‹ Les colonies perdues [microforme]Chapitre 50 sur 88 · DÉSASTPRE DE TRICHINAPALY. — DUPLEIX NE DÉSESPÈRE PAS · texte numérisé non relu

DÉSASTPRE DE TRICHINAPALY. — DUPLEIX NE DÉSESPÈRE PAS

En ce moment, Dupleix est à l'apogée de la fortune, et peut-être va-t-il perdre un peu de ce sang-froid qui ne l’abandonna jamais dans les occasions les plus difficiles de sa vie. Cela se voit ; la gloire grise parfois un peu les hommes que l’adversité n’entame pas. Dupleix obéit-il à un mouvement &’orgueil, lorsqu'il se proposa de porter son nom jusqu'à des limites momentanément trop reculées ? Envisagea-t-il seulement l'influence française que les circonstances lui permettaient d'étendre au loin, du moins à son idée ? Il est difficile de se prononcer là-dessus. Toujours estil qu'il prit alors une mesure néfaste, qui allait bientôt peser de tout son poids dans la balance de sa fortune.

Ses détracteurs d'alors lui reprochèrent son faste,

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et ne comprirent pas ou ne voulurent pas comprendre sa politique habile qui le poussait à éblouir ses vaincus devenus ses alliés. C'est ainsi qu’on lui reprocha, en termes amers, la fameuse cérémonie de Pondichéry, où, au milieu d’une pompe sans pareille, il reçut les hommages de Mousafer-Singue et de tous les seigneurs de son armée. Avec une connaissance profonde du caractère des indous, Dupleix savait qu'ils sont sensibles à toutes les choses extérieures, et qu'à leurs yeux le luxe est un signe de force et de puissance. Cependant, l'ambition du prince indien, surexcitée par les victoires successives des armes françaises, ne connaissait plus de bornes. Avec de tels soldats, il se savait invincible, et il se mit à faire toutes les démarches possibles, près de Dupleix, pour obtenir, de lui, une force imposante, avec laquelle il se proposait de gagner ses états et de conquérir Acrungabad.

Dupleix se laissa séduire. Ce fut une faute. Quoique vainqueur, il ne devait cependant pas croire que les Anglais le laisseraient éternellement tranquille et que ces patients adversaires avaient désarmé. Le fort Saint-David était toujours à eux, cependant, et sa possession était une sorte de menace constante dont il eût été bon de ne pas faire fi. Rien même ne pouvait lui être plus agréable que de telles propositions. À son avis, des soldats européens, commandés par des hommes énergiques, garantiraient la fidélité du souverain au Dékan, sincère alors, mais qui pouvait fléchir, un jour ou l’autre, grâce à cette mobilité de caractère et d’impressions, qui est l’apanage de la population indoue.

Après des hésitations plus calculées que réelles, et faites your enflammer les désirs de Mousafer, en

L'IND 191 même temps que pour en tirer des avantages plus considérables et plus précieux, Dupleix céda et donna à Mousafer-Singue un corps expéditionnaire de deux mille hommes, avec une batterie d'artillerie. Parmi ces deux mille hommes, il y avait trois cents soldats français. Le contingent n'était pas énorme, mais la valeur des hommes lui donnait une extrême importance. C'était Bussy qui devait les commander, l’énergique et entreprenant Bussy, dont l'absence et l'éloignement se feront bientôt cruellement sentir, dans les heures prochaines où les hommes manqueront à Dupleix. Les dix officiers qui l’accompagnaient comptaient aussi parmi les meilleurs de l’armée, L'histoire a conservé les noms de ces vaillants hommes, gardiens de l'honneur français dans ces contrées éloignées, presque inconnus, et nous nous faisons un devoir de les citer. C’éta‘ent, outre Kerjean dont le nom est déjà connu, le major Vincent, les lieutenants Dugray, Aimard, les enseignes Ligny, ‘Féjac, le Normand, Aumont, Clérac et le maître canonnier Gaveau.

Mousafer-Singue, fier d'être accompagné par la petite armée, quitta Pondichéry le 15 janvier 1754, pour gagner Golconde. Tout paraissait aller pour le mieux, dans les premiers jours du voyage, lorsque des symptômes de révolte se manifestèrent. Quelques nababs, ayant des prétentions à l'édifice de la fortune de Mousafer, voulurent poser leurs conditions, ou du moins se préparer à faire valoir leurs services. Après avoir pénétré sur le territoire de Cadapa, ils accentuèrent leurs exigences, tinrent une conduite très ambiguë, se montrèrent hautains vis-à-vis de la petite escorte française, Bref, ils firent tant et si bien que la

patience échappa à Mousafer-Singue, et que les rebelles furent défaits dans un combat homérique, dont le succès fut décidé cependant par les troupes françaises.

Malheureusement Mousafer avait succombé dans la lutte, et la question d’hérédité se présentait à Bussy grosse de difficultés. En outre, le fidèle officier de Dupleix se voyait entouré par des masses indoues

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