Prince BinEsco, loc. cit., page
nullement attaquer, mais seulement voir, et Dieu sait si nos escadrons, qui marchaient au milieu des troupes au lieu de les couvrir, leur en laissaient le loisir! Un peu plus loin, ce fut un escadron prussien qui déboucha sur l'avant-garde et qu'il fallut chasser à coups de fusil. Bref, le mauvais état de la roule aidant, c'est à sept heures du soir seulement que le 7° corps atteignit Oches, où le rejoignirent convoi et sa 1" division, détachée depuis la veille.
Il fallait, pour gagner la Besace, où l'on devait coucher, traverser un long défdé; les hommes étaient harassés et démoralisés, les attelages hors d'haleine. Le général Douay ne crut pas pouvoir poursuivre sa route sans danger, à cette heure avancée, et fit bivouaquer ses troupes sur place, mais en prenant les dispositions défensives que la situation semblait imposer.
Pendant ce temps, le 5° corps était soumis à des épreuves encore plus cruelles, qui achevaient l'œuvre déprimante des jours précédents et semblaient devoir briser le dernier ressort des âmes. Le maréchal avait expédié les ordres concernant les 5° et 7* corps par le même officier, le capitaine d'état-major de Grouchy. Celui-ci, sa mission remplie auprès du général Douay, se trouva fort embarrassé pour joindre le général de Failly, dont il ignorait la position exacte, et, sur l'indication qu'on avait vu, le soir, des feux de bivouacs à Bar, reprit la route de Boult-aux- Bois à Buzancy. Il était trois heures du matin. Arrivé à Germent, à "2,500 mètres à peine, l'escorte qui l'accompagnait fut aperçue d'une patrouille de uhlans (3° de la Garde); aussitôt celle-ci, demandant l'appui de l'escadron d'avant-postes, se jeta sur nos cavaliers, les bouscula et s'empara de la personne et des papiers du capitaine de (Irouchy. C'était la fatalité qui s'en mêlait cette fois pour achever la ruine de nos malheureuses troupes !
Le général de Failly, n'ayant donc pas d'instructions pour la journée du 29, s'en référa à celles qu'il avait reçues la veille, et se mit en marche sur Stenay, par Beaufort et Beauclair, au lieu de remonter sur Beauuionl.
Comme ses troupes, elles aussi, étaient harassées, il ne leva son camp de Boisdes-Dames qu'à dix heures du matin, et se forma sur deux colonnes : celle de droite (division Guyot de Lespart), précédée de la cavalerie et d'une batterie à cheval, se dirigeait sur Beauclair; celle de gauche (divisions Goze et l'Abadic, réserve d'artillerie) marchait sur Beaufort.
Mais à peine le général de Lespart avait-il quitté Bois-des-Dames, tpio sur les hauteurs de Nouarl éclatait une forte canonnade qui l'obligeait à prendre position. C'était la Si' division (saxonne) qui entamait le combat. Lr piincf myal de Sa\iavait en effet, à la réception des ordres cités plus haut, prcstiii à tout le Xir corps de se concentrer, le -21), à Xouart. (Jr, dés le malin, la cavalerie, poussée en avant, signalait la présence de nos troupes à Bois-des-Dames. Aussitôt que l'avant-garde <lu XII° corps (48° brigade, 1 régimiuit de cavalerie,^ 2 batteries) eut atteint l'>arric(nirt, elle lança donc sur Nouait un balailhtn, aveadeux batteries, qiii firent feu sur la brigade de Bernis (5* hussards et 12" chasseurs), déjà sur la rive droite de la ^\'iseppe, au sud de Champy.
La division de Lespart déploya alors son infanterie entre Champy et Bois-des
Dames, tandis que l'artillerie se mettait en batterie au nord du premier de ces villages. Ces troupes recueillirent la brigade de Bernis^ obligée de rétrograder, puis le combat se continua, assez indécis de part et d'autre, et sans grande vigueur. Les Saxons, en effet, pour se conformer aux prescriptions du généralissime, évitaient de s'engager à fond; un moment, ils semblèrent vouloir dessiner une offensive sur Champy, mais une simple démonstration de la brigade Abbatucci les arrêta. On arriva ainsi jusqu'à trois heures, en entretenant tout simplement le feu; à ce moment, la 48° brigade cessa de tirer et se retira sur les hauteurs de Nouart et de Tailly, où se trouvait le reste du corps d'armée. Une heure après, le combat i)renait tin complètement, sur l'ordre du prince Georges de Saxe\
Le général de Failly établit son corps d'armée sur le plateau de Ikns-des-Dames. Il espérait pouvoir lui donner un peu de repos, quand arriva au galop le lieutenantcolonel Broyé, aide de camp du maréchal, porteur d'une copie de l'ordre primitivement confié au capitaine de Grouchy. Les instructions du maréchal étaient pressantes, et il n'y avait pas une minute à perdre pour s'y conformer. Le commandant (lu o' corps se vit donc forcé de demander à ses soldats un effort nouveau et immédiat. Laissant en arrière, pour protéger sa retraite, la brigade de Maussion, le 5" corps prit la route de Beaumont, et n'y arriva qu'à une heure du malin, dans im étal de fatigue physique et de dépression morale qui dépasse toute imagination. Il faut, pour s'en faire une faible idée, rappeler que les hommes n'avaient reçu aucune distribution depuis ces trois jours, passés tout entiers en marches, contremarches, escarmouches et combats.
1. Les pertes au combat de Nouart ont 6té : pour les Saxons, 3U3 liommes, dont 74 tués 5" corps, 290 liommes environ.
Quant à la brigade de ^L^ussion, après avoir repousse plusieurs tentatives opérées par l'ennemi pour nous tourner par Fossé et la Côte Jean, elle se mit en retraite à son tour, vers dix heures du soir, et ne put rallier son corps d'armée que le lendemain, 30 août, à cinq heures du malin.
Cependant les corps allemands avaient employé cette journée du :29 à se rapprocher encore davantage, suivant les ordres envoyés la veille par le chef d'élat-major général. Voici quelles étaient leurs positions respectives, au moment où le 5' corps français arrivait à Beaumont :
Armée DE LA Meuse
XII' corps, à Nouarl et Tailly.
Garde, à Buzancy et Bar.
IV' corps, à Rémonville (près de Bayonvillej.
l^" division de cavalerie, aux Tuileries (au sud-est de Tailly).
Cavalerie de la Garde, au nord-ouest de Buzancv.
Iir Armée
Cette armée était donc concentrée avec 2 corps en première ligne, sur un front de 9 kilomètres, et un en deuxième ligue, à 4 kilomètres en arrière.
I" corps bavarois, à Saint-Juvin.
IP corps bavarois, à Somraerance.
V" corps et division wurtembergeoise, à Grandpré.
XP — — à Monthois.
W — — à ^'ienne-le-Chàteau.
.y division de cavalerie, à Attiguy, éclairant au nord.
6" — àVouziers, suivant de près les 1" et
7" corps français.
4" — à Vouziers.
1 2° — près de Séchaull, couvrant la gauche.
Le Prince royal n'avait plus qu'une journée de relard sur l'armée de la Meuse, et au train dont nous marchions, il ne devait pas tarder à la rattraper.
Les renseignements fournis, dans la journée du 29, par la cavalerie au grand quartier général, présentèrent le même caractère de précision que ceux de la veille'. Tous nos mouvements furent éventés, suivis, surveillés, avec tant de minutie, que rien de ce qui se passait dans l'armée française n'échappa à l'œil inquisiteur des patrouilles allemandes. En outre, par suite du fatal accident survenu au capitaine de Groiichy, M. de Moltke se trouva en possession de dépèches importantes qui contenaient l'avis « des dispositions du commandant en ehel' des forces françaises pour ia Journée du 29 août, et divers renseignements sur les mouvements effectués les jours précédents par l'armée de Chàlons' ». Le chef d'état-major général n'eut donc pas beaucoup de peine à conclure qnv l'armée française marchait vers la Meuse, suivant une direction nord-est, et que son gros se trouvait, pour l'instant,