‹ Les comediennes comedie en quatre actesChapitre 82 sur 85 · ACTE IV, SCÈNE JX · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE JX

FERNANDE

Vous êtes bien faible aujourd’hui! Je vous croyais plus de courage devant la souffrance d’une femme.

MAURICE , faisant quelques pas.

Fernande !

FERNANDE , indignée.

Quel est ce nom ? Du reste, je l’avouerai, la mémoire est une si terrible chose, qu'en vous voyant dans la salle, je me suis troublée... ce trouble n’a été qu’un souvenir... Le public n’aura pas manqué de le mettre sur le compte de mon émotion. Rassurezvous, monsieur, le spectacle ne sera pas interrompu. Allez reprendre votre place, (souriant avec ironie.) Je vais vous jouer mon second acte. (Mouvement de Maurice.) Que suis-je, en effet, pour vous? une comédienne, qui a fait quelque bruit autrefois, et qui rentre ce soir au théâtre! Mais la femme? la femme est morte pour vous, et vous venez de faire jeter quelques fleurs sur sa tombe par la main de votre maîtresse.

MAURICE, vivement.

Ma maîtresse I

FERNANDE

Alt ! je ne vous demande pas un aveu. Qu’ est-ce que cela me fait? quelle est cette femme? que m’importe! Qui êtes-vous, vousmême? Je ne vous connais pas...

MAURICE

De grâce, Fernande, écoutez-moi...

FERNANDE

Vous voulez absolument que je vous reconnaisse et que je me souvienne? c’est bien... (Elle lui fait signe d’approcher.) Vous êtes monsieur Maurice Delvigne... je vous ai aimé... Vous avez joué la comédie bien mieux que je ne la joue... et un soir... Ah 1 pour châtiment d’une pareille lâcheté, je ne vous souhaite que le supplice que vous m’avez infligé !.. O mon Dieu, quelle nuit ! Il me quittait sans un mot, sans un prétexte, sans un adieu! Moi, je lisais... interrompant quelquefois ma lecture pour appeler Maurice!., un pressentiment, une terreur, quelque chose d’inouï m’avertissait sans doute... je me levai... Ah ! vraiment, on n’est pas plus hypocrite que cet homme-là! et j’attendis jusqu’au jour... imaginant tout pour le trouver coupable... cherchant à le justifier ensuite, et lui pardonnant encore! et le lendemain, j’étais folle... je courais au hasard... Je frappais à toutes les portes... j’interrogais tout le

monde. « Monsieur Maurice? il est parti ce matin... il a quitté Paris!.. Où est-il ? personne n’en sait rien ! Personne n’a le droit de le savoir ! » Et quand je le retrouve, après six mois, il est dans un théâtre, dans une loge, un binocle a la main, lorgnant mademoiselle Fernande S... Ah ! vous me le disiez un jour à mes genoux : «On pardonne tant que l’on aime...» Jene vous pardonne pas!

MAURICE

Vous me pardonnerez, Fernande. (Mouvement de Fernande.) Vous me pardonnerez, parce que je n’ai jamais cessé de vous aimer.

FERNANDE

Ah ! il m’aime ! il m'a toujours aimée ! surtout depuis six mois !.. Allons, allons, mon cher, le spectacle vous a grise!.. Vous avez dédaigné une femme qui ne vivait que pour vous, et ce soir, vous prenez garde à une comédienne que le public applaudit et que la rampe illumine!

UNE VOIX, dans la coulisse.

Le second acte va commencer.

MICHEL, entrant.

Vite, vite, Fernande, vous êtes du commencement de l’acte.

FERNANDE

Je ne joue pas...

MICHEL, stupéfait.

Comment ! vous ne jouez pas ?

Je suis malade... faites une annonce.

MICHEL

Malade! une annonce! c’est stupide ce que vous me dites là... Allons, ma petite, dépêchons-nous, le public attend I

FERNANDE

Allez dire au public que je n’ai pas de talent ce soir; je n’ai que de la colère, du mépris, de la haine... il comprendra ou il ne comprendra pas... cela m’est bien égal!... S’il le veut, je lui raconterai mon histoire... Je vous dis que je ne jouerai pas...

UNE VOIX, au dehors.

On va lever le rideau.

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