‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 250 sur 262 · Prince BinEsco, loc. cit., pages 12() ot suivantes · texte numérisé non relu

Prince BinEsco, loc. cit., pages 12() ot suivantes

2. La division Grandchamp était réduite à la brigade Cambriels. L'autre brigade (Courson de la Villeneuve) avait été dirigée, par ordre du maréchal, directement sur Sedan, aussitôt après l'affaire de Beaumont. Elle prit position prés du 5' corps, au Vieux-Camp.

3. Le général Martin des Pallières avait été blessé dans cette affaire.

4. Le général Vinoy, atteint par la limite d'âge, était au cadre de réserve quand éclata la guerre de 1870. Les services qu'il a rendus pendant toute la campagne et la Commune ont montré que la vieillesse n'avait éteint rhez lui ni la valeur, ni l'énergie.

">. Voir pièce n" 1.3.

Dans le principe, le 13' corps avait reçu Reims comme objectif. Si l'ennemi se dirigeait de ce côté, il devait faire sauter le pont de Suippes, puis se retirer sur Laon ou Soissons, suivant les circonstances. Mais, le 28 août, cette destination était changée, et le ministre l'envoyait à Mézières, par voies ferrées. Là, le général Vinoy, ayant eu vent de l'affaire de Beaumont, mais n'en connaissant ni les détails ni la portée, voulut se mettre en rapport avec le maréchal de Mac-Mahon, et lui adressa, le 31, son aide de camp, le capitaine de Sesmaisons. Le train qui emportait cet officier, conduisait également à Sedan un détachement de 359 hommes, destinés au 3'' zouaves; c'est lui qui fut canonné, entre Dônchery et Sedan, par la batterie à cheval de la A" division de cavalerie allemande (voir page B'âo). L'émotion produite sur les réservistes par cette agression inopinée fut telle qu'ils se précipitèrent sur les marchepieds, se mirent à tirailler dans tous les sens jusqu'à l'entrée en gare de Sedan !

Le capitaine de Sesmaisons, en arrivante Sedan, fut reçu par l'Empereur, qu'il renseigna sur les causes de la canonnade entendue à Dônchery et sur certains mouvements d'une colonne allemande composée de toutes armes, distinctement aperçue, vers neuf heures et demie, tandis qu'elle marchait dans la direction de Dônchery. Le capitaine rendit compte au souverain de l'arrivée du général Vinoy à Mézières, de l'envoi de détachements sur Poix, Rimogne, Flize'; mais il insista sur les dangers qui semblaient menacer ces troupes trop en l'air.

Napoléon III, partageant ses craintes, télégraphia immédiatement au général Vinoy : — « Dix heures du matin. — Les Prussiens s'avancent en forces; concentrez toutes vos troupes dans Mézières"-. « Puis, comme la voie ferrée paraissait impraticable désormais, l'Empereur fit donner au capitaine un des chevaux de l'étal-major général, et indiqua lui-même, en la traçant sur la carte, la route qu'il allait pouvoir suivre pour repartir.

C'était un chemin de grande communication, tout récemment livré a la circulation, qui passait par Saint-Menges, Saint-Albert et Vrigne-aux-Bois.^ Comme il ne figurait pas encore sur la carte, l'Empereur était convaincu que l'ennemi en ignorait l'existence, et que, par suite, la retraite sur Mézières pourrait le lendemain, s'effectuer, grâce à lui, d'autant plus facilement que les Allemands ne seraient pas en mesure, étant donné leur effectif qu'on supposait de 70,000 hommes à peine, de jeter sur la rive droite de la Meuse des forces suffisantes pour l'empêcher. Or, telle était la minutie avec laquelle les Allemands, depuis quelques années, exerçaient leur surveillance rigoureuse sur tout ce qui, en France, pouvait intéresser une guerre considérée comme imminente, que ce chemin, qui ne figurait pas sur nos cartes, était au contraire déjà porté sur les leurs!

« Cependant le capitaine de Sesmaisons parvint à rencontrer le maréchal de

1. On se rappolle que le pont de cette localité fut détruit par un détacliemenl du -1*.

2. En envoyant ce télégramme, l'Empereur lit observer que les dispositions qu'il prescrivait devaient être ratiliocs par le maréclial, seul commandant en chef. Lui, n'intervenait la qu en raison de l'urgence et de la difficulté qu'éprouverait peut-être lo capitaine do Sesmaisons a rencontrer le maréchal. |

COIIDATTANIS

IMac-Mahon au moment où il visitait la citadelle. Le maréchal approuva les dispositions prescrites par l'Empereur; il voulut bien ensuite faire connaître à l'aide de camp du général Yinoy ses vues et ses impressions personnelles... La résolution du maréchal semblait définitivement arrêtée pour une marche de l'armée sur Mézières; il ne redoutait pas un mouvement des Prussiens sur ses derrières, persuadé qu'il était que, dans le cas où ce mouvement serait tenté, ses troupes pourraient écraser à temps le corps ennemi forcément peu nombreux qui chercherait à s'opposer à sa marche. Il pensait donc que les communications resteraient libres par la rive droite de la lieuse.

« Vers onze heures, le général Douay vint trouver le maréchal... C'est à ce moment que le maréchal parut songer à une détermination différente; renonçant provisoirement à l'opinion qui avait d'abord prévalu dans son esprit et dans ses conseils, dune retraite, alors encore possible sur Mézières, il sembla préférer attendre l'ennemi et accepter la bataille.

« Le maréchal, après avoir demandé au capitaine à quel moment le 13° corps serait prêt â^ agir et lui avoir promis d'envoyer, au moment voulu, des ordres nouveaux, partit paur aller passer l'inspection de ses divers corps de troupes. Il était alors près de midi'. »

Le capitaine de Sesmaisons, sorti de Sedan vers une heure, rejoignit Mézières à deux heures et demie, et rendit compte de sa mission. Nous verrons, par la suite de ce récit, quelles furent les destinées du 13° corps.

Si maintenant nous résumons les pos-Jions occupées, le 31 au soir, par l'armée française, nous voyons qu'elles formaient uje double équerre, faisant face à la fois au sud, à l'est et au nord. Rien ne ressemblait moins à une ligne de bataille, et en réalité, aucun plan de défense n'avait «é arrêté. « Les instructions se bornaient à ce texte: défendre le mieux possible les positions sur lesquelles on se trouvait. La ligne de retraite, en prévision d'un insuccès, n'était pas indiquée. 11 parait évident que le maréchal voulait, avant de t)rendre un parti, voir se dessiner les mouvements de l'ennemi". » 11 tallait que 1 i-iorme supériorité numérique de celui-ci fût bien mal connue, pour qu'on laissa ^jj^gi yj^g armée, déjà si profondément ébranlée, exposée à ses attaques dans uni position pareille. Car les combats d'arrière-garde soutenus par le 1" corps, la caQl-^^.^Jg ^jg Bazeilles, l'apparition des colonnes allemandes à Uonchery, tout cel démontrait clairement que nos deux ailes étaient menacées à la fois; il était d^-^Q i-.^giig jg prévoir que si par malheur la route de Mézières nous était enlevée, il .> resterait d'autre ressource à l'armée de Ghàlons que de mettre bas les armes, ic ^^^ g„ Belgitiue. De fait, l'armée de la Meuse nous fermait les débouchés sur Carign,^. ^.^ ^o a,.„^^,g menaçait déjà fortement les communications avec Mézières. Dans.gg conditions, il fallait, sous peine de périr, se dérober au plus vite, et abandonm ^^^^ {^ ^^,^

1. Cciicral ViNoY, loc. cit., pages 30 et isuivantes. Z. Prince Biniisco, /ne. cit., page 132.

même, sous la proleclion du 13' corps, le point si dangereux de Sedan. L'ordre n'en ayant pas été donné, nos différents corps attendirent l'alta(iue dans les positions qu'ils occupaient le 31, et dont voici le détail :

1-2' CORPS. — rr division (de ^■assoignel, avec une brigade (des Pallières), à Bazeilles, l'autre (Reboul) au sud-est de Balan. •1" division (Lacretelle), sur les hauteurs de la rive droite de la

(iivonne, du château de Monvillers à Daigny. V division (Grandchamp), réduite à la brigade (lambriels, au Cond de Ciivonne.

l" CORPS. — ï" division ide Lartigue), de Daigny à Haybcs. l" division (Wolff), de Haybes à Givonne. 3® division (L'Hérillier), derrière la 4\ en seconde ligne. 2° division (Pelle), derrière la 1'', également en seconde ligne. 7" CORPS. — 3° f/;r/.s70/2 iDumont), sur le plateau situé entre le bois de la Garenne et Floing, sa droite appuyée au bois. 2° division (LiéheTt), à gauche de la 3°', avec la brigade (iuiomar en crochet défensif, face à l'ouest, pour surveiller la vallée de la Meuse et les débouchés de Floing.

l" rf/y/s/o/j (Gonseil-Dumesnil), en seconde ligne, derrière les deux premières.

5° CORPS, au Vieux-Camp, sauf les deux brigades Maussion et de Fontanges, dont l'une était près de Gazai, derrière la gauche du 7° corps, l'autre au sud du bois de la Garenne, reliant le 1"" corps au T. Les divisions de cavalerie des corps d'armée bivouaquaient derrière le centre de leurs corps respectifs. Les divisions Margueritte et de Bonnemains étaient massées au sud du village de Floing.

Pour qui connaît le caractère chevalerescpic du nuuéciud de Mac-Mahon, il semble évident qu'il s'est fait scrupule de renoncer à une mission acceptée par lui, sans livrer une bataille avec toutes ses forces. Mais, dans ce cas, il eût été préférable, comme l'a jugé le général Ducrot, de prendre position sur les hauteurs d'IUy et de Saint-Menges et d'y attendre l'attaque, parce que là on ne pouvait être pris à revers; tandis que rester à Sedan, « c'était s'enfermer au centre de la circonférence qne l'ennemi devait décrire, sans espoir possible d'en sortir, si on la laissait se fermer entièrement. » Nous le répétons : le maréchal n'évaluait ([u'à 70,000 hommes les forces de ses adversaires, et il ne comptait pas être attaqué le lendemain.

La fatalité, qui nous poursnivait sans répit depuis le début de celte malheureuse guerre, vint aussi rendre vaines une partie de ses précautions. Nous avons déjà vu par suite de quel fâcheux incident le pont de Bazeilles ne fut ijas déli'iiil. Gelui de Donchery, grâce à une inconcevable maladresse, ne le fnl pas davantage, malgré

1. La 2" division du 7" corps avait jeté iloiix liatailioiis dans Sainl-Menj;es.

les ordres formels du commandant en chef. Une compagnie du génie avait été envoyée en effet, par chemin de fer, de Sedan à Donchery, pour opérer celte destruction; à peine les hommes étaient-il-. descendus du train, que celui-ci repartait à toute vitesse, emportant dans la direction de Mézières la poudre et les outils ! Or ce fut à dix heures du soir seulement que le maréchal fut informé de cet incident; il renvoya sur-le-champ d'autres troupes, avec le nécessaire. Mais quand elles arrivèrent à Donchery, le pont était déjà occupé par l'avant-garde du XP corps; elles furent refoulées, et ce point de passage si important resta au pouvoir de l'ennemi.

Cependant, les généraux français, témoins du fâcheux état des troupes, que serraient de près les avant-postes allemands, et jugeant d'autre part sur place les inconvénients de la situation tactique, éprouvaient de vives inquiétudes sur le sort réservé à l'armée. « Nous sommes perdus! » disait le général Doutrelaine. Et le général Douay, à qui il s'adressait, lui répondait par ces mots résignés : « C'est mon opinion, et il ne nous reste plus, mon cher Doutrelaine, qu'à faire de noire mieux avant de succomber... ! » De son côté, le général Ducrot demandait instamment qu'on ne restât pas à Sedan et n'envisageait la situation qu'avec « un véritable désespoir ». Seul, le maréchal ne croyait pas au danger.

Et c'est ainsi que cette armée, la dernière de la France, allait périr, parce qu'un gouvernement aux abois avait violé le principe sacré de l'indépendance du commandement. Sans les fatales dépêches expédiées par le général de Palikao dans la nuit du 27 au 28, la marche sur Montmédy était abandonnée à cette dernière date ; l'armée de Châlons se retirait derrière le canal des Ardennes, vers les places du Nord ; elle restait disponible pour entreprendre, après un peu de répit, des opérations nouvelles; enfin elle échappait aux désastreuses journées de Beaumont et de Sedan, les plus poignantes, les plus douloureuses qu'enregistre l'histoire de notre noble pays ! On a pu dire que les pressantes invitations du ministre de la guerre ne constituaient pas des ordres, et que toute liberté restait au maréchal d'y déférer ou nonV C'est vrai. Napoléon lui-même l'a écrit : « Un général en chef n'est pas couvert de ses fautes, à la guerre, par un ordre de son souverain ou du ministre, quand celui qui Je donne est éloigné du champ d'opérations. » Mais ici, devant ce trône chancelant dont on semblait par avance imputer la chute à l'abandon ue la marche sur Metz, la situation était-elle normale? Et la responsabilité du commandant en chef ne devenait-elle pas infiniment plus lourde que celle dont est chargé un général d'armée dans les conditions ordinaires? En niellant la loyauté du maréchal à ('ctle terrible épreuve, le cabinet du \) août fui le principal auteur du désastre; il obéissait à des préoccupations dynastiques, et il a entraîné ainsi dans la ruine de leur dernière armée, et la dynastie qu'il entendait protéger, et le pays auquel seul il aurait dû songer.

Tandis (|ue se déroulaient ces événements visiblement précurseurs de la

1. Ln marci-lial , raconte le colonel StoHol, « tout en se rendant aux instances venues de la capitale », eut lu procaution de faire prendre qualio copies de la dépêche adressée à l'Empereur, afin que la trace ne so jmi'dit jnmais. {Ln DépMie du 20 août, page 86.^

catastrophe, l'empereur Napoléon III, torturé par la souffrance et miné de chagrins, errait dans la ville, attendant le dénouement du drame qu'il était impuissant à conjurer, mais qu'il devinait sans^ doute. La vue de ce souverain, naguère encore le premier de l'Europe, et traînant mainicnant au hasard des événements les restes d'une grandeur déchue, évoquait, par la saisissante brutalité des contrastes, la pensée d'un héros de tragédie antique, achevant sa destinée au milieu d'un sombre cortège d'angoisses et de douleurs. Quand passait, l'œil morne et les traits pâlis, le César jadis tant acclamé, qui semblait aujourd'hui conduire vivant ses propres funérailles, nul cri ne signalait plus sa présence, et les soldats qui allaient mourir ne le saluaient même pas! Lui, du moins, voulut leur parler une dernière fois ; mais sa voix défaillante ne connaissait plus d'autres accents que ceux de la tristesse et de l'amertume, et sa proclamation retentit dans les camps comme le glas funèbre d'un grand règne et d'un grand nom.

« Soldats !

« Le début de la campagne n'ayant pas été heureux, j'ai voulu, mettant de côté toute considération personnelle, confier le commandement des armées à ceux des maréchaux que l'opinion publique désignait particulièrement. Jusqu'alors le succès n'a pas couronné leurs efforts ; j'apprends cependant que l'armée du maréchal Bazaine s'est reformée sous les murs de Metz et que celle du maréchal de Mac- Mahon n'a que peu souffert dans la journée d'hier. Vous n'avez donc aucun motif de découragement.

■« Nous avons empêché l'ennemi de pousser jusqu'à la capitale, et la France entière se lève pour chasser l'envahisseur.

« Dans ces dilliciles circonstances, confiant dans l'Impératrice (pii me remi)lace dignement à Paris, j'ai préféré le rôle de soldat à celui de souverain. Aucun sacrifice ne me semblera trop lourd pour sauver notre patrie. La France, Dieu merci, compte encol'e des hommes de courage, et s il devnil s'y trouver dus hic/ics, les lois militaires et ï opinion publique sauraient en ïaive justice.

K Soldais ! Soyez dignes de votre antique réputation ! Que chacun fasse son devoir et Dieu n'abandonnera pas notre pays!

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