‹ Les comédiennes de MolièreChapitre 3 sur 7 · SI · texte numérisé non relu

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D*on anunt qui vous vient vous aimes les approches ;

D'un autre qui s*en va, les cris et les reproches.

La nouveauté vous plaît, et ne se passe fOur,

Que vous ne fassict naître on mourir quelque amour.

Vous êtes sans arrêt, faible, vaine et légère,

Inconstante, bixarre, ingrate et mensongère.

Pleine de trahisons, sans âme et sans pitié.

Et capable de tout, hormis d*une amitié.

Celle que vous m'aviez par tant de fols jurée.

Qui devait surpasser les siècles en durée.

Et ne se démentir qu'avec le firmament.

Si belle et si parfaite en son commencement,

Et dont la belle flamme, ici«bas sans seconde.

Devait briller encore après celle du monde,

A la fin s'est éteinte, et contre votre foi.

Vous en favorisez un moins digne que moi.

Oui, quand je repassais sur sa bouche divine.

Dont le vif incarnat tire son origine.

Sur sa taille et son teint, sur ses yeux, ces beaux yeux

Qxd lancent d'un seul trait la flamme en mille lieux ;

Q}iand je représentais à ma vive mémoire

L'orgueilleux mouvement de sa gorge d'ivoire.

Mais plus, de son esprit les brillantes clartés.

Sa voix qui tient les coeurs par l'oreille enchantés ;

Qpe de ses nobles pas la pompeuse justesse

Surmonte de Vénus et la grâce et l'adresse;

Lorsque même, pour plaire au grand Dieu des combats.

Elle étale en dansant tout ce qu'elle a d'appas*;

* Le bibliophile Jacob dit ici : « Ce passage, où l'on remarque plusieurs vers frappés au coin du maître, ne nous laissent pas de doute que Bélise ne soit une comédienne. Kous aurions donc là un portrait de Madeleine Bétart, qui, comme la tradition nous l'a appris, chantait et dansait à ravir, sur la scène, ce qui avait charmé ses protecteurs le duc de Guise et Gaston d'Orl^ms; il faudrait recnmaltie alors dans Tun d'eux U grand Dûm ia combats. »

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A votre porte Ton se preste Coaaœ poor voir un gnzul ballet, Ftttet ^'oo eatre pw bûkt Afia que ce détordre cette.

Un ministre sccaUè d*fl£Eûres Reçoit moins de lettres que tons, Et ti voM répoadifli à tout Il Tout fiuidndt vingt tecrètAÎret.

Q^oiqu*à U fameuse Angélique Cent bilidint fissent la cour.

Sur le chavire de ramoor Vous lui pourries Caire la nique.

Une foule vous accompagne Et la moitié de vos amants Pourrait former trois régiments Plus forts que celui de Champagne.

Soyes coquette, généreuse, AUes chez les KapoUtaint, Secourir cet Cuneux mutins Avec votre suite amoureuse.

Ce fut Madeleine qui créa dans Tartuffe le rôle de Dorine; elle y fuMxcellentissime, tout à la fois hardie et railleuse, avec la jBranchise d'un brave cœur et d'un esprit malicieux.

Madeleine Béjart n'était pas la première venue,

elle avait été à bonne école dans sa famille, dans la compagnie de Molière et dans l'intimîié du comte de Modènc. Elle fut de celles qui donnèrent des idées à Molière; car ^ elle était née comédienne, elle était née pour jouer un premier rôle dans la comédie liumaine. Elle avait été touchée au front du raj'on de la passion.

Cette vaillante Madeleine Béjart qui avM l'art de jouer les reines avec la haute dignité de la Champmcslé» et les servantes avec le vif éclat de rire d'Augusline Hn^luu mourut i cinquante-cinq ans, le 17 février 167^» dans sa rnaison \-is-à-\-is du Palais-Royal. Née en la |>arvMs$c de ^int-PauU ayant toujours gardé un pieux si>u wnir de l\^Use où elle avait prié Dieu pour, la prenùèw fois, elle voulut y être enterrée. Le Qergé de SainmJtcm\aiu T Auxerrois ne tît pas de façon pour ft retenir oetto comédienne. > Le clergé de Saint- Paul voulut bia> lui faire les honneun de la sépul-

V^^ SA dernière année, Molière eut de grandes inquiétudes oonmK il avjùt de grands chigrins.

le wATvU \\ octobre ^^7i il perdit son petit gar- \NMV v\^ t\t reUche. miis il lui fallu:, i pcàne Pcnfirnî wten\\ ivMW l .4wY. Molière n avait pas le temps de rW^m; du nioQ» U ùUait ou^il «rit «» t^n^r «w.^

cela; non seulement le public attendait, mais la maison de Molière avait £dm. Tout est triste à la comédie en cette dernière année : le 17 février, Madeleine Béjart meurt sans pouvoir dire adieu à Molière ni à sa fille Armande, parce que ce jour-là « la troupe estoit à Saint-Germain pour le ballet du Roy. »

}8 LES COMtDIENXES DE MOLIÈKE

lY ,

Mjdektne B^^art x, pour ainsi dire, deux actes mortuaires. Void le premier au registre de Saînt-Gcrmain l'Auserrois : « Le dit jour , vendredi dix-oeaf février seize-cent soixante et douze, le corps de fêûe danaotselle Marie Magdelaine Béjart^ comédienne de la troupe du roy, prise hier dans la place du PaLûs- Royal et portée en convoy en cette église par permisson de M^ TArchevesque, a estée portée en carosse en l'église Saint-Paul, le samedy \-ingtiesme. (Signé . ) Tardé, exécutexir testamentaire, de Voulgç. »

Voilà le second acte :

« Le dix-septiesme (février 1672) demoisdle Magdeleinne Béîart est décédée paroisse Saint-Germain- TAuxcrrois, de Laqiïelle le corps a esté apporté à Téglise Saint-Paul et ensui^î inhumé dans le charnier de la dicte église, le dix-neuf du dict mob. (Xgné : ) Béjart Louise. J.-B.-P. Molière. .

Le testament de Madeleine Béjart est digne d*ctre indiqué ici par les beaux sentiments de durité qu^elIe y exprime. Elk lègue sur son héritage de quic» parer diaque jour à perpétuité cinq sous, en l'honneur des cinq plaies de Notre-Seigncur, i cinq pauvres auxqods cette aumitee sera £ùte par le curé de Saint-

Paul; c'est à pea près comme si elle léguait aujourd'hui dnq cents francs de rente perpétuelle aux pauvres. Nous voyons dans ce testament que « Pierre Mignard, dit le Romiûn, peintre ordinaire du roy, demeurant rue Montmartre vis-à-vis l'église Saint- Joseph, est chargé de recueillir les deniers comptant au décès de la testatrice pour les placer en rentes ou en terres. »

C'est la femme de Molière, et après elle la fille de Molière, que Madeleine nomme ses légataires universelles.

La pauvre comédienne était à bout de forces; quand il lui fallut signer son dernier codicille, elle déclara : « ne pouvoir plus écrire, ni signer, sa faiblesse et son mal augmentant toujours. »

Ce dernier codicille est du 14 février, Madeleine mourut le 17 février.

On retrouve en l'élude de M« Emile Jozon le testament de Madeleine Béjart, écrit le 9 janvier 1672, soit cinq semaines avant sa mort. C'est Eudore Soulié qui a fait cette trouvaille qui semble aujourd'hui toute simple, comme la découverte de l'Amérique. Le testament étant toujours une pièce capiujc dans l'histoire d'un homme ou d'une femme, je le transcris ici à mon tour :

«Fut présente damoiselle Madeleine Béjart, fille

majeure usante et jouissante de ses biens et droits, demeurant à Paris, rue Saint-Thomas du Louvre, pa« roisse Saint-Germain de TAuxerrois, gisante au lit, malade de corps, en une cinquième chambre ayant vue sur la cour, saine toutefois d'esprit, mémoire et jugement, comme les notaires soussignés Tout reconnu par ses discours; laquelle désirant, pendant qu'il plaît à Dieu lui laisser libre Tusage de sa raison, disposer de ses dernières volontés, a fait, dit et nommé aux dits notaires son testament, ainsi qu'il ensuit : Au nom de la très-sainte Trinité, premièrement elle a recommandé son âme à Dieu le créateur, 1& suppliant, par les mérites infinis de la mort et passion de notre seigneur et rédempteur Jésus-Christ, la vouloir admettre en son saint paradis, pour quoi elle implore l'intercession de la bienheureuse vierge Marie et de tous les saints et saintes de la cour céleste du paradis. lUm veut et entend s&s dettes être payées et acquittées, etc., par son exécuteur testamentaire sousnommé, liem veut son corps étant privé de vie être inhumé en l'église Saint-Paul, dans l'endroit où sa famille a droit de sépulture ; quant à son convoi et aux prières qui seront faites après son décès, se rapporte à la discrétion dudit sieur exécuteur du présent testament. Item veut et entend ladite damoiselle tes-

tatrice qu*il soit dit et célébré à pcq>étuité, soit en ladite église Saint-Paul, soit dans un monastère, tel que voudront choisir le sieur son frère et les damoiselles ses sœurs, deux messes basses de requiem par chacune semaine, dont sera passé contrat de fondation ou ce qu'il conviendra, et que pour ce qu*il soit payé et baillé telle somme qui sera jugée suffisante, à prendre sur ses biens. Item veut et entend il soit employé en acquisition de rentes ou héritages une somme suffisante, comme il sera jugé et avisé par les damoiselles ses sœurs, pour, des fruits et revenus qui en proviendront, être payé par chacun jour, à perpétuité, à cinq pauvres qui seront nommés par lesdites damoiselles ses sœurs et par Taîné des enfants de la damoiselle de Molière, Tune d'elles, et de ceux qui mdtront dudit aîné, cinq sols en l'honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur, qui sera un sol à chacun desdits pauvres, auxquels la distribution de cette aumône sera faite de semaine en semaine par M. le curé de ladite paroisse S^t-Paul et par MM. ses successeurs audit Saint-Paul. Item ladite damoiselle testatrice donne et lègue au sieur Louis Béjart, son frère, la moitié d'une place sise au faubourg Saint- Antoine lès Paris, grande rue dudit lieu, à elle appartenant, savoir : moitié de ladite moitié de son

chef, comme héritière des défimts sieur et damoiselle ses père et mère, et Tautre moitié de ladite moitié comme Tayant acquise dudit sieur son frère, à la charge et condition expresse qu*en cas qu'il veuille dbposer par vente, échange ou autrement, de ladite moitié donnée, il ne le pourra faire qu*au profit de Tune des damoiselles de la Villaubrun et de Molière, ses sœurs. Item ladite damoiselle testatrice donne et lègue, tant audit sieur Louis Béjart son frère, qu'à damoiselle Geneviève Béjart, femme du sieur de la Villaubrun, et à damoiselle Grésinde Béjart, femme du sieur Jean-Baptiste Poquelin Molière, ses sœurs susdites, et à chacun d'eux trois, quatre cents livres de rente et pension viagère, à prendre sur tous et chacuns ses biens, et qui commenceront néanmoins à n'avoir cours qu'après que les deniers comptants qui se trouveront après le décès de ladite damoiselle testatrice et ceux qui proviendront du recouvrement de ses dettes actives, auront été employés en acquisitions d'héritages, et lesquelles pensions s'éteindront au profit des légataires universels sous-nommés, à mesure que chacun desdits sieur Louis et damoiselles Geneviève et Grésinde Béjart décédera. Item ladite damoiselle testatrice veut et entend que tous et chactms lesdits deniers comptants qui se trouveront lui

MADELEINE DÉJART 43

appartenir au jour de son décès, et tous ceux qui proviendront du payement et acquit desdites dettes actives qui lui appartiendront aussi lors, soient mis et baillés entre les mains du sieur Mignard, peintre ordinaire du Roi, dit îe Romain^ demeurant à présent rue Montmartre, vis-à-vis l'église Saint-Joseph, et qu'à mesure qu'il y en aura, jusqu'à vingt ou trente mille livres au plus, ils soient employés en acquisition d'héritages, comme il sera avisé par ledit sieur Mignard et suivant l'avis d'experts qui seront nommés par lesdits sieurs et damoiselles, frère et sœur de ladite damoisélle testatrice ; ' les revenus desquels héritages qui seront ainsi acquis de tous lesdits deniers seront reçus par ladite damoisélle Grésinde Béjart et sous les quittances d'elle seule, pour être employés en œuvres pies et ainsi que ladite damoisélle testatriœ lui a déclaré, sans être tenue d'en rendre aucun compte à qui que ce soit durant sa vie qu'elle les touchera, ni être obligée de s'expliquer dudit emploi que ladite damoisélle testatrice laisse à sa bonne foi, étant persuadée que ladite demoiselle Grésinde Béjart suivra et exécutera ponctuellement ses volontés; et après le décès d'icelle damoisélle Grésinde Béjart , ladite damoisélle testatrice veut et entend que Madeleine-Esprit Poquelin, sa nièce, fille dudit sieur de

Molière et de ladite damoiselle Grésinde Béjart, possède lesdits héritages, pour en jouir par elle en usufruit pendant sa vie, à compter du jour du décès de ladite damoiselle sa mère ; et après ladite Madeleine- Esprit Poquelin décédée, Tainé de ses enfant mâles, ou de SCS filles si elle n'avoit point de mâles, jouira en usufruit, aussi sa vie durant, desdits héritages que ladite damoiselle testatrice substitue audit a!né, et après lui à l'aîné mâle dudit aîné ou de Tainée, si, comme dit est, ladite Madeleine-Esprit Poquelin n'a point d'enfant mâle; et si icelle Madeleine-Esprit Poquelin dccédoit sans enfants nés en légitime mariage, ladite damoiselle testatrice donne et lègue lesdits héritages, qui seront acquis comme il a été devant exprimé, à Taîné des autres enfants dudit sieur de Molière et de ladite damoiselle Grésinde Béjart , pour en jouir comme ladite Madeleine-Esprit, avec substitution, comme il est sus-mentionnéàson égard, à la charge qu'en chacune famille, depuis ladite Madeleine-Esprit Poquelin décédce, les aînés mâles seront toujours préférés aux femelles ; et en cas que lesdits sieur et damoiselle de Molière décédassent sans enfants nés d'eux, lesdits héritages retourneront aux enfants du sieur Louis Béjart et de ladite damoiselle de la Villaubrun, chacun par moitié ; voulant et

entendant ladite damoiselle testatrice qu'à chacun changement d'héritiers ou légataire, suivant ce qui a été sus-expliqué, il soit pris une année du revenu pour être employé en fonds, et les revenus dudit fonds distribués aux pauvres par ledit héritier ou ceux qui administreront ses biens ; et pour exécuter et accomplir le présent testament, icelui augmenter plutôt que diminuer, ladite damoiselle testatrice a nommé et élu M. de Châteaufort, conseiller du Roi, auditeur en sa chambre des Comptes, qu'elle prie d'en prendre la peine ; révoquant par elle tous autres testaments et codidles qu'elle pourroit avoir faits auparavant le présent auquel elle s'arrête comme étant sa dernière volonté; Ce fut ainsi fait, dicté et nommé par ladite damoiselle testatrice auxdits notaires, et à elle par l'un d'eux, l'autre, présent lu et relu en ladite chambre où elle est malade, l'an mil six cent soixante-douze, le neuvième jour de janvier, depuis huit heures du soir jusques à deux heures aussi du soir, et a signé :

M. Beiart.

Ogier. Moufle.

Il y eut un codicille qui ne changea rien à ces dispositions; le codicille est du 14 février ; ce jour-là « ladite

damoiseUe auroit déclaré ne pouvoir mieux âgoar ni parapher, attendu Textrème maladie où elle est, et notaounent que sa vue est aôaiblie. »

On fit l'inventaire les 12 et 17 mars. On indiqua beaucoup de costumes de théâtre où Tor et l'argent font du tapage. La vaisselle d'argent pesait 35 marcs. Les bijoux se composaient d'une bague en rose garnie de onze petits diamants, un aillre diamant carré et six à côté, une pierre bleue, un collier de soixante-dix perles baroques, enfin une bague en or « en laquelle est enchâssé un saphir prisé cent sous. »

On a remarqué que lorsqu'un nouire fait une estimation, il a toujours peur d'être pris au mot et d'être forcé de payer ce qu'il estime, tant il estime peu.

Les deniers comptants, au moins, sont portés pour ce qu'ils valent ; chez Madeleine, il n'y avait pas moins de dix-sept mille huit cent neuf livres un sou, « en e^ces de louis d'or, pistoles et pièces de quatre pistôles d'Espagne, et louis blancs de trente sols. » ^

Aujourd'hui l'inventaire de la fortune mobilière de Madeleine s'élèverait â plus de cent mille francs. Il y avait en outre sa fortune en contrats, obh'gations, rentes et immeubles.

Je ne sais si, au temps de ses belles extravagances

avec le comte de Modène et avec Molière, elk avait l'amour du luxe et la main dépensière ; ce qui ne parait pas douteux, c'est qu'à l'époque de sa mort, elle vivait bien simplement, dans un intérieur qui ne rappelle ni celui de sa mère, ni celui de ses sœurs. Sans doute elle n'avait plus de vanité qu'au théâtre; déjà elle s'était tournée vers Dieu et vers cette « sainte économie, » qui est le dernier amour des viâlles filles.

Et maintenant si vous voulez pénétrer dans l'intérieur de Madeleine Béjart, entrons chez elle le 12 mars avec l'exécuteur testamentaire, Armande Béjart, Geneviève Béjart, sa fille et sa sœur, à la suite du notaire et de l'huissier, a sergent à verge au Chàtelet de Paris, juré priseur, vendeur de biens en la ville, prévôté et vicomte dudit lieu. » Nous sommes sur la paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois, rue Saint-Thomas-du-Louvre, il nous faut monter au quatrième étage. Voici une antichambre ayant vue sur la cour ; écoutons Thuissier-priseur :

Un réchaud, une petite et une grande lèchefrite, le tout de fer, prisé ensemble comme tel quel, cent sols, ci, c»

Item. Un chaudron, im poêlon, etc., le tout cuivre jaune, prisé six livres, ci vi**.

Jtem. Une platine de cuivre )aime et un crochet de fer, etc., prisé ensemble cent sols, ci c«.

liem. Un grand chandelier de cuivre jaune, prisé trente sols, ci xxx».

Item. Deux marmites, dont une sans pieds, une cloche et son bassin, une lèchefrite, un coquemar sans couvercle, le tout cuivre rouge et tels quels, prisé ensemble six livres, ci vi*.

Item, En pots, plats, écuellcs, assiettes et autres ustensiles d*étain sonnant, la quantité de soixantecinq livres et demie pesant, prisé la livre dix sols, revenant audit prix à la somme de trente-deux livres quinze sols, ci xxxii* xv«.

Item, Une tenture de tapisserie de Flandres, à verdure, en six pièces, faisant de tour dix-huit à dixneuf aunes sur deux aunes deux tiers de haut, prisé trois cent cinquante livres, ci iii» 1**.

Item. Quatre feuilles de paravent garnies de serge grise, prisées trois livres, ci iii*.

Item. Quatorze tabourets de bois de noyer, couverts de toile, et une petite table en bois blanc, forme ovale, posée sur son châssis, deux caisses de bois blanc, une grande manne d'osier et une autre petite table de bois de chêne, le tout tel quel, prisé ensemble cinquante sols, ci 1*.

Item, Un vieil guéridon et deux tringles de fer tels quels, prisé ensemble douze sols, ci xiis.

Item. Une seringue avec son étui, prisé trente sols, d XXX».

Vous voyez que la seringue de la comédie faisait bonne figure chez les comédiennes.

Nous entrons maintenant dans une chambre sur la rue.

Item. Trois matelas doublés de toile et futalne, dont deux remplis de laine et l'autre de bourre et bourrelanisse, un lit, un petit traversin et un petit oreiller de coutil rempli de plume, deux couvertures de laine blanche, etc., le tout tel quel, prisé ensemble trente-cinq Uvres, ci xxxv**

Item* Un grand cabinet d*ébène avec plusieurs figures et monté sur ses pieds, garni de plusieurs tiroirs par le dedans, prisé soixante livres, ci Ix*.

Item. Un tour de lit de serge de Mouy jaune, contenant six pièces, tel quel, prisé cent sols, ci ... . es.

Item. Une poêle à confiture, de cuivre rouge et un petit fourneau de fer, prisé ensemble trois livres, a m'*.

Item. Un autre matelas garni de toile et futaine, rempli de bourrelanisse, et six couvertures de chaires, de serge jaune; prisé ensemble quatre livres, cr. iv**.

Item, Une moyenne paire de chenets de cuivre jaune ; prisé quatre livres dix sols, ci iv*x«.

Item, Six coffres de bahut, dont quatre ronds et deux carrés, garnis de leurs serrures fermant à clef, tels quels, prisés ensemble huit livres, ci viii*.

Item, Quatre petites cassettes, telles quelles, garnies de leurs serrures fermant à clef, prisées ensemble cinquante sols, ci 1».

Dans ces cassettes nous allons voir apparaître tels costumes de théâtre. Combien d'illusions perdues sont enfermées là 1

Item, Une veste de brocart d*or dont la dentelle les fausse, prisée soixante livres, ci Ix*.

Item. Un corps de paysanne, de toile d'argent, et la jupe de satin vert de Gênes, garnie de guipure, prisé trente livres, ci • xxx*^.

Item, Une autre jupe de satin vert, garnie de six broderies or et argent, une autre jupe de toile d'argent et un ublier de satin blanc, garni de dentelle d'argent, prisé le tout ensemble soixante-quinze livres, ci Ixxv**.

Item. Un déshabillé complet, couleur aurore, garni d'argent fin, prisé deux cents livres, d iic*.

Item, Un autre déshabillé de satin de Gênes, cou* leur de cerise, garni de dentelles d'argent tant plein

que vide, prisé la somme de trois cents livres, a me*.

Item. Un juste-au-corps de satin vert, garni de toile d'argent et un devantier de moire d'or, et une jupe de taffetas couleur de cerise; prisé ensemble la somme de cinquante livres, ci 1*.

Item» Une chemise de gaze douce, un corps de taffetas vert, une ceinture, un corps, une jupe de taffetas vert, garnie de dentelle d'argent fin, prisé quatre-vingt-dix livres, ci iiii XXX*.

Item» Une toilette de velours couleur de cerise, garnie de dentelle d'argent, prisée trois livres, ci. . iii*.

Item, Un déshabillé de brocart gris rayé, garni de dentelle noire, prisé dix livres, d x*«

Item. Un manteau de taffetas noir, tel quel, prisé quatre livres, ci iiii*,

Item, Un déshabillé de taffetas gris brun, rayé, garni de dentelle or et argent, prisé xxiiii*.

Item. Un habit de drap d'Espagne noir, une jupe d'entre-deux, prisé trente livres, ci xxx*.

Item. Une jupe et une tavayolle de satin rouge et vert, usage de bohémienne, prisé vii**.

Item. Un jupe de brocart incarnat, blanc et noir, prisée huit livres, ci viii*.

Item. Une jupe de tabis jaune, garnie de àx petites

dentelles d'argent fin, prisée douze livres, ci. . xii*.

liem. Une jupe de brocart double, à grand ramage, prisée quinze livres, ci xv*.

Item, Quatre corps de robes de différentes couleurs, garnis de dentelles or et argent, prisés ensemble vingt livres, ci xx*.

Item, Deux tonnelets et deux paires de manches, l'un de velours couleur de cerise, et l'autre de toile d'argent blanc et vert, garnis de dentelle, prisés ensemble trente livres, ci xxx*.

Item. Une casaque, un pourpoint de toile d'argent, prisé quinze livres, ci xv*.

Item, Une robe de toile coton rouge et le bonnet doublé de drap, prisé trois livres, ci iii**.

Item, Un habit couleur de feu, garni d'un petit galon d'argent, brodé d'argent, une paire de bottines, garnies de galon or et argent, et un carquois, prisés ensemble douze livres, ci xii**.

Item. Une jupe de taffetas blanc chamarré, telle que telle, un corps de peau à manches pendantes de velours noir, garnies d'argent, prisés ensemble sept livres, ci vii*.

Item, Quatre draps de grosse toile de chanvre, prisés ensemble quatorze livres, ci xiiii*.

Item. Qpinze chemises à usage de ladite défunte, de

toile de chanvre, dont sept blanches et huit jaunes, prisées ensemble vingt-cinq livres, d. . .. xxv*.

Item, Deux jupes de toile de coton blanche et un juste-au-corps aussi de toile, prisé cent sols, ci . . c».

Item, Un rideau de fenêtre de toile de coton, prisé quarante sols, ci xl».

Item, Un petit paquet de mouchoirs, tabliers et autre menu linge, prisé quatre livres, ci iiii*.

Nous voici à la vaisselle d'argent. On va voir que Madeleine qui avait mené grand train avec le comte de Modène, finissait sa vie en bien petite bourgeoise. Cest qu'elle était revenue des grandeurs.

Itetn, Un bassin rond, une aiguière couverte, deux grands et deux petits flambeaux, une écuelle couverte, une tasse ronde, une petite salière à quatre pieds, un vinaigrier, un porte-mouchette avec son soleil, une autre paire de mouchettes et son portant, une autre grande salière à quatre branches, quatre cuillères et quatre fourchettes à trois fourchons, le tout poinçon de Paris et pesant ensemble la quantité de trente<inq marcs une once, prisé le marc, à sa juste valeur, à .vingt-sept livres, revenant audit prix à la somme de ixcxlviii*xv«.

Item, Une bague en rose garnie de onze petits diamants, prisée quarante livres, ci xl**.

JUm, Une autre bague de diamant carré et six à côté, prisée trente livres, d xxx*.

JUm. Une autre bague garnie d'une pierre bleue, prisée. huit livres, ci viii*.

Item, Une autre bague amétiste, prisée six livres, d vi*.

lUm, Une autre bague amétiste, prisée huit livres, a •. . . . vui*.

lUm, Un autre bague d'or en laquelle est enchâssé un saphir, prisée cent sols, d c*.

Sans doute chacune de ces bagues rappelait un souvenir de jeunesse à Madeleine Béjart. Qpi avait donné la rose garnie de petits diamants ? qui avait donné le saphir, qui avait donné la pierre bleue ? Peut-être ne portait-elle à ses doigts que les bagues de Molière et du comte de Modène.

Il y avait aussi dans les bijoux un collier de soixantedix perles baroques ; ce collier à coup sûr lui venait du comte de Modène, retour de Naples, oii tous ces colliers étaient fort à la mode au xvu* siède.

Nous arrivons aux deniers comptants. On a compté dix-sept mille huit cent neuf livres un sol, en espèces de louis d'or, pistoles et pièces de quatre pistoles d'Espagne» louis blancs de trente sols, d xxx*

On voit que Madeleine Béjart thésaurisait ; c'est qu'elle travaillait pour sa fille Ârmande et sa petitefille Madeleine.

n est hors de doute que Madeldne Béjart fiit la mère d'Armande Béjart. On en trouvera toutes les raisons sinon toutes les preuves dans le volume qui aura pour titre : La Femme de Molière, Certes, celle qui faisait la femme de Molière sa légataire, celle qui donnait à sa fille, qui était sa petite-fille, son nom de Madeleine et le nom de son amant Esprit, car M. de Modène s'appelait ainsi, était bien la mère anonyme de celle qui a créé Ciîimène, Pourquoi, disent ceux qui défendent l'opinion contraire, Marie Hervé, dans le contrat de mariage de Molière, se dit-elle la mère de l'épousée? Parce qu'elle voulait chasser le nuage que la calomnie jetait déjà au dcl de Molière en l'accusant d'épouser sa fille, lui l'ancien amant de Madeleine Béjart. Marie Hervé n'avait-elle pas déjà accepté d'être la marraine de l'autre enfant de Madeleine, ce qui indique une mère bien facile à vivre, puisque Madeleine ne mettait au monde que des enfants naturels?

Qpand Molière conduisit la pauvre Madeleine à Saint-Paul, il sentit que c'était une part de sa vie qu'il mettait au tombeau. Celle-là l'avait aimé comme la de Brie, moins tendrement peut-être, mais plus fa-

xnilialement. Elle avait été oc sa femme au théâtre, » elle avait sauvé sa fortune en plus d'un péril, die avait travaillé à sa gloire en toute occasion. Qui donc maintenant lui chanterait la chanson de sa jeunesse aux premières aurores quand il tentait Taventure de rillustre Théâtre ? Qui donc ferait renaître pour lui les joies du souvenir ? Qpi donc le promènerait encore par la causerie dans toutes sqs stations théâtrales du Midi où Taube de sa renommée s'était levée déjà si rayonnante ?

Il lui restait Catherine de Brie.

Mais il ne croyait plus aux joies de ce monde, un beau livre déchiré, peut-être déjà trop lu, qu'il allait fermer bientôt. Avait-il le pressentiment qu'un an après, jour pour jour, il suivrait dans la mort sa première camarade ?

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I Annande fut cruelle à Molière, si Madeleine lui exprima trop amèrement les regrets du passé, M^^^de Brie fut le sourire perpétuel qui le consola toujours; on sent qu'elle n'avait vécu que pour Molière dès le premier jour de leur rencontre. Elle avait une douceur inaltérable qui désarmait jusqu'à Mil* Molière, après avoir désarmé Madeleine Béjart.

La servante de Molière, c'est la légende; mais M^'* de Brie c'est l'histoire.

' Molière a bien pu çà et là dire à La Forest de rester càms quand il lisait une pièce à la Béjart, à la de Brie et à la Molière, ou bien encore quand c'était à Chapelle, à Mignard ou à Boileau, mais Molière^ tout en

faisant ses pièces pour tout le monde, ne pouvait pas se contenter de l'opinion de sa servante. Passe encore à la scène où la comédie est en action, mais pour ouïr seulement une comédie sans la voir, il fiaiut d'autres juges pour réconforter un auteur, ceci dit sans voulcnr le moins du monde renvoyer La Forest à la cuisine.

Je crois bien, par exemple, que quelques-unes avaient voix au chapitre, que ce fût Madeleine Béjart, Thérèse Du Parc, Catherine de Brie, ou Armande Béjart, car celles-là, qui ne savaient sans doute pas faire la cuisine, savaient leur métier de comédiennes. D'ailleurs il est reconnu que Molière essayait toutes ses scènes au théâtre avant de terminer sa pièce.

Qui donc a dit : contre la force il n'y a pas de résistance, c'est à la douceur qu'on ne résiste pas.

Il y a des femmes qui fomentent la guerre partout; de vrais diables, jetant feu et flammes; il en e&t qui apaisent toutes les rébellions. Le comédien de Brie n'avait rien à répliquer â une femme qui lui répondait par un sourire ; pour lui d'ailleurs Molière était un demi-dieu ; il ne voulait pas être jaloux, il disait comme Amphitryon pariant de Jupiter.

Et puis il espérait bien n'être qu'un cocu imaginaire;

en effet M"* de Brie semblait bien plutôt la sœur de Molière que sa maîtresse.

n n'est pas douteux que le bonhomme de mari, n'étant plus le mari de sa femme, Tétait devenu de pinceurs autres.

W^ de Brie était le contraire de la femme de Molière : autant Armande se montrait hautaine et dédaigneuse, autant Catherine était tendre et pénétrante. La femme était Tesprit, la maîtresse était le cœur; Molière s'obstinait à vaincre l'esprit, mais dans ses dé£edtes il lui était doux de trouver au moins l'esprit du cœur. G)mbien de fois il a dû se jeter avec efiiision dans les bras de M"* de Brie, après avoir refroidi son sein à cette cuirasse d'acier qui s'appelait Armande ; et il était trop philosophe et trop humain pour ne pas comprendre la loi fatale de l'amour. On ne trion^phe d'une femme ni par la colère ni par la raillerie, ni par les larmes, l'amour seul a raison de l'amour; pouvait-il imposer une passion profonde à cette femme enivrée de sa beauté, à cette grande coquette qui avait une cour même à la cour, lui qui ne retrouvait que la jeunesse du cœur, Tétemelle jeunesse du génie, lui qui ne présentait plus à cette gourmande d'illusions que les soucis du travail, les pAleun des nmts agitées, les rides de la cinquantième

6o LES COMÉDIENNES DE MOLIÈRE

année. MUe Molière n'avait pas l'enthousiasme de ces âmes brûlantes qui se passionnent pour la renommée; que lui importait la couronne de lauriers que Mignard ou Lebrun peignait sur ce front glorieux, elle ne vivait pas de cet idéal. Lauzun ou Richelieu lui paraissaient bien plus poètes que son mari dans leur jeunesse altière et victorieuse. — Et Molière comprenait cela, aussi se frappait-il douloureusement le cœur en s'écriant : — C'est ma faute !

C'est alors que M"« de Brie arrivait. Il avait été jeune avec elle, il lui semblait doux dans son désespoir de ressaisir le rêve du passé pour oublier le présent.

Catherine de Brie fut plus d'une fois commère de Molière. Ainsi « Jeanne-Catherine », fille de Romain Toutbel, née le 26 août 1669, eut pour parrain, à Saint-Roch, le 10 septembre suivant, « Jean-Baptiste Poplain Molière, valet de chambre du Roy, demeurant dicte rue Saint-Honoré, parroisse Saint-Germain », et pour marraine a Catherine du Rozet, emme d'Edme de Brix, officier du Roy, demeurant dicte rue paroisse Saint-Germain. » Catherine signa cet acte : « Catherine du Rozet. » Le 12 décembre 1672, elle fut encore marraine avec Molière, d'une des filles jumelles de La Grange. En ce temps-là on était bon camarade avec sa commère. On festoyait et

MADEMOISELLE DE BRIE 6l

on s'embrassait i tour de bras. On vent que Molière ne faisait pas de façons pour cacher son amitié pour M^ de Brie; on voit aussi que La Grange n'avait pas peur d'offusquer la femme de Molière en la choiâssant pour la marraine d'une de ses* filles quand il choisissait pour l'autre la maltresse de Molière.

Ces quatre strophes qui sont quatre petits chefisd'œuvre, — Alfred de Musset les savait par cœur — sont-elles adressées par Molière à la Du Parc ou à la de Brie?

C'est un amant, ouvrea la porte !

Il est plein d'amour et de foL Que faites-vous, (tes-vous morte ?

Ou ne Tètes-vous que pour moi ?

Si vous n'êtes pas éveillée, Je ne veux point quitter ce lieu ; Si vous n'êtes pas habillée, Que je vous voie, et puis adieu !

Voulez-vous qu'ici je demeure Demi-mort, tremblant et jaloux ?

Hélas ! s'il vous plaît que je meure Que ce soit au moUis devant vous !

Ah ! vous ouvrez, belle farouche 1 J'entends la clé, c'est votre voix...

O belle main 1 ô belle bouche 1 Que je vous baise mille fois 1

Qjiand MoDëre ne fut plus de ce monde, M^^* de Brie fut sacrifiée malgré son talent, par l'influence de M^« Molière, c M^^o de Brie fut ainsi réduite i une demi-part, » dit M. Edouard Thierry. Il est assez singulier de voir M^*' de Brie avec une demi-part. Jusqu'alors elle et son mari avaient eu la part entière, elle pour son talent, lui, à cause de sa femme. La troupe nouvelle trouva le mari trop bien traité. Elle avait raison, mais on eut peur du comédien qui jouait les bretteurs d'après le naturel (La Rapière dans le Dépit amoureuxy le maître d'armes dans le Bour^ geois gentilhomme) et on n'osa pas réduire sa part de moitié. M"« de Brie, toujours douce, prit la réduction pour elle. Elle but le calice en souvenir de Molière. »

Ce fut M"« de Brie qui créa au théâtre los ingénues; elle y mit tant de malice et tant de vérité que tout le monde fut. pris à son innocence. Et cette innocence eut éternellement dix-sept ans. Ce fut à ce point que quarante ans plus tard, M"« de Brie jouait encore les Agnès ; ses camarades la trouvèrent décidément trop jeune et donnèrent son emploi i M"" du Croisy. Mais quand celle-ci parut sur la scène, les spectateurs se récrièrent et voulurent encore M"« de Brie ; en ce temps-là le parterre était si absolu qu'on fut forcé

d'aller chercher l'amie de Molière, qu'on entraîna malgré elle et qu'on força de jouer « dans son habit de ville. »

Ce fiit le plus beau jour de sa vie — au théiltre.-^ Elle en avait eu d'autres avec Molière. C'est de ce ten^is-là que date le quatrain bien connu :

II finit qu*eUe ait été châimante, Piiia^*â]i)ourd*hai oulgré ses âxu, A peine des attndts Bâisssnts Égalent sa beantè monrante.

M"« Mars et M"« Anaîs nous ont représenté rétemelle jeunesse au xix« siècle, comme M"« de Brie au xvn*.

Tout est quelque peu mystérieux sur la de Brie : d'où vient-elle? où s'en alla-t-cUe? On n'a ni son acte de naissance, ni son acte de décès.

M"« de Brie n'était pas seulement une excellentissime comédienne. Si la Du Parc était la plus belle de la troupe, la de Brie était la plus jolie, même devant Armande Béjart, qui était trop maniérée pour 6tre belle, et trop dédaigneuse pour être jolie. M"* de Brie était grande et bien dessinée, avec la désinvolture de la grâce.

64 LES COHÉDIEMNES DE MOUËRE

C'était la meilleure créature du monde. Molière la prenait, l'abandonnait, la reprenait: elle avait toujours le même cœur ; il aurait pu l'appeler le chien de la maison.

LES

MUe Du Parc mit le feu aux quatre coins de Paris et de Versailles, mais ce qui lui domie sa renommée rayoïmante, c'est qu'elle mit la passion au cœur de quatre honomes de génie s'il en fut, Molière, Corneille, Racine et Lafontaine ; ce fut là une gloire sans pareille, dirait Célimène.

Ces quatre hommes de génie ne mirent pas l'épée à la main pour se la disputer, mais ils se brouillèrent, hormis Lafontaine, qui ne se brouillait qu'avec sa femme, car celui-là était plus philosophe encore qu'il n'était amoureux;

Q}iel beau roman à faire , cette comédienne entre ces quatre amoureux illustres et jouant avec eux de

l'éventail de Célimène, même quand il £uit cadier ses chutes sous l'éventail !

Ses chutes, il faut en constater deux : une avec Molière, une avec Racine : la comédie et la tragédie.

Lafontaine s'arrêta aux bagatelles de la porte; Corneille se consuma dans le platonisme douloureux, trop préoccupé de sa couronne de cheveux blancs.

C'est toute une élégie en larmes que ce désespoir tempéré par la dignité du génie, par la fierté du nom. Combien d'amères souffrances éclatent dans les beaux vers du poète I Comme il est jeune pour aimer et comme il faucherait avec la Du Parc le regain de l'amour si elle ne le condamnait à se nourrir d'idéal I

Qiapelle, ami de Molière, a conté gaiement que ce grand honmie, qui était trop un homme avec les femmes, fut, dans sa jeunesse, comme le Jupiter d'Homère pendant le siège de Troie, aux prises avec Junon, Minerve et Vénus.

Voilà l'histoire, que t'en semble !

Crois-tu pas un homme avisé?

Vois par là qu'il n'est pas aisé D'accorder trois femmes ensemble !

Fais-en donc ton profit. Surtout Tiens-toi neutre, et, tout plein d'Homère, Dis-toi bien qu'en vain Thomme espère Pouvoir venir jamais à bout De ce qu'un grand dieu n'a su £iire.

Junon, c'était Madeleine Béjart qui île voulait pas qu'on touchât à Molière ; Minerve, c'était la belle Du Parc, sur son piédestal de marbre ; Vénus, c'était la blonde et voluptueuse de Brie, une pêche fondante, un rayon d'orage, l'amoureuse inespérée.

Dans la Fanuuse comédienne , un pamphlet qui calomnie à chaque page, mais qui a aussi ses airs de

vérité, on parle ainsi de la rencontre de Molière avec la Du Parc et la de Brie :

« Qjiand ils furent arrivés i Lyon, ils y trouvèrent une autre troupe de comédiens establie, dans laquelle estoient la Du Parc et la de Brie. Molière fiit d'abord charmé de la bonne mine de la première, mais leurs sentiments ne se trouvèrent pas conformes sur ce chapitre, et cette femme qui, avec justice, espéroit quelque conquête illustre, traita Molière avec tant de mespris, que cela Tobligea de tourner ses vœux du costé de la de Brie, dont il fut reçu plus favorablement. »

Ceci prouverait que Molière n*était pas entêté ; il suivait en cela la philosophie de son maître Gassendi, disciple d'Épicure. Mais Molière n'était pas un ingénu; il savait ce que vaut la vertu d'une grande coquette courant les provinces sur le chariot du '^oman comiqiu. Si la Du Parc l'eût traité « avec tant de mespris », il ne l'eût pas prise dans sa troupe avec la de Brie. C2pe pouvait donc espérer de mieux que Molière la femme du Gros-René, cette futaille roulante ? Molière, en ce temps-là, était le beau Molière, celui que Mignard représentait, à Avignon, drapé à l'antique et couronné de lauriers comme un César.

Pavais déjà dit ailleurs : Il y a là du vrai et du

faux, comme dans toutes les pages de la Fameuse comédienne. Si la Du Parc eût traité Molière avec tant de mépris que cela, pourquoi Teût-il prise dans sa troupe, puisqu'alors c'était moins une comédienne qu'une écolière ? Comment Molière, qui était alors le beau et le victorieux Molière, eût-il été si malmené par cette fenmie qui ne malmena jamais que son mari, ce Gros-René, qui n'était un comique applaudi, que parce qu'il ressemblait plus à un tonneau qu'à un homme? Je crois fermement que Molière menait les femmes de sa troupe, comme le Turc mène son harem. Il avait alors toutes les aspirations de la jeunesse. Il avait soif d'amour comme il avait soif de gloire ; l'étemel féminin le passionnait à toute heure, comme Tétemelle création du génie. S'il a voulu la Du Parc, il l'a eue. Et comment ne l'aurait-il pas voulue cette autre héroïne de roman égarée en province ?

Il ne faut pas douter que plus tard, s'il s'est sérieusement brouillé avec Racine, c'est parce que Racine lui enleva la Du Parc, qui n'était pas seulement de la troupe de son théâtre, mais qui était de sa maison.

Aimable et divine personne, Dont un dieu serait enchanté, Vons porteriez une couronne Si Ton couronnoit la beauté.

Qpoique d^amonr je loU malade, Qp'nne antre règne dans mon cceor.

Vous pouvez, d'une seule oeillade, Me rendre votre adorateur.

Je crois que, sans être infidèle.

Je puis adorer vos appas.

Puisque Philts ne parott belle Qpe quand vous ne paroisses pas.

Cen est fait, ma belle maltresse.

Je vous suis un esclave acquis.

Si vous êtes ma vicomtesse *, Je veux être votre marquis **.

Dès les preimères fois que Molière joua les Précieuses ridicules avec la Du Parc, il s'amusa à rimer ces jolies stances qui ont le ton français et la désinvolture italienne.

Cétait aux belles heures poétiques, quand la jeunesse se répand impétueuse par toutes les prodigalités du cœur et de Tesprit. En ce temps-là Molière aimait, chantait, soupirait; il ouvrait les bras sur toutes les femmes, y compris les Muses. Quelle jolie chanson il chanta à la Du Parc, qui sans doute lui avait payé

'. La Vieomttsse Cattros, jouée par MUa du Parc. **. Le Marquis de MaremnlU, joué par Molière.

son droit de seigneur, mais qui gardait toujours ses grands airs d'impeccable I Elle avait bien voulu laisser cueillir l'heure, mais elle ne voulait pas s'attarder dans une passion. Tout à l'heure, il l'appelait Philis, maintenant il l'appelle Isabeik.

Dans le visage d*lsabelle Chacun remarque des appas ; Mes yeux me disent qu'elle est belle.

Mais mon cœur ne me le dit pas.

Les plus froids sout en feu pour elle, Les insensibles en font cas ; Mes yeux me disent qu'elle est belle, Mais mon cœur ne me le dit pas.

La beauté de cette cruelle Est £uneuse par cent trépas ; Mes yeux me disent qu'elle est belle, Mais mon coeur ne me le dit pas.

Mille amants, d'une ardeur fidèle, Accompagnent toujours ses pas ; Mes yeux me disent qu'elle est belle, Mais mon coeur ne me le dit pas.

Molière continue la même chanson ; cette fois la Du Parc va s'appeler /m, CUmène^ la Marquise,

Il n'est rien de plus afantUe Q)i*Iris, en toute la conr ; Qpe n*est*eUe autant tnitable, . Q)i*elle sait donner d*anunir I On ne seroit pas à plaindre, Qjiol que l*on pût endurer.

Mais elle nous fait tout craindre Et ne £dt rien espérer.

Qjiand pour ell^ un coeur soupire, 11 ne s'en trouve pas bien.

Hélas 1 je sais bien qu'en dire, Qjiotque je n*en dise rien.

Je crois bien la rendre tendre, En aimant ses doux attraits, Mais lors on a beau se rendre, Elle ne se rend jamais !

Ah ! que Ton souffire de peine. Quand on est absent de vous !

Loin de vos beaux yeux, Qiménc, On ne trouve rien de doux.

Dans votre aimable demeure, Les ris ne vous quittent pas.

Et le chagrin à toute heure Accompagne id nos pas.

Q^iandje vins, belle Marquise, Avec vous en ce beau lieu, A mon aimable franchise.

En partant, je dis adieu.

Sans penser à la défendre.

Moi qui la chérissois tant.

Je ne pensai qu'à me rendre :

Un autre en eût fidt autant.

Ah ! vous avez beau vont plaindre Qpe ]e me plains nuit et )our, Je ne saurois me contraindre, Vous voyant si peu d*amour.

Voules-vous me fiûre taire.

Sans qu*on m'entende jamais ?

La chose est facile à £aire :

Aimez autant que je £ûs.

Ces vers pourraient prouver la vertu de la Du Parc, si on n'avait pas .l'art de les bien lire : Molière ne faisait pas ces strophes comme les amoureux transis, qui les adressent sans espoir de retour. Il devait crayonner ces' choses-là , sous les yeux mêmes de la Du Parc, plus ou moins en présence de son mari. Cest que Gros-René n'y allait pas de main morte : s'il fût tombé sur Molière dans un transport de jalousie, il l'aurait étouffé.

Je crois fermement à cette comédie, Molière jouant celui qui soupire toujours pour cacher ses larcins. Et comme preuve à l'appui, je donnerai Landeridette, Landerida « chanson faite par feu Molière », laquelle se trouve dans le recueil de poésies autographes de Giumont de la Force, manuscrit de millionnaire qui a appartenu aux Bibliothèques du roi Louis-Philippe et qui est aujourd'hui i l'Académie royale de Belgique.

Von cet moinetux, nu dière âme,

Qjxi se caressent si bien :

Les doux transports de leur âme

Ne persuadent-ils rien

A ton lan la landeridette,

A ton lan la landerida?

Si Daphné, dont la vieillesse Ternit l'éclat de ses yeux, Revenoit en la jeunesse, Elle profiteroit mieux De son lan la landeridette, De son lan la landerida.

Enfin, soit que tu promènes Tes beaux yeux, qui sont mes rob, Sur l'onde ou parmi les plaines, Sur les monts ou dans les bois.

Tout fait lan la landeridette, Tout £ût lan la landerida.

Que Tamour trouble mon âme !

Qu'il lui £ut de doux efforts!

Que vos beaux yeux ont de flamme !

Qu'ils inspirent de transports A mon lan la landeridette, A mon lan la landerida 1

Au penchant qui nous engage.

Pourquoi vouloir résister?

Dans le printemps de son âge.

Ne doit-on pas profiter De son lan la landeridette.

De son lan la landerida?

Des doQcears de U nature On se défend à regret ; Votre pudeur en murmure ; L'Amour vous dit en secret :

Faites lan la landeridette, Faites Un la landerida.

Qpe votre bouche est cruelle De condaomer mon tourment, Q.uand vos yeux, aimable belle.

Me disent incessamment:

Faisons lan U landeridette.

Faisons lan U landerida.

De pitié votre &me atteinte S'attendrit à mes discours ; Mais que me sert votre plainte, Si vous refusez toujours Votre lan la landeridette.

Votre lan U landerida ?*

* Toutes ces poésies de Molière ont été publiées par le Bibliophile Jacob dans le petit volume édité par Alphonse Lemerre en 1869.

Il est prouvé que Molière dans les années vagabondes de sa jeunesse aventureuse, avait fait beaucoup de vers. C^ vers, que sont-ils devenus? Où sont-ils? Comment les découvrir, les deviner, entre mille? Telle a été ma préoccupation, et c'est pour cela seul que j'ai feuilleté et refeuilleté bien des livres et bien des manuscrits depuis vinc;t-dnq ans. Lorsque Boileau Despréaux écrivit sa fameuse épitre à Molière, où il le félicite sur sa facuité à trouver la rime, cette épitre ne s'adressait pas seulement à l'auteur dramatique; elle s'adressait aussi au poëte, auteur de chansons galantes que LuUy mettait en musique, auteur de sonnets d'apparat que l'usage ordonnait d'offrir aux personnages éminents dont il (allait obtenir les bonnes grâces et réclamer la protection, auteur de poésies amoureuses que l'ancien amant de Madeleine Béjart, le mari d'Armande Grésinde, l'adorateur de la de Brie et de la Du Parc, n'étût jamais en peine de mettre an service de ses sentiments ou de ses galanteries.

Radne enleva M^e Du Parc à Molière, à son cœur et à son théâtre, voilà ce qui les brouilla.

Si les historiens du théâtre n'ont pas dit cela, c*est qu'ils ont bien peu connu la Du Parc.

D'où venait-elle? Elle n'apparaît qu'au jour de sa rencontre avec Molière.

Selon ces historiens, quand elle mourut, le 13 décembre 1668, elle n'avait que vingt-cinq ans ; c'était là un âge de théâtre, puisqu'elle était déjà de la troupe de Molière dans ses premières caravanes. Il faudrait supposer qu'elle fût alors âgée de deux ou trois ans, ce qui eût été une comédienne invraisemblable. j[al, un peu plus exact, la fait naître en 1633 ; veillissons-la encore un peu et n'en croyons pas l'acte de décès de Saint-Roch, car en ce temps-là les actes de décès n'étaient pas authentiques.

« Du 1 3 décembre 1668, Marquise de Gorle, veufue « de feu René Bertlielot, viuant sieur Du Parc, l'vne « des comédiennes de la troupe royalle, aagée d'enui- « ron 25 ans, décédée le vnziesme du présent mois, « rue de Richelieu ; son corps porté et inhumé aux ,

« religieux carmes des Billettes de cette ville de Paris, a présents au conuoy Régnier» marchand apothicaire « demeurantparoisseSt-Germ. et Spencer, juré crieur, « témoins. »

Son aae de baptême, outre qu'il nous dirait Tannée de sa naissance, nous dirait pourquoi elle s'appelait Marquise Thérèse de Gorle. Jal se demande si elle était de famille noble, et si « marquise » est une qualité ou un nom. Dans l'acte de baptême de sa fille qui fut tenue sur les fonts par François de Rébé, archidiacre, comte de Lyers, et par la fille du maréchal de Neuville, au lieu de m^quise, on lit Margudite. Cest là un point d'interrogation de plus.

Ce qui est hors de doute, c'est que M"* Du Parc fut une belle comédienne et une plus belle tragédienne *.

Voyons d'abord l'amour de Pierre Corneille pour là marquise.

Mlle Du Parc l'a arraché à la vie de province où le

* M U« Du Parc variait ks plaisirs. Kon-seulement elle joua les rftles tragiques et les rôles d*ainoureuses comiques, mais selon le JUersflwv di Fntnet : « Elle joignit au talent de déclamation et du jeu du théâtre celui de la danse. Elle £û:ait certaines cabrioles remarquables pour le temps. » Une Alphonsine avant la lettre. « On voyait ses jambes au moyen d^une jupe qui était ouverte des deux côtés, avec des bas de soie attachés au haut d^une petite culotte. »

grand homme s'était confiné avant rhenie. Elle a réveillé en loi la jeunesse, die a frappé son génie d'un nyoa magique de renouveau.

Oui, Corneille, revenu des grandeurs du génie, voulait finir sa vie à Rouen, quoique jeune encore, car en ce temps-là on enterrait sa jeunesse en pleine jeunesse. Aux fêtes de Piques de 1858, Molière vint avec sa troupe*, à Rouen, au jeu de paume des Deux Maures, donner des représentations.

On peut consulter plusieurs historiens de cette équipée, Molière et sa troupe â Rouen, par M. Bouquet, ks Amours de Corneille, par M. Levallois. Molière trouva donc une troupe qui avait pris pied devant lui, c'était la troupe de du Croisy; mais dès que Molière parut, du Croisy lui céda la place : il fit mieux, il lui céda sa troupe et devint bientôt lui-même un des comédiens de Molière.

Naturellement Corneille fut parmi les spectateurs

* « Outre Molière, le personnel des acteurs se composait de MM. BeauTsl, Louis Bèjart, dit TAiguisi, Brécourt, de Brie, du Croisy, Dufiresne, Du Parc, dit Gros-Rèné, Hubert, Jodelet et l'Espy. En tète des actrices étaient Madeleine Bè)art, qui avait avec elle sa soeur, Geneviève Bèjart, M*» Beauval, de Brie, du Croisy, du Parc, et Mil** Marotte Beaupré et Annandc Bèjart, autre soeur de Madeleine, U future fetmne de Molière, qui n'avait guère que treise ans iorsqu*eIk vint à Rouen. • (BouQurr.)

aux premières représentations, quoiqu'on y jouât AmaJaiontây une tragédie de Qpinault.

Dès que Pierre Corneille vit la Du Parc, il fut émerveillé comme un soldat à Todeur de la poudre, il pensa à rentrer dans la bataille, et Molière qui le saluait son maître, l'encouragea fortement à faire de nouveaux chefe-d'œuvre. Corneille dut lui dire qu'avec des actrices comme la Béjart, la de Brie, la Du Parc, on pouvait encore courir les aventures. La Du Parc déploya devant lui, pour l'entraîner, ses adorables coquetteries, mais au lieu de £dre un rôle à celle que l'on surnommait ïa Marquise, il lui rimait des stances conmie celle-ci :

Ce qui vous rend «doimble K*est propre qu'à m'alarmer.

Je vous trouve trop Ainuble Et crains de vous trop aimer.

Mon cœur à prendre est facile.

Mes voeux sont des plus constants ; Maïs c'est un meuble inutile Qji'nn galant de cinquante ans.

Ou des sonnets comme celui-là :

D'un accueil n flatteur, et qui vent que fespére. Vous p*yez ma visite alors que je vous voi, Q)ie souvent à rerrcur j'abandonne ma foi.

Et crois seul avoir droit d'aspirer à vous plaire.

8o LES COMÉDIENNES DE MOLIÈRE

Mais n fy trouve alors de quoi me tadsCûre,

Ces chwmet attirants, ces doux )e ne sais quoi.

Sont des biens pour tout autre aussi bien que pour moi.

Et c*est dont un beau feu ne se contente guère.

D'une ardeur réciproque il veut d'autres témoins. Un mutuel échange et de vœux et de soins, Un transport de tendresse à nul autre semblable.

C*est là ce qui remplit un coeur fort amoureux : Le mien le sent pour vous, le vôtre en est capable. Hélas I si vous vouUes, que )e serais heureux !

Mais MUe Du Parc ne voulut pas que Corneille fût heureux. Sans doute alors il descendit de son piédestal de marbre pour tenter l'aventure, mais quand il ouvrit les bras, M^^ Du Parc avait fermé les siens. Plus jeune, il se fût retourné ailleurs, mais son cœur trop attendri le retint conmie un point d'admiration devant cette beauté rebelle. Il se consola par un autre sonnet:

Je vous estime, Iris, et crois pouvoir sans crime. Permettre à mon respect lyi aveu si charmant :

11 est vrai qu'à chaque moment

Je songe que )e vous estime.

Cette agréable idée où ma raison s*sbtme.

Tyrannise mes sens jusqu'à Taccablement ;

Mais pour vouloir fuir ce tourment,

La cause est trop légitime.

Aussi quelque désordre 6ù mon coeur soit plongé. Je ne veux Ten voir dégagé, Aimer ma peine est mon étude.

J*en aime le chagrin, le trouble m'en est doux. Hélas ! que ne m*estimez-vous Avec la même inquiétude !

Cependant Molière ne poi\}rait pas rester â Rouen pour le bon plaisir de Pierre Corneille.

La Du Parc aurait bien pu lui faire la |;ràce de s'attarder quelques jours pour lui, mais ce fut la première qui tourna les talons. Le pauvre Corneille accorda encore son luth; on a ses vers sur le départ de la Marquise :

Ce cœur que la raison ne peut plus secourir, Cherchait dans votre orgueil une aide à se guérir ; Mais vous lui refusez un moment de colère.

Vous m'enviez le bien d'avoir pu vous déplaire ; Vous dédaignez de voir quels sont mes attentats. Et nfen punissez mieux ne m'en punissant pas. Une heure de grimace ou froide ou sérieuse, Un ton de voix trop rude ou trop impérieuse, Un sourcil trop sévère, une ombre de fierté, M'eût peut-être à vos yeux rendu la liberté.

J'aime, mais en aimant je n'ai point la bassesse D'aimer jusqu'au mépris de l'objet qui me blesse ; Ma flamme se dissipe à la moindre rigueur :

Kon qu'enfin mon amour prétende coeur pour cœur.

Je rois Bcs cfaevraz gris, ]c sais ^œ les Laissent pen de m^te anx iaies les mieux Qpe les phxs beaux talents des phxs rares écrits, Qpaad les corps sont usés, perdent bien de lenr prix Qne si dans mes beaux jonrs je parus sapportaUe, J'ai trop longtemps aimé pour être encore aimable. Et que d'un front ridé les replis }aunissants Mêlent un triste charme aux plus dignes mrm.

Je connais mes défauts, nuis, après tout, je pense Être pour tous encore*un captif dlmportance ; Car TOUS aimez la gloire et vous savez qu'un raî Ke TOUS en peut )junais assurer tant que moi. It est plus en ma main qu'en celle d'un mooarqtie De TOUS ùxn égaler l'amante de Pétrarque, Et mieux que tous les rois je puis faire douter De sa Laure ou de tous qui le doit emporter.

Après les lamentations de Tamonreux déçu, la protestation hautaine de la dignité blessée, voici que le détachement railleur et Tindiôerence jouée veulent avoir leur part. La pièce se termine par cette conclusion inattendue :

Ainsi parla Clèanire, et ses maux se passèrent. Son feu s'évanouit, ses déplaisirs cessèrent ; Il vécut sans la dame et vécut sans ennui.

Comme la dame ailleurs se divertit sans lui...*

Mais si la dame ailleurs se divertit sans lui, Pierre

* Ce roman n'a pas encore eu d'historien, tnais déjà M. Jules Levallois a étudié d'un regard pénétrant le sentiment amoureux du poète.

G)meille ne put vivre sans elle ; aussi joua-t-il un tour de Normand à son ami Molière et lui enleva — malheureusement en tout bien tout honneur — la Du Parc pour le théâtre du Marais où il lui donna le rôle de Jocaste. Mais ce fut vainement qu'il voulut l'admirer de trop près ; elle replaça la statue sur le piédestal de marbre, après quoi elle retourna chez Molière, pays moins tragique, mais plus amusant.

Malgré toute sa fierté, Corneille devint spectateur du théâtre de Molière, même quand on le jouait au théâtre du Marais ou â l'hôtel de Bourgogne. La charmeuse lui forçait le pas. Ainsi, après la représentation des %Amours de Diane et ^Endymion , où MUe Du Parc remplissait le rôle de la Nuit, Corneille se montra encore parmi ses adorateurs. Mais ce n'était pas encore sa nuit. A la fin de la représentation, il lui crayonna ces vers :

Si U Lune et U Kuit sont bien représeatiet,

Endymicm n'était qu'un sot;

Il devait dès le premier mot Renvoyer à leur ciel les cornes argentées.

Ténébreuse déesse, un oeil bien éclairé Dans tes obscurités eût cherché sa forttme, Et je n'en connais point qui n'eût tôt préféré Les ombres de la Nuit aux clartés de la Lune.

Il était bien sûr d'être agréable â la marquise en

lui sacrifiant la Lune, c'est-à-dire Mne Béjart. Pour lui qui rêvait à la belle étoile, il importait peu, hélas ! qu'il y eût de la lune ou qu'il n'y en cfil pas. Ce persistant amour, qui prit dans Tàme de Pierre Corneille les teintes chaudes et mélancoliques du soleil couchant, eut encore de loin en loin des échos vaillants, attristés, douloureux ; c'est toute la symphonie du Miserere du cœur après les amères douleurs du misanthrope, qui est aussi le Miserere du cœur de Molière. Je ne sais rien de plus triste que cette pas^on inassouvie qui pleure tout haut, car Pierre Corneille a beau prendre le masque du stoïcisme, on voit toujours ses larmes. On dit que Racine a vengé Corneille, comme le comédien Guérin a vengé Molière. Tout se paie id-bas, même les jeux cruels de la coquetterie.

Cest surtout en lisant les poètes qu*on se demande « où est la femme ?» M. Levallois constate, avec le sentiment littéraire et le sentiment de la passion, l'influence de M^e Du Parc sur le génie de Corneille. « Il n'éprouva point pour elle un goût médiocre ni un attachement passager. Cette passion, dont le platonisme, plus ou moins volontaire de sa part, ne saurait être mis en doute, eut un double effet : elle arracha le poète à sa retraite, à son existence de province, pour le lancer sans espoir de retour dans la lutte dramatique; elle communiqua, de plus, à sa veine tragique un accent nouveau, particulier, qui prouve quelles traces protondes cet amour avait laissées dans son âme. Les vieillards amoureux, dans les dernières tragédies de Corneille, s'expriment avec une éloquente tristesse, avec une énergie étrange. Leur langage laisse transparaître la flamme intérieure qui les consume. Ce sentiment se manifeste avec une candeur pénétrante, une ingénuité noble qui atteint à la vraie beauté, dans ces admirables vers de Martian :

J*aiixuis quand j'iuls jeune et ne déplaisais guère ; Quelquefois de soi-même on cherchait à me plaire ;

Je pouvais aspirer au coeur le mieux placé, Mais, hélas ! j'éuis jeune et ce temps est passé ; Le souvenir en tue et l'on ne l'envisage Qjx'ayeCf s'il faut le dire, uue espèce de rage ; On le repousse, on fait cent projets superflus : Le trait qu'on porte au cœur s'enfonce d'autant plus, Et ce feu, que de honte on s'obstine à contraindre. Redouble par Vefibrt qu'on se fait pour l'éteindre.

<c M"** Du Parc était morte depuis quatre ans, lorsque Corneille faisait représenter Pukhirie ; mais le cœur du vieillard est encore ému et grondant comme à Tépoque où une douleur quotidienne le venait aiguillonner. Dix ans après Sertorius, nous retrouvons les mêmes mots navrés et poignants : Lt souvenir en tue. Ce qui est surtout digne de remarque, et ce qu'on n'a pas daigné voir, ce sont les vers de Martian qui suivent cette première tirade, et qui offrent la peinture frappante de ce qu'éprouvait Corneille chez M"® Du Parc, en présence et au milieu de ses jeunes rivaux. Substituez marquise à princesse, et vous croirez lire une page des mémoires poétiques de Corneille :

Je m'attachais sans crainte à servir la princesse. Fier de mes cheveux blancs, et fort de «a £ûblesse; Et quand je ne pensais qu'à remplir mon devoir, Je devenais amant sans m'en apercevoir.

Mon âme de ce feu nonchalamment saisie,

K± Ta point reconnu que par nu jalousie :

Tout ce qui l'approchait voulait me l'enlever,

Tout ce qui lui parlait cherchait à m'en priver ;

Je uemblais qu'à leurs yeux elle ne f&t trop belle ;

Je les haïssais tous comme plus dignes d'elle,

Et ne pouvais souffrir qu'on s'eidrichlt d'un bien

Qpe j'enviais à tous sans y prétendre rien.

Qpel supplice d'aimer un objet adorable.

Et de tant de rivaux se voir le moins aimaMe !

D'aimer plus qu'eux ensemble, et n'oser de ses feux,

Quelques ardents qu'ils soient, se promettre autant qu'eux!

On cite à juste titre, comme des modèles de noblesse dans la passion, les tirades de Psyché, La déclaration de Psyché à l'Amour, les vers où celui-ci peint en termes d*une délicatesse exquise sa constante inquiétude, sa subtile jalousie, ont été depuis longtemps signalés par la critique avec les éloges qu'ils méritent. Tout ce rôle de Martian dans Pii/- Mrie, écrit moins d'un an après Psyché ^ puisque M™e de Sévigné en parle dès le mois de janvier 1672, est peut-être encore plus surprenant.

Si vous voulez suivre plus loin Corneille dans sa passion, jouant à l'invulnérable, mais se trahissant malgré lui, voyez-le par ces vers qui marquent la date du triomphe de Racine :

Vos regards ont pour mot toujours le même charme. M'offrent mimes périls, me donnent mimt aUrme,

Et je n'etpérenis aucune guèrison,

Si Tige était chez vous mon seul contre-poison.

Mais grâces au bonheur de ma triste aTcnture,

A peine ai-je loisir d'y sentir sa blessure ;

Grices à vingt anumts dont chez vous on se rit,

Dès que votre oeil in*y blesse un autre oeil m'y guérit.

Souffrez que je m'en flatte et qu'à mon tour je cède

Au chagrinant rival qui comme eux vous obsède.

Qui leur fait presque à tous déserter votre cour,

Et n'ose vous parler ni d'hymen ni d'amour.

Vous le dites du moins, et voulez qu'on le croie.

Et mon reste d'amour vous en croit avec joie :

Je fais plus, je le vois sans en être jaloux.

Marquise, à votre tour, dites, m'en croyez-vous?

Le chagrinant rival ? vous avez reconnu Jean Racine. La grande coquette posait pour Timpeccable, mais elle ne trompait personne, sinon ses amoureux ; car c*est là le privilège de l'amour de croire que tout ce qui tombe de la bouche d'une femme est parole d*éyangile. Corneille lui-même, qui connaissait bien le cœur humain, s'y laissait prendre tout le premier.

Mais Racine était le moins naïf des hommes de son temps même quand il était amoureux.

Il n'enleva pas seulement l'actrice à Molière, il enleva la femme, la Du Parc tout entière, non-seulement parce qu'il allait lui faire jouer Andromaque, mais parce qu'elle l'aimait. Il n'avait pas encore fait le Cidy ni le Misanthrope, comme ses deux rivaux, mais il avait une grande force sous la main, la jeunesse. Et ce qui le sauva devant la Du Parc, c'est que toutes les comédiennes firent cercle autour de lui, la Marquise fut jalouse, donc elle s'embarqua à toutes voiles dans cette passion et tempêtes. On s'aima trop pour s'aimer longtemps, mais la passion ne mesure pas le temps ; et d'ailleurs il fallait que Mlle Du Parc se dépêchât puisqu'elle devait mourir.

Celle qui s'était faite comédienne pour Molière se fit donc tragédienne^pour Racine. Elle commença par le rôle d'Axiane dans la tragédie d'Alexandre, qu'elle joua avec beaucoup de sentiment. Aussi quand Racine fit Andromaque y il ne pensa qu'à elle pour ce grand rôle. Sans la mort inattendoe de la Du Parc, nous

n'aurions peut-être pas vu Tamour de Racine pour la Champmesié et le talent de la Champmeslé dans les tragédies de Radne.

Robinet laisse ainsi couler ses larmes à Tenterrement de la belle Du Parc :

Llifttel de Bourgogne eA en deuil Depuis peu, voyin; lu cercueil Son Androxaque si brilUzte, Si chamumte, si triomphante; Autrement U belle Du Parc, Par qui l'amour tirait de Tare Sur les coeurs avec unt d'idresse.

ClothonsansyeuK et saxis tendresse, Pour les plus accomplis objets Comme peur les plus imparfaiu.

Ht qui n'aime pas le théâtre, Dont tout le monde est idoUtre, Nous a ra\-i cette beauté, Dont chicun éuit enchanté.

Alors qu'avec un port de reine Elle paraissait sur La scène ; Et tout ce qu'elle eut de charmant Gît dans le sombre monument.

Elle y fut mercredi conduite Avec une nombreuse suite.

Dont étaient les comédiens, * Tant les Français qu'Italiens, Les adorateurs de ses charmes, Qui ne la suivaient pas sans larmes ; Q,uelques-uns d'eux incognito, Qjii, je crois, dans leur mémento

Annmt de U belle inhmnie

Fort longtemps limage imprimée.

Item, maints diffhents amours,

Afiubl^ de sombres atoors,

Qlù pour le pas semblaient se battre.

Item les poètes de tbèàtre.

Dont Tun, le plus intéressé,

Ètût à demi trépassé.

Item, plusieurs peintres célèbres

Étaient de ces honneurs funèbres,

AyMOt de leurs savanu pinceaux

Été Tun des objets plus beaux.

Item enfin une cohorte

De personnes de toute sorte.

Qui furent de ses dictateurs.

Ou plutôt de ses specuteurs ;

Et c'est ce que pour épiuphe,

En style d'historiographe,

Crojrant lui devoir ce souci.

J'en ai bien voulu mettre ici.

Mathieu Marais, dans son recueil des Mémoires touchant Ja vie de Boileau Despriatix^ rapporte ces paroles de Boileau sur Racine et la Du Parc : « M. Racine était amoureux de la Du Parc, qui était grande, bien faite, et qui n*était pas bonne actrice. Il fit Andromaque pour elle, il lui apprit ce rôle, il la faisait répéter comme une écoliire. Il la fit sortir de la troupe de Molière, et la mit dans celle de l'hôtel de Bourgogne... La Du Parc mourut bientôt en couches. Elle était veuve. » Mais elle avait toujours été veuve.

Cette mort inattendue fit quelque bruit au théâtre et dans tout Paris. Q^i le croirait aujourd'hui? Racine fut accusé d'avoir empoisonné sa maîtresse a pour lui avoir donné un enfant. » On retrouve les traces de cette accusation d'empoisonnement dans les notes de M. Mormierqué sur les lettres de M»* de Sévigné. Et qui avait porté cette accusation ? Céuit la Voisin. Dans son interrogatoire du 17 février 1680, elle déclara, « qu'elle avait connue la demoiselle Du Parc, comédienne, que sa belle-mère nommée de Gorla lui avait dit que c'était Racine qui l'avait empoisonnée. »

Sans doute la Voisin voyait des empoisonneurs partout. Elle voulait se mettre en bonne compagnie. La belle-mère de la Du Parc la regrettait sans doute, parce que la Du Parc était généreuse ; elle en voulait à son amant qui, après tout, était la cause de sa mort par cet enfant venu si mal à propos*.

Mais, comme a dit un contemporain, « si ce n'eût pas été Racine, c'eût été un autre. »

Dans son histoire de Racine, M. Adolphe Régnier commente ainsi les paroles de Boileau :

« Sans doute que Boileau voulait dire qu'au mo-

* Toute cette tragédie calomnieuse est éloquemment flagellée par Marc de lAontifaud : Racim et la Voisin.

ment où il écrivait Andromaque, il songeait à donner un rôle à la Du Parc. Il ne pouvait entendre qu'elle fôt la Muse qui l'inspirât. Il est bon de remarquer que Racine ne fit pas jouer à cette actrice celui des rôles de sa tragédie où respire la passion de Tamour, et que, du reste, pour peindre la fidèle Andromaque, le veuvage, très-légèrement porté de la Du Parc, ne lui servit pas apparemment de modèle. »

L'épitaphe de Robinet prouve qu'à l'hôtel de Bourgogne, la Du Parc avait conservé ses adorateurs du Palais-Royal ; à n'en pas douter. Racine fut du convoi, on le reconnaît dans ces trois vers :

Item, les portes de théitre Dont rnn, le plus intéressé.

Était à demi trépassé.

Ce n'était pas le plus intéressé parce qu'elle jouait Andromaque, comme dit son historiographe, et pour si peu, il n'eût pas été à demi mort de douleur. Je ne sais si La Fontaine pleura, mais à la fin du roman de Psychéy il a pour ainsi dire consacré les larmes de Racine,

Tragédie sans musique.

Je ne sais pas si Molière accompagna jusqu'aux Carmes celle qui avait créé tant de rôles dans ses pièces, Dorimène, Aglante, Arsinoé, où elle enlevait tous les cœurs dès que sa beauté entrait en scène. Mais quoiqu'elle fût passée à Racine avec armes et bagages, quoiqu'elle eût entraîné à Thôtel de Bourgogne ses adorateurs du Palais-Royal, je suis sûr que Molière, presque toujours gouverné par son coeur dans les actions de sa vie, donna une vraie larme à cette femme qui était une des plus fraîches images de sa jeunesse.

Ces quatre vers ne sont pas de Molière ; on les lui a attribués, mais ils sont de d'Assoucy :

Qui donc pourrait me contredire Pour ce portrait de U Du Parc :

Sa bouche parle sans rien dire Et ses deux yeux tirent de l'arc !

Louis Racine nie les amours profanes de son père ; mais Jean Racine n'a-t-il pas dit dans son testament qu'il se sent indigne d'être enterré dans le* cimetière de Port-Royal-des-Champs « par les scandales de sa vie passée? »

Molière eut toujours pour la Du Parc une amitié

teintée d'amour ; par exemple, entre autres preuves, relisons V Impromptu de Versailles :

Mii« Du Parc.—- Mon Dieu ! pour moi je m'acquitterai fort mal de mon personnage, et je ne sais pas pourquoi vous m'avez donné ce rôle de façonnière.

MouÈRE. — Mon Dieu, mademoiselle 1 voilà conmie vous disiez, lorsqu'on vous donna celui de la Critique de V École des Femmes, Cependant vous vous en êtes acquittée à merveille, et tout le monde est demeuré d'accord que l'on ne peut pas mieux faire que vous avez fait. Croyez-moi, celui-ci sera de même,» et vous le jouerez mieux que vous ne le pensez.

MWe Du Parc . — Comment cela se pourrait-il faire, car il n'y a point de personne au monde qui soit moins façonnière que moi ?

Molière. — Cela est vrai, et c'est en quoi vous faites mieux voir que vous êtes une vraie comédienne.

Eh bien 1 encore une fois, je crois fermement que MUe Du Parc n'avait jamais été « façonnière » avec Molière, non plus qu'elle ne le fut avec Racine.

Si elle le fut avec Corneille, c'est parce que Corneille avait des cheveux blancs. Et puis, c'était peutêtre pour ne pas — l'embarrasser? —

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