BOUGAINVILLE
sur ces bûchers. Vingt fois les Anglaisrepoussés revinrent à la charge: les Écossais se firent hacher littéralement. Là où ils donnèrent l'assaut, s'élevait une montagne de cadavres,
Monicalm avait jeté bas son lhabit. Plus d’une fois il dut se battre comme le dernier de ses grenadiers et se servir de son épée pour se dégager des masses qui l’entouraient. Noir de poudre, couvert de sang, au milieu de la fumée, du sifflement des balles, sous les rayons du soleil étincelant de juillet, le chef de l'armée franco-canadienne était superbe, avec sa fière mine, son nez busqué, son allure nerveuse et ses grands yeux noirs brillants du feu du génie et de l'ardeur de la lutte, Pourquoi ne tomba-t-il pas au milieu de sa gloire sur ce champ de bataille de Carillon, après avoir vu fuir les Anglais ?
La bataille commencée, à midi, avait duré jusqu'à sept heures du soir. La nuit seule mit fin à cette lutte acharnée.
Les Français s’attendaient à être attaqués le lendemain. Ils passèrent la nuit à réparer leurs fortifications. Mais les Anglais, qui avaient perdu le quart de leur effectif, étaient découragés. Ils profitèrent des ténèbres pour se retirer. Ils laissaient derrière eux près de cinq mille morts ou blessés. Les Français avaient perdu sept cents hommes. Un de leurs meilleurs officiers, Bougainville, qui plus tard se fit un si grand nom dans la marine, avait été grièvement blessé à la tête. C'est miracle si MontcalnT'était resté sain et sauf, Il s'était exposé aux coups des Anglais avec une telle témérité que vingt fois ses soldats l'avaient cru tué.
Il est inouï de songer que cette bataille de Carillon, où trois mille cinq cents Français battirent vingt-cinq mille Anglais, ait passé inaperçue et qu'il n’y en ait presque aucune trace dans notre histoire.
Saluons cette journée de juillet 1758. Ce fut le der:
nier grand succès des Français dans la campagne du Canada ; la fortune cessera désormais de sourire à Montcalm. Des revers successifs vont fondre sur notre colonie américaine, sans toutefois ébranler le courage des hommes de cœur qui la défendent.