‹ Les comédiennes de MolièreChapitre 2 sur 7 · AR^H-^YE · texte numérisé non relu

AR^H-^YE

LES

ERTES quand Molière fut devenu le grand Molière avec sa couronne de laurier, comme il est représenté dans quelques-uns de ses portraits, il devait regretter amèrement le Molière emporté par sa jeunesse, courant les aventures du Roman comique avec ses trois amoureuses, Madeleine Béjart, M"* Du Parc et Catherine de Brie, belles toutes les trois, jouant pour son cœur ardent toutes les symphonies des jeunes années.

Je n'ai jamais relu le Roman comique de Scarron, sans une émotion profonde, quand j*y retrouvais la jeunesse de Molière. Sous les gais tableaux du conteur, on sent battre le cœur de Molière. Les perles dont se parent les héroïnes ne sont-elles pas des lar-

X6 LES COMÉDlCrXES DE KOLltSE

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ée âiaxixparaôie, nxiis El vr.fa:f d^ cqaeLqoc

d'os axxca^aoc firrère çd k rapçiebxs i faâdms les jocrs rrccHés, — « oxxzpagaao s6vèzc cétxir SQQ ggr.Hf .

Les juiaouis de MoIBére srrKtfr:: a'x^noîr es ^3cr iH^L're qœ soa r^cârre. y£ r:i, |e ne sais pl3 oc, qc'iae grarwir roqperre «ia théârrr de Lcc£s XI\', M«« de yiocstsçsn, s'étaît œoctr« mès-socriciîe i MoGéxe peodjExt les Fèces de Versailles, mifs je ne croKS pas qaH est sa part des pLxisirs de FUe eadunt£e. Ce 6xî saos docte Fesprîtâe Mobèxe bûen phssqœ sa figcre qui prit b hdle Qurqcise. MoBère était j c uae encore, mais il avait su: m ené la vie; i £::rcede footr tontes les âgnres, il arait fmé la sienne socs les gnxBaccs.

Tootefeis, il est impossible ïd de rien aânxser : les comédiens ont leois heores, S ii:t o ut av^ec les axnetises coomie M*^ de MoDte^Mtn.

IL Tascherean œote qu'à IVzenas, il fut le héros d*iiDe av e ntur e tragi-comique. M. Henry de la Pommenye, dans sa coderenoe sur les Amours de Moliixe, a trfcs-bîen <fit cette histoire : « fl poraft que.

MADELEINE BÉJART l^

pendant son séjour en cette ville, le futur auteur de George Dandin ne se contentait pas de s'asseoir dans le fameux ùuteuil du barbier Gély . Il usait aussi fort indiscrètement du mobilier d*un certain mari de Pézenas, et comme, suivant la tradition, il était aidé dans cette besogne par Tépouse du quidam, celui-<i, un beau jour, trouva la chose mauvaise, et força Molière à chercher, par les gouttières et les toits, une voie de salut, dans laquelle il a été suivi, depuis ce temps jusqu'à notre époque, par plus d'un bracoimier de l'amour. Heureusement pour la morale, pareilles escapades ne sont pas fréquentes dans les pérégrinations de Molière à travers la France; toutefois le jeune imprésario dut, dans ses voyages, jouer de temps en temps le rôle qu^il fait jouer au vicomte poète, soi-disant rival de M. Thibaudier, auprès de la comtesse d'Escarbagnas. »

D'Assoucy qui courait la comédie en action, comme Molière courait pour jouer la comédie, raconte ainsi son voyage avec la troupe :

« Ce qui me charnu le plus, ce fut la rencontre de Molière et de MM. les Béjart. Comme la comédie a des charmes, je ne pus si tût quitter ces charmants amis; je demeurai trois mois à Lyon, parmi les jeux, la comédie et les festins, quoique j'eusse bien

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premier père Adam, sorti du paradis terrestre. G>mme cette maison est un petit quartier de la Judée, et que les Jui£s sont amoureux des nippes, ils joueront sur tout, et bien que vous ayez le visage d*vaifSfriciant (il avait la fièvre), ne croyez pas que ce peuple mosaïque, qui ne pardonne pas à la peau, pardonne à la chemise. Après avoir gagné votre argent, ils vous dépouilleront comme au coin d'un bois et vous gagneront votre habit ; c*est pourquoi je vous conseille d'acheter au moins une paire de caleçons... J'étais trop amoureux de mon faible pour écouter un conseil si contraire à ma passion dominante, et, jour pour jour, je me trouvai , au bout de trois mois, au même état que mon marchand de linge m'avait prédit.

« Un grand Juif, qui avait le nez long et le visage pâle, me gagna mon argent, Motse me gagna ma bague, et Simon le lépreux, mon manteau. Pierrotin, qui se faisait gloire de m'imiter, rafla son baudrier contre Abraham.

«Je laissai donc à tout ce peuple circoncis jusqu'à ma fièvre quarte que je perdis avec mon argent. Mais comme un homme n'est jamais pauvre tant qu'il a des amis, ayant Molière pour estimateur, et toute la maison des Béjart pour amie, en dépit du diable, de la

fortune, et de tout ce peuple hébraïque, je me vis plus riche et plus content que jamais, car ces généreuses personnes ne se contentèrent pas de m'assister comme ami, elles me voulurent traiter comme parent. Étant commandés pour aller aux États, ils me menèrent avec eux àPézenas, où je ne saurais dire combien de grâces je reçus ensuite de toute la maison. On dit que le meilleur frère est las au bout d'un mois de donner à manger à son frère ; mais ceux-<i, plus généreux que tous les frères qu'on puisse avoir, ne se lassèrent point de me voir à leur table tout un hiver. Je puis dire :

Q)i*en cette douce compagnie Q)ie je repaissais d'harmonie.

Au milieu de sept ou huit plats, Exempt de soins et d'embarras.

Je passai doucement la vie.

Jamais plus gueux ne fut plus gras; Et quoi qu'on chante, et quoi qu'on die, De ces beaux messieurs des Ëuts Qyù tous les jours ont six ducats, La musique et la comédie, A cette table bien garnie.

Parmi les plus friants muscats, Cest moi qui soufflais la rôtie Et qui buvais plus d'hypoçras.

ff En effet, quoique je fusse chez eux, je pouvais bien dire que j'étais chez moi. Je ne vis jamais tant

de bonté, tant de franchise et tant d'honnêteté que parmi ces gens-là, bien dignes de représenter réellement dans le monde les personnages des princes qu'ils représentent tous les jours sur le théâtre. Après donc avoir passé six bons mois dans cette cocagne et avoir reçu de M. le prince de Conti, de Guilleragues et de plusieurs personnes de cette cour des présents considérables , je commençai à regarder les côtés des monts ; mais comme il me fâchait de retourner en Piémont sans y amener encore un page de musique, et que je me trouvais tout porté dans la province de France qui produit les plus belles voix, aussi bien que les plus beaux truits, je résolus de faire encore une tentative, et pour cet effet, comme la Comédie avait assez d'appas pour s'accommoder à mon désir, je suivis encore Molière à Narbonne. »

Voilà de l'histoire; c'est de l'histoire par un poète ; mais les poètes sont les historiens du cœur humain, même quand ils se nomment d'Assoucy.

Un autre poète, un voyant du passé, le très-regretté Philoxène Boyer, qui aimait le xvn* siècle, et qui se souvenait du xvi*, a peint franchement le tableau du Roman comique de Molière :

Il A trente ans, et la charrette Où Tifpt ton art, nonveau-né,

Par vo clair ycnr d^arril, s*arrhe Sur on cotean du Daopblné.

Toat ea dèfiripaat Icors Qpe bicolore le matin, La Duparc arrange ses plnmes Gn»-Renè presse le festin !

Mais lui, les pieds dans la rosée, Humant l'air vif, gai du soleil.

Dans sa tête fertilisée Glane im vers, fleur de son sommeil.

Ou bien, Ten traînant, il demande A Béjart, qui se £ût prier.

Si sa petite sœur Armande Kest pas d'âge à se marier!

Cependant, comme dit La Grange dans son registre, « le sieur de Molière et sa troupe arrivèrent à Paris au mois d* octobre 1658 et se donnèrent à MonsiELTi, frère unique du Roy, qui leur accorda Thonneur de sa protection et le titre de ses comédiens, avec 300 livres de pension pour chaque comédien, c La troupe de Monsieur commença au Louvre devant Sa Majesté, le 24 octobre 1658, par Nicomède et le Docteur amoureux. »

Après avoir joué pour le Roi on joua pour le public. Le premier jour ne devait pas porter bonheur à Molière, c'était le jour des trépassés. La troupe se

composait alors, côté des hommes, de Molière, Béjart aine, Béjart cadet, du Parc, du Fresne, de Brie ; côté des femmes, de M"«» Madeleine Béjart, Geneviève Béjart, du Parc, de Brie.

Aux vacances de Pâques, M^>* du Croisy entra dans la troupe, qui perdit pour quelque temps M"« du Parc.

Étudions les figures de la troupe. Saluons d*abord Madeldne Béjart.

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pour « toe en scène« » Tant de femmes en efièt sont faneuses d*étre condamnées à la modestie de l'humble violette, quand elles voudraient jeter insolemment les couleurs et les [>arfums de la rose I

Madeleine Béjart, une des premières, sinon la première, prit la vraie figure de la comédienne, parce qu'elle avait la beauté, la grâce, la hardiesse, l'intelligence qui font les dominatrices ; parce qu'elle avait surtout cet emportement, ce diable au corps, ce « chien» pour dire le mot d'aujourd'hui, parce qu'elle avait été à l'école des passions, qui est encore une meilleure école que le G)nservatoire.

Madeleine Béjart était-elle entrée au théâtre avant ou après ses premières aventures? Faut-il croire que, voisine de l'hôtel de Bourgogne, elle se passionna pour cet art dramatique qui met en relief la beauté et l'esprit des femmes, ou faut-il dire que M. de Modène, son premier amant, s'il l'a connue à Paris, la mit par orgueil au théâtre?

Madeleine Béjart avait couru la province avec ses deux firères avant de se hasarder avec Molière. En 1637, elle faisait les beaux jours du Languedoc- et de la Provence. Ce fut plutôt alors qu'elle connut le comte de Modène, dont elle eut bientôt deux filles : la femme de Molière, Armande, dont on n'a pas

trouvé Tacte de naissance, et celle qui fut baptisée le 1 1 juillet 1658 à Téglise Saint-Eustache sous le nom de Françoise.

Il ne serait pas impossible que plus tard, dans ses pérégrinations avec Molière de 1647 ^1650, elle n'eût suivi à Naples le comte de Modène qui y fiit entraîné par le duc de Guise à la chute de Mazaniello. M. Frédéric Hillemacher a dit, non sans quelque raison, qiie Molière lui-même avait bien pu être du voyage. « Ce qui semblerait venir à Tappui de cette allégation, c*est d'abord la connaissance parfaite de la langue italienne que possédait Molière, ensuite sa propension à mettre en scène des Napolitains et des Siciliens, et enfin, le dénouement de la comédie de YAvare, fondé précisément sur les événements politiques qui venaient de se passer à Naples. »

Mais ne serait-il pas permis de penser que M. de Modène, * bon camarade de Molière, lui donna çà et là des scènes toutes faites dans ses premières comédies.

Voici Tacte de baptême de la première fille de Madeleine Béjart : Registres de St-Eustache : « Onziesmc de juillet (mil six cent trente-huict) fut baptisée Françoise, née du samedy , troisiesme de ce présent moys, fille de messirc Esprit-Raymond, chevalier, sei-

gneur de Modène et autres lieux, chambellan à^s afiaires de Monseigneur, frère unique du roy, et de damoiselle Magdeleyne Béjart, la mère, demeurant me Saînt-Hcmoré ; le parrin (sic) Jean-Baptiste de Lliennitte, escuyer, sieur de Vauscelle, tenant pour messire Gaston-Jean-Baptiste de Raymond, aussi chevalier, seigneur de Modène, la marraine damoiselle Marie Hervé, femme de Joseph Béjart, escu3rer. »

Le titre d'écuyer appartenait-il à Joseph Béjart, ou bien n'était-ce qu'un écuyer de comédie ? Selon Jal, Joseph Béjart était huissier au tribunal de la table de marbre, « et conune ce tribunal avait pour présidentné l'amiral de France, les officiers de cette cour de justice se croyaient peut-être autorisés à se qualifier écuyers. Ce titre se donnait à plusieurs personnes ayant de certains offices. Dans le contrat de mariage de Molière (23 janvier 1662), Marie Hervé se dit veuve de feu Joseph Béjart , vivant écuyer, « sieur de BelleviUe. » D'où lui venait ce nom de Bellevillc qui ne se retrouve dans aucun acte? Joseph Béjart avait-il acquis un petit fief nommé BelleviUe ? » C'est bien inutilement qu'on a cherché le nom de Béjart dans tous les villages qui s'appellent BelleviUe.

Molière avait trouvé non-seulement une maîtresse dans Madeleine Béjart, mais un camarade littéraire* Elle était aussi spirituelle que galante. Elle troussait joliment les vers. Selon la tradition elle a fait représenter deux de ses comédies en courant la province. Le registre de La Grange cite Une pièce qu'elle avait « raccommodée ». Dès 1636, avant sa rencontre avec Molière, elle jouait déjà à la Muse; voici des vers adressés par elle à Rotrou, sur sa tragédie Her^ ode Mourant :

Ton Hercule mourAnt va te rendre immortel, Au ciel comme sur terre, il publiera u gloire. Et laissant icy-bas un temple à u mémoire, Son bûcher servira pour te ûùre un autel.

Les premiers vers de Molière ne valaient pas beaucoup mieux que ceux de sa maîtresse, témoin ces stances à Madeleine qui ont été recueillies dans ses oeuvres :

Souffirez qu* Amour cette nuit vous réveille, Par mes soupirs laissez-vous enflammer; Vous dormez trop, adorable merveille.

Car c'est dormir que de ne point aimer.

MADELE^E BÉJART 29

Ke craignes rien : dans r«monreux em^re, Le nul n*est jms si grand que Ton le fiait ; Et lorsqu'on aime et que le coeur soupire, Son propre mal souvent le satisfiUt.

Le mal d*aimer, c*est de vouloir le taire t Pour réviter, parki en ma fitKveur; Amour le veut, n*en fiûtes point mystère, liais vous trembles, et ce Dieu vous fiût peur.

Peut-on souffrir une plus douce peine !

Peut-on subir une plus douce loi i Qn*étant des coeurs la douce souveraine.

Dessus le vôtre, Amotur agisse en roi I

Rendes-vous donc, 6 divine Amarante 1 Sonmettes-vous attx volontés d*amour, Aimes pendant que vous êtes charmante.

Car le temps passe, et n*a point de retour.

Mais voici où Molière se retrouve avec sa raillerie de poète comique :

Beauti, pour qui je meurs d*amour.

Songes à soulager mes peines.

Ou, du. moins, à me rendre un jour Potur mille écus de point de Gènes.

Je fiûs oe que vous mérites.

Mais, quoique je ne sois pas chidie.

Pour acheter des cruautés.

Je ne me sens pas asses riche.

Vous saves que votre laquais Et votre petite suivante

Ont fiùt près de bkm tant d*ÉOfMln, Qyi'Qs mettent de l'argent à

Vous savez qu'étant indigent, Et voulant toutefois vous plaire, Afin de trouver de l'argent, J*ai couru cent ibis le notaûe.

Qyie mon sort vous fiiste pitié :

Trouvez bon que je vous demande Ou mon bien, ou votre amitié.

Dans une misère ti grande.

Mes cris vous sont indifiérents ; Vous n'avez point de syndérése ; Philis, pour mes dix mille francs*.

Souffrez au moins que \t vous baise 1

On reprochait à Madeleine d'être rousse, ce qui serait aujourd'hui une magie de plus. Il parait que Molière aimait les rousses : il se contenta des blondes quand il passa de Madeleine à Armande.

* Pour soutenir Vlllustrt théâtre et les comédiennes, Molière, par un aae du 31 mars 1644, dépose chez une marchande deux rubans en broderie d'or et d'argent, comme nantissement d'une somme de 291 livres tournois. Il y a loin de là, sans doute, à une avance de dix mille francs ; mais les rubans en broderie d'or et d'argent avaient pu le conduire tout droit à mille écus de points de Gènes. En tout cas, il fut emprisonné pour dettes. Kous sommes donc tenté de regarder cette ode à Philis, comme une boutade d'asuint ruiné et disgracié. Paul Lacroix.

Ce fut alors un véritable amour pour Madeleine, quoique M. de Modène fût là, mais M. de Modène était alors passé à l'état de mari.

Voici encore des vers qu*on a mis au compte de Molière; je crois plutôt qu'ils sont du comte de Modène, mais à coup sûr ils peignent Mn« Béjart :

Belise, fc sais bien que le Gel fiiTorable A joint à vos beautés un esprit adorable, Qui ne pouvoit loger au monde dignement, Que dans un si beau corps ou dans le firmament. Je sais que la Nature et les dieux avec elle Ne font plus rien de beau qtie sur votre modèle. Et qu'ils se prisent moins d'avoir bâti les deux, Q)ie d*avoir achevé l'ouvrage de vos yeux :

Gir, enfin je l'avoue, et dedans ma colère.

Malgré moi je le dis, sans dessein de vous plaire, Le soleU ne voit rien dessus ni dessous l'air Qui puisse aucunement vos beautés ^^r.

Et n'en verra jamais, quoiqu'il tourne le monde, Et que souvent soi-même il se mire dans l'onde. L'amour n'a rien de beau, d'attrayant, ni de doux. Point de traiu, ni de £eux, qu'il n'emprunte de vous; Vos charmes dompteroient l'âme la pltu farouche ; Les grâces et les ris parlent par votre bouche. Et, quoi que vous fiassiez, les jeux et les appas Marchent â votre suite et naissent sous vos pas. Toutes vos actions méritent qu'on vous aime.

Et mainte Ibis le jour, sans y penser vous-même. Vos gestes, vos regards, vos ris et vos discours Font mourir mille amants et naître mille amours.

^ Lss camizz^^rrss sz mozi

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