CHAPITRE III
Dans l'état de crise aiguë où se trouvait réduite l'armée française, un seul but était à poursuivre désormais, se dérober. Mais déjà, ce qui eût été assez facile le 27 devenait fort délicat le 29, car les masses allemandes nous serraient de trop pi'és pour qu'il nous restât une suffisante liberté de mouvement. Le maréchal pensa pouvoir parer au danger le plus immédiat en mettant la Meuse entre lui et ses adversaires, et fit tous ses efforts pour activer le passage du fleuve. L'expédient était dangereux, puis(|u'il jetait ainsi l'armée contre la frontière belge, qui lui était obstinément fermée; mais peut-être le duc de Magenta avait-il cette dernière lueur d'espoir que Bazaine ne resterait pas immobile et que, grâce à une diversion de si part, les forces allemandes seraient forcées de se disjoindre. C'était mal connaître l'apathie raisomiéc du commandant en chef de l'armée du l'.hin.
Pussiir/c f/ii l:i Meuse }):)!■ les 1"' , 7'\ 1 2" cm-ps ol les deux divisions do envaiei-ii'. — (Judi (ju'il en Sdit, ainsi qu'il a ('■li' dil plus haut, le 12" corps cl la division Margucrille franchirent, dès le 2iJ au soir, la rivière à Mouzon, où se trouve un pont de pierre, et prirent position sur la rive droite.
Le !'■'■ corps, qui était à Raucourt, leva son camp à sept heures du matin, et se dirigea sur Rémilly, désigné comme point de passage. Vers dix heures, cehii-ci commença; il n'était pas terminé qu'un bruit de canonnade, venant de la direction de Mouzon, produisait dans les rangs une émotion qui se devine. Il se continua néanmoins; au fur et à mesure de leur arrivée sur la rive droite, les divisions Wolff et L'Hériller se dirigèrent sur Douzy ; les divisions Pelle (ancienne division Douay) et de Lartigue prirent la direction de Tétaigne; elles devaient àlvo suivies par la division de Bonnemains. L'écho de la canonnade se faisait de plus en plus violent. « Le général Ducrot, qui marche avec la colonne de droite, fait alors masser ses troupes à Tétaigne, avant de traverser la Chiers, et envoie un de ses aides de camp auprès du maréchal de Mac-Mahon à l'effet de prendre ses ordres et de lui rapporter les renseignements nécessaires. Au bout d'une demi-heure, le général reçoit de son aide de camp un billet lui annonçant qu'il vient de rencontrer l'Empereur et que tout va bien '. » Le I" corps ne bougea pas.
Les 5° et 7° corps, encore sur la rive gauche, se trouvaient donc ainsi séparés par une large rivière du reste de l'armée, et exposés à subir, sans espoir de secours, le choc des forces allemandes, ('/est, en effet, ce qui arriva; encore l'un des deux fut-il impuissant, par suite des circonstances, à prêter son concours à l'autre, si terriblement compromis.
Le 7' corps avait pris les armes dès trois heures et demie du matin. A quatre heures, son convoi s'engageait sur la route tle Stonne, sous l'escorte de la "2° brigade de la division Gonseil-Dumesnil, la T" brigade formant avant-garde. Mais bientôt il fallut, pour monter une côte glissante, doubler les attelages des voitures de réquisition; on perdit ainsi pas mal de temps, en sorte que la -2' division (Liébert) ne put quitter Oches qu'à huit heures, la 3° n'ayant pas encore bougé. A ce moment, arriva le maréchal, très préoccupé de ce relard. « // faut passer la Meuse aujoui'cfimi, œùle que coûte, dit-il au général Douay, et vous débarrasser en y arrivant du convoi ((ui vous alourdit. » Et il indiqua trois points de passage : 1° le pont de Mouzon, également destiné au 5° corps; -2° ini pont de bateaux que le génie était en train de jeter un peu en aval de Mouzon, à Villers; 3" le pont de Rémilly où étaient déjà passés le I" corps et la division de Bonnemains.
Après discussion, le général Douay se décida à utiliser les deux ponts de Mouzon et de \'illers. La tète du convoi devait en effet, à ce momenl, être déjà engagée sur le chemin de la Besace, et, par suite, la 1'" division ipii raccompagnait, pouvait continuer droit sur Mouzon Les deux autres, avec l'artillerie de corps, marcheraient sur Villers, par Raucourl. On évitait ainsi un nouveau retard, et l'on pouvait admettre que le convoi et la l" division seraient suffisamment protégés par le 5' corps, encore à Beaumont.
Laissons maintenant la parole au prince Bibesco, (pii a tracé de celle marche mouvementée un tableau à la fois si vivant et si dramatique :
a Ces dispositions arrêtées, dit-il, le maréchal nous (iiiilla, insistant, de nou-