ACTE IV, SCÈNE IX
MICHEL, courant à la porte.
Ne levez pas !.. (Revenant à Fernande.) VûUleZ-VOUS jouer? faut-il que j’aille chercher le directeur... les auteurs... le commissaire de police?...
FERNANDE
Oui, un commissaire de police ! il dressera procès-verbal... (Montrant Maurice.) Monsieur signera comme témoin.
MICHEL
Ah! c’est monsieur Maurice!.. Je vous en supplie, vous qui êtes son ami...
11 n’est pas mon ami ! (Elle fait mine de vouloir ôter son costume.) Maintenant, je vous défie de me faire jouer.
MAURICE, qui est resté à l'écart, s'avance entre le Régisseur et Fernande.
Monsieur Michel, rassurez-vous, mademoiselle Fernande n’a besoin que de quelques minutes de repos... elle jouera.
(Mouvement de Fernande.)
MICHEL
Elle jouera?
MAURICE
Allez, je vous en réponds...
MICHEL, s'en allant.
Nous comptons sur vous !
(Il sort. — Moment de silence. Fernande ôte son blanc et son rouge. Maurice s’approcha d'elle, elle le regarde fixement.)
FERNANDE
Me trouvez-vous assez changée?
MAURICE
J’ai promis au régisseur que vous joueriez... et vous allez jouer, Fernande...
FERNANDE, ironiquement.
Ah! •
•JS
MAURICE
Oui- T parce que c’est votre devoir... parce que c’est votre état... Refuser de continuer la pièce, c’est manquer au public, rompre un engagement et renoncer au théâtre, et le théâtre, vous le savez, Fernande, c’est votre fortune, votre bonheur, votre avenir... Eh ! mon Dieu... je connais votre courage, votri\résignation... jo vous crois capable de vous enfermer dans quelque retraite bien ignorée, de vendre vos bijoux et vos costumes de comédienne... Mais un jour, vous vous lèverez à la hâte, comme si vous aviez encore une répétition... vous vous arrêterez devant les affiches de spectacle pour y chercher votre nom... vous direz en secret a quelque Juliette : « La nuit, je ne dors pas. .. et je rêve tout éveillée... je suis en scène... la salle m’applaudit et me rappelle... et je me joue à moi-même toutes les comédies que j’ai jouées ! » (Fernande se lève violemment. Elle semble se recueillir cl sc souvenir.) Et dans Ce
moment-là, au plus beau de vos confidences, de vos regrets... votre amant, caché derrière une porte...
FERNANDE
Maurice !
MAURICE
Alors, Fernande, cet homme ne songera plus qu’à vous sauver... Il entrera dans votre salon en souriant, et il vous priera lui-même d’aller lire je ne sais quelle pièce nouvelle qui vous réserve un beau rôle. Et tandis que vous rêverez encore, un manuscrità la main, et que vous croirez entendre les applaudissements du public, il marchera sur la pointe du pied pour ne pas troubler votre représentation, il sortira... et six mois plus tard il aura peut-être l’égoïste pensée de se présenter devant la comédienne pour se faire pardonner... sa peine et son dévouement.
(Fernande tressaille. Des larmes tombent de ses yeux, elle veut parler, mais n’en a pas la Torce ; elle sc jette dans les bras de Maurice.)
FERNANDE, épuisée par l’émotion.
Pardon ! pardon I tu vaux mieux que moi ! (Le prenant dans ses bras.) Tu n’es qu’a moi... (Mouvement de Maurice.) Oui, je m’en souviens... j’ai blasphémé... j’ai regretté! tu le sais bieii... nous venions de vendre mes costumes de théâtre..., quelque chose de mon passé... un peu de bruit et d’éclat avait troublé ma mémoire..., c’était de l’orgueil... mon amour ne regrettait rien. Ah 1 j’ai maudit bien des fois le théâtre... je le bénis en ce moment!
MAURICE
Et vous jouerez ?
FERNANDE
Et j’aurai du talent... je suis heureuse! Ce soir comme autrefois, w je jouerai pour lui... (Allant a Maurice.) Maintenant, va dans la salle!