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.ce nom semblerait l'indiquer, qu’une œuvre de haute portée médicale.
Ne considèrera-t-on pas non plus comme sérieux, l'avis exprimé par les maîtres de ces enfants, qui les voient chaque jour et qui sont encore plus que quiconque capables de donner une appréciation Juste sur l’état de leurs élèves, colons de la veille. Leurs rapports à l’œuvre contiennent de très intéressantes observations à cet égard.
Les instituteurs et institutrices sont tout étonnés à la rentrée des classes de constater combien ces mêmes enfants, autrefois si peu appliqués, paraissant si gauches dans leur travail, comprenant difficilement ce que le maitre ou la maîtresse s’ingéniaient à leur expliquer, sont au contraire devenus attentifs, ont l'esprit ouvert et saisissent très bien la leçon qui leur est faite. Chaque jour, depuis la rentrée, on voit se développer en eux un peu plus de facilités au travail, les progrès sont constants et appréciables. Ces mêmes enfants aussi, dont les journées d'absence pendant l’année scolaire précédente étaient nombreuses, non par paresse, pour faire l’école buissonnière, mais par suite de leur débilité, de leur état maladif continuel, qui les accablait, les rendait moroses et leur faisait délaisser le jeu aussi bien que l'étude, ces mêmes enfants sont maintenant très assidus pour se rendre à l'Ecole; se sentant plus fort physiquement, ils n'éprouvent plus le besoin de s’isoler, il leur faut de l'animation, du mouvement désormais, ils ne veulent plus être les derniers de leur classe, et par leurs efforts soutenus cherchent d’euxmêmes à rattraper le temps, qu’un mal sourd et tenace leur avait fait perdre.
Attachera-t-on plus d'importance enfin à l’avis formulé par les médecins qui s’occupent de ces colonies scolaires? Leur conviction profonde à tous est que consacrer son
temps à l'organisation médicale de l’une de ces colonies n'est pas faire œuvre vaine, mais que c'est travailler utilement pour le développement physique et moral de l'enfant.
« L'action salutaire de la colonie sur l'organisme de l'enfant n'est pas passagère, écrit le Docteur Calvet, dans son rapport du congrès de Bordeaux. Pour la taille, le retour à la ville est marqué par un fléchissement; l’augmentation se trouve ralentie ; le poids peut même subir un recul... Après une ascension rapide de la courbe pendant le mois de vacances, on trouve un palier et l’enfant augmente d’une façon relativement lente pendant l’année suivante. Au prochain départ, le poids ne sera souvent pas beaucoup plus élevé que celui du retour précédent. Nous considérons cependant comme un avantage des colonies scolaires de donner en un mois le gain qui n'aurait été obtenu qu’en une année. C’est une avance prise, une réserve de forces pour la lutte contre la maladie : d’ailleurs, en définitive, le poids moyen se trouve toujours plus relevé par une série de campagnes surtout successives. Si l’on prend, en effet, le poids moyen d’une série d’enfants ayant participé à une ou plusieurs colonies scolaires, on constate qu’il est plus élevé que celui de leurs camarades qui n'ont jamais quitté la ville. »
Non contents, en effet, de contrôler à l’arrivéeetau départ de la colonie le poids, la taille, le périmètre thoracique des colons, les médecins estiment que leur rôle ne finit pas là. Ils ne perdent pas de vue tous ces enfants et tous sont unanimes pour déclarer que l’amélioration notée à la fin du séjour à la colonie persiste et n’est que le prélude d'une vie nouvelle de santé pour ces jeunes sujets. Beaucoup d’entre eux sont appelés dans ces intérieurs misérables, où habitent nos colons. Sans étonnement, car ils
sont convaincus de la réalité des résultats, ils constatent que l'hiver entrant dans ces tristes demeures n’entraîne pas avec lui son cortège coutumier : toutes ces bronchites sans fin, tous ces malaises de croissance, ces états grippaux qui frappent sans relâche et qui bien souvent emportent dans leur noir tourbillon de deuil, tous ces pauvres petits êtres chétifs, dont les années d'enfance ne sont qu'une longue suite de misère et de privations. Les enfants devenus plus robustes supportent plus facilement les méfaits de la dure saison. Leurs jeunes poumons se sont rénovés au contact de l’air vivifiant de la campagne, ils sont plus aptes à lutter victorieusement contre les intempéries et offrent plus de résistances aux attaques microbiennes. C’est là la leçon de chaque jour, et chaque année apporte son contingent d'observations nouvelles, toutes identiques, et dont l’ensemble constitue la grande preuve du bienfait médical de la colonie scolaire.
Il est encore un autre résultat que l’on se plait à lui devoir. Grande dispensatrice de la santé physique, la colonie scolaire se flatte aussi, à juste titre, d’être grande guérisseuse au point de vue moral et social.
Pendant la période de vacances, l'enfant est livré à lui-même, aux hasards de la rue, les parents travaillent et sont assez occupés à gagner le pain quotidien. Nos enfants des écoles de nos grandes villes sont donc libres d'agir complètement à leur guise : on Joue entre voisins, entre écoliers d’un mème quartier. Qu'il y ait parmi eux un jeune drôle, aux mauvais penchants, sa présence contamine tout cé petit monde, et l’on voit insensiblement tomber dans la débauche des enfants mal conseillés et faibles de caractère. La colonie scolaire, en enlevant ces Jeunes garçons ou fillettes à ce milieu oisif des vacances, empêche la déchéance possible de l'enfance hon-
nête, et prête quelquefois malheureusement à écouter par désœuvrement de mauvaises tentations.
Le séjour à la campagne de la colonie estaussi éminemment moralisaleur par lui-mème. Les œuvres à caractère confessionnel insistent beaucoup sur ce côté des résultats. Elles cherchent toutes, au nom de leurs religions respectives, à développer et à exalter même, chez les enfants, les sentiments religieux qui sommeillent en eux. Pour ces œuvres, la colonie scolaire esl envisagée autant comme œuvre médicale que comme œuvre morale : Mens sana et religiosa 1n corpore sano ! Aussi bien dans les colonies à placement familial, que dans les colonies internat, les surveillants et les surveillantes font d’amicales causeries morales aux enfants et cherchent à les corriger de leurs mauvais penchants.
Lors de son séjour à la colonie, le jeune écolier prendra des habitadés de propreté et d'ordre qu’il conservera de retour chez lui. Ce fait est surtout intéressant pour les petites filles, toutes ménagères déjà actives au foyer familial. La mère, absorbée par le travail toute la journée n’a pas le temps de songer à entretenir son intérieur. C’est l’ainée des petites filles qui est chargée de ce soin, c'est elle qui joue le rôle de Ja petite mère de famille et qui est appelée à organiser et à surveiller le modeste ménage. Transplantée pendant queique temps dans ces maisons hospitalières et toujours tenues d’une façon irréprochable de nos paysans lorrains, elle apprendra par l'exemple vu sous ses yeux chaque jour, à mieux faire encore de retour au foyer paternel.
Nos jeunes garçons, en vivant de cette bonne vie simple de leurs hôtes, verront qu'il n'est pas nécessaire pour bien se porter et pour être solide au travail, d’absorber
chaque jour de nombreux petits verres pour se donner
des forces. Ils prendront là des leçons de tempérance et de sobriété qui porteront leurs fruits dans la suite.
Le jeune colon chaque jour apprendra à lire dans le livre grand ouvert de la nature : avant leur séjour à la campagne, ils ne connaissaient rien des choses de la terre, pour eux, tout est nouveau et plein d’attraits.. [ls prendront goût à cette vie des champs, si différente de leur vie de la ville passée dans des mansardes obscures, ou dans des rues étroites, où l’on élouffe. Ici, c'est le grand air, c’est le soleil qui brille de sa lumineuse clarté sur ces vastes prairies, où coule argentée la rivière où il fait si bon se baigner, ou qui éclaire d'une lumière plus tendre ces belles forêts de pins où l’on est si bien pour dormir au pied des grands arbres. Ici encore, c’est le grand calme de la nature souriante, qui repose l'esprit et qui le berce d’une douceur infinie. Ici enfin, c'est la grande liberté en toutes choses : pas de maîtres, ni d'esclaves, le travail seul commande, à lui seul le paysan obéit. L'enfant de la ville voit se développer ses pensées, s'ouvrir son cœur et son intelligence. La terre l'attire, les gens paraissent si bons. L'enfant veut rester, il veut devenir, lui aussi, un petit paysan : combien de relations ébauchées lors du passage du jeune écolier à la colonie scolaire n’ont-elles pas eu de lendemain ?
Combien d'exemples ne cite-t-on pas de ces jeunes citadins, séduits par leur séjour à la campagne, lorsqu'ils étaient écoliers, qui sont revenus se fixer désormais dans le village qu'ils avaient appris à connaître plus jeunes ! Le retour à la vie des champs ! n'est-ce pas là un des plus beaux fleurons de la couronne de nos colonies scolaires, et à lui seul ne suffirait-il pas pour les faire aimer ?
Les colonies scolaires sont enfin quelque chose de plus encore, et qui les classe au premier rang parmi les
œuvres utiles de notre Démocratie. En vous promenant dans les rues de nos faubourgs ou de nos quartiers ouvriers, D'avez-Vous jamais entendu ces lambeaux de phrase, échangés entre deux braves mères de famille. parlant de la santé chancelante de leurs jeunes enfants : « Ah! si seulement nous pouvions le changer d'air, si nous étions riches ! »
Eh bien ! oui, pauvres mères, on va le faire changer d'air, votre enfant, on va, comme un des fils de ces heureux du jour, le faire profiter lui aussi du soleil qui luit égal pour tout le monde. Confiez-nous votre petit bonhomme, et vous verrez à son retour comme il se trouvera plus fort et plus solide. Venez à nous sans crainte, ilne vous sera rien demandé qu'un peu de reconnaissance peut-être pour les personnes généreuses qui consacrent leur temps et leur argent pour assurer le succès de l’œuvre.
Et l'enfant est revenu fortifié, il raconte à ses parents ravis de le retrouver si bien portant, combien on a été bon pour lui, combien on a cherché à lui faire plaisir et à le faire bien profiter du séjour à la campagne. Et dans ces misérables intérieurs, il y aura désormais un peu moins de haine au cœur contre les favorisés de la fortune, qui ont contribué à sauver leur enfant par leurs offrandes généreuses.
Dans ce même ordre d'idées, nous souhaiterions ardemment que chacun de nos établissements secondaires ou primaires supérieurs soit pourvu d’une caisse spéciale destinée aux œuvres de colonies de vacances. Cette caisse serait alimentée par des cotisations très minimes, 0 fr. 10 par semaine par exemple, demandées aux élèves. Ce serait chercher à consolider encore les liens étroits qui doivent exister entre tous les enfants d’une même Patrie !