‹ Les colonies perdues [microforme]Chapitre 61 sur 88 · POUT-LOU:S · texte numérisé non relu

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le 30 août suivant. Trois jours après, il vole au devant de la flotte anglaise signalée en vueet s’il n’est point maître de la mer, c’estque, comme toujours, quelqr:2suns de ses officiers ne font pas leur devoir. Malgr' le résultat douteux, Suffren rentre à Trinquemalé où l'amiral Hughes le laisse réparer ses avaries les plus urgentes. Après cela, il parcourt presque librement l'Océan Indien, se “épare complètement à Sumatra, recoit des convois et des troupes, mais n'est pas secondé par ses auxiliaires. Les officiers de terre font preuve de la même indolence que leurs collègues de

la marine, de sorte que les plans les mieux conçus avortent ou sont mal exécutés.

Le 11 mai 1783, après une foule de combats, d'échecs et de succès, la flotte française sort, une seconde fois, de Trinquemalé et se dirige vers Gondelour. Le29, elle rencontre la flotte anglaise et lui livre une mémorable bataille qui ne cesse qu'à la nuit. Les Anglais en profitent pour prendre la chasse, c’est à dire pour se dérober, et Suffren, lancé à leur poursuite, pendant plusieurs jours, ne peut les atteindre. L'amiral Hughes vient abriter ses vaisseaux sous les canons de Madras, quatre mois après que les préliminaires de paix entre l'Angleterre, la France et l'Espagne avaient été signés à Versailles. Au commencement de l’année suivante, en mars 1784, Suffrenrevint en France,où il fut comblé d'honneurs mérités, et mourut quatre ans plus tard, d’une façon assez mystérieuse ; mais l'opinion la plus accréditée est qu'il fut tué en duel.

Quelles merveilles n'eût pas accomplies Dupleix, si une trentaine d'années auparavant, il avait eu, pour collaborateur, un tel homme! C'est une question qu'il est permis de se poser, quand on voit deux hommes de cette trempe opérer des prodiges, en dépit de la mauvaise volonté, sinon des rancunes et l'inimitié de ceux qui les entourent. C'est à peu près la dernière fois que le canon français tonne dans les mers de l'Inde. Quelques années plus tard, le pavillon

français s'y montrera encore, avec le vaillant coutan- çais Lhermitte, un de ces hardis marins dont la valeur individuelle reste un étonnement de l’histoire, et enfin avec Surcouf dont les courses légendaires, dans l'Océan Indien, liennent presque du miracle. Ce furent les efforts accomplis sous la République et sous le pre-

mier Empire, c'est-à-dire à deux époques où nos marins ne furent ni moins hardis ni moins braves, mais où l'on ne sut pas choisir des hommes capables de faire la grande guerre maritime. Hâtons-nous de dire que les officiers de la marine royale ne commandaient plus, et que les marins expérimentés nes'improvisent pas. La Révolution, qui fit des merveilles avec ses jeunes généraux, n'eut point d'hommes de mer. Il faudra le coup de foudre de Navarin, en 1827, pour que la France reprenne, comme puissance maritime, le rang qui lui revient.

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