CHAPITRE XI
LE SAINT-LAURENT. — QUÉBEC. — MONTRÉAL. — LES BATE- LIERS DE L'OTTAWA, — LA RÉGION DES GRANDS LACS. --- LES MÉTIS. —— LE NORD-OUEST.
Si le Dominion du Canada a pris une grande extension et a conquis à la vie civilisée des territoires destinés à arriver dans l'avenir à un haut degré de prospérité, tels que le Manitoba, le cœur de la colonie est toujours le pays que les Français ont tout d’abord colonisé, c’est-à-dire le bassin du Saint- Laurent.
On peut dire que le Saint-Laurent est un fleuve unique au monde par l’énorme volume de ses eaux. . Il commence en réalité au lac Supérieur, qui, ayant une longueur de cinq cents kilomètres sur une largeur de deux cent cinquante kilomètres, peut être considéré comme une véritable mer. Du lac Supérieur il tombe dans le lac Huron par le canal de Sainte-Marie. En quittant le lac Huron, dans lequel il a versé ses eaux, il prend le titre de rivière Sainte- Claire. Puis il s'avance vers le lac Érié, et s'appelle le détroit. Au sortir du lac Érié. il se jette avec le nom de rivière du Niagara, dans le lac Ontario. Ce n'est qu'à partir du lac Ontario qu’il cesse de contribuer à former de grands lacs et qu'il prend le nom
de Saint-Laurent. Du lac Ontario au cap Chat, il mesure une longueur de mille kilomètres. Son lit a une largeur très variable, mais presque partout considérable, puisque ce superbe fleuve charrie à l'Océan les eaux de cinq lacs immenses, les lacs Supérieur, Michigan, Huron, Érié, Ontario, et qu’en outre il reçoit dans son cours les eaux de grandes rivières, telles que le Richelieu, le Saint-François, la Chaudière, ses affluents de droite, l'Ottawa, le Seguanay, le Saint-Maurice, ses affluents de gauche. Au cap Chat, la largeur du Saint-Laurent est de quarante milles. Si l'on place la source du Saint-Laurent au-delà du lac Supérieur, au fleuve Saint-Louis, sa LE RAERR est de sept cents lieues.
La marée se fait sentir depuis le golfe du: Gaint- Laurent jusqu’ à trente lieues au-dessus de Québec. Depuis la fin de décembre jusqu’au mois d'avril, la navigation est interrompue, le fleuve étant couvert de glaces assez épaisses pour porter les voitures les plus pesantes. Les plus gros vaisseaux peuvent, en temps ordinaire, remonter au-delà du cap Tourmenteet de la grande île d'Orléans jusqu’à Québec. Les bâtiments de deux mille tonneaux vont jusqu’à Montréal.
L'île d'Orléans, qui est à un peu plus de trois milles en avant de Québec, a une longueur de sept milles et une largeur de cinq milles, et se divise en cinq paroisses; Québec apparaît sur le penchant du promontoire appelé Cap-Diamant, sur la rive gauche du Saint-Laurent. Peu de villes, dit avec raison M. Marmier, offrent au voyageur autant d'étranges cortrastes : ville de guerre et de commerce, ville du continent américain peuplée de Français et aÿant un gouvernement, anglais ; ville du moyen-âge par
certaines de ses institutions et des temps modernes par lesystème représentatif qui la régit ; ville d'Europe par sa civilisation et touchant aux contrées sauvages où errent les tribus indiennes; ville où le catholicisme fleurit à côté du protestantisme, et où l’on vit libre au milieu des vestiges d’une organisation féodale.
Québec a soixante mille habitants d’après le dernier recensement. La ville est divisée en deux parties : ville haute et ville basse. Dans la première, sont les grands hôtels, les magasins de luxe, les maisons des capitalistes, des banquiers, des fonctionnaires qui, au Canada,ont'en général de beaux traitements; dans la seconde, vivent des ouvriers, des petits marchands et une nombreuse population de marins. Autant les rues sont larges et régulières dans la ville haute, autant elles sont tortueuses et étroites dans la ville basse. En dehors des remparts, s'étendent de grands faubourgs, le faubourg Saint-Roch, le faubourg Saint- Jean. La citadelle est un édifice des plus imposants. De l'emplacement autrefois occupé par le fort Saint- Louis, on aperçoit un magnifique panorama, à gauche; on voit la large rivière Saint-Charles se dérouler dans la direction du Saint-Laurent et y verser ses eaux; plus loin se trouve le village de Beauport où Montcalm avait établi son camp en 1759 pour couvrir Québec. En face, sur la rive droite du Saint-Laurent, est la ville de Lévis, qui a une population de sept mille habitants. De tous côtés le fleuve est couvert de . Chaloupes, de goëlettes, de trois-mâts et de bateaux à vapeur.
En remontant le fleuve, on dépasse le cap Rouge et larivière de Jacques-Cartier. Puis on se trouve en face de la ville des Trois-Rivières, qui est après Québec
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la plus añcienue du pays. La ville des Trois-Rivières est située sur la rive nord du fleuve, à l'embouchure du Saint-Maurice, qui se jette dans le Saint-Laurent par trois bouches, circonstance qui a valu à la ville le nom qu'elle porte ; elle a huit mille habitants. Elle possède une fonderie, où l'on emploie le fer des mines de Saint-Maurice, situées à trois lieues de Îà.
Plus loin encore, à la hauteur des ilesRichelieu, le Richelieu se jette dans le fleuve Saint-Laurent sur la rive droite. Le canal Chambly et les autres travaux exécutés sur le Richelieu font communiquer le Saint-Laurent avec le vaste lac Champlain, dans le sud dupays, et par suite Montréal et Québec avec New- York, la grande cité des Etats-Unis. La rivière Saint- Frédéric fait communiquer le lac Champlain avec le lac Saint-Sacrement. Là setrouvent les restes du fort Carillon. On se rappelle que c’est là que Montcalm remporta une de ses plus glorieuses victoires.
Au delà de l'endroit où les flots de la rivière de Richelieu se mêlent à ceux du Saint-Laurent, on voit s'étendre sur onze lieues de long et cinq de large l’île de Montréal. L'île est enserrée par les eaux du Saint-Laurent et celles de la grande rivière des Outaouait ou de l’Ottawa. La ville de Montréal fondée en 1642 sur la côte méridionale de l’île, a aujourd’hui près de 120,000 habitants. Montréal est la ville la plus peuplée et la plus commerçante en même temps de l'Amérique anglaise. Elle doit sa grande prospérité, qui a dépassé de beaucoup celle de Québec, à sa situation centrale entre le Haut-Canada et le Bas-Canada, à la facilité de ses communications avec le lac Ontario, les bords de l'Ottawa, le lac Champlain, à la puissance de production des districts agricoles qui l'entourent, et
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