‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 22 sur 262 · homines · texte numérisé non relu

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Toute l'infanterie prussienne était armée du fusil Dreyse, à aiguille, que son gouvernement avait adopté en 1841, à une époque où pas un État européen ne songeait encore aux armes à chargement rapide. Ce fusil avait fait ses preuves en 1864 et 186G, et l'opinion générale lui atlrihuait la meilleure part des succès foudroyants obtenus dans cette dernière campagne. Il s'en fallait cependant de beaucoup qu'il possédât le mérite qu'on se plaisait à lui accorder. Sa portée était en effet médiocre (600 mètres en moyenne), sa trajectoire très peu tendue et sa vitesse initiale de '257 mètres seulement. D'ailleurs, le gouvernement prussien ne se dissimulait pas ses imperfections, et s'occu[)ail. quand la guerre éclata, de lui substituer une arme nouvelle, dont les essais, terminés eu 1869, avaient paru satisfaisants. Les événements ne lui permirent pas de procéder à cette transformation, et l'armement de son infanterie resta tel quel, c'est-à-dire notablement inférieur à celui que possédait l'adversaire (voy. cliap. II, page 43). Mais le soldat allemand avait à son actif une instructiDn militaire très solide, qui assurait la stricte

n'impliquait que des différences insignifiantes dans l'armement ou l'étiuipcMiont. Toutefois, l'uniforme des grenadiers et fusiliers recevait quelques légères modifications (]ilumels, diagoiuio. etc.).

Les 17 régiments fédéraux étaient ainsi répartis :

N" 89 (grenadiers) et 90 (fusiliers), Grand-Duché de Meckleiiil)Ourg yW" corps).

N» 91 — Grand-Duché d'Oldenbourg (X» corps).

N" 92 — Duché de Brunswick (X° corps).

N» 93 — Duché d'Anhalt (IV' corps).

N" 94 — Duché de Saxe-Weimar, régiment (jualifié .5» de Tliuringe (XI° corps).

N" 9.5 — Saxé-Cobourg-Gotha et Saxe-Meiningen, régiment qualifié (5* de Thuringe

(XI" corps).

N° 96 — Saxe-AItenbourg et Reuss, régiment qualifié 7° de Thuringe (1V« corps).

Les 9 régiments saxons, numérotés de 100 à 108 et comptant 2 régiments do grenadiers (100 et 101) et 1 de fusiliers (108), formaient le XII" corps.

On remarquera que les n"" 97, 98 et 99 manquent dans <'ette nomenclature. Il restait encore, en effet, au moment de la déclaration de guerre, trois régiments fédéraux à former; les conventions militaires de 18<i(i leur assignaient comme circonscriptions de reci-utcment certains petits Étals de l'Allemagne centrale. Mais leur création n'ayant pu, pai' suite des circonstances, être faite à temps, le ministère de la guerre prussien décida i\no leurs nuniéi'os resteraient vacants jusqu'à nouvel ordre.

1. W. RusTow, loc. cit., page 79. — Le colonel Riistow ne compte pas dans ce calcul l'appoint do la division hessoise, qui ne faisait point, à propiemeni [tarler, partie de l'armée fédérale. Il faut par suite ajouter aux chiffres donnés :

En première ligne 10.000 hommes.

En seconde ligne 4.400 —

Total 14.40(J hommes.

C'est donc un chiffre de près de 5(X),(XK) fantassins que la Prusse allait mettre en campagne, sans compter les contingents de l'Allemagne du Sud.

discipline du feu ; et c'est dans cette instruction qu'il faut chercher en partie la cause de ses succès, autant que dans l'exaltation des sentiments élevés qu'inspirent le devoir et l'honneur militaires, et que développe une éducation donnée avec un soin passionné à tous les degrés de la hiérarchie. Chez les officiers on s'efforçait, par tous les moyens possibles, de ne point endiguer l'initiative, et de faire produire à chacun le maximum de ce qu'il pouvait donner; chez le soldat, on provoquait le zèle et l'individualité, en l'obligeant à penser, à réfléchir, à formuler ses idées. On réduisait au strict nécessaire le service de l'intérieur des garnisons ou de la caserne, les gardes et les corvées, pour laisser la plus grande somme de temps au travail ; on ne détournait (juc le moins possible le soldat du but final, qui est d'apprendre son métier, et par une intelligente décentralisation, on confiait son instruction à ses chefs directs, sous-officiers, officiers, capitaines, lesquels la poussaient par une marche progressive et raisonnes jusqu'à une perfection inconnue partout ailleurs. A cet égard, l'armée prussienne était incontestablement la première de l'Europe, et son système d'éducation militaire, facilité d'ailleurs par le respect qui s'était conservé en Allemagne pour le principe d'autorité, avait été, autant que son organisation si remarquable, le principal facteur de ses triomphes surprenants.

Quoi qu'il en soit, et en raison même de la part qu'on attribuait dans ces triomphes à l'action du fusil à aiguille, celui-ci inspirait au fantassin allemand une grande confiance, qui dura pendant toute la première partie de la guerre, et ne cessa que lorsque l'ennemi eut appris à ses dépens combien plus meurtrier était le fusil Chassepot. Ajoutons que le soldat prussien disposait de munitions en quantité suffisante, puisque l'homme portait sur' lui 80 cartouches, et que les caissons de bataillon, ainsi que les colonnes de munitions pouvaient lui en fournir 85 autres, à l'occasion.

Enfin, si la tactique de l'infanterie allemande, pas plus que la nôtre, n'avait eu le temps de se fixer définitivement, on trouvait cependant, dans les prescriptions du règlement prussien, des formations plus en rapport que les nôtres avec les exigences du combat moderne, une articulation plus souple des différents éléments qui entrent dans la composition des unités de combat, et une élasticité plus grande dans leurs évolutions, développée par la pratique des grandes mameuvres annuelles. La formation des colonnes, l'ordre de marche, la place respective et normale des différentes armes dans les routes, ainsi que le service de sûreté et hi prati(pio des avant-postes, étaient soigneusement enseignés et connus. Le service en campagne, codifié d'après les leçons delà guerre et les enseignements du j)lus grand des capitaines, Napoléon, était constamment pratique et rigoureusement observé. Il n'en était, hélas ! pas de même en France, où on l'avait entièrement oublié, depuis les errements funestes de la guerre d'Afrique, et les victoires inespérées d'Italie, remportées à coups de baïonnettes, sur un ennemi qui en savait encore moins que nous. Les événements devaient se charger de démontrer, à courte échéance, combien cet oubli était grave, et combien la bravoure est impuissante à y suppléer.

La gU(MTe, en effet, est à la fois une science et un art. Une science, parce qu'elle

procède de certains principes rationnels et invariables, et que beaucoup de ses éventualités peuvent, suivant rexpressioii du maréchal Bugeaud, être résolues par anticipation, à l'aide de l'étude et d'un jugement sain. Un art, parce que ses procédés d'exécution dérivent en partie des progrès de l'industrie humaine, et surtout parce que, de siècle en siècle, passe à travers l'histoire un géant, dont le génie façonne à son gré la bataille, la force d'être telle qu'il l'a conçue dans son intuition sublime, et fait violence à la victoire, enchainée par lui au Jarret de son cheval. En sorte que les hauts sommets de l'art n'étant accessibles qu'à quelques rares élus, marqués (lu sceau divin, il faut bien se rabattre sur la science, moins exclusive et moins fermée à la généralité des mortels. Et c'est ainsi que, bien que dépourvus de cet éclat foudroyant que Turenne et Napoléon savaient imprimer aux leurs, les succès (les Allemands n'en ont pas moins été décisifs ; la prévision des mouvements, la science de la guerre, la connaissance raisonnée des moyens et l'emploi judicieux (les hommes leur ont tenu lieu de génie, dont personne ne saurait se vanter d'avoir été dépositaire, depuis le vainqueur d'Austerlitz et d'Iéna.

in. Cavalerie. — La cavalerie prussienne avait, après ISGO, reçu des développements importants. En 1X70, l'Allemagne du Nord disposait de 70 régiments, répartis ainsi qu'il suit :

1° Corps de la Garde.

1 régiment des gardes du corps.

1 — de cuirassiers.

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