‹ Les comediennes comedie en quatre actesChapitre 12 sur 85 · ACTE I, SCÈNE VIH · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIH

en me souriant et en me tendant la main. Qn commençait une valse: il me pria bien haut de lui faire l’honneur de valser avec lui. J’étais toute tremblante... i’hésitai... il s’empara de ma main et m’entraîna, bon gré mal gre, dans le tourbillon des valseurs...

MABOT.

Parfait!... Je retrouve la chevalerie française... J’en eusse fait autant ! (il chante.)

« Des chevaliers de ma patrie... »

FERNANDE

Ah ! j’étais bien fière et bien heureuse, allez! ce moment, cette minute, me vengeait d’un siècle de confusion et de douleur!... La joie débordait mon pauvre cœur... j’aurais donné ma vie pour cet nomme... .

JULIETTE, émue.

Je ne sais pas trop ce que je ne lui aurais pas donné...

-MABOT.

Et moi donc?

, BOSIEB.

Et puis, Fernande? #

FERNANDE

Et puis, au lieu de me ramener à ma place, mon valseur m’offrit son bras, me fit traverser la salle de bal, et me pria de m’asseoir à côté d’une vieille dame, qui était sans doute sa mère, et d’une jeune fille- qui était peut-être sa fiancée. Il leur dit en me présentant : « Mademoiselle Fernande, une artiste 1 » Ces deux bonnes âmes daignèrent me sourire avec une douceur qui avait l’air de vouloir me consoler. Je ne trouvai rien à leur répondre; mes yeux se remplirent de larmes , et sans doute elles comprirent que je pleurais de reconnaissance et de ioie!.. La justice des honnêtes gens ne se fit pas attendre : on m’entoura d’invitations et de politesses; je repoussai tant d’honneur, et je quittai le bal humiliée, mais vengée!...

MAROT

C’est très-bien, très bien, de la part de ce valseur... je ne le connais pas... mais il a mon estime !

JULIETTE

L’estime d’un Marot, c’est quelque chose; mais je soupçonne qu’il a demandé un peu mieux que cela à Fernande...

FERNANDE

Je ne l’ai jamais revu.

MAROT, à part.

Tant mieux !

JULIETTE

En voilà un qui n’est pas exigeant!

FERNANDE, à Rosier.

Je me suis souvenue de lui, il y a un instant, à la vue de votre ami, monsieur Maurice... C’est une ressemblance si étrange... n’en parlons plus. Où en étiez-vous, quand je suis arrivée?

MARGUERITE

Nous en étions à vouloir séduire monsieur Maurice.

i FERNANDE.

Il fallait donc réussir...

JULIETTE

Impossible, ma chère.

VIRGINIE

Mesdames ét messieurs, je propose une pleine eau dans l’île...

GABRIELLE

Avec des provisions pour faire attendre le dîner.

JULIETTE

Quelle fourchette que cette Gabrielle !

GABRIELLE

Bah ! bah 1 ne fais pas la petite bouche... ma fourchette n’a pas plus de dents que la tienne.

JULIETTE, riant.

Elle en a peut-être moins.

ROSIER

Mesdames, mettez vos fourchettes dans la poche; vous recommencerez votre duel à table.

MAROT

A la pêche ! à la pêche !... le barbillon nous attend, (n chante.)

« Amis, la matinée est belle... »

ROSIER

Monsieur Marot, vous qui êtes galant... vous vous chargerez des bagages et des vivres...

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