‹ Les comediennes comedie en quatre actesChapitre 25 sur 85 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

chante... Le tête-à-tête me rend féroce !... Enfin , puisque j’y suis condamnée, je ferai mon temps le plus légèrement-possible... N’en parlons plus, ma chère Fernande. Je te l’ai déjà dit hier et je te le répète aujourd’hui, tu as joué comme un ange... création superbe!... Je te conseille de demander de l’augmentation.

FERNANDE

Tu as été contente de moi ?

JULIETTE

Ravie, enchantée I... d’abord, à cause de toi que j’aime... (Elles s'embrassent.) Ensuite à cause de nos petites camarades, qui ont dû sécher de dépit hier au soir. Adrienne était dans la salle, aux premières loges, dans une toilette de Pré Catelan; elle a dévoré son mouchoir pendant la représentation ; au quatrième acte, elle était en train de manger ses gants I

FERNANDE

Tu es folle 1

JULIETTE

Dis donc, Fernande, Maurice a dû être bien heureux?

FERNANDE

Oui, bien fier et bien heureux !

Où étaitdl donc placé?

FERNANDE

Au fond d’une baignoire, pour n'être vu de personne.

JULIETTE

11 a bien tort de se cacher! Votre grande passion est le secret de la comédie. A propos, tu vas peut-être me dire qu’hier au soir, après le triomphe, Maurice t’a ramenée, suivant sa louable coutume, jusqu’à ta porte... exclusivement?

FERNANDE

Certainement...

JULIETTE, au public. #

Après un si grand succès I

FERNANDE

Voyons, tais-toi, tu ne crois à rien...

JULIETTE

Au contraire, je crois à tout!.. Maintenant, ma petite Fernande, j’ai une question à te faire, et tu y répondras franchement ; avec moi, tu n’as pas besoin de le gêner.

Parle, je ne me gênerai pas.

JULIETTE

Eh bien ! il s’agit de Marot.

FERNANDE

De Marot ?

JULIETTE

Je voudrais savoir, non pas pour moi, mais pour cette petite Jeanne qui est bien gentille et à laquelle je m’intéresse, je voudrais savoir ce que tu fais ou ce que tu veux faire de Marot?...

FERNANDE, riant.

Ce que je fais de Marot? rien. Ce que je veux faire de Marot? absolument rien. Il n'a jamais été pour moi qu’un fabricant de soieries et j’ai toujours refusé de me fournir chez lui. Il brûle, dit-il, pour mes beaux yeux... et je le laisse brûler. Depuis un an, il fait tous les mois le voyage de Lyon à Paris, pour le seul plaisir de me voir ; il ne me demande que le droit de me regarder, de me contempler...

JULIETTE

C’est un spectacle fort innocent, pour lequel tu lui donnes volontiers un billet de faveur?

FERNANDE

Je veux en finir avec cette bonhomie qui m’a souvent amusée, mais qui ne peut plus me divertir aujourd’hui.

JULIETTE

Je comprends... Maurice!... Enfin, tu aimes. tu es aimée... Bon voyage ! Prends garde aux mauvais chemins ! tu arriveras peutêtre un jour au bonheur !... Ace soir, Fernande 1

FERNANDE, lui serrant la main.

N’oublie pas Frivolin dans sa voiture...

JULIETTE, sortant.

Ah! pourquoi me le rappelles-tu?...

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