CARTE DE LA COTE D’IVOIRE
LA COTE D’IVOIRE
Bouët-Willaumez, sur une langue de sable, en bordure de la mer, à, l’ouest de l’embouchure de la Komoé. Population, 2 500 habitants. Il a pris un subit développement par suite du décret de 1893 organisant la Côle d’Ivoire en colonie indépendante. Deux avenues ombragées, des rues, des maisons, des factoreries occupent toute la superficie de la langue de sable (longueur 2 kilomètres, largeur 300 mètres) qui sert d’assise à la petite ville. Depuis 1897, un pont la relie à la rive nord de la lagune qui la sépare de la terre ferme. Sur cette rive, la végétation déploie son luxe équatorial, tandis que sur la rive sud de la lagune, du pur sable, croissent tout au plus des cocotiers et certains ficus. Le manque de terre végétale et des matériaux de construction, un état sanitaire peu satisfaisant, ont motivé le déplacement du chef-lieu de la colonie : Bingerville a remplacé Grand-Bassam.
Kong, ville de la Haute-Guinée, capitale du royaume de Kong, placé sous le protectorat français, à 400 kilomètres N.-N.-O. de Grand- Bassam, altitude 700 mètres. Population, 10 000 habitants. Kong, une des plus grandes agglomérations soudaniennes, s’étend en éventail sur le revers méridional d’un plateau allongé, au milieu d’une plaine déboisée, mais parée d’un verdoyant gazon. Divisée en sept grands quartiers, non compris les faubourgs, elle a l’aspect d’une ville à la fois soudanienne et saharienne par ses cinq mosquées aux minarets pyramidaux, ses maisons cubiques de terre brune et à terrasse consolidées par des Kong. L’une des cinq mosquées. madriers, ses carre-
Phot. de M. Marcel Monnier. fours et seS ruelles,
d’une propreté peu exemplaire. Ses habitants sont entièrement adonnés au commerce et à l’industrie. Tisserands et teinturiers, ils fabriquent des étofiés, boubous et pagnes; commerçants, ils entendent très bien le trafic, et le marché de leur ville est fréquenté par quatre mille chalands ou vendeurs, qui échangent les productions du pays contre des marchandises de provenance africaine ou étrangère. Une ligne ferrée à voie étroite, dont le tracé a été établi par le capitaine Houdaille, doit relier Kong à Bingerville (Abidjan), à 40 kilomètres O. de Grand-Bassam.
LE DAHOMEY
LE PAYS
A colonie constituée sous le nom de Dahomey illustre,
comme la Guinée française, cette vérité que la permanence
fl À d’une direction unique et responsable est la meilleure garantie de la fortune et du progrès. Nommé par M. Étienne en 1889 gouverneur de notre pauvre comptoir d’alors, Porto-Novo, M. Victor Ballot était encore, dix ans plus tard, gouverneur des territoires agrandis et pacifiés qui sont notre Dahomey d’aujourd’hui; plus que personne, il en a surveillé et hâté la croissance, administrateur et explorateur tout ensemble; il n’est que juste, en tête de cette étude, de rappeler son nom.
D’abord simple couloir de pénétration, large d’une centaine de kilomètres à partir du golfe de Guinée, la colonie s’épanouit au nord du 9® parallèle, pour tourner d’une part le Togo allemand et la Côte d’Or anglaise, de l’autre la Nigérie anglaise, telle que l’a définie le traité de 1898; elle vient ainsi se confondre sans solution de continuité, dans l’immense Afrique occidentale française, et se trouve bornée, au nord et à l’est par nos territoires militaires.
Relief du sol; côtes. — Le littoral du Dahomey ressemble beaucoup à celui de notre Côte d’ivoire; c’est une mince plage de* sable défendue par une barre, et formant un cordon qui sépare des lagunes de la mer; puis, en pénétrant dans l’intérieur, une bande de forêts, interrompues par quelques marécages et de longues clairières où coulent les fleuves. Les terrains d’alluvions dominent sur une centaine de kilomètres, noyés souvent et détachant sous forme d’îles des plateaux plus secs : celui d’Allada, dont les dernières falaises viennent mourir en arrière des lagunes et, près de la frontière allemande, celui de Locossa. Les marais de Lama, que les eaux d’amont accumulent au nord de ces plateaux, sont un obstacle redoutable, au sol spongieux en saison pluvieuse, rugueux et craquelé en saison sèche ; on les tourne ordinairement par la vallée de l’Ouémé, et tel fut l’itinéraire de notre corps expéditionnaire ; le chemin de fer commencé doit cependant les traverser directement.
LE DAHOMEY
Ces demi-lagunes franchies, on atteint le relief ondulé, les collines et les bosquets d’Abomey (325 mètres), de Cana, de Zagnanado, le cœur de l’ancien royaume dahoméen; le sol est parsemé de conglomérats ferrugineux, il a la teinte caractéristique de l’argile rouge, dont les habitants se servent pour dresser leurs cases; çà et là, des ravins s’enfoncent brusquement, brèches profondes que l’on ne devine qu’en arrivant sur le bord; ailleurs, ce sont des pointements de granit, citadelles
Porto-Novo. Sur la lagune.
assignées par la nature à la résidence des conquérants. Cette région montagneuse, habitée parlesMahis, se prolonge jusqu’au 9® degré, latitude de Carnotville; le nom de monts Delcassé a été donné à l’ensemble de son relief; près de Carnotville, entre des rochers de marbre et des saillies de granit, des bouquets d’arbres donnent au pays l’aspect d’un grand parc. Il est vraisemblable que cette formation géographique s’étend beaucoup à l’est, dans le Borgou, et qu’on doit lui attribuer les rapides du Niger, entre Boussa et Badjibo.
Au nord des monts Delcassé, le plateau plus monotone des Baribas est l’étage supérieur d’où les eaux divergent vers le golfe de Guinée et vers le Niger; l’alignement dominant des monts Atakorés (800 mètres) arrête les dernières pluies venues
LE PAYS
du golfe de Guinée, et limite au sud la zone subsaharienne du Gourma et du pays de Say ; la pente vers le Niger est lentement inclinée, couverte de pâturages intermittents et parcourue par des troupeaux transhumants; elle est librement ouverte aux influences venant du nord; l’islam y avait pénétré sans peine et constitué des organismes politiques très supérieurs à l’incohérente dispersion des tribus noires plus méridionales; il ne faudrait pas aller beaucoup au delà du Niger, dans les territoires reconnus français par l’Angleterre, pour trouver toutes les con-, ditions du Sahara.
Climat. — Sur le littoral, le climat diffère peu de celui de la Côte d’ivoire. Les vents soufflent de l’Océan, tournant de l’ouest au sud-est, pendant la saison pluvieuse, de mai à novembre; on observe une accalmie des pluies, avec baisse de la température, en juillet et août; cette petite saison sèche serait la meilleure époque de l’année pour le débarquement et l’acclimatation des Européens. En saison sèche, le vent vient du nord; c’est le harmattan avec sa charge ordinaire de poussière rougeâtre et de miasmes pestilentiels, dégagés de l’assèchement partiel des marécages et des vallées. La température moyenne de l’année entière est fort élevée, 27 à 28® centigrades; la dépression nocturne, si bienfaisante pour les organismes européens, atteint son maximum en saison sèche, par suite de l’intensité du rayonnement; le thermomètre tombe alors, à Porto-Novo, jusqu’à 14®. La côte dahoméenne est exposée aux tornades, surtout par vents de sud et sud-ouest.
Plus on s’enfonce dans l’intérieur et plus nettement s’atténuent les rigueurs du climat équatorial des côtes; les oscillations diurnes de la température sont plus amples ; les pluies se précipitent en cascades moins copieuses; enfin l’altitude croissante du sol devient progressivement un élément modérateur du climat; tandis qu’à la côte, un séjour continu de deüx ans paraît le maximum que les Européens ne dépassent pas impunément, la région de Carnotville, celles mêmes de Zagnanado et d’Abomey, plus au sud, se prêteraient à de notables prolongations; on a pensé à faire de Zagnanado le sanatorium des factoreries côtières; la construction du chemin de fer, permettant l’évacuation rapide des malades sur les postes plus sains du haut pays, combattra très heureusement les influences maléfiques du littoral.
Hydrographie. — Les fleuves dahoméens ne se jettent pas
Colonies. I.
LE DAHOMEY
directement dans la mer, mais dans les lagunes côtières dont le réseau s’étend depuis le Togo allemand jusqu’aux bouches du Niger; les lagunes communiquent avec la mer par des graus dont la profondeur est malheureusement insuffisante pour les bâtiments de mer; ceux-ci doivent donc mouiller au delà de la barre, et se servir de chalands ou de pirogues pour leurs opérations avec la terre; dans les lagunes, un chenal de deux
Lac d’Adjoupa, près de Porto-Novo.
mètres s’olïre à la circulation des chaloupes fluviales entre Kotonou, Porto-Novo, Ouida et Lagos; la lagune la plus étendue, celle de Porto-Novo, déploie ses eaux calmes et bleues entre des rives fertiles et peuplées, propices à toutes les cultures tropicales, mais elle débouche naturellement plutôt vers le grau anglais de Lagos que vers les nôtres, et nous devrons nous efforcer de corriger à notre profit les habitudes prises. Dès maintenant, la navigation par pirogues indigènes est active sur ces étangs intérieurs; les rives en sont bordées de villages, avec estacades en bois. Un wharf maritime est en service à Kotonou.
Si les lagunes sont navigables, à peine en peut-on dire au-
LE PAYS
tant des fleuves qui les alimentent : le plus long d’entre eux, rOuémé, vient des monts Atakorés ; après avoir traversé le pays des Matiis par un cours vif et encaissé, il vient s’étaler à l’est des marais de Lama, où il se mêle à la rivière Zou, affluent de droite; il se divise ensuite en deux bras qui se jettent dans la lagune de Porto-Novo; la tête de ce delta est surveillée par le poste de Dogba (fort Faurax). En saison pluvieuse, l’Ouémé roule des eaux abondantes et l’on y a relevé des profondeurs de 4 mètres; mais il n’y a pas là une voie de communication sûre :
Le Niger en aval de Say.
à la hauteur du plateau d’Allada, le cours est barré de roches et de rapides; seules, les pirogues indigènes, chargées de deux ou trois tonnes, remontent à toute époque jusqu’à Dogba. Quant aux rivières plus petites que l’Ouémé, le Coulfo, le Mono, etc., ce ne sont que des torrents dans leur cours supérieur, des marécages à pente insensible auprès des lagunes. Chaque année, lors des crues, tous ces fleuves se confondent sur les alluvions noyées du littoral et, quand vient la saison sèche, les chenaux apparaissent envasés ou déplacés; il serait plus facile de les utiliser pour l’irrigation que pour la navigation.
La région septentrionale du Dahomey appartient au domaine du Niger; à Say, ce fleuve renaît à peine, après sa pénible traversée du Sahara, depuis Tombouctou; il rentre dans la zone des pluies tropicales, qui le referont puissant surtout en aval de Boussa, et doit aux rapides d’Ansongo, qui ménagent sa maigre
provision d’amont, de ne pas mourir avant d’atteindre la limite des eaux permanentes; large de 300 à 500 mètres, il roule entre des berges vaseuses, coupé d’îles verdoyantes où des Peuls paissent leurs troupeaux; dans l’arrière-Dahomey, il ne reçoit encore que des affluents temporaires dont le sillon profondément creusé, presque toujours à sec, s’emplit au moment des orages et déborde parfois d’eaux tumul-
Banian dans le haut Dahomey.
tueuses et vite épuisées ; ces oueds du Sahara méridional sont appelés dallols.
Faune et flore. — La zone humide de la côte est bordée par des palétuviers et des papyrus; très près de la mer et jusqu’au delà des marais de Lama s’étend le domaine du palmier à huile, richesse principale du bas Dahomey, et du cocotier; de nombreux caïmans vivent dans les lagunes, au-dessus desquelles volètent des milliers d’oiseaux; le riz, encore assez rare, se plaît dans les fonds inondés et au bord des cours d’eau; le maïs et le manioc viennent dans les terrains moins arrosés, et l’on trouve
LE PAYS
aussi quelques bananiers et kolatiers avec des lianes à caoutchouc.
Le moyen Dahomey, autour des anciennes capitales de Behanzin, est un pays plus cultivé, où les habitants sont revenus depuis l’occupation française et laissent peu de terres vacantes pour de nouveaux établissements; une belle route, herbeuse et ombragée de grands arbres, conduit de Cana à Abomey; les indigènes, qui fuyaient jadis le voisinage de ce chemin royal, trop fréquenté par les chasseurs d’esclaves, s’en rapprochent aujourd’hui; le sol produit le mil, le tabac, les légumes, le coton, l’indigo; le karité ou arbre à beurre en serait l’espèce caractéristique ; les prairies naturelles sont assez stables pour nourrir des troupeaux de bœufs et même de chevaux ; il n’y existe pas de grands fauves , ni d’animaux sauvages nuisibles.
Dans le haut Dahomey, la faune et la flore passent des conditions du Soudan à celles du Sahara : le Gourma est un pays relativement sec, où les troupeaux de moutons circulent sans cesse, conduits par leurs pasteurs peuhl, à la recherche des pâturages ; sur les collines mieux arrosées du Borgou errent des bandes de chevaux à demi sauvages; les arbres ne se montrent plus que par bouquets, sauf sur les ressauts montagneux, qui attirent des pluies plus constantes : ainsi l’Atacoré est couvert de forêts, ou plutôt d’une haute brousse de jungles et de baobabs où vit du gros gibier, où l’on trouve même des éléphants. Sédentaires dans tout le bas et le moyen Dahomey, les populations tournent progressivement au nomadisme dans le haut pays ; les Baribas sont des cavaliers pillards, comme les Zabermas des environs de Say, et, plus au nord, des tribus de Touareg, dont la bête de somme ordinaire est le chameau et qui apportent aux marchés du Sud le sel exploité dans les dallols.
Henri Lorin.
LES POPULATIONS
Daliomey. Dahoméens. — En nous éloignant du Soudan, nous perdons d’abord la trace des influences si complexes des deux groupes mandingue et peuhl. L’ethnologie n’en devient pas pour cela plus simple. Et nous retrouvons toujours le mouvement de l’est à l’ouest ou du centre au littoral, de peuples dont les tribus s’enchevêtrent. En suivant les côtes,
LE DAHOMEY
après les Fantis en avant des Achantis, on rencontre les Minas, de la Volta au Dahomey, les Évés et Dahoméens (ou mieux Dahomans), les Gèges de même origine et les Nagos et les Yorubans, M, Édouard Foa remarque qu’il y a, dans cette région, une gradation ascendante de la beauté physique, du Niger à la Côte d’Or. Le Minah est plus beau que l’homme des Popos, lui-même plus agréable que le Dahoman, à son tour moins laid que le Nago. Qu’on ne se méprenne pas sur la signification de ce phénomène. Il est dû à l’influence des Achantis, dont les Appoloniens
ont rendu la beauté de formes célèbre et que nous avons déjà retrouvé en mélange parmi les peuples de la Côte d’ivoire.
Dans chacun des groupes énumérés plus haut il y a, dit encore M. Foa, des hommes physiquement différents. Il faut, ajoute-t-il, pour que ces caractères différentiels soient encore appréciables, malgré le temps et le croisement de centaines de générations, que ces hommes aient été à l’origine totalement distincts. Ces groupes sont donc, non des races, mais de simples agglomérations dont la communauté de langue fait l’unité temporaire.
1 ^ Les Dahoméens sont une frac-
tion des Évés. Ils sont en moyenne (1“, 63-1“, 72) moins grands que les Minas et les Nagos, tout en comprenant des individus de toute Féticheuse nagote. taille. La couleur de leur peau
varie entre le brun marron foncé, le noir violet foncé, le rouge foncé et le rouge jaune. Leur visage est carré, d’expression très peu intelligente; leur front est bas.
Mis à même d’examiner attentivement la troupe de Dahoméens amenée à Paris en 1893, j’ai été frappé delà variabilité de leurs caractères. Une femme a attiré mon attention par la grossièreté bestiale de ses traits. J’ai remarqué à côté quelques hommes à nez aquilin comme il s’en trouve chez les Achantis et dont la présence révèle quelques lointains rapports avec l’Afrique orientale. De l’ensemble se dégageait une impression non équivoque de brutalité sauvage. Les Dahoméens sont donc dans leur ensemble inférieurs aux Ouolofs-Mandingues et métis du Soudan. Mais il y a une démarcation nette entre les chefs et le peuple. Les chefs, de figure beaucoup plus intelligente, offrent aussi plus d’unité dans les caractères physiques, ce qui s’explique du reste par le régime politique et social de ce pays. Les Dahoméens sont restés jusqu’à ce jour dans la position d’esclaves sous
LES POPULATIONS 731
leur roi et leurs chefs. Chaque année le roi faisait des incursions guerrières, danÀle but unique de capturer des hommes et des femmes chez ses voisins. Ces prisonniers, lui appartenant tous, étaient gardés pour son service, distribués aux chefs qu’il avait à récompenser, ou vendus a son profit. ■
Les Dahoméens se liment les dents incisives, qui, écornées de chaque bord, laissent entre elles une ouverture conique par laquelle ils crachent à 2 mètres de distance. Leurs dents sont, à part cela, très belles. Ils mangent tout très cuit, presque sans mâcher. Ils consomment peu de viande et pas de fruits verts. Leur estomac peut engloutir d’énormes quantités d’aliments.
Le fond de leur nourriture est ra/f«6’sa, boules de farine de maïs fermentée et bouillie.
La petite vérole fait parfois, parmi eux, de grands ravages; mais elle est spéciale aux noirs. Du moins, le blanc ne la prend pas d’eux.
Les femmes ont rarement plus de trois ou quatre enfants. Elles sont mères dès quatorze ans, et grand’mères à trente-cinq ans. Les hommes eux-mêmes sont vieux à cinquante ans, et une grande torpeur les rend dès lors incapables de tout travail.
Ils sont habitués dès l’enfance k dissimuler, et la Guerrier bsiriba.
crainte constante sous laquelle ils vivent les rend
incapables de dire ce qu’ils pensent ou ce qu’ils veulent. Leur insensibilité paraît extrême, et il faut qu’elle le soit pour que leur régime politique ait été pour eux supportable. Leur religion est grossière et cruelle. Ils ont de la survivance après la mort une idée si ferme qu’ils ont toujours consenti aisément à être expédiés dans l’autre monde, surtout quand il s’agissait d’y porter un message royal. Leurs rois se livraient à d’épouvantables hécatombes, et k leur mort le sang humain coulait k flots. Leur principal culte est phallique; mais ils adorent aussi un serpent, le caïman, l’esprit du roi, son symbole, celui des chefs.
Nagos. — Dans le royaume de Porto-Novo, qui comprend environ
LE DAHOMEY
300 000 habitants, le fond de la population est formé des Nagos. Ils sont de même souche que les Yorubans et ils sont encore en relation de parenté avec les habitants des villages échelonnés du littoral au Niger. Ils sont plus grands et ont la figure plus ouverte que les Dahomans. Leur
langue est très répandue sur le littoral, alors que le fo7i ou dahoman n’est exclusivement parlé qu’au Dahomey. Mais ils sont dans la position d’esclaves vis-àvis des GègeSy conquérants dahomans qui se sont emparés de leur pays et y ont imposé leur langue.
C’est d’eux qu’étaient formées ces cargaisons d’esclaves emmenées en Amérique par les négriers. Ils portent trois cicatrices transversales sur la joue. Les Gèges et Dahomans n’en portent qu’une en forme de 7 sur le front. Jamais un Gège n’épouse une Nago. Le Nago fait d’ailleurs le commerce de sa femme et de sa fille, ce à quoirépugneleGège.
Mais les différences physiques entre eux sont néanmoins peu Groupe de Mammies (Porto-Novo). distinctes. Un Nago,
vendu enfant comme esclave en 1821, est
devenu évêque et a publié la Bible en nago. Le vocabulaire nago suffit pour se faire comprendrç dans toute la région (des Dahomans eux-mêmes) et dans le Yoruba où des missionnaires anglais se sont efforcés de rendre cette langue littéraire.
Une influence musulmane civilisatrice se fait sentir dans le haut Dahomey à partir de Bassila (9° de lat. nord). On rencontre déjà un peu plus haut des villages haoussas (Ouangara). On rencontre aussi des Peuhl
LES POPULATIONS
restés pasteurs, un peu partout. La plupart des indigènes cependant, les Baribas et surtout les Kodocolis de Bassila, les Kafiris de Djougou, sont rebelles encore à la religion elle-même. Et c’est de là que leur vient ce nom de Kafiris (infidèles) qu’iJs partagent avec d’autres infidèles de l’Hindou-Kouch (les Siah-poshi. Ce sont des sauvages très rudes, armés de flèches empoisonnées, comme des gens du Mossi. Plus au nord, dans le Gourma même, les musulmans sont presque tous encore des émigrés, Peuhl,
Haoussas, Zabermas ou Djermas. Ces derniers, indigènes du moyen Niger , rive gauche, qui furent en contact avec les Touareg et ont longtemps lutté contre les Peuhl, sont d’origine mandingue et compris dans le 3®territoire militaire.
Les Haoussas. —
Les Haoussas, quoique étrangers dans nos possessions, se mêlent depuis longtemps à nos populations, en particulier à celles du haut Dahomey. Ils viennent jusque sur notre littoral, car ayant un
goût natif pour le Dahoméens. — (Collection de la Société d’anthropologie.)
métier des armes,
comme pour le commerce, ils s’engagent volontiers dans nos troupes de tirailleurs. Leurs habitudes migratrices et leur pays d’origine sur la rive gaucbe du Niger au sud du Bornou en ont fait dans nos possessions des agents plus ou moins volontaires des influences orientales et musulmanes. Ils appartiennent originairement au même fond nigritique que les Bornouans. Ceux-ci, on le sait, sont des nègres aux traits accentués et laids, prognathisme exagéré, cheveux laineux très courts, etc. Mais ils ont, depuis longtemps, subi des influences et des mélanges divers. Les Touareg berbères sont en proportion notable dans leur pays, et les Peuhl en sont plus ou moins les
maîtres. On rencontre donc parmi eux depuis le vrai noir aux lèvres lip- .J
pues jusqu’aux métis les plus approchants des types berbères, peuhl et mêmes arabes. Ils portent la chemise, le pantalon et un petit bonnet de ' ,
Groupe de Dahoméens. — (Collection de la Société d’anthropologie.)
coton posé sur la tête de façon très fantaisiste. Ils sont en majorité musulmans. Leur état social et leur organisation politique sont donc aujourd'hui plus ou moins généralement modelés sur ceux des peuples musulmans.
Zaborowski.
LES EXPLORATIONS
Origine de nos relations avec la côte des Esclaves. — Les marins dieppois passent pour avoir visité dès le milieu du XIV® siècle la côte des Esclaves (1), mais ils n’y ont pas laissé de traces certaines de leur passage. Les Portugais, au contraire, à partir de 1434, s’établirent dans le pays, échangèrent les marchandises d’Europe contre de l’or, de l’ivoire et des esclaves, s’y créèrent une situation prépondérante et construisirent le fort de San Jâo Baptisto d’Ajuda, où ils mirent garnison.
Les Français reparurent au xvi® siècle et le commissaire de la marine d’Elbée visita le roi d’Ardres à Offra en 1670. Ce potentat envoya auprès de Louis XIV un délégué, qui promit, au nom de son souverain, que la prééminence commerciale serait assurée à la France. Les Hollandais, dont la situation était devenue prépondérante dans la contrée, en éprouvèrent un grand désappointement.
En 1671, fut fondé le fort français de Ouida, autour duquel se formèrent peu à peu des noyaux de population.
Les pays actuellement occupés par le Dahomey et le royaume de Porto-Novo comprenaient, au début du xvii® siècle, ainsi que nous l’apprenons par la carte du seigneur d’Anville et par la relation des voyages du chevalier des Marchais, trois Etats : le royaume de Juda, qui s’étendait de la mer jusqu’à Savé et au lac Denham ou Nokoué ; le royaume d’Ardres ou d’Allada, qui touchait à la côte par Godomey, Kotonou et Porto-Novo, et s’étendait jusqu’au Lama ou marais de Co ; enfin le royaume de Fouin ou Foys, ou de Gana, situé au nord du Lama. Le chevalier des Marchais assista au couronnement du dernier roi de Juda qui eut lieu en 1725. « Le directeur français, écrivait-il, occupait la première place et la plus proche du roi. Le chevalier des Marchais était assis auprès de lui et, tout de suite, les principaux officiers du comptoir. Au-dessous d’eux était le directeur anglais ; après lui, le directeur hollandais. Tous ces messieurs étaient assis et couverts. Le directeur portugais et ses officiers occupaient les dernières places et ils étaient debout et découverts. » La France ne cessa pas d’entretenir de bons rapports avec ces divers États.
Les royaumes d’Abomey et de Porto-Novo furent constitués en 1610 par un démembrement de celui d’Allada. Trois fils du roi défunt se disputaient à cette date sa succession. Le plus jeune déposséda ses frères et s’installa dans Allada, la capitale. L’aîné, à la tête de ses partisans, se retira dans l’est et détacha à son profit de l’héritage paternel les territoires qui formèrent, dès lors, le royaume de Porto-Novo. Le second, Takodonou, vint implorer la protection de Dan, roi de Fouin, qui lui concéda des terrains pour loger tous ceux qui l’avaient suivi. Gomme il de-
(1) Voir, page 118, Premières tentatives de colonisation sur la cote
OCCIDENTALE d’AFRIQUE.
LE DOMAINE COLONIAL
mandait encore dé nouvelles concessions au roi Dan, celui-ci répondit : « Vous bâtissez partout des maisons ; quand donc vous arrêterez-vous ? Vous ne voulez pas, je pense, bâtir sur mon ventre. » C’est pourtant ce qu’il fit.
Takodonou réunit en effet ses guerriers, battit son bienfaiteur et le fit prisonnier. Il commença alors à côté de son ancienne enceinte (Agomé) la construction d’un grand palais, et, les fondations étant creusées, il y fit enterrer vivant le roi Dan. De là vint le nom, donné au pays, de Danhomé ou Dahomey^ c’est-à-dire ventre de Dan.
Le missionnaire Pierre Bouche, qui a essayé de reconstituer l’histoire du Dahomey, a donné une liste de ses rois qui n’offre qu’un intérêt de curiosité. Cependant il convient de rappeler que c’est au roi Adanzou pr, successeur de Takodonou, que revient l’institution, en 1660, des trop célèbres coutumes, qui ont fait jaillir à flots le sang humain. Le roi Guadja- Troudo, qui régna de 1708 à 1732, s’empara d’AIlada en 1724 et, en 1727, du royaume de Juda. Il ne restait plus dès lors à côté du Dahomey que le royaume de Porto-Novo.
Nos nationaux avaient continué à jouir d’un grand prestige sur toute, la côte, et, dans les cérémonies officielles, le directeur du comptoir de Guida marchait avant les représentants des autres pays européens. Il est vrai qu’à cette époque nos commerçants constituaient une excellente clientèle pour les marchands d’esclaves. Du xvi® au xix® siècle, les colonies européennes d’Amérique, ayant besoin de travailleurs, envoyaient leurs voiliers acheter des esclaves sur la côte d’Afrique, et particulièrement dans cette région, qui a conservé, pour cette raison, le nom de Côte des Esclaves.
En 1776 les Français exportaient de Guida plus de 6 000 noirs, tandis que les Portugais n’en achetaient guère que la moitié de ce nombre. Dans les années qui suivirent, ce trafic diminua pour la France, par suite du progrès des idées humanitaires, mais le Portugal continua à tirer de cette partie de l’Afrique un grand nombre d’esclaves pour ses colonies d’Amérique.
En 1797, la France cessa d’entretenir garnison au fort de Guida, mais la jouissance et la garde en furent remises à des négociants français, qui maintinrent les bons rapports avec les rois d’Abomey. Pour mieux conserver ses droits, la France eut le soin, depuis 1841, de revêtir des fonctions consulaires l’un de ses commerçants résidant à Guida.
Le Brésil avait continué à se livrer à un grand trafic d’hommes. Mais, à la suite de l’abolition de l’esclavage en Angleterre (1838) et en France (1848), les États européens commencèrent à interdire la traite.
Les négociants cherchèrent alors une autre source de revenus. Les palmiers à huile, qui abondent dans ces contrées, furent mis en exploitation, et de cette époque date la fondation de quelques-unes des factoreries françaises encore existantes.
Conventions avec les pays de la Côte des Esclaves. — Diverses conventions furent passées pour resserrer nos liens avec le Dahomey, les Popos et Porto-Novo. Le l®'' juillet 1851, le lieu-
DAHOMEY
t6na,nt d6 vEiss63.u Bouet signa à Abomny, avec le roi Ghézo, un traité d’amitié et de commerce, aux termes duquel le roi assurait, moyennant les droits et coutumes stipulés, protection et liberté aux Français qui voudraient s’établir dans le royaume. Cette protection s etendait à nos missionnaires.
En 1857, les Minas, qui avaient fondé un petit Etat devenu un lieu de refuge pour les populations persécutées des pays voisins, nous avaient vendu la plage de Pla, plus connue sous le nom de Grand-Popo. Nous acquîmes ensuite d’eux Petit-Popo en 1864, Agoué et Porto-Seguro en 1868. Par un décret du 19 juillet 1883, la France affirma son protectorat sur ces contrées. Un autre décret, en date du 21 juillet 1885, l’étendit au pays des Ouatcbis.
En 1868, à l’occasion d’une visite faite à Abomey par le capitaine de vaisseau Devaux, chef d’état-major du contre-amiral Latîon-Ladébat, et par M. Daumas, notre vice-consul, le roi Glé-Glé, successeur de Gbézo, consentit verbalement à nous céder le village de Cotonou, avec une bande de plage de 6 Icilomètres de profondeur. Cette cession fut renouvelée par le traité écrit du 19 mai 1868.
Un nouveau traité, passé le 19 avril 1878 avec le même souverain par le capitaine de frégate Paul Serval, confirma la cession de Cotonou, supprima la clause du traité de 1868 qui réservait au roi du Dahomey le produit des douanes de ce port, accorda à nos nationaux le droit de ne pas tOFFA II, roi de Porto-Novo. assister aux sacrifices humains et abolit toutes les servitudes imposées
jusque-là aux résidents français, et particulièrement au fort français de Ouida. Le roi Glé-Glé reconnaissait ainsi le service que lui avaient rendu nos négociants en l’aidant à payer une amende infligée par l’Angleterre à la suite d’un conflit avec le Dahomey.
D’autre part, le gouvernement français avait établi, dès 1.863, des relations officielles avec le royaume de Porto-Novo. Jusque-là nous avions eu dans ce pays des factoreries sur lesquelles flottait notre pavillon, mais aucune convention n’avait affirmé notre autorité sur la région. Le traité de protectorat et d’alliance, signé le 23 février 1863 entre l’empire français et le roi Mecpon, établit nettement notre situation et mit fin aux prétentions des Anglais, qui voulaient annexer ce pays à leur colonie de Lagos Un an après, il est vrai, ce protectorat cessait d’être effectif, à la
LE DOMAINE COLONIAL
suite d’un malentendu survenu entre le roi et l’amiral Laffon-Ladébat au sujet de son bâton (1), et, pendant près de vingt années, le royaume de Porto-Novo se trouva abandonné aux rancunes des Anglais et des Dahoméens; mais, le 25 juillet 1883, la France signait un nouveau traité d’amitié et de protectorat avec le roi TolTa, successeur de Mési, qui lui-même avait succédé à Mecpon, et depuis lors ce souverain indigène ne cessa de donner des preuves de sa fidélité à la France.
Traités de délimitation. — En 1885, la France plaça de petites garnisons à Graiid-Popo, à Cotonou et à Porto-Novo. Cette prise de possession fut une conséquence de l’acte général de Berlin du 26 février 1885 qui, dans son article 34, stipulait l’occupation effective des établissements européens de la côte d’Afrique. Le 16 juin 1886 furent créés les Établissements français du golfe de Bénin, qui relevaient du Sénégal, et la direction politique de cette possession fut confiée à un administrateur colonial.
Le Portugal, arguant des droits qu’il avait sur le fort d’Ajuda, avait, après la conférence de Berlin, notifié son protectorat sur les côtes du Dahomey le 18 janvier 1886, en exécution d’un traité passé avec le Dahomey en août 1885. Le chacha Juliâo da Souza, d’origine brésilienne, qui servait d’intermédiaire entre Glé-Glé et les Européens, célébra cet événement avec une grande pompe. Notre agent, appuyé par la canonnière Gabes^ protesta contre cette violation de territoire. Mais, comme le chacha avait porté ombrage à Glé-Glé, celui-ci lui retira sa fonction, et le Portugal fut dès lors impuissant à maintenir son influence. Par un acte notifié aux puissances le 26 décembre 1887, il renonça au protectorat du Dahomey.
Par contre, le protectorat que nous avions établi sur les Popos et le pays des Ouatchis fut notablement réduit par la convention franco-allemande du 24 décembre 1885, signée à Berlin et ratifiée par les Chambres françaises le l®*" février 1886. Par cette convention, nous écartions définitivement l’Allemagne de nos Rivières du Sud, mais nous lui cédions les territoires de Lomé, Baguida, Porto-Seguro et Petit-Popo, qui formèrent le Togoland.
En janvier 1887, le D^ Bayol, lieutenant-gouverneur du Sénégal, procéda, de concert avec M. Ernest Falkenthal, commissaire impérial allemand du Togo, à la délimitation prévue par le protocole du 24 décembre 1885. Cette commission établit, comme ligne séparative entre les territoires français et allemands, le méridien qui, partant de la côte, passe par la pointe ouest de la petite île nommée île Bayol, située dans la lagune entre Agoué et Petit-Popo. La convention de délimitation fut signée le l®'* février 1887.
Du côté de l’est, la colonie anglaise de Lagos nous suscita d’assez
(1) Le bâton (en réalité une sorte de canne), porté ostensiblement par un serviteur, est un moyen de se faire reconnaître et représente l’envoyeur; c’est faire à celui-ci une offense que de mal recevoir son bâton.
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grands embarras. Les lagunes qui entourent Porto-Novo étaient jusqu’en 1886 de véritables mers intérieures, fermées Tune à l’autre par une lagune de sable : l’abondance des pluies ayant brisé cette barrière naturelle, en novembre 1887, la chaloupe Émeraude put franchir le chenal. Elle remonta jusqu’à Porto-Novo, ce qui devait enlever par la suite à la colonie anglaise le produit d’un transit important, puisque nos navires n’avaient plus besoin de passer par la lagune de Lagos.
L’x\ngleterre, invoquant l’occupation de Cotonou par nos troupes, alla s’établir militairement sur les points qui conduisent au lac Denham et jusque sur la lagune de Porto-Novo. Un modus vivendi fut signé, le 2 janvier 1888, entre le gouverneur de Lagos et M. Victor Ballot, notre représentant à Porto-Novo, afin de mettre fin à des malentendus regrettables.
Enfin, une convention signée le 10 août 1889 fixa la frontière francoanglaise, qui comprit trois sections : 1® de la côte à la lagune de Porto- Novo, en suivant le méridien passant par l’embouchure de la rivière Adjarra dans cette lagune; 2° une seconde section, suivant le cours de l’Adjarra, de son embouchure jusqu’au point appelé crique d’Adjarra; 3° une troisième section passant par la crique d’Adjarra, de ce point jusqu’au 9® parallèle.
Une première commission mixte avait délimité en 1890 les deux premières sections. La troisième ne le fut qu’en 1896; le chef de la mission française était alors le capitaine Plé.
Premières difficultés avec le Dahomey. — Notre situation vis-à-vis des États indigènes ne fut troublée par aucun incident jusqu’en 1887. A ce moment, le roi Glé-Glé écrivit à notre résident à Porto-Novo qu’il refusait de reconnaître la validité du traité de 1878 et le somma de faire évacuer Cotonou et même Porto-Novo, qu’il considérait comme une dépendance de son royaume. Il ne fut rien répondu à cette singulière injonction. L’audace du roi nègre ne fit que s’en accroître, et en avril 1889 il envahit le territoire de Porto-Novo, pilla les villages et opéra une razzia de prisonniers. Le roi Tofîa dut se réfugier en territoire anglais. Une compagnie de débarquement, fournie par VArélhuse et le Sane, rétablit non sans peine la tranquillité. Vers la même époque, le roi de Dahomey fit fermer les factoreries françaises de Guida et expulser lés religieuses, qui durent, ainsi que le père Dorgère, se réfugier à Agoué, chez notre résident.
C’est alors que le Dr Bayol, lieutenant-gouverneur des Rivières du Sud, fut envoyé au Bénin pour tâcher d’obtenir des explications sur la conduite du souverain noir. Il était muni d’instructions pacifiques et chargé de porter des cadeaux au roi. Ne pouvant obtenir de celui-ci l’envoi d’un représentant, il se décida à partir pour Abomey. Il y arriva le 21 novembre 1889, avec MM. Angot et Béraud.
Le Dr Bayol réclama l’exécution des traités, mais il n’obtint du prince héritier Kondo, chargé par son père de régler les affaires extérieures, que des réponses violentes et insolentes. La mission française fut obligée, à plusieurs reprises, pour se rendre à la demeure royale, de passer entre des
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rangées de têtes d’hommes fraîchement coupées et auprès de flaques de sang humain. La situation étant devenue menaçante, le Dr Bayol dut signer une lettre énonçant toutes les prétentions du roi pour éviter que la mission ne fût retenue prisonnière.
Le roi Glé-Glé mourut, le 31 décembre, au moment où le Dr Bayol rentrait à Cotonou. Le prince héritier Kondo lui succéda sous le nom de Behanzin, surnommé Hossu Boouélé (le roi requin). Aussitôt arrivé au pouvoir, il se prépara à une action énergique contre nous. Il était urgent de prendre une résolution; mais le Parlement était hostile aux expéditions coloniales, et le gouvernement se borna à des mesures insuffisantes.
Expédition de 1 890. — On détacha du Sénégal une troupe de renfort qui arriva à Cotonou le 10 février 1890. La petite colonne expéditionnaire, commandée par le chef de bataillon Terrillon, était forte d’environ trois cents hommes seulement. Avec ce faible effectif, elle dut tenir tête à toute une armée de noirs, munis de fusils à tir rapide, fanatiques et résolus à la lutte.
Dès les 21 et 23 février, nos troupes eurent à repousser, à Kotonou, les attaques des Dahoméens. Ceux-ci, rejoints par de nouveaux contingents, faillirent nous surprendre, le 2 mars, dans les marais de Zobbo. Le 4 mars eut lieu un nouveau combat : l’ennemi ne recula qu’après cinq heures de lutte acharnée. De nouveaux renforts permirent au commandant du corps expéditionnaire de prendre des dispositions plus efficaces.
Behanzin avait massé ses forces sur Allada et cherchait à entraver une reconnaissance dirigée sur Godomey. Mais les bandes dahoméennes furent vigoureusement repoussées le 25 mars, ainsi que le 28 mars à Décamey. Enfin, le 20 avril, le combat d’Atchoupa fut le dernier et le plus glorieux fait d’armes de cette campagne; 8 000 guerriers ou amazones ne purent entamer notre petite troupe de 300 hommes. Le résident Ballot^ qui durant toute cette campagne avait utilement secondé le commandant Terrillon, eut son casque traversé par une balle à Ajoupa.
Avant même le début de ces opérations, au commencement de février, huit Européens, dont le père Dorgère, un missionnaire hollandais, l’agent consulaire Bontemps et plusieurs agents de factoreries, avaient été traîtreusement attirés hors delà factorerie Fabre, où ils s’étaient réfugiés, et conduits à Abomey enchaînés par les pieds et par le cou. La côte avait été mise en état de blocus du Togoland au Lagos. Le commandant Fournier, afin de montrer au roi Behanzin que nous étions toujours prêts à combattre, fit tirer quelques obus autour de Guida, le 28 avril. La menace d’un bombardement général eut un effet immédiat; le 3 mai, les otages retenus à Abomey furent mis en liberté.
Les hostilités étaient suspendues en fait et le commandant du Sané^ M. Fournier, tenta d’ouvrir des négociations, mais Behanzin avait retenu prisonniers les émissaires qu’on lui avait envoyés. En réalité, il ne cherchait qu’à gagner du temps.
Le contre-amiral de Cuverville, envoyé avec la mission de hâter une solution pacifique, saisit la première occasion favorable pour tenter une nouvelle démarche auprès de Behanzin. Il chargea le père Dorgère
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d’aller réclamer à Abomey les messagers du commandant Fournier et de reprendre les négociations. Arrivé dans la capitale, le père Dorgère fut constamment surveillé par la police du roi; cependant, il put obtenir la liberté des trente-cinq prisonniers. Quant aux négociations, elles n'aboutirent que sous la menace du commandant en chef de recommencer les hostilités en bombardant Ouida.
L’arrangement, signé le 3 octobre 1890, portait engagement, delà part du roi de Dahomey, de respecter le protectorat français sur le royaume de Porto-Novo, de s’abstenir de toute incursion sur les territoires faisant partie de ce protectorat et de reconnaître à la France le droit d’occuper définitivement Cotonou. A titre de compensation pour l’occupation de Cotonou nous devions lui verser annuellement une somme qui ne pouvait en aucun cas dépasser 20 000 francs.
C’était un recul sur le traité de 1878, qui nous, abandonnait le territoire de Cotonou en toute souveraineté. D’autre part, aux termes de l’article 2 de cet arrangement, le gouvernement de la République s’engageait « à exercer son action auprès du roi de Porto-Novo pour qu’aucune cause légitime de plainte ne fût donnée à l’avenir au roi de Dahomey », ce qui paraissait mettre les torts du côté de notre protégé Toffa. Enfin, on pouvait regretter qu’aucune clause relative au commerce n’eût été stipulée.
La Chambre ne voulut pas rejeter l’arrangement, ce qui eût été rouvrir une nouvelle ère d’expéditions militaires, mais elle refusa de le ratifier par une loi, laissant au gouvernement le soin de donner à cet acte la sanction la plus conforme aux intérêts de la France dans le golfe du Bénin. Le gouvernement ratifia l’arrangement par décret, le 8 décembre suivant.
Un décret du 17 décembre 1891 groupa sous un même gouvernement, sous le nom de Guinée française, les trois colonies des Rivières du Sud, de la Côte d’ivoire et du golfe de Bénin ; à la tête de nos établissements du golfe de Bénin fut placé un lieutenant-gouverneur.
Conquête du Dahomey. — Behanzin ne tint pas longtemps ses engagements. Dès le mois de mars 1892, il envahit de nouveau le royaume de Porto-Novo, et il fit attaquer la chaloupe Topaze^ sur laquelle le lieutenant-gouverneur Ballot remontait le cours de l’Ouémé. On fut dans la nécessité de prendre contre lui des mesures énergiques, et, le 11 avril, la Chambre vota les crédits nécessaires pour une expédition.
Le 30 avril 1892, le colonel Dodds, de l’infanterie de marine, fut désigné pour remplir les fonctions de commandant supérieur au Bénin. Le 28 mai, il débarqua à Cotonou et établit son quartier général à Porto-Novo. Le 15 juin, la Côte des Esclaves fut bloquée.
Le corps expéditionnaire s’élevait à environ 3200 hommes. La flottille se composait de 9 bâtiments montés par 500 marins. Le lieutenant-gouverneur Ballot, qui avait conservé la direction
Colonies I.
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des services civils au Bénin, organisa avec beaucoup d’habileté le service de ravitaillement et l’envoi des renforts.
Après avoir repoussé quelques incursions de bandes dahoméennes à Cotonou et à Zobo, la colonne expéditionnaire quitta définitivement Porto-Novo le 17 août et suivit la route de rOuémé. Elle avait pris possession de Dogba, quand elle fut
Behanzin captif. — Phot. prise à la Martinique.
attaquée, le 19 septembre, par 4 000 Dahoméens; l’ennemi fut mis en déroute après une lutte de plusieurs heures, dans laquelle il subit des pertes considérables. A la suite de cet énergique combat, la colonne poursuivit sa marche en faisant de continuelles reconnaissances, tant par la voie de terre que par la rivière ; les canonnières Corail et Opale eurent à subir le feu de l’ennemi posté sur les rives.
Le 2 octobre, la colonne franchit l’Ouémé à Gbedé. Alors commença toute une série de combats très meurtriers pour l’en-
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nemi, le 4 octobre à Adegon, les 6 et 8 auprès de Poguessa, puis du 12 au 15 octobre sur les bords du Koto. De notre côté, nous avions eu aussi des pertes sensibles ; il n’y avait pas eu moins de dix-sept officiers tués ou blessés depuis le passage de l’Ouémé.
Le colonel Dodds demanda du renfort et, pensant donner du repos à ses troupes, se retrancha à Akpa, mais il eut à subir de nouveaux assauts des troupes dahoméennes les 20 et 21 octobre ; ce fut un échec pour l’ennemi, et Behanzin essaya de traiter; mais, comme il ne voulut pas abandonner les lignes du Koto, les pourparlers furent rompus.
Les renforts conduits par le commandant Audéoud étant arrivés, le corps expéditionnaire reprit l’offensive le 26 octobre et enleva d’assaut les retranchements élevés pour défendre le passage du Koto, ainsi que les deux forts de Kotopa, après deux brillants combats. Le colonel Dodds poursuivit l’ennemi dans la direction de Cana, enleva le 2 novembre la forteresse de Muako, malgré une résistance désespérée, et, le 4, le village de Dioxoué et le grand palais du roi; deux jours après, nos troupes occupaient Cana, la ville sainte du Dahomey.
Le corps expéditionnaire resta à Cana du 6 au 15 novembre. Behanzin envoyait journellement des émissaires au commandant du corps expéditionnaire pour traiter de la paix, mais on vit bientôt qu’il ne cherchait qu’à gagner du temps.
Le colonel Dodds avait été promu général de brigade le 9 novembre. Le 16, les troupes s’avancèrent sur Abomey, en tournant les défenses accumulées autour du palais de Goho et en menaçant le flanc droit et les derrières de l’ennemi. Ce mouvement provoqua la fuite de Behanzin, qui, avant de se retirer, mit le feu à ses palais et à ceux de ses dignitaires. Le 17, la colonne entra dans Abomey.
Le général Dodds laissa à Abomey une garnison suffisante
Général DODDS, né en 1842.
Phot. Ogereau.
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pour assurer la résistance à toute attaque, et, avec le gros de la colonne revint à Porto-Novo par la voie de l’Ouémé. Trois jours après son arrivée, le 3 décembre 1892, il prononça la déchéance de Behanzin et plaça le royaume de Dahomey sous le protectorat exclusif de la France, à l’exception des territoires de Ouida, Savé, Avrékété et Abomey-Galavi, qui furent annexés purement et simplement.
Lemêmejour,^ le capitaine de vaisseau Marquer prit possession de Ouida, sans résistance, à la tête d’un détachement ; les autres points de la côte ou de la lagune, Avrékété, Godomey, Abomey-Galavi, furent également occupés.
Enfin, par décret du 10 mars 1893, la colonie française du Bénin fut constituée en colonie distincte et son administration supérieure confiée à un gouverneur.
Capture de Behanzin. — En laissant le Dahomey, le général Dodds avait confié le commandement militaire au colonel Lambinet. Quelques colonnes volantes rétablirent la paix dans la région. Mais Behanzin, qui s’était retiré dans le nord du Dahomey, chez les Mahis, espérait toujours que quelque circonstance favorable lui rendrait son prestige. Les propositions de paix du souverain déchu ne pouvaient être prises au sérieux, et la pacification ne serait assurée que si l’on parvenait à s’emparer de sa personne. Aussi une nouvelle campagne fut-elle décidée dès le mois de juillet 1893. Le général Dodds quitta la France le 12 août, et la campagne commença en octobre.
Il fallut se livrer à une véritable chasse à l’homme. Behanzin était peu à peu abandonné par les siens et ne savait où trouver asile. Il avait fait une dernière tentative auprès du gouvernement en envoyant à Paris, au mois de novembre, une ambassade qui ne fut pas reçue. Il chercha à se réfugier chez le roi de Savalou, mais nos colonnes volantes le forcèrent à se rabattre vers le Kouffo, à l’ouest d’Abomey. En même temps, le pays des Mahis s’était soumis à nous, et plusieurs parents de Behanzin étaient venus se mettre en notre pouvoir. La capture du fugitif n’était plus qu’une affaire de jours, et le général Dodds s’occupa dès ce moment de l’organisation administrative de la colonie.
Par une proclamation lancée à Ouida, le 13 janvier 1894, le général Dodds fit connaître ses résolutions. Le territoire de la côte était annexé et restait français. Au nord, le pays des Mahis et de Dassa redevenait indépendant. Au centre, l’ancien Dahomey était divisé en deux royaumes mis sous le protectorat de la France et ayant pour capitales l’un Abomey, l’autre Allada. Dès le 15, le prince Goutchili, fils de Glé-Glé et frère de Behanzin, fut
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