‹ Les combats du Général de Négrier au TonkinChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH

PASSAGE DU THUONC-GIANG

La poursmite des Chinois. — Uarvhe de la colonne Négrier. — Passage du Sung-Cau sui' dd rudeuu. — Sur lu route de Chine.

— Ealhousiùsme des solduU. — Vivo le général ! ~ Combat sur le Thong-Giang. — \*» tirailleurs annamites. — Arrivée de l'artillerie. — Incendie de Phu-Lang-Thuong. — A la nage ! — Prise de irois sampans. — La géaéral de Négrier pas^e la rivière SUI une chaloupe d'osier. — Fuite de l'ennemi. — Cadavres de réguliers. — Eiptosion d'un magasin à poudre. — Aspect du pa;s. — La cbasse aui Chinois. — Épaves de ta fuite. — Massacre des chrétiens annamites. — Citernes empoisonnées. — K.ep.

— Prise de quatre chinons. — Interrogatoire d'un prisonnier ihi- DOis. — Retour à Bao-Ninh. — Prise de Hong-Hoa.

Le 15 mai's 188i, deux colonnes quittent Bac-Ninb sous les ordres des généraus Brière de l'isle et ds Négrier, le premier doit marcher trois jours sur la roule de Lang-Son et revenir à Bach-Ninh: le second dort s'emparer de Ta'i-Njjuyoïi.

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Chaque colonne est composée de trois bataillons, de deux batteries d'artillerie, avec quelques cavaliers et des tirailleurs annamites et tonkinois pour le service d'éclaireurs.

En sortant de Bac-Ninh, la colonne de Négrier se dirige vers Dap-Cau, gros village situé sur le Song-Cau, et traverse le fleuve au moyen d'un radeau que les Chinois avaient établi pour leur retraite.

Le défilé commence. Les tirailleurs annamites, les auxiliaires tonkinois, la légion, Tartillerie, le 23®, le m®, le convoi, touiS" passent à la file indienne, dans un ordre parfait et avec une très grande rapidité.

En deux heures la traversée est opérée.

A deux heures un quart, la colonne se met en marche sur la route de Chine, qui est très belle, large de cinq ou six mètres et bordée de cactus à droite et à gauche.

Nos soldats marchent en ordre de bataille, sur un front de 300 ou 400 mètres, les pieds dans la rizière, les épaules cinglées par le sac et courbées sous le poids d'une chaleur accablante.

Beaucoup d'ardeur, cependant.

Quand le général passe au galop, au milieu de ses enfants, comme il les appelle, un frisson d'enthousiasme prend tout le monde, de la queue à la tète de la colonne, et les cris de « Vive le général, vive le général! ï^ éclatent comme des pétards de feu d'artifice.

Après une quinzaine de kilomètres de marche, nous arrivons au village de Phu-Gia, sur le Thuong-Giang. Au moment où nos éclaireurs touchent aux premières maisons, deux ou trois coups de feu retentissent, puis tout à cowp un crépitement nourri.

Ce sont trois mille hommes des troupes du Kouang- Si, qui, établis en face, de l'autre côté de la rive, dans lo village de Phu-Lang-Thuong, nous fusillent à moins

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de 200 mètres. Leur position est jeicellente. Ds enfilent avec leur feu la rue du village par où nous sommes obligés de passer. Les balles sifflent, cassant avec un bruit sec les branches autour de nous.

Nous partons en avant au pas de course: Il s'agit de traverser entièrement à découvert une longueur de cent mètres. Le terrain, défoncé par la pluie, présente une suite non interrompue de creux et d'ornières d'où l'on sort à grand'peine.

Heureusement l'ennemi tire trop haut; il ne nous fait aucun mal.

Les soldats se jettent aussitôt en tirailleurs des deux côtés du village, et vont, en rampant, s'embusquer derrière une digue qui borde la rive. C'est vite fait.

Los Cliinois sont à cent mètres, cachés dans les fourrés, dans les maisons, et un grand nombre de réguliers tuniques marron occupe à droite un petit retranchement sn terre. 11 y a là des canons ; en effet, plusieurs gros l nuages de fumée opaque couronnent le parapet, de

I fortes détonations retentissent, et quelques obus tom-

' bent auprès de nous sans éclater.

Nous commençons le feu de sections : à gauche du village, les tirailleurs annamites; à droite, la légion étrangère. Au bout de la rue, d'autres tirailleurs annamites, campés à découvert, fusillent l'ennemi avec la plus grande audace.

11 est deux heures et demie, l'action est dans son plein. Les deux canonnières la Trombe et YÉclair, qui Bont parties ce matin des Sept-Pagodes pour venir nous rejoindre à cet endroit, n'arrivent pas; elles sont arrêtées par des barrages de roche qu'elles doivent faire sauter.

Nous sommes là depuis une demi-heure.

Le clairon retentit : l'infanterie de ligne nous rejoint

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au pas gymnastique. Les artilleurs la suivent, tirant ieurs mulets par la bride, le mousqueton en bandoulière, le casque rejeté en arrière du front ruisselant de sueur. En un clin d'œil, poussant les bêtes de l'épaule et les fouettant à tour de bras, ils traversent le chemin boueux et mettent leurs pièces de 80 en batterie près de la digue avec une rapidité vertigineuse.

Les cagnas de Phu-Lang-Thuong, percés à jour par nos obus, flambentbientôt comme des paquets d'allumettes.

Les réguliers chinois faiblissent, malgré les appels désespérés et sinistrement monotones de leurs trompes de guerre, qui par moment dominent le bruit de la mousqueterie.

Il faut passer la rivière au plus vite et achever la défaite de l'ennemi. On cherche un endroit guéable (i).

On trouve partout une profondeur de quatre à cinq mètres. Un caporal de la légion descend au bord de Teau, de même un interprète; en même temps, deux auxiliaires tonkinois se déshabillent entièrement. Le caporal et l'interprète s'élancent courageusement, chacun sur une espèce de petit radeau improvisé par les sapeurs du génie du capitaine Tollon. Les auxiliaires nagent derrière ; d'une main il poussent le radeau, de l'autre ils se soutiennent sur l'eau.

Les quatre volontaires débarquent dans une petite île située contre la rive que nous occupons, et, sous la fusillade, chinoise qui fait rage, cherchent des embarcations.

Dévouement inutile. On ne trouve rien. Que faire? Traverser le Thuong-Giang et ramener trois sampans que l'on aperçoit sur l'autre rive, sous le feu de l'ennemi, à demi-enfouis dans un massif de palétuviers,

(1) Georges Filliop.

h* LE GÉNÉRAL DE NÉGRIER

— Allons, courage, mes entaats !

C'est le général qui adresse ces bonnes paroles à quelques tirailleurs annamites. Ceux-ci se jettent dans la rivière sans se faire prier.

Les balles pleuvent comme grêle et fouettent Teau autour de ces hommes intrépides. Deux sont atteints et disparaissent emportés par le courant.

) Un quart d'heure après, cependant, les trois sampans sont amarrés au bas d'un petit embarcadère de notre côté.

Le courant est rapide ; la rivière, profonde, charrie des débris de toutes sortes qui l'obstruent.

Le général de Négrier se présente le premier, sa croix de commandeur de la Légion d'honneur brillant sur son dolman entr'ouvert et le désignant aux coups de t l'ennemi.

ï Suivi de son aide de camp et de son officier d'ordon-

V rance, il saute dans une corbeille plate en bambou tressé,

longue de trois mètres, large d'un mètre cinquante, > sorte de rectangle arrondi aux bordages et légèrement

l cintré en dessus, dont se servent les pêcheurs anna-

mites pour ramasser leurs filets. Il faut rester courbé en deux. Saisissant eux-mêmes la pagaie, se maintenant comme par un prodige d'équilibre sur cette embarcation improvisée, ces trois courageux officiers atteignent les premiers l'autre bord, ayant dix fois manqué de chavirer.

A l'exemple de leur général tous les soldats sautent dans les sampans ou sur des radeaux fabriqués en cinq minutes, dont la force de résistance est des plus problématiques et dont la vue seule donnerait le frisson à nos plus intrépides canotiers de la Seine ; les nageurs continuent leur fatigante navigation et poussent à l'arrière ces fragiles esquifs.

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Un ya-et-vient s'établit, le danger semble enhardir chacun, et en moins d'une heure toute Tinfanterie a passé la rivière.

Les premiers débarqués occupent en quelques minutes le i^i liage que les Chinois viennent d'abandonner. Ces derniers courent sur la route de Chine devant nous, à un kilomètre, leurs pavillons au vcat. On tire dans le tas ; mais bientôt tout disparaît derrière une colline à droite .

Des cadavres de Chiaois sont couchés dans des mares de sang sur la route, quelques blessés râlant qu'on achève par pitié, mais aucune arme. Ceci est à remarquer: les Chinois ramassent les fusils de leurs morts et de leurs blessés avec un soin tout particulier.

Le costume de ceâ individus est celui dès réguliers chinois. Veste bleue ou marron en toile assez grossière, pantalon de toile blanche venant à mi-jambe, les mollets serrés dans des lanières de toile de même couleur que la veste. Collé sur la veste, à l'extérieur, sur la poitrine et dans le dos, un rond de toile blanche gommée portant en caractères rouges les indications du corps d'armée auquel appartient le soldat.

Tout à coup une détonation formidable retentit à droite : un nuage noir apparaît au-dessus des arbres du village. On court de ce côté. C'est une provision d'un millier de kilogrammes de poudre, laissée par l'ennemi dans le petit for tin, «qui a pris feu. Les canons Krupp ont été enlevés, les marques de roue sont visibles sur la route. Nous les prendrons demain.

A cinq heures, retentit le son rauque du sifflet des canonnières, qui arrivent enfin. On va bivouaquer sur la route et dans les champs. L'engagement de la journée nous à coûté quatre tués, dont un caporal de la légion étrangère, et trois blessés.

a LE GÉNÉRAL DE NBGItlER

Dès huit beures et demie, le matin du 16, on si^iale rconemi, qui eat aligné sur une colline, les étendards déployés. On ouvre le feu : mouvement confus dans la troupe ennemie. Les bannières s'agitent. Us ripostent . Cela dure pendant près d'une demi-heure,

A un moment donné, les Fils du Ciel prenant de l'audace, probablement pour jouer leur dernière carte, quittent leur position et descendent dans la plaine, risquant un mouvement offensif-

Hal leur en prend. Quelques feus de section les font

s'arrêter sur place. Une batterie de 80 se met en batterie, et envoie plusieurs salves de boites à mitraille au milieu de la masse chinoise, qui toifrbiUonne et s'enfuit dans toutes les directions.

Dès lors c'est une véritable chasse. Nos troupes se divisent en plusieurs colonnes et se lancent à la poursuite de l'ennemi.

Le pays est coupé de collines couvertes de broussailles. La nature du terrain h complètement changé; plus de rizières, c'est la région montagneuse qui

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