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CHAPITRE P

DES ORIGINES DU CANADA. —COLONISATION. — ClIAMPLAIN

Découvert en 1497 par Cabot, marin vénitien au service de l'Angleterre, le Canada fut visité au commencement du seizième siècle par un Normand, J. Denys de Harfleur. Des chercheurs d'or espagnols abordèrent à leur tour sur les rivages du golfe Saint- Laurent. Les indigènes qu'ils rencontrèrent leur ayant dit que le pays était inculte, couvert de forêts, et ne renfermait pas de mines d'or, ils se retirèrent en s'écriant : u Galo de nada (cap de rien.) » C'est de cette expression espagnole que nous avons tiré le mot Canada. Telle est du moins la version la plus répandue sur l'étymologie de l'appellation qui servit à désigner l'immense vallée à travers laquelle coule le Saint-Laurent, ce fleuve gigantesque dont le parcours est de sept cent quarante lieues et qui mesure quarante lieues de largeur à son embouchure.

Cette apparition fugitive des Espagnols dans les régions qui s'étendent entre l'océan Atlantique, la baie d'IIudson et les grands lacs américains, ne se renouvela point. Hommes du midi, les aventuriers

castillans étaient irrésistiblement attirés vers les pays du soleil, vers les contrées où, sous l'action de la chaleur, le sol produit, sans y être sollicité par le travail de l'homme, une végétation exubérante. Les froides montagnes et les champs couverts de neige du Canada ne pouvaient guère les séduire. Peut-être les « chercheurs de mondes » qui formaient l'équipage du navire espagnol qui montra son pavillon en 1525 dans le golfe Saint-Laurent allèrent rejoindre plus tard dans le Pérou les compagnons de Pizarre.

Ce qu'il y a de certain, c'est que le gouvernement espagnol n'éleva jamais la moindre prétention à ranger sous son autorité les régions qu'arrose le Saint-Laurent. Ces contrées ne furent convoitées que par les Français et les Anglais, qui s'y livrèrent de sanglants combats. Certains écrivains ont même contesté aux Espagnols l'honneur d'avoir trouvé le nom du Canada. Cette appellation, prétendent-ils, ne vient pas de la phrase espagnole Calo de nada, mais bien du mot indien Kanata,qm signifie : amas de cabanes.

Cap de rien ou amas de cabanes, le Canada apparut en 1534 à Jacques Cartier comme un pays plein d'avenir; avec deux petits navires de soixante tonneaux, le hardi capitaine malouin explora les parages de Terre-Neuve et les eaux du golfe Saint-Laurent. L*année suivante, il fréta trois bâtiments, dont le plus grand ne jaugeait que cent tonneaux, V Hermine, \sl petite Hermine eiVEmérillon. Avec cette flottille, il remonta le fleuve Saint-Laurent et aborda dans une baie formée par une rivière, à laquelle il donna le nom de Sainte-Croix et que Ton appelle aujourd'hui Saint-Charles.

Jacques Cartier, après avoir laissé deux de ses na-

m CANADA.

vires et une partie de ses équipages dans les environs de Stadaamé, le hameau indien qui depuis est devenu Québec, continua son voyage avec VEmérillon jusqu'à rile de Hochclaga, actuellement l'ile de Montréal.

A son retour, le roi François 1", qui avait assez le goftt des entreprises aventureuses (honni soit qui mal y pense), lit le meilleur accueil à l'explorateur breton, lui donna plusieurs audiences et lui promit de mettre à sa disposition les ressources nécessaires.

pour conquérir les vastes territoires dont il lui faisait une description enthousiaste. Malheureusement l'organisation de l'expédition projetée présenta des difficultés de diverse nature et traîna en longueur. Puis la guerre que François P' soutenait contre Charles- Quint détourna du Nouveau-Monde la pensée du roi de France. Cependant, M. de Roberval, nommé viceroi de la Nouvelle-France (c'est le nom que Cartier avait donné au Canada),cingla en i542 avec deux bâtiments vers les rivages du golfe Saint-Laurent et y fonda quelques comptoirs.

Les successeurs de François P*" s'inquiétèrent peu de la Nouvelle-France. Ils abandonnèrent à elle-même leur colonie d'Amérique. Les marins et les négociants qui s'embarquaient dans les ports de la Bretagne et de la Normandie pour aller faire au Canada le commerce de pelleteries agissaient à leurs risques et périls, et n'avaient pas les moyens matériels de fonder des établissements durables et capables de se développer.

Ce ne fut que sous le règne de Henri IV qu'eurent lieu de sérieuses tentatives de colonisation sur les bords du Saint- Laurent. Ce prince, le plus intelligent peut-être qu'ait eu la France, songea, quand il eut mis fin à la guerre civile et reconstitué les finances publiques, à jeter les fondements d'un vaste empire colonial. L'un des gentilshommes qui l'entouraient, M. de Monts, organisa, au moyen d'une subvention qui lui fut octroyée sur la cassette royale, et aussi avec le concours pécuniaire de plusieurs négociants, une expédition pour Terre-Neuve et le Canada. Parmi les personnes qui montaient les quatre bâtiments allrétés au Havre en 1604 et dont M. de Monts prit le

commandement, se trouvait Tarmateur dieppois Champlain. Ce fut ce dernier qui eut bientôt la direction de l'entreprise, M, de Monts étant retourné en France en 1606, après avoir exploré l'Acadieet le Canada.

Cbainpiatn était un homme d'une rare énergie et qu'aucun obstacle ne décourageait. Malgré les tracasseries et les actes d'hostilité des Anglais et des Hollandais, qui étaient jaloux de notre grandeur coloniale naissante, et bien qu'il n'eût sous ses ordres

qu'unfortpetitnombred'hommes,rarmateur normand qui avait pris en main les destinées de la Nouvelle- France réussit à conclure des alliances avec les populations indigènes et à élever les premières fortifications de Québec. Investi en 1G20 du titre de gouverneur, il fit construire le château de Saint-Louis, qui devint sa résidence. Il fit défricher les forêts qui entouraient Québec et apprit aux sauvages l'usage de la charrue, en même temps qu'il favorisait la fondation de maisons d'éducation et d'établissements de bienfaisance dont plusieurs subsistent encore àTheure ictuelle.

En 1627, le cardinal de Richelieu organisa une société de cent membres en vue d'achever Tœuvre de la colonisation du Canada. €ette compagnie s'engageait à transporter dans la Nouvelle-France seize mille ouvriers et laboureurs, à les nourrir pendant un certain temps et à leur fournir du blé pour faire des semailles. Le gouvernement français déléguait à la nouvelle société une partie de ses prérogatives et notamment le droit de nommer des juges, de fondre des canons, de décerner des titres. La compagnie avait le monopole du commerce des pelleteries dans l'Amérique du Nord et était investie d'un i)rivilôge exclusif pour y trafiquer sans avoir rien h payer au fisc.

Il y avait là une grande idée. Malheureusement, au momentmôme où la compagnie venait de seconstituer et commençait à réunir les capitaux nécessaires, la guerre éclata entre la France et la Grande-Bretagne. Une flotte anglaise de dix-huit vaisseaux se dirigea vers nos possessions américaines. La petite ville de Québec, malgré le patriotisme et le courage de sa population de cent et quelques Français, était incapable

de résistera des forces aussi imposantes. Il n'y avait pas cinquante livres de poudre dans les magasins, etles habitants se trouvèrent réduits à une ration de sept onces de pain par jour. Après avoir supporté les

plus cruelles privations, les colons durent se rendre aux troupes britaniques, commandées parle calviniste français David Kertk. Mais, quelques années après, en 1632, quand fut conclue la paix de Saint-Germain, Louù'îXIII obtint de l'Angleterre la restitution de

Québec, et Ghamplain rentra en possession de son ancien gouvernement du Canada, qu'il administra jusqu'à sa mort, en 1635.

La colonie végétapendantla dernière période du ministère de Richelieu etpendant toute la durée du ministère de Mazarin. L'Italien qui avait recueilli la succession du grand cardinal avait beaucoup plus de goût pour les intrigues diplomatiques que pour la politique de colonisation. Colbert comprit mieux que Mazarin le parti qu'il pouvait tirer du Canada pour le développement de la puissance militaire et de la prospérité commerciale de la France. Sous la vigoureuse impulsion du grand ministre de Louis XIV, des relations étroites se nouèrent entre la mère-patrie Qt sa colonie d'Amérique. Deux nouvelles villes, Montréal et Trois- Rivières, et de nombreux villages s'élevèrent sur les bords du Saint-Laurent. La France fit prédominer ses lois et ses mœurs dans l'immense territoire qui s'étend entre les grands lacs, l'océan Atlantique et les alentours de la baie d'Hudson ; elle y fonda des collèges, des hôpitaux, des forteresses, des comptoirs, des pêcheries, des entrepôts, où venaient affluer les pelleteries, qui constituaient le principal élément de trafic et la richesse de la colonie.

Le gouvernement avait su, il faut le reconnaître, choisir des hommes de talent pour administrer la Nouvelle-France. Les Canadiens ont conservé le souvenir du chevalier d'Yberville, du comte de Frontenac, de Tintendant Talon, petit-neveu du magistrat Omer Talon. Ce fut également un prélat distingué, M. de Laval-Montmorency, qui fut le premier titulaire de Tévôché du Canada.

Irrités de voir la domination française se consolider

dans le Canada, les Anglais, qui avaient de [leur côté colonisé les territoires qui plus tard formèrent le noyau de la confédération des Etats-Unis d'Amérique, soulevèrent contre nous la plus puissante des

peuplades indiennes delà vallée |du Saint-Laurent, les belliqueux ïroquois. Ces Peaux-Rouges, auxquels les agents de TAngleterre prodiguaient de la poudre et de Veau de /eu {c'est ainsi qu'ils appelaient Teaude-vie), tirent aux colons français une guerre de

10 LES COLONIES PEUUUES.

surprises ot d'embuscades, danslaquello fut riSpandu

pendant plusieurs années un sang précieux.

La Nouvelle-France continuait cependant à affirmer sa vitalité par les progrés de son commerce et l'activité de ses chantiers de construction. En une seule année, on lança huit navires dans la rade de Québec, dont la population n'était que de sept mille âmes.

Mais au milieu du dix-huitième siècle, la question de la possession du Canada se compliqua et devint la question de la possession de l'Amérique du Nord.

Avant de commencer le récit des événements qui aboutirent à la ruine de notre empire colonial audelà de l'Atlantique, il est utile d'examiner quelle était, sous le règne de Louis XV, la situation de la Nouvelle-France et de nos autres possessions améri-

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