‹ Les colonies scolaires de vacances en LorraineChapitre 58 sur 61 · ŒUVRE DE PRÉSERVATION DE L'ENFANCE · texte numérisé non relu

ŒUVRE DE PRÉSERVATION DE L'ENFANCE

Elle a été fondée en 1903, par M. le Professeur Grancher, qui en bon parrain, l’a dotée généreusement, au moment de sa naissance, d’une somme de cent mille francs.

Voici résumées quelles ont été les idées directrices qui ont décidé sa création :

Quand la tuberculose frappe le père ou lamère dans une famille d'ouvriers, que faut-il faire? Tâcher de sauver le malade, par tous les moyens possibles, en le soignant à domicile, ou en le faisant admettre dans des hôpitaux ou des sanatoria.

Mais l'enfant, que va-t-on faire pour lui ? le laisserat-on dans ce logement ouvrier, où l’espace est si étroitement mesuré, l'hygiène et la prophylaxie nulle. L'enfant nait sain, mais est préparé par la misère ambiante à prendre le germe latent de la tuberculose : « Depuis longtemps, écrit le Professeur Grancher dans son exposé de l’œuvre, je suis hanté de cette idée dominante du beau livre de Pasteur, sur les maladies des vers à soie, que pour sauver une race menacée par une maladie contagieuse, le mieux est de préserver la graine. »

L'œuvre de préservation de l'enfance aura done pour but de soustraire l'enfant encore sain, d’une famille tuber-

culeuse, au danger de la contagion, plus que certaine, en l'envoyant à la campagne dans des familles saines. Ainsi comprise l'œuvre fera du bien d'abord aux enfants : comme preuve entre mille, le Professeur Grancher cite une statistique fournie par l'Assistance publique de Paris concernant les enfants placés à la campagne. « Ces pupilles pris au hasard, dans le milieu social le plus pauvre, le plus misérable, où la tuberculose latente est assurément très fréquente, deviennent robustes à la campagne, et parvenus à l'adolescence fournissent une génération vigoureuse, où la tuberculose ne compte que des unités, 18 pour 20.000. » Veut-on comme terme de comparaison une statistique de la population scolaire du xvi° arrondissement établie par M. le Professeur Grancher lui-même : sur 896 garçons ou fillettes, on trouve 141 tuberculeux latents ou avérés, soit 15 pour 1000. A la suite d'enquêtes faites à Montpellier, à Agde, cette proportion est de beaucoup dépassée, et dans certaines écoles, nous avons vu citer des chiffres 50 0/0 d'enfants ayant les sommets pulmonaires atteints, ou malingres, ou lymphatiques. A Nancy, d’après une statistique établie par le Docteur J. Sterne (Revue médicale de l'Est, 15 janvier 1905). portant sur 740 enfants, et appartenant à deux groupes d’écoles bien distinctes : l’une, boulevard Alsace-Lorraine, située dans un quartier sain, bien aérée ; l’autre rue des Ponts et de l’Equitation, aux maisons mal entretenues, et surpeuplées, nous trouvons les chiffres suivants:

Moyenne du premier quartier, 3,5 0/0 Moyenne du second quartier, 14 0/0 Moyenne globale : garçons, 3 0/0 ; filles, 9 0/0.

L'œuvre sera encore utile aux parents déchargés du souci et du fardeau d'enfants condamnés par la maladie

du père et de la mère à une sorte d'abandon, et enfin au logis, qui sera désencombré et plus facilement habitable.

L'œuvre demande aux parents une légère contribution pour «ne pas rompre le lien familial naturel. » La petite somme réclamée représente le droit de la famille naturelle, sur la famille adoptive. L'œuvre ne sera que l'intermédiaire entre les deux familles.

Les enfants seront donc placés dans des familles saines de la campagne ou dans des orphelinats agricoles tels que celui du Docteur Vauchemer, Cannes. La limite d'âge est de cinq àtreize ans. La durée du séjour à la campagne des pupilles de l’œuvre est variable et subordonnée à la durée de la maladie du père ou de la mère « à l’assainissement du foyer, à la reconstitution de ce même foyer, à l'état de salubrité ».

Chaque enfant coûte 300 à 350 fr. par an d'entretien à l'œuvre. Elle vit par des cotisations annuelles et des donations. Les personnes charitables peuvent souscrire pour un enfant déterminé, elles suivront le développement graduel des forces de ce jeune être sauvé de la contagion et de la misère, et auront sous les yeux les résultats de leurs bienfaits sous une forme vivante.

L'œuvre de préservation de l'enfance a survécu au professeur Grancher; sa veuve n’a pas voulu que les idées généreuses de son mari, si bien mises en pratique, viennent à disparaître avec lui. Par ses généreuses libéralités, elle assure la continuation de l’œuvre entreprise, et dont elle est restée l’âme.

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