‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 38 sur 62 · EXPLORATION DU SAHARA · texte numérisé non relu

EXPLORATION DU SAHARA

LE SAHARA

sans cette sauvegarde les pays où vivent des populations pauvres, affamées et cupides. C’est surtout dans la zone comprise entre les postes français sud-algériens et les territoires ordinaires de parcours des tribus azdjer, que l’on rencontre des Touareg maraudeurs, cherchant toujours quelque caravane à arrêter et à dévaliser.

Les rezzous qui avaient attaqué Foureau en 1895 furent aussi les auteurs du désastre de l’expédition de Morès : le 8 juin 1896, l’infortuné voyageur fut tué à El-Outia, par 31° de latitude nord et 8° de longitude, victime de la traîtrise de Touareg et de Ghâamba dissidents.

Afin d’arrêter l’audace des rezzous qui parcouraient ainsi tout le nord du désert, pillant les caravanes, s’attaquant à nos postes et aux troupeaux de nos tribus, et en même temps pour jalonner les routes futures, on établit toute une série de forts en avant de nos positions. En décembre 1892, on installa un poste à Hassi-Inifel, à 150 kilomètres au sud-est d’El-Goléa; en 1893, on créa à Hassi-Chebaba le fort Miribel, pour commander la vallée de l’oued Mia, et à Hassi-el-Homeur le fort Mac-Mahon, pour commander celle de l’oued Meguiden. Puis, en décembre de la même année, on établit le fort d’Hassi-Bel-Heïran (fort Lallemand), dans la province de Constantine, à 110 kilomètres au sud de Touggourt, dans la vallée de l’Igharghar. C’est aussi en 1893 qu’on créa à l’est, sur la frontière tunisienne, Berresof et Mademine. Enfin, en 1895, on installa le poste d’El-Abiodh-Sidi-Cheikh, qui facilita tout à la fois notre action de police dans l’extrême sud et nos relations avec les Oulad-Sidi-Gheikh .

En même temps, nos officiers poussaient assez loin des reconnaissances vers le sud. En mai 1895, le commandant Godron, commandant du cercle de Géryville, dans le Sud oranais, s’avança avec les lieutenants Sarton du Jonchay et de la Mothe jusqu’à Tabel-Kosa, où il fut bien reçu par les ksouriens.

En 1896, le lieutenant du Jonchay, avec ses cavaliers d’escorte, effectua aussi presque totalement le même parcours. Cet officier était accompagné de M. Flamand, chargé de conférences à l’Ecole supérieure des sciences d’Alger, qui, du 28 mars au 26 mai, accomplit avec lui dans le Sahara oranais un voyage scientifique important. Parti d’El-Abiodh- Sidi-Cheikh, il étudia le chemin de caravane que suivent les Oulad-Sidi- Cheikh pour se rendre de ce point au Gourara. 11 descendit l’oued Gharbi jusqu’à Rahnet-el-Halib et atteignit de là Hassi-Cheikh et Tabel-Kosa.

Du Tin-Erkouk, dans la zone méridionale des areg (1), la mission Flamand gagna le Tademayt et parcourut la zone sud du Meguiden.

D’autres opérations d’une certaine étendue, entreprises en décembre 1896 par le commandant Godron, furent marquées par la poursuite de bande de maraudeurs, dans le voisinage du Grand Erg.

Malheureusement on eut encore à noter pour l’année 1896 un nouvel attentat commis dans l’extrême sud de l’Algérie. Un officier français, le lieutenant Collot, fut assassiné par des Châamba dissidents, entre El- Goléa et Hassi-Inifel, au nord de Fort-Miribel.

(i) Areg, pluriel de erg, massif de dunes.

LES EXPLORATIONS

Enfin, en décembre 1897 et de mars à mai 1898 les capitaines Germain et Laperrine firent, de Fort-Mac-Mahon comme point' de départ, quatre reconnaissances, qui leur permirent d’établir un levé jusqu’aux portes mêmes de Ksar-el-Kébir, le principal des ksour d’In-Salah.

De son côté, le gouverneur général, M. Jules Cambon, s’avança en 1896 au delà d’Aïn-Sefra jusqu’à Djenien-Bou-Rezg et se rendit ensuite à E]-Abiodh-Sidi-Cheikh, où s’était fixé Si-Kaddour ben Hamza, chef des Oulad-Sidi-Cheikh. Cette visité permit au gouverneur de consolider les bons rapports déjà existants avec cette grande famille, qui depuis sa soumission est toujours restée dévouée à la France.

Du côté du Sud oranais notre pénétration fut rendue plus effective encore par la prolongation jusqu’à Djenien-Bou-Rezg du chemin de fer d’Aïn-Sefra. C’est à la suite de la révolte de Bou- Amama que l’on avait construit la ligne de Saïda à Mécheria, continuée ensuite jusqu’à Aïn-Sefra. Le tronçon inauguré le 1®!“ février 1900 paï le gouverneur général Laferrière amena la ligne au voisinage de l’oasis marocaine de Figuig. Le chemin de fer doit être prolongé de Djenien-Bou-Rezg à Igli par Zoubia (Duveyrier). De ce point, les deux vallées de l’oued Zousfana et de l’oued Saoura forment une route naturelle vers le Touât.

Ces divers jalons, successivement posés dans le Sahara, ont été le point de départ de notre pénétration dans les oasis du sud et sur la route du Soudan, œuvre dont l’honneur revient aux missions Foureau- Lamy et Flamand.

Mission Foureau-Lamy. — Après les nombreuses expéditions qu’il avait conduites au cœur du Sahara, Fernand Foureau avait acquis la conviction que la traversée n’en serait possible que le jour où une grande mission, disposant de fonds suffisants et munie d’une escorte bien armée, saurait imposer le respect aux Touareg et se passer de leur concours. Les cir-

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