ACTE II, SCÈNE X
MAROT
Vous me renvoyez?... vous me chassez?... C’est impossible ! (a Maurice.) N’est-ce pas, monsieur, cela est impossible? mademoiselle Fernande n’a pas le droit de faire de la peine à un pauvre ami !
MAURICE
Mademoiselle Fernande a le droit de vivro seule chez elle.
MAROT
Est-ce que je vous gêne? je ne suis pas bien exigeant! Je viens vous baiser la main à peu près tous les mois en arrivant de Lyon. J’entre, je sors, et vous n’êtes pas forcée de faire attention à moi ; je m’assieds dans un coin et je vous écoute ; je n’ai jamais songé qu’au plaisir de vous être bon à quelque chose; je vous couvre do soieries — que Vous avez toujours refusées, et je vous réveille le matin en faisant du bruit dans votre salon, (a Maurice.) J’en appelle à vous, monsieur, est-ce que je suis bien difficile?
FERNANDE, à part.
Pauvre Marot !
MAROT
Vous no répondez pas, monsieur? Vous êtes contre moi aussi? c’est bien naturel! Je m’en irai... (n s’assied.) je m'en vais. — J’avais l’habitude de ce fauteuil; c’était ma stalle d’orchestre, je regardais et j’applaudissais, (n tire un paquet de sa poche.) J’ai apporté de Lyon d’excellents havanes... puis-je vous les offrir, monsieur?
MAURICE
Je ne fume pas.
MAROT, k part.
Il ne fume pas ! (Haut.) Allons, je ne sais pas ce que je deviendrai !
FERNANDE
Vous deviendrez ce que vous devez être, mon cher Marot: un honnête homme raisonnable; vousquitterez cette misérable stalle d’où il vous plaît d’assister depuis trop longtemps à une comédie
S |ui se joue contre vous-même. Mon pauvre ami, je ne suis pas la femme qu’il vous faut, et si vous tenez absolument à placer votre cœur et votre richesse, regardez autour de vous, autour de moi : hélas! il yen a tant d’autres!...
MAROT
Eh bien, va pour une autre! J’irai trouver la plus sotte, la plus niaise, mademoiselle Jeanne, la petite cruche de Croissy; je ne la regarderai seulement pas... mais je l’habillerai dans mes plus belles étoffes, et je la mettrai dans mes meubles. Mademoiselle
so
Jeanne aura des cachemires el des diamants; elle ira au Bois en voiture découverte ; je lui donnerai une loge à toutes les premières représentations; je lui achèterai des chemins do Lyon ; je lui payerai des professeurs dans tous les genres; elle écrira des proverbes qu’on jouera au Théâtre-Français. Je ferai de' mademoiselle Jeanne une comédienne à la mode... elle vous éclipsera, elle vous écrasera... Je l'aimerai... oui , je l’aimerai... et je ne penserai encore qu’à vous. Adieu, mademoiselle Fernande ! (a Maurice.) Adieu, jeuuo homme! la jeunesse est un préjugé qui réussit beaucoup, mais elle ne réussit pas toujours, (a pan.) An 1 mon Dieu! mon Dieu! qu’est-ce que je deviendrai?
(il sorl. Fernande *e met* rire aut Mal*. Maurice a l’air préoccupé.)