‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 56 sur 62 · EXPLORATION DU DAHOMEY · texte numérisé non relu

EXPLORATION DU DAHOMEY

LE DOMAINE COLONIAL

proclamé roi d’Abomey sous le nom de Ago-li-Agbo. Le roid’Allada fut élu le 4 février.

Abandonné de tous, Behanzin se soumit sans condition, le 25 janvier, à Ajego, au nord-ouest d’Abomey, où on l’envoya prendre. Il fut depuis exilé à la Martinique.

Un décret du 22 juin 1894, modifiant ceux du 17 décembre 1891 et du 10 mars 1893, réorganisa l’administration du Dahomey et des Établissements de la côte de Bénin : la colonie du Dahomey et dépendances fut définitivement placée sous l’autorité d’un gouverneur civil.

Expéditions dans l’iiinterland du IDalioniey et dans la boucle du Niger. — La conquête du Dahomey eût. été pour la France une vaine satisfaction si elle n’avait été suivie du développement de la nouvelle colonie vers le nord. C’est au 9® parallèle que s’arrêtaient les délimitations intervenues entre le Dahomey et le Togo d’une part, le Lagos de l’autre. Resserrée entre ces deux pays, notre possession se serait promptement trouvée limitée au nord par l’expansion des colonies voisines : il importait donc d’organiser des missions chargées de parcourir l’arrière-pays du Dahomey.

Chacune des trois puissances possessionnées sur la côte allait nécessairement chercher à étendre son hinterland vers le nord, c’est-à-dire vers la boucle du Niger.

Plus favorisée que ses rivales, la France pouvait étendre son action sur ces contrées, en partant soit de ses colonies delà côte, soit du Soudan français. Les voyages du capitaine Binger, du'Dr Crozat et du commandant Monteil avaient déjà fait entrer dans notre sphère d’influence les pays compris entre les États de Tiéba et le Mossi, ce dernier État luimême, et le Gourounsi. Monteil avait jalonné de traités toute la roule entre le Mossi et Say, sur le Niger. Aussi avions-nous à ce moment grand intérêt à passer des traités avec les souverains indigènes occupant les régions comprises entre le Dahomey et le Niger, afin de relier notre colonie au Niger d’une part, au Soudan et à la colonie de la Côte d’ivoire d’autre part.

Dès 1893, le chef d’escadron d’artillerie de marine Decœur, accompagné du gouverneur Ballot, s’avança dans le pays des Mahis et fonda, au nord de Savalou, le poste de Carnotville. Il repartit en 1894 avec le lieutenant Baud, traita à Parakou, le 4 novembre, avec le roi du Gambari, et à Nikki, le 26 novembre, avec le roi du Bariba, que l’Anglais Lugard n’avait pu s’attacher.

Pendant ce temps, M. Ballot, n’ayant pas reçu de nouvelles du commandant Decœur et ayant eu connaissance de la marche du capitaine Lugard, envoyait vers Nikki l’administrateur Alby. Parti de Porto-Novo le 7 novembre 1894, celui-ci était à Parakou le 27 et, le 29, arrivait à Nikki, que venait de quitter le’ commandant Decœur. M. Alby signa avec le roi une convention additionnelle, et, le 11 décembre, il était de retour à Abomey,

DAHOMEY

Ce même mois, la mission Decœur se scinda en deux groupes. Pour être plus certain de devancer la mission allemande de Carnap qui s’avançait dans l’arrière-pays du Togo, le commandant Decœur chargea le lieutenant Baud de se rendre directement à Say, sur le Niger, pendant que lui-même irait à Sansanné-Màngo.

Le lieutenant Baud ardva à Say le 31 janvier 1895. L’almamy, qui avait déjà signé un traité, en 1891, avec le lieutenant-colonel Monteil, en signa un autre avec le lieutenant Baud.

M. Decœur arriva à Sansanné-Mango le 6 janvier. Là, le roi lui montra un traité signé le 14 août 1894 avec le mulâtre anglais Fergusson, par lequel il s’interdisait de placer son royaume sous le protectorat d’une puissance quelconque.

Le commandant Decœur, se dirigeant vers le nord, fut rejoint par M. de Carnap le 12 janvier. Dans l’entrevue courtoise qu’il eut avec lui, M. Decœur apprit que l’officier allemand avait conclu un traité à Sansanné-Mango, malgré le traité Fergusson. M. de Carnap devança la mission française, mais il fut rejoint par elle à Pama le 14 janvier. Seulement il ne l’attendit pas, et il partit le soir même.

Le chef du village Victor BALLOT, né en 1855. Phot. Camus, montra au commandant Decœur une note en français disant que le lieutenant de Carnap avait pris possession de Pama au nom de l’empereur allemand ; mais il fit en même temps savoir au commandant Decœur qu’il n’avait point signé de traité de protectorat, et de plus qu’il dépendait du roi résidant à Noungou et qui commande tout le Gourma. M. Decœur profita de cette indication et se dirigea vers Fada N’Gourma, ou Noungou, pour traiter avec le roi Bantchandé; le 20 janvier, il passa avec lui un traité plaçant le Gourma tout entier sous notre protectorat.

Le commandant reprit alors la direction de Say. A Kankantchari, il retrouva M. de Carnap. Le pavillon allemand ayant été hissé sur la case

LE DOMAINE COLONIAL

du chef, le commandant remit une protestation à l’officier allemand, en lui signifiant le traité signé à Fada N’Gourma. L’affaire en resta là, et le commandant Decœur arriva à Say le février, avant M. de Carnap ; il y retrouva M. Éaud.

Le 5 février, la mission au complet quitta Say; le commandant Decœur descendit la rive droite du Niger, complètement inexplorée. Des traités furent passés avec les Peuhls indépendants et musulmans qui peuplent la rive droite du Niger ju^u’à Bikini ; à partir de ce point jusqu’à Gomba, les populations sont fétichistes. Lé 16 février la mission fut attaquée au delà de Bikini. Le 18 elle atteignit Ilo, point de départ de caravanes qui se dirigent sur Sansanné-Mango, et y conclut un traité avec le roi. La mission arriva le 5 mars à Boussa, où elle apprit le récent passage de M. Ballot, et revint par Garnotville. Le commandant Decœur rentra en France, laissant au lieutenant Baud le commandement de la mission.

Pendant ce temps, le gouverneur Ballot avait décidé de parcourir luimême les territoires où la Compagnie du Niger prétendait exercer les droits politiques, pendant que M. Alby irait à l’ouest compléter l’œuvre du commandant Decœur dans les régions que la mission allemande avait pour objectif. Le gouverneur et M. Alby se séparèrent à Carnotville.

M. Ballot partit de Carnotville le 13 janvier avec le capitaine Mounier, l’administrateur Deville et l’interprète principal Xavier Béraud. Il arriva le 20 à Nikki, où MM. Decœur et Alby avaient passé des traités. Dès le 22, il quitta Nikki, son but étant surtout de reconnaître rapidement le pays inexploré qui, de cette ville, s’étend jusqu’au Niger. Il passa par Yassikera et Kayoma, reconnut le cours de l’Oly, affluent de la rive droite du Niger, et le 29 il arriva à Boussa, sur le Niger, ayant ainsi relié le haut Dahomey à ce fleuve par un itinéraire nouveau. C’est grâce à son escorte et à l’énergie de son chef que cette mission put traverser ces pays peuplés de bandits sans avoir été rançonnés et sans avoir eu à faire usage de ses armes.

De son côté, M. Alby, parti de Carnotville le 15 janvier, était allé signer un traité avec le chef de Sansanné-Mango, ainsi que l’avait fait la mission allemande malgré le traité Fergusson. Il était allé de là au Mossi et avait complété l’œuvre du commandant Decœur en traitant, au sud du Gourma, avec les chefs des petits pays situps sur la route qui va du haut Dahomey au Mossi.

Revenons maintenant à la mission remplie par M. le lieutenant Baud après le départ du commandant Decœur. Il avait été chargé, avec le lieutenant Vermeersch, de se rendre à Kong en contournant le Togoland allemand et la Côte de l’Or anglaise, afin de rejoindre le colonel Monteil. Les deux officiers quittèrent Carnotville le 20 mars et se dirigèrent vers Sansanné-Mango par Kirikri et Bafilo, dont les chefs signèrent des traités; ils y arrivèrent le 12 avril. De là, M, Baud se dirigea vers Gambakha, en suivant d’aussi près que possible le 10® parallèle. Le 18 avril, la mission arrivait à Nalerougou, où réside le roi du Mampoursi, dont dépend Gambakha; quelques jours après, un traité était signé. La mission reprit sa route vers l’ouest et, le 22, coupa à Oual-Oualé l’itinéraire du capitaine Binger. Le lendemain elle traversa la Volta Blanche, et

DAHOMEY

le 24 elle arriva à Liaba, centre de villages indépendants, où, grâce à l’appui des autorités du Mampoursi, elle put passer une convention de protectorat. D’Oual-Oualé à Oua, centre commercial important et point de bifurcation de routes de caravanes, M. Baud traversa une région complètement inexplorée. De Oua, où un traité fut passé, la mission se dirigea sur Bouna, qu’elle atteignit le 6 mai. Là, M. Baud apprit que les troupes de Samory interceptaient les communications avec le pays de Kong. La colonne Monteil était redescendue vers la côte. La visite de Kong — où Samory n’était pas entré — n’était d’aucune utilité; le lieutenant Baud prit alors le chemin de la côte. Il arriva à Grand-Bassam le 12 juin, ayant signé de nombreux traités et parcouru 1 500 kilomètres dans un pays à peine exploré. M. Baud avait ainsi opéré la jonction complète entre le Dahomey d’ime part, la Côte dlvoire et le Soudan d’autre part; c’était un résultat politique d’une importance capitale.

Une lacune restait encore à combler entre nos établissements du bas Niger et ceux du haut Niger. Aucun voyageur français n’avait été encore au nord de Say, et il importait que les droits de la France sur le Niger ne pussent être en aucune façon contestés. Ce fut l’œuvre de la mission Toutée, qui remonta le Niger au-dessus de Say jusqu’à Tibi-Farca, où elle arriva le 11 juin 1895 (voir page 149).

L’année suivante, pendant que le commandant Hourst descendait le Niger de Tombouctou à la mer et que la mission Voulet-Ghanoine, venue du Soudan, opérait du côté du Mossi et du Gourounsi, le gouverneur du Dahomey, M. Ballot, fit partir deux missions, l’une dans la direction du Mossi, l’autre vers le Niger.

Le capitaine Baud fut envoyé du côté du Mossi. A Carnotville, où M. Ballot l’avait accompagné, on apprit qu’un officier allemand, le lieutenant von Seefried, avait installé un poste à Bafilo, malgré le traité conclu par M. Baud le 3 avril 1895 et la présence d’une garnison française. M. Ballot s’y rendit, fit réunir les notables, qui donnèrent l’assurance de leur fidélité à la France, et le roi intima l’ordre à la garnison allemande de se retirer. Un fait analogue se passa à Kirikri. M. Ballot y trouva, en revenant à la côte, des miliciens allemands qui avaient été établis là par le lieutenant de Teck. Mais les chefs de Kirikri reconnurent également qu’ils avaient conclu avec la France des traités exclusifs. Ces incidents de frontière démontraient combien il importait de tracer définitivement les sphères d’influence de la France et de l’Allemagne dans ces régions.

M. Baud, pendant ce temps, s’était rendu à Fada N’ Gourma, en passant par Sansanné-Mango. Il prit possession du Gourma, y installa un poste et, selon ses instructions, alla rejoindre la mission Voulet, qu’il rencontra le 17 février 1897 à Tigba, à peu de distance de Fada N’ Gourma.

La seconde mission envoyée par M. Ballot fut celle du lieutenant de vaisseau Bretonnet, dans la direction du moyen Niger. Cet officier fonda, en janvier 1897, cinq postes au delà de Parakou, dans le Gambari. Quittant llo, sur le Niger, le 25 janvier, il descendit le fleuve et occupa Boussa le 5 février.

De son côté, le commandant Destenave s’était installé à Say, où l’un

LE DOMAINE COLONIAL

de ses officiers, le capitaine Betbeder, était entré le 19 mai 1897. En même temps, la mission du capitaine Ganier avait été chargée de créer une ligne de postes de Djougou à Say, de relier le capitaine Baud au lieutenant de vaisseau Bretonnet et d’assurer leurs communications avec le commandant Destenave, dans la direction de Say.

Traités de délimitation avec l’Allemagne et l’Angleterre. — Grâce à ces diverses expéditions, nous occupions le Mossi, le Gourounsi, le Gourma; nous tenions la route du Dahomey au Niger; nos possessions du Dahomey et de la Côte d’ivoire étaient enfin reliées par leur hinterland. C’est dans ces conditions que des négociations furent engagées entre la France et l’Allemagne pour jeter les bases d une délimitation entre le Dahomey et le Togoland. Elles aboutirent au traité de délimitation du 23 juillet 1897.

Par ce traité, le pays de Sansanné-Mango fut attribué à LAllemagne et le Gourma à. la France. Le Togo allemand se trouvait ainsi limité au nord dans son développement, tandis que notre colonie du Dahomey était reliée au Niger et à nos territoires du Soudan.

Mais l’Allemagne obtint une modification de la frontière fixée par le protocole du 24 décembre 1885. Du côté du Mono (1), la frontière fut tracée à partir d’un point peu éloigné de la côte, de manière à suivre le cours du fleuve, en conservant toutefois à la France les établissements du littoral, Agoué et Grand-Popo notamment. Nous abandonnions ainsi les territoires que la délimitation précédente nous avait assignés sur la rive droite du Mono, qui devenait la limite des deux colonies jusqu’au 7e degré de latitude nord. On ouvrait donc aux Allemands l’accès du cours inférieur du Mono, où jusqu’ici notre commerce avait été sans rival.

La jonction du Dahomey au Niger étant assurée par derrière l’hinterland du Togo, il restait à obtenir une délimitation de frontière avec l’Argleterre du côté du Lagos et des territoires de la Compagnie du Niger.

La convention franco-anglaise du 15 janvier 1896, qui avait réglé la question du haut Mékong et du Siam, avait prévu, dans son article 5, la délimitation des sphères d’influence des deux puissances dans les pays du Niger. En exécution de cet article, des négociations furent ouvertes à Paris en février 1896 ; mais elles n’aboutirent pas. On comprit à ce moment qu’il y avait urgence à assurer notre situation dans la région comprise entre Carnotville et Parakou d’une part, Boussa d’autre part. Ce résultat fut obtenu par la prise de Nikki, l’ancienne capitale du Borgou ou pays des Baribas.

Malgré le traité de protectorat obtenu en novembre 1894 par le commandant Decœur, et complété peu de jours après par l’administrateur Alby, les Baribas de Nikki s’étaient montrés hostiles à la France et avaient pillé les régions voisines. Un administrateur colonial, M. Forget, avait été tué en février 1896, près de Nikki. Il était devenu nécessaire de

(i) La rivière Mono avait été explorée pour la première fois en 1889 par d’Albéca. En 1892, le même explorateur avait fait un levé de la rivière Koufo-Ahemé.

DAHOMEY

frapper un coup décisif. Les capitaines Vermeersch et Ganier reçurent la mission d’occuper le pays bariba. Après quatre sanglants combats, du 7 au 12 novembre, les troupes firent leur entrée à Nikki le 13 novembre 1897.

En apprenant notre marche sur Nikki, les Anglais préparèrent une expédition du Lagos vers l’intérieur; ils occupèrent bien quelques points au sud, soit même au nord du 9® parallèle, mais la prise de Nikki faisait cesser toute difficulté pour notre établissement définitif dans le Borgou et pour la jonction régulière du haut Dahomey avec le moyen Niger. De Say à Boussa, toute la rive droite du fleuve était occupée par nos postes.

Dès le mois d’octobre 1897, la France et l’Angleterre s'étaient entendues pour reprendre des négociations. La commission se réunit à Paris en novembre, et le traité pour la délimitation des territoires du Niger fut signé le 14 juin 1898.

Du côté du Dahomey, l’hinterland français contourna désormais celui du Lagos, en s’ouvrant vers le Niger, laissant Nikki à la France et Boussa à l’Angleterre.

Nous atteignions le Niger un peu au nord d’Ilo. De ce point, situé au-dessous de Say, partit la nouvelle frontière qui, sur la rive gauche du Niger, fut substituée à la ligne Say-Barroua, fixée en 1890.

Cette ligne nouvelle s’infléchit pour reconnaître à l’Angleterre les territoires du Sokoto, puis elle redescend pour laisser à la France une importante contrée dans le Bornou, autour de

Zinder, et remontant vers l’ancienne ligne Say-Barroua, elle rejoint ainsi le lac Tchad, dont la France eut dès lors toute la rive orientale.

Enfin, pour assurer la liberté de navigation du Niger, établie par l’acte général de Berlin de 1885, et pour éviter des difficultés nouvelles, la France obtint à bail, pour trente années au moins, deux enclaves situées l’une sur le Niger, entre Léaba et la jonction de la rivière Mossi avec ce fleuve, l’autre sur l’une des embouchures du Niger (1).

Capitaine BAUD, né en 1864.

(i) Les deux traités, franco-allemand et franco-anglais, prévoyaient des délimitaüons à opérer sur le terrain.

La délimitation des territoires du Togo et du Dahomey fut commencée le 5 juillet 1898 par les soins d’une commission franco-allemande, qui se dirigea de la côte vers le nord. A la tête de la section française fut placé M. James Plé, chef de bataillon d’infanterie de marine, auquel furent adjoints le lieutenant de vaisseau

LE DOMAINE COLONIAL

Suppression du royaume d’Albomey. — Une mesure prise en 1900 plaça définitivement d’une façon directe les anciens territoires du royaume d’Abomey sous l’autorité de la France.

Le roi d’Abomey, Ago-li-Agho, qui avait tout d’abord témoigné du dévouement le plus démonstratif pour les vainqueurs de Behanzin, n’avait cessé depuis quelque temps d’annibiler, par sa mauvaise volonté et ses intrigues, les efforts accomplis par les résidents d’Abomey pour la mise

AGO -LI-AGBO, roi d’Abomey.

en valeur de la province. Il s’était même rendu coupable de nombreux attentats contre la vie, la liberté et les biens de ses sujets.

Aussi le gouverneur du Dahomey rendit-il, à la date du 12 février, un arrêté supprimant la suzeraineté d’Abomey, proclamant la déchéance d’Ago-li-Agbo et l’internant à Porto-Novo. Par un second arrêté, en date du même jour, les territoires de l’ancien royaume d’Abomey furent divisés en cantons indépendants et les chefs placés sous l’autorité directe du résident d’Abomey.

Gustave Regelsperger.

Brisson, le D'' Ruelle et M. Richaud, adjoint des affaires indigènes au Soudan. La mission allemande comprenait le baron de Massow, commandant des troupes impériales du Togo, et le Dr Rigier, mathématicien.

Four la règlementation de la frontière dn côté du Lagos, une mission fut constituée au commencement de 1900, sous la direction du chef d’escadron d’artillerie Toutée; elle se réunit à Tchaourou, vers la frontière orientale du Dahomey, avec la mission anglaise ayant pour chef le capitaine du génie Lang.

L’ADMINISTRATION

Régime légal. — Rattaché d’une façon définitive au gouvernement général de l’Afrique occidentale par le décret du 17 octobre 1899, le Dahomey est placé, vis-à-vis de ce gouvernement et au point de vue du régime légal, dans des conditions identiques à celles de nos autres possessions de l’Ouest africain (V. pp. 1-11 et 519).

Représentation au conseil supérieur (V. pp. 12-14). —

Le Dahomey est représenté au conseil supérieur des colonies par un délégué élu.

Organisation politique et administrative (V. pp.

16-28). — C’est un décret du 22 janvier 1894 qui a définitivement organisé la colonie du Dahomey. Un arrêté ministériel du même jour a divisé le territoire de cette possession, au point de vue politique et administratif, en trois parties distinctes, comprenant :

10 Les territoires annexés (Grand-Popo, Agoué, Ouidah, Kotonou et Abomey-Calavi) ;

20 Les territoires protégés (royaumes de Porto-Novo, d’Allada et d’Abomey; républiques des Ouatchis et d’Ouéré-Kétou) ;

30 Les territoires d’action politique s’étendant au nord de la colonie jusqu’au Niger.

Sous les ordres d’un gouverneur et d’un secrétaire général, assistés d’un conseil d’administration dont la composition est la même qu’à la Guinée et à la Côte d’ivoire, des administrateurs et des agents du cadre des affaires indigènes sont chargés de l’exécution des différents services de la colonie.

Un chef de bureau, des sous-chefs, et des commis du cadre des secrétariats généraux assurent les services du secrétariat général (ordonnancement, mandatement des dépenses, comptabilité, etc.).

Un trésorier-payeur, des fonctionnaires des douanes, des employés des postes et télégraphes, des travaux publies, des interprètes, des médecins du corps de santé des colonies, des infirmiers, remplissent les fonctions de leur spécialité respective au chef-lieu et dans les divers postes.

La justice (V. pp. 32-44). — Le régime judiciaire est déterminé par le décret du 6 août 1901, dont on trouvera l’exposé au chapitre Guinée. 11 suffira de rappeler qu’un tribunal de première instance est établi au cheflieu, ainsi qu’une cour criminelle, que des cours criminelles spéciales connaissent en outre de certains crimes des indigènes, et que les juridictions indigènes sont maintenues, sauf en matière criminelle (V. page 667).

Instruction publique. Cultes (V. pp. 45-47). — Les écoles de la colonie sont dirigées à Porto-Novo, Ouidah et dans les chefs-lieux des principales circonscriptions administratives par les religieux et les

754 LE DAHOMEY

sœurs de la congrégation des Missions africaines de Lyon. En outre, dans chaque poste, une école primaire fonctionne sous l’autorité de l’administrateur. Enfin, les Pères Blancs ont installé des missions et des écoles dans le haut pays, vers le Niger.

Au point de vue du culte catholique, les missions du Dahomey sont

Troupes dahoméennes (tirailleurs). — Phot. Gaillard.

divisées en trois groupes : 1° au nord du 10® parallèle, celles des Pères Blancs; 2® au sud du 10® parallèle et à l’ouest de l’Ouémé, une partie de celles de la congrégation des Missions de Lyon, placées sous l’autorité de l’évêque de Lagos, vicaire apostolique du Bénin; 3® celles de la même congrégation installées à l’est de l’Ouémé et relevant du préfet apostolique du Dahomey, résidant à Agoué.

Le culte protestant comprend trois stations principales et plusieurs petites stations. Elles sont placées sous la direction d’un missionnaire

LA MISE EN VALEUR

français assisté de quatre missionnaires indigènes, et relèvent du synode de Lagos.

Régime financier (V. pp. 48-51). — Les recettes du budget sont inscrites sous les rubriques suivantes : 1° contributions indirectes (taxes de consommation, droits d’ancrage, etc.) ; 2® produits divers (postes et télégraphes, droits d'enregistrement et de greffe, etc.) ; 3® impôt indigène.

La colonie n’a contracté aucun emprunt. Elle ne reçoit pas de subvention de l’État et lui verse, au contraire, un contingent de 3 600 francs. — Le budget local s’applique aux diverses divisions territoriales énumérées plus haut.

A.rmée (V. pp. 125-139). — En dehors des compagnies de tirailleurs sénégalais stationnées dans les territoires de l’ancien Soudan rattachés au Dahomey, et qui sont payées par le budget de l’État, la colonie entretient au compte du budget local pour la police et le service général des cercles, un corps de gardes de cercles^ recrutés parmi les anciens tirailleurs et les gardes civils libérés.

L’effectif est fixé à 480 hommes divisés en 5 brigades. Des inspecteurs et gardes principaux commandent ces gardes, et sont choisis parmi les anciens officiers ou sous-officiers de l’armée active qui s’engagent à servir pendant deux ans dans la colonie.

Louis Desbordes.

LA MISE EN VALEUR

GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE

Agriculture et élevage. — Bien qu’il ne soit l’objet d’aucun travail de culture proprement dite, c’est du palmier à huile qu’il faut parler ici tout d’abord, parce que c’est l’arbre du littoral dont l’exploitation raisonnée donnera et donne déjà les profits les plus sûrs.

Dans l’état précaire des communications actuelles, une très petite partie des forêts de palmiers à huile est mise en valeur ; en attendant que des voies d’évacuation permettent d’attaquer les boisements encore intacts, l’intérêt est grand de répandre parmi les indigènes, seuls travailleurs manuels sous ces climats, de bonnes méthodes de cueillette des régimes, de broyage des noix et de séchage des amandes ; il n’est pas interdit de penser que le palmier à huile pourra, vraiment domestiqué, donner un rendement supérieur à celui qui est obtenu aujourd’hui. Vu l’immensité des réserves existantes, on ne s’est guère préoccupé jusqu’ici de la conservation des arbres ; on a seulement remarqué que la récolte diminue beau-

coup dans les années trop sèches, ce qui semble indiquer qu’on pourrait suppléer par des irrigations au défaut des pluies.

La fabrication de l’huile de palmier parles indigènes est très rudimentaire ; « Les noix de palme arrivées à pleine maturité sont réunies dans un vaste récipient, très souvent une pirogue remplie d’eau, où elles sont écrasées soit avec les pieds, soit avec les mains ; hommes, femmes et enfants participent à ce travail.

Palmiers à huile.

Après un repos d’environ douze heures, l’huile monte à la surface ; elle est recueillie, mise dans de grandes marmites et soumise à un feu violent pendant vingt-quatre heures ; après refroidissement, l’huile pure est soigneusement enlevée, les corps étrangers et l’eau demeurent au fond des marmites. L’huile peut être ainsi livrée au commerce ; elle est vendue à raison de 5 à 6 fr. 50 la mesure de 20 litres, suivant les cours d’Europe, L’huile indigène n’est pas de mauvaise qualité, mais les noix, insuffisamment triturées, en retiennent encore une notable quantité ; les industriels européens traitent donc avec profit les déchets de la fabrication locale, comme les compagnies miniè-

LA MISE EN VALEUR

loi

res tirent de l’or des tailings abandonnés par les prospecteurs mal outillés ; l’amande, généralement inutilisée des noirs, est séchée au soleil, puis expédiée en Europe, où l’on en extrait aussi de l’huile ; Marseille, malgré la concurrence de Liverpool et de Hambourg, reste le marché principal des huiles et amandes de palme de la côte de Guinée ; elle les emploie dans ses savonneries. Dernièrement, l’administration du Dahomey a dû prendre des dispositions pour empêcher la fraude des vendeurs indigènes : ceux-ci mêlaient à leurs amandes des morceaux de pulpe ou des débris qui en augmentaient le poids ; à la demande des commerçants et à leurs frais, un service de contrôle a été organisé à Guida.

L’exploitation de l’huile de palme demande assurément moins de capitaux et de soins que l’agriculture ; mais elle n’est pas susceptible d’un développement indéfini, même si l’on s’inquiète peu de l’avenir des arbres, tant que le pays n’est pas frayé : l’huile cesse d’être marchande si elle est recueillie à plus de quatre ou cinq jours des ports d’embarquement; les frais de transport sont, en effet, considérables, car il faut répartir les charges par ballots de 25 à 30 kilogrammes entre des porteurs noirs, qui ne font guère que 25 kilomètres par jour. Les colons et commerçants du Dahomey se sont donc décidés à tenter autre chose : le cocotier vient bien à la côte, et le coprah commence à compter dans les exportations ; le caoutchouc est commun dans toutes les vallées et sur les bords des lagunes ; la Compagnie française de l’Ouémé-Dahomey, dont la concession comprend 136 000 hectares près de la frontière de Lagos, en possède des réserves considérables. On a relevé des fourrés épais de lianes à caoutchouc dans le cercle de Gabolé, entre Carnotville et le Togo allemand ; mais il faut éviter d’inciter trop vivement les indigènes à la récolte du caoutchouc, tant qu’ils ne seront pas dressés à la pratiquer par des procédés moins meurtriers.

Les plantations, au Dahomey, sont encore rares; les essais ont porté soit sur la culture des plantes dites riches, soit sur l’amélioration des cultures indigènes. Pour ces dernières, celle du maïs serait utilement développée ; cette céréale donne, dans les terres d’alluvion du littoral, deux récoltes par an, en juin et janvier; elle est consommée en grandes quantités par les indigènes ; une production plus abondante serait nécessaire pour établir sur place ou du moins alimenter en Europe des distilleries de grains, pour la fabrication de l’alcool. Le riz n’est encore pi’esque pas cultivé au Dahomey ; cependant le jardin d’essais

Colonies I.

de Porto-Novo (fondé en janvier 1899) s’est préoccupé de faire venir de Saigon des graines pour propager cette culture ; devenu producteur de riz, le Dahomey contribuerait à nourrir nos populations noires du Sénégal, c’est-à-dire à ravitailler d’une des denrées les plus essentielles tous nos postes de tirailleurs de l’Afrique occidentale ; de plus, on tire l’alcool aussi bien du riz que du maïs, et l’on ne doit rien négliger pour produire à la côte d’Afrique ce combustible économique, en vue du moment prochain où les usages industriels s’en multiplieront.

Le manioc, dont la culture est répandue dans tout le bas Dahomey, n’a pas servi jusqu’à ce jour à la fabrication de la fécule; la France Importe aujourd’hui près de 5 000 000 de kilogrammes de fécule de manioc; or, la production des Indes anglaises ne s’accroît guère, et l’extraction de la fécule ne comporte pas un outillage dispendieux. Rappelons encore à ce propos que les bananiers sont cultivés sur certains points du golfe de Guinée pour la préparation d’une farine très nourrissante et fort appréciée, même des résidents européens.

Les plantations tropicales sont surtout de cacao et de café, dans les districts de Guida et de Porto-Novo ; le café réussit bien et donne un produit comparable au Rio-Nunez; quant aux cacaoyers, à peine entrés dans leur pleine production, ils paraissent prospérer également. Il convient d’accorder une mention particulière à la Compagnie agricole du Dahomey, propriétaire de concessions où elle tente la petite culture, dirigée par des Européens, Alsaciens-Lorrains pour la plupart ; sur le plateau de Locossa, les colons vivent des produits de la basse-cour et des récoltes ; ils ont commencé l’élevage des bœufs, des moutons et importé des mulets; ils possèdent aussi des fermes à Allada et à Guida pour les cultures tropicales, café, cacao et kola. Au jardin d’essais de Porto-Novo est annexée une ferme modèle dont les premières expériences seraient favorables à l’acclimatation de certains bovidés ; il est très désirable que ces conclusions soient confirmées et que les Européens se procurent économiquement à la côte la viande fraîche et le lait dont ils ont besoin.

L’agriculture européenne n’a pas encore pénétré dans l’intérieur du pays ; jusqu’à ce que les communications soient ouvertes avec le littoral, nous nous bornerons à guider, en vue d’une production meilleure, les pratiques des indigènes ; le coton vient à l’état sauvage dans le haut Dahomey, il est tissé pour usages locaux, mais ses soies sont courtes ; le moyen Niger convient à l’élevage du cheval, et l’on sait que des souverains musul-

LA MISE EN VALEUR

mans du Sokoto possèdent des escadrons de cavalerie fort bien montés ; peut-être serait-il bon de recommander aux habitants la production des mulets, qui sont aussi forts et plus rustiques que les chevaux; l’enrichissement des éleveurs se traduirait bien vite par un mouvement commercial, car déjà tous les villages de paysans noirs sont doublés d’un quartier marchand où vivent des Haoussas, maîtres des caravanes. Nous devons hâter le progrès de l’élevage et des cultures vivrières, s’il est vrai, comme

Pirogues venant au marché, à Fumé.

certains indices le laisseraient croire, que le haut Dahomey réserve des surprises heureuses aux chercheurs d’or et de pierres précieuses.

Travail et main-d’œuvre. Industries indigènes. — Ceux qui ont vu des forgerons et des tisserands dahoméens ont pu se convaincre à la fois de l’habileté des ouvriers et de la pauvreté de leurs instruments. Cette pauvreté n’est pas sans remède, et les Dahoméens sont une des races les mieux douées, les plus industrieuses de toute l’Afrique occidentale : la tyrannie des Glé-Glé et des Behanzin n’a pas été sans les façonner, durement il est vrai, à l’habitude du travail. Les métis portugais ou brésiliens, parmi lesquels les rois choisissaient leurs cabécères, sont aujourd’hui dépouillés par notre présence

de leur plus lucratif privilège, la traite des esclaves; mais; comme ils ne manquent pas d’intelligence, ils ont su se plier à ces obligations nouvelles et sont devenus les courtiers dont l’assistance est nécessaire pour traiter avec les noirs.

La population du bas Dahomey est dense autour des lagunes et des capitales intérieures (environ 20 habitants adultes au kilomètre carré) ; elle n’est pas rebelle à la culture, et comprend vite l’intérêt de suivre la direction des Européens; on peut donc compter pour les entreprises coloniales sur une maind’œuvre docile et relativement abondante; c’est un avantage du Dahomey sur presque toutes les colonies de l’Afrique tropicale. A la fin de 1900, six mille noirs, originaires des provinces d’Allada et d’Abomey, travaillaient librement sur les chantiers du chemin de fer; ils apprennent très vite le maniement des outils d’Europe, et s’assimilent à ce point nos méthodes qu’ils demandent à exécuter à la tâche les travaux de terrassement, suivant un prix débattu par les chefs de village et accepté par eux.

Nous avons facilement recruté parmi ces indigènes des miliciens et des tirailleurs, que nous appelons à tort « Haoussas », car ils sont plus grands et de plus fière allure que les Haoussas authentiques des colonies anglaises; ils se piquent d’une supériorité militaire et intellectuelle sur la plupart des noirs, et, de fait, ils n’avaient jamais été vaincus avant notre arrivée et se sont vaillamment conduits contre nous-mêmes; les autorités allemandes du Cameroun se repentirent d’en avoir embauché quelques dizaines comme agents de police, tant furent grandes leur insolence et leur brutalité. Conduits avec discrétion, ils deviennent d’excellents auxiliaires : nous en employons au jardin d’essais de Porto-Novo, au service des courriers et jusque dans l’atelier de composition de l’imprimerie du gouvernement. Il faut les distinguer des Krous qui, résidents temporaires, se confinent pour la plupart dans le métier de bateliers sur la barre, où ils excellent. Krous et Dahoméens s’instruisent d’ailleurs volontiers; ils ont fondé à Porto-Novo un « club indh gène », autorisé par l’administration, où l’on paye une cotisation mensuelle pour participer à divers avantages : bibliothèque, jeux divers (jeux d’argent exceptés), etc. ; on y reçoit des journaux et toutes discussions politiques ou religieuses sont interdites par les statuts ! Ceci nous laissé espérer tout au moins des élèves appliqués pour nos écoles primaires.

Il n’y a que peu à dire des populations du haut Dahomey; le pays est mal remis des brigandages que nous avons arrêtés, et

Le grand marché à Porto-Novo.

LE DAHOMEY

sans doute se repeuplera, mais, dans l’ensemble, il est encore peu habité ; il existe chez les Zabermas des groupes de forgerons, de tisserands et de potiers, donc des éléments sédentaires sur lesquels notre action s’exercera de plus en plus aisément; par contre, nous aurons quelque peine à nous concilier les Peuhl, nomades incorrigibles, et sur lesquels les Haoussas tiennent à conserver leurs privilèges de fournisseurs; ici encore, c’est du chemin de fer, lancé au milieu de tribus indifférentes ou hostiles, que nous devrons attendre la transformation.

Voies de communication et commerce. — Il n’existe pas au Dahomey de bêtes de somme pour les transports, qui sont tous faits à dos de nègres; ce portage, très onéreux aux commerçants, occupe et détourne de la terre des travailleurs dont l’effort serait plus utile sous une autre forme; il faut donc se hâter de rendre ces noirs à l’agriculture et, pour cela, presser les travaux du chemin de fer. Les caravanes de porteurs, entre le haut pays et la côte, suivent des pistes étroites, simplement débroussaillées, le long desquelles on doit lutter sans cesse contre l’invasion exubérante de la végétation ; quelques routes plus larges, praticables aux charrois, seront utilement tracées au départ des ports que ne desservira pas le chemin de fer, par exemple de Grand-Popo à Locossa; l’acclimatation des mulets et de certains boeufs porteurs serait en même temps étudiée.

Mais l’œuvre essentielle est la construction du chemin de fer : au printemps de 1899, la mission du commandant Guyon débarquait à Kotonou, pour lever le tracé; moins de deux ans après, les terrassements sont terminés sur plus de 100 kilomètres, la pose de la voie est commencée, et l’on prévoit qu’avant quatre ou cinq ans la ligne, traversant le Dahomey de part en part, sur 750 kilomètres, atteindra le Niger de Say. Elle part de Kotonou, avec embranchement sur Ouidah. La colonie lait exécuter à ses frais, sous la surveillance du commandant Guyon et d’officiers du génie, tous les travaux d’infrastructure ; une compagnie française s’est chargée des travaux de superstructure et d’exploitation, en échange de vastes concessions territoriales et, pendant les huit premières années, d’une subvention fixée à 2000 francs par kilomètre en service. Le prix de revient est estimé à 60 000 francs par kilomètre, pour une voie étroite, bien entendu; il y a peu de travaux d’art, seulement des remblais au passage des marais de la côte et de Lama; la rémunération très large des capitaux engagés serait, dit-on.

LA MISE EN VALEUR

certaine, même si le trafic de l’intérieur à la côte restait ce qu’il est aujourd’hui, et rien n’est moins vraisemblable.

Les échanges dirigés par les Européens sont encore localisés à la côte : les factoreries ont substitué le payement en argent à l’ancien troc, dont les indigènes ne veulent plus ; les commerçants blancs se servent ordinairement d’un courtier noir, qui rassemble les produits indigènes et se charge de distribuer les marchandises d’importation. Gomme le comprador chinois d’extrême Orient, cet intermédiaire est indispensable, car il connaît

Le wharf de Kotonou.

seul toutes les roueries de ses congénères; il fait payer fort cher ses services, ne se pique pas toujours d’une probité scrupuleuse et réalise assez vite des profits qui lui permettent de jouer à l’élégance dans les villes du littoral : il porte alors un pantalon bouffant, une chemise de toile avec cravate, une blouse, des souliers de bains de mer et une calotte brodée à gland. Le wharf de Kotonou, long de 300 mètres, affranchit aujourd’hui les marchandises du transbordement au delà de la barre ; il se compose d’une passerelle et d’un large débarcadère, munis de rails Decauville; trois dragues sont employées à maintenir praticables les chenaux des lagunes.

Le mouvement commercial du Dahomey, qui en 1890 n’atteignait pas 10 millions de francs, était en 1900 voisin de 30 millions (importation, 13 950 000 ; exportation, 14 300 000) ; les huit dixièmes de l’exportation sont fournis par l’huile et les aman-

LE DAHOMEY

des de palme; des missions commerciales et scientifiques, qui ont parcouru tout le pays, viennent de rapporter en France des documents qui serviront à multiplier les échanges; la difficulté de trouver du crédit est une des plus importantes qui s’oppose à un très rapide essor économique; il serait désirable (et nous croyons cette réforme prochaine) qu’une banque française établît une succursale au Dahomey.

A l’importation, presque toutes les marchandises empruntent le wharf de Kotonou, bien que la majeure partie (alcools, tissus, armes) vienne d’Allemagne, de Belgique et d’Angleterre ; à l’exportation, au contraire, Lagos attire la plupart des chargeurs, car les compagnies de navigation allemandes et anglaises favorisent ce port de frets très réduits, même à destination de France; un droit de sortie imposé à la frontière anglaise entraverait sans doute cette déviation, et nos compagnies de navigation feraient le reste, en montrant aux négociants une complaisance dont elles se dispensent parfois, sous prétexte de leurs obligations postales. En attendant que le chemin de fer lui amène tout le trafic du haut pays, jusqu’au Niger, Kotonou est relié par le télégraphe, depuis juin 1900, à Say et au réseau intérieur de l’Afrique occidentale française. Bien dotée par la nature, sagement administrée depuis la conquête, notre colonie du Dahomey progresse d’une marche continue qu’il nous appartient de diriger, de plus en plus nettement, selon les intérêts de l’expansion française en Afrique.

Henri Lorin.

RÉGIME DE LA PROPRIÉTÉ

A la suite de la promulgation au Congo français des décrets des 8 février et 28 mars 1899, relatifs au domaine public, à l’exploitation forestière, à la propriété foncière et aux terres domaniales, quatre décrets à peu près identiques à ceux du Congo, furent rendus pour le Dahomey le 5 août 1900.

Domaine national. Domaine public. — Le premier décret énumère quelles parties du territoire font partie du domaine public^ fixe les servitudes des riverains des cours d’eau non navigables ni flottables, celles relatives à l’exploitation des lignes télégraphiques et téléphoniques, le règlement des contestations, le régime des autorisations d’occupation du domaine public, un déclassement partiel de sa police.

(i) Voir sur les concessions territoriales aux colonies les Principes généraux (p. 65-75) et sur leur application au Congo le chapitre Congo français.

LA MISE EN VALEUR

; Domaine privé. — Le deuxième décret, sur \% régime des terres domaniales^ spécifie que les terres vacantes et sans maître font partie du domaine de l’Etat et en attribue les produits au budget local de la colonie, à titre de subvention pour les dépenses de colonisation. Il fixe les conditions de l’attribution des concessions, qui sont octroyées par le gouverneur pour les superficies inférieures à 10 000 hectares, et par décret pour les étendues supérieures à ce chiffre.

Le troisième de ces actes, relatif au régime forestier^ détermine les dispositions auxquelles sera soumise l’exploitation des bois domaniaux et de ceux qui constituent des propriétés privées. Cette partie vise surtout à la protection des arbres à latex, c’est-à-dire qui fournissent le caoutchouc et la gutta-percha.

Propriété privée. — Le quatrième décret établit le régime de la propriété foncière^ et ses principales prescriptions concernent: 1° l’immatriculation des immeubles et les titres de propriété ; 2° les transmissions de propriété et les constitutions d’hypothèques et de droits réels sur les immeubles ; 3® les obligations et la responsabilité du conservateur de la propriété foncière ; 4® l’immatriculation des immeubles vendus à la barre des tribunaux; 5° le règlement des contestations. Par l’article 98 il est créé à Porto-Novo une conservation de la propriété foncière.

Les prescriptions générales du Code civil sont applicables au Dahomey, en tout ce qui a trait au régime de la propriété.

Un arrêté du gouverneur, du 8 juin 1901, décide que les terrains qui ne présentent aucune trace de culture ou d’exploitation seront considérés comme vacants. Si une revendication vient à se produire de la part des indigènes au sujet de la propriété d’un terrain situé à proximité d’un village et dont la concession aura été demandée, un délai de deux ans sera accordé à ces indigènes pour mettre ledit terrain en valeur. L’arrêté fixe ensuite les conditions dans lesquelles peuvent être accordées les concessions de 200 à 10 000 hectares dont l’octroi est réservé au gouverneur.

TRAVAUX PUBLICS

Le personnel du service des travaux publics comprend : un conducteur principal, chef de service, et sept commis, magasiniers et surveillants, ainsi que des contremaîtres et ouvriers indigènes de toutes les spécialités. Ce personnel est régi par les dispositions du décret du 3 juin 1899, qui règle la matière pour toutes nos possessions d’outre-mer. Un arrêté local, du 27 août 1894, organise le service et divise, à ce point de vue, la colonie en deux circonscriptions.

En dehors de la construction et de l’entretien des immeubles de la colonie, de l’entretien et de l’amélioration des routes, etc., le service des travaux publics du Dahomey n’a jamais accompli de grandes entreprises. Le wharf de Kotonou a été construit et est exploité par une société privée.

La flottille locale rentre dans les attributions du service des travaux publics, qui est chargé de faire aux bateaux à vapeur et aux dragues qui

LE DAHOMEY

la composent les réparations nécessaires. Deux mécaniciens européens sont entretenus à cet effet par le budget local.

Le décret du 6 juillet 1899 a fixé, pour le Dahomey, comme pour les autres colonies de la côte d’Afrique, la réglementation sur la recherche et l’exploitation des mines (V. Sénégal).

RÉGIME COMMERCIAL

Tarif douanier (V. p. 105-121). — Les tarifs métropolitains fixés par la loi du 11 janvier 1892 ne sont pas appliqués au Dahomey. Les principaux droits perçus sont des taxes de consommation. Leur tarif a été définitivement fixé par un arrêté local du 22 juin 1899. Ces taxes, établies ad valorem^ frappent principalement les tabacs, la poudre, les armes de traite, le sel marin, le sel gemme, les tissus, les genièvres et les alcools. Elles comportent des exceptions, au bénéfice principalement des instruments et machines, des matériaux de construction, etc., etc.

Dans la lagune reliant Porto-Novo à Lagos un droit d’ancrage est perçu au profit de la colonie (1 franc par tonneau pour les bâtiments étrangers; 50 centimes pour les bâtiments français).

Il n’existe pas de droit de sortie.

Un arrêté du 31 juillet 1898 a organisé au Dahomey l’entrepôt fictif, dans les ports de Kotonou, Ouidah et Grand-Popo, conformément aux dispositions adoptées dans la métropole.

La douane est chargée du service des colis postaux, qui relève, dans nos autres possessions, de l’administration des postes et télégraphes.

Institutions de crédit. — Voir Banque de V Afrique occidentale^ page 630.

Monnaies. Foids et mesures. — Les monnaies françaises ont cours dans la colonie et sont de plus en plus employées par les indigènes. L’administration locale fait tous ses efforts pour les répandre en grandes quantités afin de lutter efficacement contre l’invasion des monnaies anglaises, provenant du Lagos et très estimées par les indigènes. Ces derniers emploient entre eux, pour les transactions courantes, le cauris, petit coquillage blanc de forme demi-ovoïde, qui provient de la côte orientale d’Afrique.

Les marchandises d’échange, les tissus, le gin et le genièvre, le tabac, etc., tendent de plus en plus à faire place au numéraire.

Les poids et mesures sont les mêmes que dans la métropole. Les indigènes conservent encore, entre eux surtout, certaines mesures spéciales de capacité et de mesurage, telles que la brasse pour les tissus, la corbeille ou la calebasse pour les grains et le caoutchouc ; mais les factoreries de plus en plus sont munies des poids et mesures , de notre système métrique, dont l’emploi se généralise chaque jour.

Louis Desbordes.

can.Aou'sa

CJf'defer en construction

Echelle

Niadango o

^Archinavd

Bitta n Kt

Tilh {

MaüacouaJi \

Page 1