VUE DE QUÉBEC MODERNE
aussi, il faut bien le dire, à l'esprit industrieux de ses habitants. L'élément anglo-saxon est plus puissant et encore plus’ riche à Montréal qu'à Québec. La cité est plus animée et plus élégante. Elle est, il est vrai, moins pittoresque. On n’y trouve pas, comme dans la capitale de l’ancien Canada français, des rues capricieusement dessinées. Montréal est tracé à la règle du cordeau ; ses rues sont en droite ligne, bordées de maisons édifiées en belle pierre grise tirée des superbes carrières de la montagne de Montréal. Le perron est en général haut de quelques gradins, la porte extérieure est vernissée, le marteau est en cuivre poli, les persiennes peintes en vert. .
Montréal a non seulement une foule de puissantes maisons de commerce, mais aussi beaucoup d'établissements de bienfaisance et d'édifices religieux. Les fidèles des différents cultes, catholique, épiscopal, presbytérien, ont donné à leurs ministres de larges subventions pour la construction de temples et d’églises. De tous côtés on voit briller des flèches de clochers.
Montréal prend de jour en jour plus d'extension et déborde sur l’île. En dehors de la ville elle-même, il y a toute une autre ville qui s'étend sur la côte de l’île en face de l’Ottawa, ou qui s'accroche aux flancs de la montagne. Les maisons rustiques, mais confortables des laboureufs se mêlent aux superbes et vastes cottages des négociants et des rentiers. Montréal est le New-York ou le Londres de l’empire canadien.
‘ Si nous remontons la magnifique rivière de l’Ottawa qui coule du nord-ouest au sud-est versle Saint-Laurent sur üne longueur de 1,000 kilomètres, nous trouvons sur la rive droite du fleuve à 125 kilomètres de Mont-
réal la ville d'Ottawa, siège du gouvernement du Dominion depuis 1859. Ottawa a 15,000 habitants et communique avec l'Ontario par lé canal Rideau. Ottawa est une ville toute récente; et ce sont les Anglais qui ont défriché et livré à la culture les bords de la rivière qui a donné son nom à la capitale du Canada.
Sous la domination française et même pendant les commencements de la domination anglaise, la région de l’Ottawa n'a été exploitée que par la compagnie dela Baie d'Hudson, pour le commerce des pelleteries. Les voyageurs canadiens enrôlés par l'honorable Compagnie partaient chaque année de Montréal à la fonte des neiges, montés sur de légers canots en écorce chargés d'ustensiles en fer, de tabac, d'eau-de-vie et autres denrées. Pour ces expéditions ils adoptaient le costume des Indiens. Ils s’en allaient gaiment à des centaines de lieues de distance par les lacs, par les rivières, par les sentiers les plus impraticables, hâlant leur bateau à terre et le chargeant sur leurs épaules quand ils ne trouvaient plus de voies navigables. Au bout de six mois, un an, et parfois davantage, ils revenaient, rapportant à Montréal et à Québec d’abondantes cargaisons de fourrures achetées aux Indiens. Beaucoup de ces hardis bateliers, après avoir parcouru l’Ottawa, le Saguenay et les Grands Lacs, se faisaient chasseurs. Ceux-là donnèrent naissance, par leurs unions avec des fémmes indiennes, à une vigoureuse population de métis ou de sangsméêlés.
Les bateliers qui se livrent au commerce des fourrures sont toujours nombreux sur tout le couré de l'Ottawa; mais, au lieu de voyager au milieu de la
solitude, ils voient pendant un long parcours, sur les deux rives, des défrichements, des champs cultivés, des villages. Le Canada monte de plus en plus vers le nord e* vers l'ouest. Ce n'est plus à Québec, ce n’est plus à Montréal, c'est sur la rivière Ottawa qu'est son centre de gravité.
Enallantsur leSaint-Laurentdans ladirectiondulac Ontario, on arrive à Kingston, qui, située à l'extrémité nord-ouest du lac, a une population de près de 20,000 habitants, avec un port et de vastes chantiers de construction.Kingston a été bâtie sur l'emplacement de l’ancien fortfrançais de Frontenac. Non loin de Kingston est le lac des Mille-Iles, qui présente un des points de vue les plus pittoresques du Nouveau-Monde. Sur un espace de douze lieues de longueur sur trois de largeur, le lac est couvert de petitesîles affectant les formes les plus diverses, présentant les aspects les plus variés : ici des mamelons couverts d’une corbeille de fleurs, là des plaines plates semées de gazon verdoyant, des bouquets d'arbres émergeant au milieu des flots, des rochers se reflétant dans une eau limpide et transparente : tel est le spectacle qui charme les yeux du touriste qui, en sortant du Saint-Laurent, entre dans le lac Ontario.
De l’autre côté du lac Ontario, au nord-ouest du lac, faisant vis-à-vis à Kingston, se trouve Toronto, ville de 60,000 habitants avec un bon port. Toronto, est le centre du commerce de pelleteries de toute la région des Grands Lacs.
Au delà des Grands Lacs s'élève une ville, qui n'était qu'un hameau en 1870, qui aujourd’hui a 42,000 habitants et qui grandit avec la même rapidité que San- Francisco ou Chicago aux Etats-Unis : nous voulons
parler de Winipeg, la capitale du Manitoba et en réalité de tout le Far-west canadien. Le Manitoba est peuplé de 100,000 habitants, et ses terres sont d’une fertilité merveilleuse. Ce sont ces coureurs des bois dont nous parlions plus haut qui explorèrent le Manitoba et le firent connaître. Ces colons d’origine française, unis à des femmes indiennes, ont formé, comme nous l'avons expliqué, une vigoureuse race de métis. Quand on procéda à l'érection du Manitoba en province, les métis canadiens habitués à une vie absolument indépendante voulurent se révolter contre le Dominion et se constituer en république. Mais ils échouèrent autant à cause de leur défaut d'organisation que de la supériorité des forces envoyées contre eux.
La vie des prairies continue à exercer sur eux son attraction irrésistible. A mesure que les colons se multiplient au Manitoba, beaucoup de métis vont chercher la liberté dans les vastes espaces du Nord- Ouest, qui n’est pas encore érigé en province, qui n’est qu'un territoire. Ils forment les sept huitièmes de la population du territoire immense du Nord-Ouest. Ces métis sont tous issus de croisements entre des Canadiens français et des femmes Peaux-Rouges. Le nombre des métis anglo-indiens est excessivement réduit, si toutefois il en existe : l'Anglais ne se mêle pas, comme le Français, aux races inférieures ; il les extermine ou les refoule devant lui. D'ailleurs, quand il émigre, il emmène avec lui toute une famille.au grand complet. Le Français qui s’expatrie, au contraire, est presque toujours célibataire et ilne répugne nullement à se créer une famille là où sa vie aventureuse l’a conduit. C’est pour cela que la colonisation
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