Il pénétra bien dans le Touât, mais le 8 mars 1886 il fut assassiné par ses guides, près de Bajoun, sur l’oued Flissen. •

Quatre ans plus tard, un autre Français, Camille Douls, traversa le Touât sans être inquiété; à trois journées d’In-Salah, ses guides, par ordre des chefs de l’oasis, l’assassinèrent durant son sommeil (6 février 1889).

Le traité de Ghadamès restait donc lettre morte. Cependant l’Angleterre s’était avancée par le bassin du Niger jusqu’au cœur du Soudan. Aussi, afin d’assurer pour l’avenir notre pénétration au Sahara, le gouvernement français crut-il le moment venu de faire fixer par un accord la situation respective des deux puissances sur le continent africain. La convention du'5 août 1890 régla à la fois les questions relatives à Madagascar, à Zanzibar, au Soudan. Elle fixa comme limite méridionale de notre influence, dans les territoires situés au sud de nos possessions

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méditerranéennes, une ligne tracée de Say sur le Niger à Barroua sur le lac Tchad.

Cette convention plaçait tous les Touareg dans notre zone d’intérêts et nous assurait les routes du Soudan occidental (soit par Ouargla-Temassinin-Amguid, soit par El-Goléa-In-Salah). En nous laissant un accès au lac Tchad, elle nous permettait d’atteindre le cœur du continent. Nous pouvions pénétrer dans le Touât, l’Adrar, l’Aïr, le Damergou. Toute cette région est dominée par les Touareg, dont le parcours s’étend au sud jusque dans la boucle du Niger et à l’ouest jusqu’au pays des tribus maures, qui les séparent de la côte de l’Atlantique. Le traité du 5 août 1890 marque le début d’une période nouvelle durant laquelle nos explorateurs se sont avancés beaucoup plus avant dans le Sahara (1).

Missions Méry et (5 ’A-ttanoux. — En 1890, le général Philibert et M. Georges Rolland rappelèrent l’attention publique sur la question du transsaharien.

Deux ans après, la Société d’études pour la construction d’un chemin de fer de Biskra à Ouargla, composée de MM. Rolland, E. Blanc, Fock, etc., chargeait Gaston Méry d’une mission géographique et commerciale, au sud d’Ouargla, dans le pays des Touareg Azdjer.

Gaston Méry partit de Biskra à la fin de novembre 1892, et, parvenu à Temassinin, il envoya un émissaire aux chefs touareg. Mais son guide châamba ne voulut pas l’accompagner au delà de Tebalbalet et, à Aïn- Hadjadj, la caravane, réduite par la peur, ne comptait plus autour de son chef que M. François Guilloux et cinq indigènes. Avançant toujours vers le sud, Gaston Méry s’arrêta, le 15 février 1893, au lac Menghough, où les chefs touareg azdjer lui donnèrent l’assurance qu’ils attachaient toujours une grande valeur au traité passé à Ghadamès en 1862.

Il importait de profiter des bonnes dispositions des Sahariens. Dès la fin de 1893, Gaston Méry fut chargé d’une nouvelle mission, que l’état de sa santé ne lui permit pas d’accomplir. Le commandement de la mission fut confié à son second, M. Bernard d’Attanoux, qui partit avec les Pères Hacquard et Ménoret, M. Bonnel de Mézières et plu-

(i) La frontière séparant les possessions françaises et britanniques à l’est du Niger n’est plus aujourd’hui la ligne Say-Barroua. Depuis le traité du 14 juin 1898, le point de séparation est plus au sud, un peu au-dessus d’Ilo; la frontière s’infléchit ensuite pour laisser à l’Angleterre le Sokoto, puis elle redescend pour donner lé pays de Zinder à la France, et elle rejoint ensuite l’ancienne ligne Say-Barroua. (Voir plus loin, au chapitre Soudan, Du Niger au lac Tchad.)

• Quant à la limite orientale de nos possessions sahariennes, elle a été fixée par la convention franco -anglaise du 2i mars 1899, qui complète celle du 14 juin 1898. Au nord du 15® parallèle, la zone française est limitée au nord-est et à l’est par une ligne qui part du point de rencontre du tropique du Cancer avec le 16® degré de longitude E. Gr., descend dans la direction du S.-E. jusqu’à sa rencontre avec le 24® degré de longitude E. Gr. et suit ensuite ce dernier méridien jusqu’à sa rencontre au nord du 15® parallèle avec la frontière du Darfour. Il en résulte que le Tibesti, le Borkou et l’Ennedi nous ont été désormais reconnus. (Voir le chapitre Congo.)

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sieurs Touareg venus en Algérie pour continuer des relations ébauchées déjà l’année précédente. La mission quitta El-Oued le 13 janvier 1894 et passa par Bel-lleiran, Aïn-Teïba, Temassinin, Aïn-Tebalbalet.

Dans les entrevues qui eurent lieu près du lac Menghough, les Adzjer déclarèrent encore qu’ils se considéraient toujours comme liés par le traité de Ghadamès, et ils en donnèrent à -M. d’Attanoux la confirmation écrite.

Missions Foureau. — Fernand Foureau avait, de son côté, entrepris à diverses reprises de pénétrer dans le pays des Azdjer et de le traverser. Depuis Henri Duveyrier aucun voyageur n’avait, avec une égale persévérance, exploré les parties du désert qui s’étendent au sud de l’Algérie. Dès 1877, Foureau avait accompagné Largeau et Say dans le pays d’Ouargla.En 1883, il reconnut la région des « gassis )> ou couloirs entre les dunes, qui sont caractéristiques du pays entre Ouargla et In-Salah.

En 1890, il s’avança par Ghardaïa jusqu’au pied du plateau du ïademayt, à 230 kilomètres d’In-Salah. En Janvier-mars 1892, chargé d’une mission du gouverneur général, il alla à Touggourt, à Temassinin, El-Biodh, Hassi-el-Messeguem, et rentra à Touggourt par Aïn-Teïba.

^ Fernand Foureau, précédant de quelques jours Gaston Méry, releva ensuite à la boussole, de la fin de 1892 à février 1893, trois tronçons de routes qui n’avaient jamais été suivis par des Européens: de Aïn-Teïba à Hassi-Mouilah-Mâttallah (180 kilom.), entre l’itinéraire de Flatters et le Gassi-Touil; de Temassinin à Ghadamès (350 kilom.), en s’attachant à la limite méridionale du Grand Erg et en laissant au sud la route suivie par Gerhard Rohlfs; de Ghadamès à Hassi-Touaïza (320 kilom.), en coupant le Grand Erg du sud-est au nord-ouest, entre l’itinéraire de Largeau et ceux de Bonnemain et de Duveyrier.

En 1893-1894, F. Foureau accomplit un nouveau voyage au pays des Touareg. Il partit de Biskra le 22 octobre 1893 et gagna tout d’abord El-Goléa, afin de lever la route d’In-Salah. La reconnaissance se termina à Hassi-el-Mongar, à peu de distance au nord d’In-Salah.

L’explorateur revint alors vers Hassi-el-Hadj-Moussa, au sud d’El-Goléa, et, à peu près en même temps que la mission d’Attanoux, il passa à El-Biodh et à Temassinin. Ayant eu une entrevue avec les notables azdjer, le 11 janvier 1894, il obtint de traverser leur territoire jusqu’aux monts Anahef, ce qui devait lui ouvrir le chemin de l’Aïr. Mais au bout de peu de jours des difficultés nouvelles surgirent, et la caravane, menacée, dut revenir en arrière. Foureau quitta les Touareg le 25 janvier, et, passant par

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le plateau de Tinghert et Hassi-Tabankort, il fut de retour à Biskra le 4 mars.

Dès le mois d’octobre de la même année, Foureau fit une nouvelle tentative pour pénétrer dans l’Aïr. Il se dirigea vers Aïn-el-Hadjadj et prit la direction de Tarat, où il savait devoir rencontrer les Azdjer. Après avoir dépassé le puits de Menghough, l’explorateur vint camper à Hassi-Rijia. Mais les chefs des Azdjer voulurent mettre pour condition à son passage le règlement préalable, par le gouvernement de l’Algérie, de chameaux razziés jadis sur eux par des nomades du Sud algérien. La mission dut reprendre la route de l’Algérie. Cette exploration fut néanmoins intéressante au point de vue géographique. Foureau avait parcouru environ 2 200 kilomètres, dont plus de 1 000 par des routes nouvelles.

La somme due aux Azdjer leur ayant été versée, Foureau voulut profiter des bonnes dispositions des Touareg. Il quitta Biskra le 28 mars 1893, mais le 4 mai, à El-Biodh, sa caravane fut attaquée par une bande de dissidents, et il dut rebrousser chemin.

Il était de nouveau parti de Biskra en décembre 1893, quand, en raison de la situation troublée de la région qu’il devait traverser, il reçut du gouvernement des instructions qui ne lui permirent pas de poursuivre sa marche en avant. Bien qu’il n’eût pas dépassé le Grand Erg, il rapporta un levé de 879 kilomètres d’itinéraire nouveau sur un total d’environ 1 600 kilomètres effectués.

Revenu à Biskra le 13 février 1896, le persévérant explorateur n’en put repartir que le 20 mars 1897 pour tenter de nouveau de pénétrer dans l’Aïr. Il atteignit le Tassili et séjourna dans l’ouad Lézy au puits de Tassindja, ayant effectué un parcours total de 2300 kilomètres, dont 440 en pays non encore relevé.

A Tassindja, il vit les notables des Azdjer. Il les trouva mieux disposés à son égard, et décidés même à l’escorter, leur chef Ouan-Guedassen en tête. Mais lorsqu’il s’agit de fixer la solde de l’escorte et le prix des chameaux, ils montrèrent des prétentions inacceptables. En somme, les Azdjer entendaient faire payer cher leurs services.

Mesures de défense et pénétration vers le sud. —

Les tentatives réitérées de Foureau montrent combien il est difficile de traverser ces régions, où les Touareg sont maîtres. Mais si Ton peut encore voyager au Sahara avec quelque sécurité lorsqu’on se met sous la protection des chefs, on court les plus grands dangers lorsqu’on traverse

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