ACTE I, SCÈNE II
GABRIELLE, à Marot.
Vous devriez bien, mou cher, vous débarrasser de ce petit rirelà ; c’est agaçant 1...
MAROT
Pourquoi donc? On rit comme on peut.
Vous êtes fabricant de Lyon... Un bon état, par les robes qui courent et qui volent.
MAROT
Oui, monsieur... Et je puis le dire avec un certain orgueil: j’ai provoqué le luxe; j’ai tourné la tête des femmes; j’ai poussé à l’expansion des toilettes; j’ai inventé- les brocatelles qui se tiennent debout... Notre siècle se drapo dans la soie! L’avenir est à la soierie...
ROSIER
Et au caoutchouc I... Maintenant, mes petites amies, je ne serais pas fâché de savoir à quel heureux hasard je dois une pareille visite, une pareille bonne fortune?
VIRGINIE
Il ne s’agit pas d’un hasard.
JULIETTE
Il faisait beau... Nous avons joué hier une pièce nouvelle... On ne répète rien;.. Votre feuilleton paraît lundi...
MAROT, à Rosier, en le poussant.
Vous comprenez? Votre feuilleton paraît lundi...
JULIETTE
Nous avons résolu de venir vous surprendre ce matin et vous embrasser sur les deux joues.
(Juliette va pour l'embrasser.) ROSIER.
Allez, mes enfants, passez à la caisse ; on reçoit à bureau ouvert !
(Tout le monde l’embrasse, même Marot.) MAROT, après l’avoir embrassé.
« L’amitié d’un grand homme est un bienfait des dieux !... »
ROSIER
Merci... Asseyez-vous donc, monsieur. Mes enfants, il n’y a qu’une chose qui m’inquiète dans votre visite... J’ai peur de ne pas pouvoir vous traiter avec les égards qui sont dus h votre caractère, et surtout à votre appétit.
GABRIELLE
J’ai pris mes précautions. Le train des comestibles est arrivé avec nous.
MAROT
Cette Gabrielle pense à tout...
JULIETTE, au public.
A tout ce qui se mange !...
GABRIELLE
Que voulez- vous? cet excellent Marot ne se refuse rien... pour nous.
La dépense leur fait tant de plaisir, et ça me coûte si peu 1
VIRGINIE, regardant autour d'elle.
Mon Dieu! que c’est donc gentil, la villa Rosier!... Si les valeurs industrielles continuent à monter... toute l’année, jamô donnerai une petite terre sur le bord de l’eau.
MAROT, à Rosier.
Monsieur! une comédienne qui joue à la Bourse!...
ROSIER, à Marot.
Ce n’est qu’à la Bourse qu’elle joue avec succès.
(Marot serre la main à Rosier, et rit.) MAROT, riant.
Le mot me plaît !
, MARGUERITE
Mon cher Rosier, vous devriez bien me faire un petit article sur ma vente... Je vends mon mobilier.
JULIETTE
Tous les ans, elle vend en gros ce qu’on lui a donné en détail...
MAROT, riant, à Rosier.
Elle a toujours quelque chose à vendre 1 (a Juliette.) Dites donc à monsieur Rosier que nous attendons encore une amie...
JULIETTE
Ne rougissez pas, monsieur Cupidon, et dites vous-même à monsieur Rosier que vous attendez les beaux yeux de Fernande.
Fernande? comme vous y allez, monsieur Marot! Vous êtes un connaisseur... vous prenez le dessus du panier... Mais, je vous en