‹ Les colonies perduesChapitre 1 sur 42 · II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AVANT-PROPOS

duire. Le pays tout entier, par la voix de ses représentants, protesterait contre de tels agissements. Deux hommes, deux héros sont abandonnés, ou presque, à des milliers de lieues de la métropole. L'un Montcalm, déploie, pour garder une colonie à la France, toutes les ressources de son génie militaire et meurt, à Theure même qui marque le désastre final. L'autre, livré presque à ses propres ressources, veut doter son pays d'un empire colonial sans pareil ; il touche au but de ses désirs, il tient son rêve, et tout d'un coup il est désavoué, abandonné, que dis-je? accusé, et i^evient mourir en France, misérable, et non réhabilité, sans avoir pu faire comprendre la grandeur de son entreprise et la justice de ses moyens.

L'avenir, heureusement, -garde l'absolution pour de tels hommes. Il leur réserve une justification tardive, c'est vrai, mais éclatante. Mais, hélas ! il faut aussi s'incliner devant les faits accomplis. Llnde que voulait nous donner Dupleix, le Canada défendu par Montcalm, sont à d'autres depuis plus d'un siècle. De tels exemples ne sont-ils pas faits pour servir de leçon et aussi pour faire protester, avec la plus grande énergie, contre ces lieux communs qui représentent le Français comme anti-colonisateur, tandis qu'au bout de plus de cent ans, et malgré des fautes accumulées, comme on le verra dans ce livre, le Canada perdu nous

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est resté fidèle de cœur, et que les Anglais, maîtres de rinde, s'y sont implantés grâce aux doctrines et au système du grand Dupleix.

Il n'est peut-être pas inutile, à Theure actuelle, de rappeler sommairement ces faits. Si tristes qu'ils soient, ils ont leurs pages grandioses, et si de tels dévouements pouvaient inspirer des résolutions viriles, est-ce que nous n'avons pas une place à prendre en Afrique, dans cette terre à peine connue encore, où dorment tant de richesses inexploitées? Ces idées-là sont dans l'air. Les explorations récentes et heureuses de M. Savorgnan de Brazza montrent que nous n'avons qu'à paraître, non pour conquérir, mais pour être accueillis. Il y a là un vaste champ ouvert à notre initiative et à notre industrie. Quoiqu'il arrive, n'est-il pas opportun, plus que jamais, de retracer l'historique de nos colonies perdues et de rappeler l'héroïsme de deux hommes antiques, fatalement abandonnés, pour apprendre, dans des heures qu'il faut espérer moins égoïstes, à respecter leurs noms et à s'inspirer de leurs actes ? Ce petit livre n'a pas d'autre but que de remettre en relief deux grandes figures, non pas oubliées, mais un peu dédaignées, et de montrer ce que peuvent, dans les jours les plus néfastes, des âmes aussi fièrement trempées. Les hommes les plus compétents s'accordent à dire que la France a un grand rôle à jouer sur le continent africam et

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