‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 35 sur 62 · OASIS DU SUD TUNISIEN · texte numérisé non relu

OASIS DU SUD TUNISIEN

«. Djerba, à 60 kilomètres de Gabès, est une immense oasis toute parsemée de palmiers et d’oliviers, qui protègent de leur ombre les vignes rampantes et les céréales. Malheureusement les eaux courantes lui font défaut, et, sur les 60 000 hectares de superficie, il n’y a guère que des citernes et des puits. Les forages artésiens modifient de plus en plus cette situation. La population, de 44 000 habitants, presque tous indigènes, d’origine berbère et musulmans schismatiques, est répartie en petits villages voisins les uns des autres, car l’île dans sa plus grande longueur n’a que 28 kilomètres. On peut citer Houmt-Souk, qui compte 2 000 habitants, dont un millier d’Européens, et possède les trois curieuses mosquées de Sidi Brahim El Djilani, Si Abd el Kader Djilani et Sidi Ahmed^-puis Adjim, 600 habitants, Guallala, Mellita, El Kantara, Midoun, Cedouikech, Hara- Kebira et Hara-Srira. Dans ces deux dernières localités sont cantonnés 2 200 Israélites.

Sur certains points de l’île, les jardins se succèdent sans interruption pendant plusieurs kilomètres. Le pays étant plat, la brise toute parfnmée y souffle continuellement sans rencontrer d’obstacle. Le climat est tempéré et sain.

L’oasis de Djerba ne renferme pas moins de 300 000 palmiers et 500 000 oliviers. On y fabrique donc beaucoup d’huile. Il faut y ajouter des couvertures et des tissus très renommés, quelques poteries, un peu de savon et de soude. Sur le littoral abondent les poissons de toutes sortes. On y pêche aussi l’éponge. Tout cela réuni donne aux ports de Djerba un mouvement annuel de 8000 à 10 000 tonnes de marchandises, entrées et sorties réunies.

GralDès, au fond du golfe du même nom, à 123 kilomètres au sud de Sfax, se compose de trois agglomérations : Gabès-ville, Djara, Menzel. La population totale est d’environ 7 400 habitants, dont 460 Européens et 250 Français. Chef-lieu d’un contrôle civil et du commandement militaire du Sud, Gabès, malgré sa situation de ville maritime, présente tous les caractères des oasis du Sahara tunisien. C’est un îlot de verdure de 1 500 hectares de superficie au delà duquel le désert commence brusquement. Aucune transition entre les palmiers et les sables. L’oasis, traversée par un oued, que forment de grosses sources bouillonnantes, est d’une remarquable fertilité. Partout sous la verdure courent des eaux vives savamment distribuées par une canalisation appropriée aux besoins de la culture. Plus de 200 000 palmiers abritent de leur ombre un triple étage de végétation où se mêlent la vigne, l’olivier, le citronnier, l’amandier, le grenadier, le figuier, le bananier, tandis qu’au ras du sol croissent la luzerne ou les céréales.

Les indigènes sont des Berbères mélangés d’Arabes et de nègres. Aux produits de l’agriculture, Gabès joignait autrefois le bénéfice du com-

LA TUNISIE

merce des caravanes. Depuis l’occupation française, les produits du Soudan se dirigent de préférence vers Tripoli. D’autre part les dattes du Djerid sont expédiées maintenant par voie ferrée jusqu'à Sfax et ne se dirigent plus vers Gabès, dont le commerce est surtout alimenté par les produits de l’oasis, auxquels il faut ajouter les laines et l’alfa. L’ensemble de ce mouvement commercial n’a pas dépassé 33 000 tonnes en 1895

et il est peu probable que le port de Gabès soit jamais bien florissant, car il serait très difficile et très coûteux de l’aménager pour permettre l’accostage des grands paquebots.

G-afsa, à 206 kilomètres à l’ouest de Sfax par la voie ferrée, est bâtie sur un plateau voisin du djebel Assalah et du djebel Ben Younès. Population, 5 000 habitants environ, dont 200 Français.

L’oasis apparaît brusquement quand on arrive sur les berges de l’oued Baïach. Le caractère désertique de la région est plus nettement marqué qu’à Gabès. Les palmiers sont plus verts, les sables sont plus jaunes. Sous le dôme formé par 30 000 dattiers coulent les eaux chaudes (30°) de

Gabès. Juives de Menzel. — Ph. Albert.

VILLES PRINCIPALES 469

Gafsa. Vue intérieure de la kasbah. — Phot. Albert.

mètres à l’ouest de Gafsa, point terminus du chemin de fer de Sfax, est venue modifier les conditions économiques de l’oasis. Dans la ville indigène se dresse une kasbah haute de 25 mètres^ d’un style arabe asse^ élégant. Quant au Dar El Bey il a été entièrement bâti avec des débris antiques et se trouve sur l’emplacement des anciens thermes romains.- Un quartier européen a été récemment créé et Gafsa, déjà centre militaire important, devient une place de commerce. Il y a, du reste, une industrie locale, celle de la fabrication des burnous et des couvertures, à laquelle s’ajoute maintenant le mouvement des caravanes qui viennent porter au chemin de fer les dattes du Djerid.

Tozeur, à 86 kilomètres au sud de Gafsa, entre le chott El Djerid et le chott El Rharsa. La population de l’oasis est de 15 000 indigènes

plusieurs sources. Les trois principales sortent de terre au milieu de la ville et se répandent ensuite dans les jardins par un habile système de canaux. Bien qu’un peu magnésiennes, elles fertilisent le sol et permettent la culture des légumes, plantes fourragères, arbres fruitiers. Tandis qu’à Gabès le palmier dresse ordinairement un fût isolé, à Gafsa il pousse toujours en massifs et parfois sa hauteur dépasse 50 pieds.

La découverte des gisements phosphatiers du Metlaoui, à 45 kilo-

vivant sur une superficie de 18 000 hectares. Tozeur n’a pas l’aspect ordinaire des villes arabes. Un grand nombre de maisons y sont construites en briques; « ces briques, formant des portes en ogive mauresque, des corniches, des frontons, des moulures, dessinant en saillies des carrés, des losanges, des lignes brisées disposées parfois en arabesques capricieuses, constituent le côté original de cette architecture propre au Djerid. » (Valéry Mayet, Voyage dans le sud de la Tunisie.)

A côté de ces habitations relativement luxueuses se trouvent les pauvres maisons sahariennes en mottes de terre séchées au soleil et cimentées avec de la boue. Plus de 400 000 palmiers ombragent les jardins de Tozeur, mais tandis qu’à Djerba, Gabès et Gafsa le climat ne permet pas la production des dattes de(’choix, ici 14 000 arbres fournissent au commerce la fameuse datte deglal-en-nour .

Malgré la présence de près de deux cents sources jaillissantes, les sables, s’étendant comme un linceul de mort, recouvriraient bientôt l’oasis si des travaux de protection n’arrêtaient leur marche envahissante. Les habitants de Tozeur en majorité Berbères, nègres ou mulâtres, ne sont pas tous employés à la culture des jardins. Un certain nombre fabriquent, comme les Gafsiens des tissus renommés. Tozeur est le grand marché du Djerid. Il en a été ainsi de toute antiquité et l’occupation romaine a laissé là-bas des traces très visibles.

El Oudiane, à 10 kilomètres au nord-est de Tozeur, sur les bords du chott El Fedjej,est une oasis comprenant les sept villages de Deggach, Ceddada, Kriz, Guebba, Ouled Maged, Laouiet-El-Arab, Zerchane et Razhaghit. Une population de 5 à 6 000 habitants vit sur les BoO hectares de l’oasis qui contient 185 000 palmiers et 25 000 oliviers. L’invasion des sables y est plus menaçante que partout ailleurs et nécessite d’importants travaux de protection.

A Guebba on trouve des restes datant des époques romaine et byzantine.

Nefta, situé à 25 kilomètres au sud-ouest de Tozeur, entre le chott Djerid et le chott Rharsa, a moins d’importance que sa voisine. Ses 10 000 habitants, d’origine berbère ou soudanaise, mêlés de sang arabe, vivent des cultures de l’oasis. La ville n’a aucun cachet particulier mais elle est le siège d’un marché animé où se donnent rendez-vous de nombreuses caravanes.

D’une étendue de 900 hectares, l’oasis renferme 200 000 palmiers, productifs de 340 000 kilogrammes de dattes de choix et 7 millions de kilogrammes de dattes ordinaires. Un nombre égal de palmiers improductifs contribue à entretenir la fraîcheur nécessaire aux cultures et à préserver d’une évaporation trop active les 150 sources de l’oasis. Nefta est la dernière étape vers l’immensité du Sahara.

Gaston Loth.

LE SAHARA

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