Guillaume P
— 2. Le Prince héritier de Prusse. — 2. Le Prince de Bismarck. 4. Le Maréchal de Moltke.
-Dans l'armée prussienne, le jeune de Moltke obtint, comme il l'avait espéré, un avancement rapide. Bientôt capitaine d'état-major, puis chargé d'une mission en Turquie, il parvint en 1857 au grade de général-major et fut, en cette qualité, appelé au poste de chef d'état-major de l'armée, qu'il occupa jusqu'à la limite extrême de ses forces et de ses années. On sait quelle part considérable il prit à la réforme de 1861.
D'un esprit très positif, d'un caractère tenace et d'une volonté de fer, M. de Moltke avait concentré toutes ses facultés sur un but unique, qui était de faire de l'armée prussienne un instrument supérieur à celui dont disposaient toutes les autres puissances. Ne jamais attendre le secours du hasard, ne rien négliger des leçons de l'expérience, tout prévoir d'avance pour se garder des surprises, enfin se défier des inspirations du moment, tel était son système, dont les campagnes de 1864 et 1866 furent les premières et éclatantes confirmations. A la fois circonspect et pratique, M. de Moltke savait, à défaut des inspirations géniales qu'il n'avait pas, forcer le cours des événements par une série de combinaisons raisonnées, presque mathématiques, et si minutieusement précises que leurs conséquences pouvaient être" escomptées à peu près à coup sur. C'est en cela surtout que l'action de cet homme véritablement extraordinaire a été prépondérante, non seulement dans les opérations militaires, mais encore et surtout dans l'état remarquable de préparation qu'aux approches de l'année 1870 l'armée fédérale avait atteint.
Quant au ministre de la guerre, général de Roon, c'était un administrateur de premier ordre. La Prusse lui est redevable de la rapidité avec laquelle ont été fondus dans son propre moule les contingents variés que lui apportaient ses conquêtes et de l'étonnante cohésion qui, de tant d'éléments divers, a si vite formé un faisceau unique et compact. M. de Roon a occupé le ministère pendant 20 ans, de 1858 à 1878.
Ainsi l'imité de direction et la stabilité des ])ersonnes se trouvaient réunies dans le haut commandement des forces prussiennes. Au degré immédiatement inférieur, les princes de la famille royale, dressés dès le berceau au métier des armes, et confondus avec des généraux dont ils rehaussaient la situation par le prestige de leur propre rang, conservaient les commandements supérieurs qu'ils avaient, en 1864 et 1866, exercés avec un incontestable éclat. Enfin, l'aide principal du commandement, le corps d'état-major, recruté parmi les meilleurs officiers de toutes armes qui avaient suivi avec succès les cour.s de l'Académie de guerre, était, de la I)art de son chef, l'olgeld'un soin jaloux et d'une attention constante qui le préparait, sans trêve ni relâche, au métier de la guerre. M. de Moltke dirigeait en personne ce service, choisissait ses cadres parmi une élite dont les médiocrités étaient soigneusement éliminées, et lui donnait cette impulsion féconde qui a produit en 4870 de si grands résultats.
D'ailleurs, le; corps des oflicicrs, dunl la noblesse cl hi bcmnc bnurgeoisie four-
eii 1871 si i-igniirt'UX pour la ct'ssiuii d'un lambeau de Ici-rc, iju'exifri'ait peul-étre la salisl'action des appétits allemands, mais dont les hahitaiits ne iirot'essaicnt cei-tainemcnt pas, on matièi'o de patrie, un éclectisme égal au sieu.
nissaienl presque tous les membres, était lui-même lorl remanjuable. Il avait conservé le culte de la carrière des armes, qui lui assurait une situation sociale prépondérante et des honneurs particuliers, au ponit d'en faire une sorte de caste, et possédait un esprit de discipline, un sentiment de sa dignité, et un amourpropre professionnel poussés presque jusqu'à l'excès. Son instruction, l'indéiiendance relative que lui assuraient, sous sa responsabilité, les règlements en vigueur, enfin la haute idée qu'il se faisait de sa mission, tout cela développait en lui un esprit d'initiative et de solidarité dont l'histoire de la guerre fournira des preuves ré|)étées. Son dévouement au souverain était sans limite.
Quant aux sous-officiers, ils constituaient la véritable force des troupes prussiennes. Ils se recrutaient presque tous dans les écoles ad hoc, où ils puisaient une solide éducation militaire, qu'ils venaient ensuite répandre dans les régiments, où ils devenaient, pour les officiers, de précieux auxiliaires. Cette position, entourée d'une considération et d'un bien-être inconnus dans les autres armées, leur fournissait une carrière honorée et envial)le, où ils i^juvaient," par la jiart ipii leur revenait dans le commandement, exercer et développer leurs qualités militaires. L'armée prussienne en était hère, et les considérait à juste titre comuK; un des l)rinci])aux élénienls de ses succès hiturs.
On a pu voir, d'après ce qui précède, sur quelles bases puissantes l'eposait l'éditice construit sur les ruines accumulées d'iéna et d' Aiierstïcdt. A les rap|truclier de l'état de décadence où la France avait laissé tomiier son armée, on ne peut se défendre d'une émotion douloureuse et d'un poignant serrement de cieur. Et cependant il restait à ce pays, si oublieux de sa sécurité et si insouciant de sa défense, une force intacte, éternelle comme lui, produite par ses entrailles mènu's et fécondée de sa sève vigoureuse, une force (pu> nos ennemis n'avaient poiut, et qu'ils n'auront jamais, le soldat. Oui, le soldat, dont seul le caractère s'était maintenu à la hauteur de ses devoirs sacrés, tandis qu'il s'abaissait chez les autres, grisés par des succès qui n'étaient dus qu'à lui. Le soldat, (pii n'avait jierdu aucune des qualités de sa race, ni la bravoure, ni l'élan, ni cet admirable instinct militaire, apanage héréditaire légué par les ancêtres du pays gaulois. L(; soldat enlin, capable de tous les dévouements et de tous les héroïsmes, (pi'il lui faille disputer la terre des aïeux ou planter au bout du monde le di'apeau ((ui l'abrite de ses |)lis !
A la docilité craintive, à la lourdeur automatiiiue de l'Alleiuaiid faronné par une discipline implacable, nous le verrons opposer sa souplesse native, son entrain endiablé, son mépris du danger, sa constance invincible et raisonnée dans les privations et les fatigues. Contre l'organisation redoutable de ses adversaires, contre ses combinaisons savantes, il n'aura qu'une arme, son courage. Mais ce courage, il le prodiguera tant et tant que parfois la victoire semblera lui sourire, et planera pour un moment sur nos rangs décimés. Et quand l'inertie coupable du commandement aura rendu vains tant d'efforts, il ne désespérera pas encore, et luttera toujours, sans illusion, mais sans défaillance, jusqu'à son dernier souftlc de vie. Les armées disparaîtront, tout ce que le pays possède de forces régulières sera englouti, dans un dé.sastre sans nom : les bataillons sciont détruits, les escadrons
fauchés, les régiments anéantis, et leurs misérables restes trainés dans les camps meurtriers d'Allemagne. La chancellerie prussienne croira que tout est fini, que la France terrassée va demander merci et se rendre à la discrétion du vainqueur!... Alors d'autres Français s'improviseront soldats et s'en iront présenter à l'envahisseur leurs poitrines. On verra ce spectacle unique d'une armée immense, victorieuse et compacte tenue en échec par des bandes déguenillées, sans instruction militaire, sans cohésion, et l'Europe étonnée ne refusera plus son estime à ce peuple qui dans l'adversité sait se relever ainsi.
Non! le soldat allemand ne valait pas le notre, et c'est à cela que le pays doit de n'avoir ])as péri !
II. lNFA.NTP:mE. — L/mfantene fédérale comprenait, en 1870, les troupes suivantes :
1° Corps (le Ja Garde.
4 régiments à pied à S bataillons.
4 — de grenadiers à 'S bataillons.
1 — de fusiliers.
1 l)ataillon de chasseurs.
1 — de tirai Heurs.
-2" Troupes de lirjiic.
88 régiments prussiens à r] bataillons.
17 — fédéraux à ^ — (dont 9 saxons).
\ — hessois à :2 bataillons seulement. 11 batîulluns de chasseurs pi'ussiens.
"2 — — saxons.
1 — — mçcklem]iour<4eois.
Au total, I IS i-('gimcnls cl IS balailliiiis de chasseurs, soit ^372 bataillons à 4 compagnies'.
« La force moyenne du bataillon, en entrant vvi campagne, est de 1,0()("I coiu battants, répartis dans 4 fortes compagnies.
'( A chafiuc moliilisalion. un l'oi'uie aussitôt par régiment d'infanterie un bataillon de dépnl — un de l'emplacement — de 1,001) hommes, et par batailK)n de chasseurs, une enmiiagnie de di^prij de -200 hommes.
« En moins de deux mois, cliaipic balaillon de dép(jt peut cli-e doublé sans difficulté, de sorte que Ton possède alors, d'abord ini i" bataillon ton! iirèt à entrer en campagne, et, en second lieu, un nouveau ])ataillon de dépôt.
1. Les rogimoiits prussiens, numérotés de 1 à 88, se partagoaioiit on grcnadiors nlo 1 à 12), en régiments d'infantoiie, et en' fusiliers (de 33 à 10). Mais fctte distinction était a peu iirés nominale et
« L"intanterie allemande du Nord peut donc mettre en campagne, sans rit^i improviser :
En première ligne (infanterie et chasseurs) 858.000 hommes.
En seconde ligne 1 17 -200