M LES COMÉDIENNES
MAROT
Ohl pas tic sitôt, soyez tranquille! j’ai si bien arrangé mes affaires, que je pourrai passer deux mois à Paris.
Deux mois loin dp votre fabrique !
MAROT
Je finirai par liquider... je n’ai plus la tête à moi; mes ouvriers s’en aperçoivent; mon corps est à Lyon, mon cœur est à Paris !
MAURICE, à Fernande.
Est-ce qu’il va vous faire une déclaration devant moi?
MAROT
Les jours me paraissent des siècles; quand je voyage pour venir vous revoir, il me semble que la vapeur elle-même est aussi lente que la patache la plus embourbée. Cette nuit, en chemin de for, j 'aurais voulu donner des ailes à mon wagon... Heureusement, je me suis endormi et j’ai fait un joli rêve.
FERNANDE , riant.
Comment? à votre âge, mon pauvre Marot, vous rêvez encore 1
MAROT
Oui... à mon Age... on rêve! je rêvais... (Marot s’arrête tout à coup; jl aperçoit les pantoufles que brode Fernande. Il s'essuie le liront.)
FERNANDE
Eh bien! qu’avez-vous?
MAROT
• Ce n’est rien... (A part.) Des pantoufles! des pieds d’homme! ... (Haut.) Je rêvais... (A part, regardant Maurice.) Voici les pieds 1 ...
FERNANDE
Mon cher Marot, je suis désolée d’interrompre le récit de votre joli rêve; mais il faut absolument que je vous ramène à la réalité. Je suis forcée de vous dire, à mon grand regret, que votre visite d’aujourd’hui doit être votre dernière visite, une visite d’adieu.
MAROT, stupéfait.
Une visite d’adieu?
FERNANDE
Oui... depuis un mois j’ai arrangé ma vie... (Prenant la main de Maurice.) je l’ai dérangée peut-être!... enfin, je ne suis plus libre.