DANCOURT
Mais on dira...
M«« Desbrosses vient annoncer que l'auteur ne veut point laisser jouer sa pièce. Alors l'esprit de contradiction fait son eâfet.
On ne la jouera pas! hé ! pourquoi, je vous prie? L'auteur s'entend fort bien ! il serait beau, nu foi, Qpe messieurs les auteurs nous donnassent la loi ! Pour le Caire enrager, je prétends qu'on la joue.
La Beauval fîit donc au théâtre la vraie servante de Molière; elle riait toujours, même quand il ne fallait pas rire; mais Molière ne voulut pas l'attrister par un pédantisme misanthropique. Il savait que dans la comédie il faut des rieuses. On ne vit jamais jouer plus gaiement Zerbinette des Fourberies de Scapitt, Martine des Femmes savantes y Nicole du Bourgeois gentilhomme, Toinette du Malade imaginaire. Elle garda sa gaieté jusqu'au tombeau. Le 20 mars 1720, âgée de soixante-treize ans, elle riait encore n'ayant plus que le souffle. Elle dit à ses amis que c'était le lendemain le premier jour du printemps et qu'elle le verrait dans l'autre monde.
Voilà une vraie femme. Ausâ Molière trouvait-il un vif plaiâr dans la compagnie de ce ^cUable à quatre », selon le mot de Regnard. EUe ne savait rien des livres puisqu'elle ne savait pas lire ses rôles, mais comme elle savait, bien le livre de la vie ! Sur ce chapitre, il n'y avait pas à lui en remontrer.
Son entrée au Théâtre français est presque de l'histoire ; en 1670, Colbert prit les ordres de Louis XIV pour rengagement d'une Soubrette et d'un Niais. Cétait de la haute politique.
La troupe dont faisaient partie les Beauval était â Mâcon, lorsque, le !•' août 1670, un courrier, parti de Saint- Germain, porta à Jean Pitel et à sa femme l'ordre suivant (i) :
« De par le Roy, Sa Majesté voulant toujours entretenir les troupes de ses comédiens complètes, et pour cet effet prendre les meilleurs des provinces pour son divertissement, et estant informée que la nommée de Beauval, l'une des actrices de la troupe des comédiens qui est présentement à Mascon^ a toutes les qualitcz requises pour mériter une place dans la troupe de ses comédiens qui représentent dans la salle
(1) p. a69 vo d'un Registre de U sccréuirerie d'Éttt, pour l'an 1670, gardé k U Bibliothèque.
de son palais royal, Sa Majesté mande et ordonne à ladicte Beauval et à son mary de se rendre incessamment à la suite de sa cour pour y recevoir ses ordres ; veut et entend que les comédiens de ladicte troupe qui est présentement à Mascon, ayent à les laisser seurement et librement partir, sans leur doimer aucun trouble ny empeschement, nonobstant toutes conventions, contractz et traitez avec clauses de desdit qu'ils pourroient auoir fait ensemble^ dont, attendu qu'il s'agit de la satisfaction et du service de Sa Majesté, elle les a releuéset dispensez: Enjoint à tous ses officiers et sujets qu'il appartiendra de tenir la main à l'exécution du présent ordre. Fait à Saint-Germainen-Laye, le xxxi« juillet 1670. Signé LouiS et plus bas COLBERT. »
Voici une autre page officielle d'après le Registre de La Grange:
« Quelques jours après qu'on eut recommencé « après Pâques, M. de Molière manda de la cam- « pagne le sieur Baron, qui se rendit à Paris après « avoir reçu une lettre de cachet, et eut une part. Et « deux mois après, M. de Molière manda de la mesme « troupe de campagne M. et M'^« BeauVal pour a une part et demy, à la charge de payer 500 livres <c de la pension du sieur Bejard (qui s'était retiré à
f Pâques), et 3 livres chaque jour de représentation à « Chasteauneuf, gagiste de la troupe (i). »
M"c Beauval n'eut pas le bonheur de plaire au roi, mais elle avait plu à Molière, qui pour elle était le vrai roi. Il fallait que Molière fût quelque peu amoureux d'elle pour vaincre la froideur que Louis XIV témoigna à Chambord, au début de cette comédienne ; un peu plus, le roi ne la voulait pas sur son théâtre. Comme elle était grosse de quatre mois, Louis XIV dit avec humeur : « Qu'elle retourne en province faire des entants. »
Enfin la Beau val joua ; jouer, pour elle c'était triompher. Robinet la met ainsi dans sa Galette :
Ainsi le roi va à Chambord,
Joyeusement prendre Tessor,
Avec sa Cour si florissante,
Et pendant des jours, quinxe ou trente.
Molière, privilégié,
Comme seul des talents doué
Pour y divertir ce cher sire,
Ea prend, ce me vient-on dire.
(i) Quatre mois après son début, c'est-à-dire le i$ norembre 1670, Mil* Beauval mit au monde une fille, que, le même )oar, à Saint- Germain-rAuxerrois, on nomma Jeanne-Catherine^ ayant pour parrain « Jean-Baptiste Poquelin Molière, upissier valet de chambre ordinaire du Roy, » et pour marraine « Catherine Lederc, liemme d'Ed-ne ViUequin, oflBcier du Roy. » C'est là MU« de Brie.
La route, sans doute lundi, Le matin ou rapris-midi, Avec sa ravissante troupe, Q^i *i fort a le vent en poupe, Et même où, par l'or Ire royal, On voit depuis peu la Beau val.
Actrice d'un rare mérite, Qui de bonne gr&ce récite.
Ainsi qu*avecque jugement.
Et qui bref est un ornement.
Le plus attrayant qu'ait la scène ; Cest une vérité ceruine.
M^^c Beauval (5tait la meilleure femme du monde, mds une vraie diablesse pour défendre ses droits; rien ne lui coûtait. Combied de soufflets sur son passage ! c'était sa raison suprême , elle n'obéissait qu'aux rois et aux princes. Le sentiment du devoir lui disait que le prince par excellence était le public.
Elle passa de la troupe de Molière à Thôtel de Bourgogne, pleurant toujours son cher maître avec de vraies larmes. Aussi ce fut avec un sentiment de joie et de regret qu'elle revint en 1680 au vrai tliédtre de la comédie, quand les deux troupes se réunirent.
Celle qui n'obéissait qu'au prince se soumit avec une dignité exemplaire quand M^'e Desmares reçut de Versjûlles l'ordre « d'étudier les rôles de M'^* Beauval dans le comique » pour doubler cette comédienne. MU« Desmares ne perdit pas de temps pour dire tout
haut que c'était la volonté de Monseigneur. « C'est mon coup de grâce, s'écria M^^e Beauval.
Ses camarades la voulurent consoler, mais les larmes roulaient sur ses joues. « Moi seule, et c'est assez, ditelle, mais je vois bien que cet ordre est pour me faire comprendre que je ne suis plus digne de mon emploi, je me retire; bonsoir, l:j compagnie. »
Ceci se passait en 1704, il y avait donc trente-quatre ms que M^^c Beauval jouait la comédie à Paris ; c'était léjà quelque chose, et comme elle était aimée du parterre, ses camarades la voulurent retenir. On eut beau faire, elle partit aux fêtes de Pdques. Comme elle jouait les servantes, elle demanda en riant un certificat de bonne vie et mœurs. « N'ai-je pas toujours bien fait mon service? »
£t s'animant :
« QjLie pourrait-on me reprocher? J'ai mis au monde vingt-quatre ou vingt-huit enfants, je ne sais plus combien ; une Agnès ou une d'Escarbagnas eût passé chaque fois si.x. semaines au lit, — les paresseuses 1 — moi, je reprenais mon service au bout de huit jours, parce que je suis une femme des anciens temps. Bonsoir, la compagnie! »
Elle rentra chez elle avec son mari, car elle ue lui permit pas de rester au théâtre sans sa femme.
Du reste, Tintérieur de ces deux comédiens était bien une autre comédie. Si le mari était silencieux, la femme faisait bruyamment les choses; Bcauval avait beau s'incliner devant ce despotisme, il lui fallait subir orages et tempêtes ; mais tout cela finissait par des chansons. On ne saurait mieux pénétrer dans la vie intime de ces figures originales, comédiens et comédiennes, qu*en feuilletant les actes des notaires et les Archives nationales. Aux Archives, M. Campardon a eu la main heureuse : c'est lui, le premier, qui a déniché les merles. Voici, par exemple, en novembre 1685, une «plainte de Beauval contre Jacques Deshayes, qui avait commence par enlever sa fille Louise avant de Tcpouser. » C'est un moyen qui a toujours réussi.
On ne s'explique pas beaucoup cette plainte, puisque celle qu'on enlevait était déjà veuve. Il est vrai que le ravisseur n'en était que moins excusable.
« Le procédé dudict Deshayes est criminel, puisqu'il a commis le crime de rapt en la personne de la fille du plaignant, que le mariage prétendu solennisé en l'église Saint-Eustache n'est pas tant un mariage qu'une suite de rapt et de séduction dudict Deshayes,
puisqu'il est fait au préjudice et mépris de rautorité paternelle et encore contre les canons et décrets de l'Église. »
Voyez-vous d'ici la dignité du mari de la Beauvai, qui trouve que le mariage n*est pas dans les règles, même quand TËglise a passé par là ? On reconnaît bien ici le caractère de la Beauval, car le mari n'emboîtait le pas que sur le sien.
En août 1795, nouvelle plainte « contre une servante voleuse ».
« Nous, commissaire au Chitelet, nous nous sonunes transporté rue aux Ours en une maison visà-vis la Rose-Roiige, chez un tourneur où, étant monté dans ime troisième chambre ayant vue sur ladite rue aux Ours, avons trouvé Jean Pitel, sieur de Beauval, ofEder du Roi ; lequel nous a dit qù*il y a environ six jours, il auroit rendu plainte à M* Bizoton, aussi commisaire au Chitelet, et fait informer du vol qui lui auroit été fait par Angélique Bonnard, femme de chambre, de laquelle il auroit fait diverses perquisitions depuis lundi 8 jours en cette ville de Paris et enfin auroit découvert que ladite Angélique Bonnard étoit logée dans la chambre où nous sommes, auroit retrouvé dans ses bardes deux cornettes, une de . petite dentelle du Havre et l'autre d'une grande
dentelle large de six doigts de malines à double réseau, deux autres cornettes de linon rayé avec une petite dentelle â bride, un bonnet doublé de fîitaine avec une dentelle â bride et un dessus de bonnet iussi de linon ra3ré avec une petite dentelle de Malines à bride, une chemise fine à usage d*homme, la dentelle faisant le tour du corset de fiitaine. Ladite Angélique lui ayant emporté, outre lesdites bardes, dans son cabinet 36 louis d*or neufis et 14 écus neu£s. Pourquoi requiert notre transport à l'effet d'interroger ladite Bonnard. »
On voit que les bonnes ser\'antes du temps de Molière,^ si regrettées aujourd'hui, ne valaient guère mieux que les nôtres. On voit aussi que si M"* Beauval ne portait pas de cornes, selon son expression, elle portait des cornettes « en dentelles larges de six doigts de malines à double réseau ». Beauval avait ausâ ses grands jours, puisque ladite voleuse lui enlevait (c une chemise fine ».
11 parait qu'on volait beaucoup les époux Beauval. Mais le mari veillait au grain.
Voici une plainte en 1694 contre des individus qui avaient coupé du seigle leur appartenant dans une pièce de terre attenant à leur maison de campagne de Monceaux.
I50 LES COilÉDIEKXES DE MOLIÈRE
c Par-devant nous, Charles Bizoïoii, commissaire au Qiâtelet, est comparu Jean Pitel, sieur de Beaoval, demeurant ixnte de Bussi, paroisse Sûm-Andié-des- Arts; lequel nous a lait plainte et dit que le nommé Moissi, son jardinier, qu'il a étabH dans une maison par lui acquise depuis Pâques dernier au village de Monceaux, paroisse de Clichi, lui est venu rapporter que, la nuit précédente, plusieurs particuliers à lui inconnus étoient venus couper une petite pièce de terre ensemencée de seigle, attenant i son jardin dépendant de la maison, la nuit du vendredi 1 samedi dernier; et après avoir coupé ledit seigle, Tauroient enlevé et fait porter nuitamment dans une maison dudit village, quoique ledit seigle ne fût pas encore en maturité. Ce qui mérite punition exemplaire d'autant plus que, par les déclarations du Roi, il n'est permis de faire la coupe d'aucun grain avant leur maturité. »
Admirable raison !
On dit que la Beauval était passée des orages du théâtre au.v douceurs de Tagriculture. Elle ne se contentait pas de cultiver son jardin, elle semait du blé sans prévoir que des inconnus viendraient nuitamment faire la moisson.
Mais en voici bien d'une autre ! Cest une plainte en
1695 « contre une servante ivrognesse et voleuse ^^. Il y en avait donc déjà ? *
« L'an 1695, le jeudi 2$* jour d'août, sur les dix heures du matin, en l'hôtel de nous, Charles Bizoton, commissaire au Châtelet, est comparu Jean Pi tel, sieur de Beauval, demeurant porte de Bussi : lequel nous a fait plainte et dit qu'il y a environ six semaines son épouse auroit pris pour servante de cuisine la nommée Catherine qui lui auroit été indiquée par la nommée Laperdreau, femme qui demeure rue des Augustins. Depuis lequel tems ladite Catherine, sous prétexte d'aller tirer du vin d la cave, en faisoit emp ortcr une grande quantité par des porteurs et une petite iille, et non contente de ce, ladite damoiselle son épouse l'a surprise plusieurs fois lui volant dans ses poches la monnoie qu'elle y avoit, après s'être aperçue que l'on lui prenoit et notamment le jour d'hier ayant mis dans sa poche huit petites pièces de quatre sols, une pièce de six sols de reste de monnoie que son chandelier lui avoit rendue avec un sol en liards et voulant de ladite monnoie donner quelque chose à ladite Catherine à laquelle elle auroit dit de la tirer de sa poche et d'aller à la boucherie pour y aclieter ce qu'elle avoit besoin, ladite Catherine lui seroit venue dire qu'il n'y avoit plus que quatre pièces de 4 sols et
one de 6 sols, ce qui aurait Dût que ladite damoiselle son épouse aurait dît que sûrement elle étmt volée et qu'elle avoit lesdites pièces de 4 sols et liards en icelle. »
Qjue penseraient aujourd'hui MU«* Sarah Bemhârdt, Croizette ou Brohan de ces pièces de quatre sols «I liards en icelle qui jouent un si grand rôle ?
« Pourquoi ayant demandé, en présence de son}ardinier et de sa femme de chambre, à ladite Catherine s'il n'était pas vrai qu'elle lui avoit mal pris et volé le surplus de ladite mohnoie, elle lui en serait convenue et dit qu'elle l'auroit cachée sur une planche où Té* pousc de lui plaignant auroit tout retrouvé. »
Comment ! la fîère Beauval ne dédaignait pas de liarder ainsi avec sa cuisinière I Et, en outre, elle la tardait par le soupçon. « Et comme elle lui anroit demandé pardon et qu'elle appréhende qu'elle lui ait fait un plus grand vol, il se trouve obligé de nous en rendre la présente plainte. »
Il paraît que Mii« Beauval connaissait bien la femme par cette appréhension d'un plus grand vol par celle qui s'était jetée à ses genoux. Donc il ne ùaA jamais rien avouer.
Mais voilà le bouquet : c'est une « plainte de M"" Beauval contre une servante voleuse qui lui avoit donné un soufflet ».
Ne passons pas une ligne :
« L'an 1702, le lundi 13e jour de mars, sur les trois heures après midi, nous, Charles Bizoton, commissaire au Châtelet, ayant été requis, sommes transporté en une maison où étoit la porte de Bussi, où étant Jeanne Olivier Bourguignon, femme de Jean Pitel, sieur de Beauval, nous a fait plainte et dit que depuis quinze jours ou trois semaines elle auroit pris à son service, en qualité de fenmie de chambre, la nommée Catherine Legrand, fille; qu'heure présente étant dans sa chambre et lui montrans à faire son lit, elle lui auroit dit qu'elle étoit surprise qu'elle eût rompu la clef et serrure d'une armoire où elle renferme ses hardes et qu'elle devoit prenne garde â ne la pas forcer.
« Ladite Legrand, s'emportant de colère, lui auroit répliqué qu'elle en avoit menti et qu'elle n'avoit pas rompu ladite clef, ce qui l'auroit obligée à cause de son impudence de la vouloir ûdre retirer de sa chambre, et dans l'instant qu'elle l'auroit prise par le bras, ladite Legrand poussant sa furie et son emportement à l'excès auroit porté à tour de bras à elle plaignante un soufflet sur la joue droite. »
Sur la joue droite, entendez-vous ! C'était pour se mettre en train, voyez plutôt : « Et se seroit jetée sur
elle, Tauroit décoiffée cl poussé son insolence au dernier point en jurant le saint nom de Dieu et disant des termes que la pudeur ne lui permet pas de répéter; que dans l'instant le nommé Raison, serrurier, étant survenu et ayant^ vu lesdites violences et emportemens, il l'auroit fait retirer de dessus elle, ci chagrine de ce qu'il Tavoit empêchée de la maltraiter davantage, elle se seroit avisée d'aller rompre et casser les carreaux de verre d'un châssis de sa chambre, disant qu'elle se vouloit jeter par la fenêtre dont ledit Raison l'auroit fait retirer. Et comme cette insulte, faite par une domestique, mérite punition et qu'elle ressent un grand éiourdissement du coup qu'elle a reçu de ladite Legrand, e^lc se trouve obligée d'avoir recours à l'autorité de la justice pour lui être pourvu et de nous rendre la présente plainte. »
Croyez-vous à ce a grand étourdissemcnt »? NI moi non plus. «Sur quoi, nous commissaire avons à ladite plaignante donné acte du* contenu en sa plainte et de ce qu'elle a une joue fort rouge où elle nous a dit avoir reçu le soufflet de ladite Legrand, comme aussi de ce qu'il nous a paru dans une chambre derrière celle de ladite plaignante deux carreaux do vitre cassés où ladite Legrand s'est trouvée, laquelle nous avons, à la requête de la plaignante, à ses risques, périls et tor-
LA BEALVAL 155
tune, fait conduire par Etienne Biétrix, sergent à verge, des prisons de l'Abbaye. »
C'était un des orages journaliers de la maison Beauval. Le plus souvent, les soufflets étaient admi> nistrés par la comédienne ; mais, cette fois, elle avait trouvé son maître. Une fois n'est pas coutume.
N'entrc-t-on pas de plain-pied par ces précieux documents dans la vie intime des gens de théâtre au temps de Molière? L'histoire est U toute vivante.
Mme Beauval fut une de ces vaillantes soubrettes qui marquaient au vif leur physionomie, qui traversaient hardiment la pièce, tête hautp, allures "décidées, fortes en gueule, comme le génie familier de la raison.
Regnard avait dit dans le prologue des Folùs amoureuses :
• Il scfAtt beau, ma foi.
Que messieurs les auteurs nous donnassent la loi !
Hormis sa servante, nul ne donna la loi à la servante de Molière, ni les auteurs, ni le public, ni M. Beauval ; je me trompe. Mil»-' Desmarcs arriva un soir au théAtre avec uit ordre de Versailles qui l'appelait à jouer les rôles de servantes de Molière. « Eh bien ! dit M™< Beauval, je vais apprendre à lire à mes enfants. »
Elle avait eu vingt-quatre enfants I aussi jamais maîtresse d'école n'eut une plus rude tâche. Ses bonnes amies dirent tout hayt qu'elle se vantait beaucoup en disant qu'elle apprendrait à lire ik ses enfants, puisqu'elle n*avait jamais su lire. Ce n'est pas Molière qui lui eût mis une grammaire à la main.
M^ie Beauval, retirée du théâtre officiel, joua encore çâ et là dans le monde ; par exemple, elle fut la metteuse en scène du théâtre de la duchesse du Maine, où elle jouait en homme et en femme, avec ses allures endiablées.'
Elle ne se reposa que le lundi, vingtième de mars 1720, la mort l'ayant couchée dans le tombeau. « Il n'y a plus à s'en dédire, murmura-t-elle avec on dernier sourire, je vois bien que la mort baisse le rideau. »
Qpand Molière fit répéter k fSCdade imaginaire^ Mil® Beauval, chargée du rôle de Toinette, s'impatienta de voir Molière mécontent de tout le monde. Elle lui dit brusquement :
« Vous nous tourmentez tous, excepté mon mari. — J'en serais bien fâché, répliqua Molière, je lui gâterais son jeu. »
Le pauvre grand homme était surtout mécontent de lui ; c'est qu'il y avait dans sa pièce une corné-
dienne occulte qui devait être du dénouement ; cette comédienne, c'était aussi la Mort.
On a dit que c'était pour la Beauval que Molière rima ce sonnet :
C'est trop longtemps, Iris, me mettre à U torture, Et si je sais vos lois, je les blime tout bas De me forcer à taire un tourment que j'endure. Pour déclarer tm mal que je ne rèssetu pas.
Faut41 que vos beaux yenx, i qui je rends les armes. Veuillent se divertir de mes tristes soupirs ? Et n'est-ce pas assez de souf&lr pour ^0% charmes. Sans me faire soufirir encor pour vos plaisirs ?
Cen est trop à la fois que ce double martyre, Et ce qu'il me iaut taire, et ce qu^il me faut dire. Exerce sur mon coeur pareille cruauté.
Uamour le met en feo, la contrainte le tue ; Et, si par la pitié vous n'êtes combattue.
Je metus et de la fieinte et de la vérité.
Je crois bien plutôt que ce sonnet, qui date d'un temps où Molière avait plus de loisir pour aimer et pour rimer, fut inspiré par Madeleine Béjart — ou par la Du Parc — cette Célimène avant la lettre, c'est-à-dire avant la femme de Molière.
LES
ADEMOISELLE Beaupré fut, qu'on nous pardonne le mot, la seconde Marotte de Molicrc. Elle était plus jolie que la première. Robinet dit qu'elle était sage, mais Robinet était un poète. D'ailleurs, les femmes de Molière ne croyaient pas perdre leurs droits à la vertu pour avoir aimé Molière. C'était le Louis XIV de sa troupe. Or, hormis La Vallière, est-ce que toutes les femmes de la Cour se cro)'aient déchues pour avoir monté — je veux dire pour avoir descendu — jusqu'au Roi ? Ce fut une belle comtesse d'Escarbagnas. Elle créa
l60 1.ES COMÉDIENNES DE MOLIÈRE
le rôle à l'emporte-pièce, en femme qui comprend bien la comédie des ridicules.
On pouvait lui dire qu'elle était jolie et qu'elle • jouait bien, mais il ne fallait pas lui marcher sur le pied.
Sauvai, l'historien des antiquités de Paris, les frères Parfait, les historiens du théâtre, ont parlé d*un duel à Tépée entre M^e Beaupré et NPl» des Urlies. Il y avait, à n'en pas douter, un amant ou deux làdessous. Elles mirent Tép^e à la main « après la pc- ' tite pièce » . Sauvai, lui-même, assista à cette prise d'armes, qui fut paoifîée au premier sang.
Tallemand des Réaux raconta ainsi la chose :
« Il arriva une assez plaisante et tragique aventurc à la Beaupré. Sur le théâtre, elle et une jeune comédienne se dirent leurs vérités. — Eh bien, dît la Beaupré, je voy bien, mademoiselle, que vous voulez me voir l'espée à la main. — Et en disant cela, c'étoit à la fin de la farce, elle va quérir deux espécs point espointées. La fille en prit une, croyant badiner. La Beaupré, en colère, la blessa au cou et l'eust tuée si Ton n'y eust couru. » Ce qui ne l'empcchait pas de jouer Georgette dans V École des femmes, Aglaure dans Psyché et autres rôles où il ne fallait pas mettre l'épée à la main.
LES
A servante de Molière dut sa célébrité à Boileau. 11 a écrit : u Ou dit que Malherbe consultait sur ses vers Toreille de sa servante, et je me souviens que Molière m*a montré aussi plusieurs fois une servante qu*il avait chez lui, et à qui il lisait, disait -il, quelquefois ses comédies, et il m'assurait que lorsque des endroits de plaisanterie ne Tavaient point frappée, il les corrigeait, parce qu*il avait plusieurs fois éprouvé sur son théâtre que ces endroits n'y réussissaient point.
« Un jour,«Molière, pour éprouver le goût de sa servante, lui lut quelques scènes d*une pièce de Brécourt. Laforest ne prit point le change, et après avoir ouï
quelques mots, elle soutint que son maître n'avait pas fait cet ouvrage. »
Et voilà une légende immortelle.
C'était le temps des légendes. Tout homme de génie avait la sienne. On était surtout célèbre par quelque légende. C'est par la légende que beaucoup d'hommes de lettres du temps passé ont aujourd'hui une renommée bruyante. Les femmes elles-mêmes sont portées, par un conte invraisemblable, jusqu'à la postérité. Rappelez- vous les courtisanes antiques ; rappelez-vous Ninon de Lenclos avec son nain qui lui donne Téternelle beauté et Mme de Maintenon avec son devin qui lui prédit le trône. Entre ^tres légendes, Molière a aussi son souper d'Auteuil, nuds il parait que cette légende est une histoire, quoique Voltaire n'y croie pas ni moi non plus.
Parmi les légendes, dans l'histoire de la vie de Molière, il y a encore le mot de Racine ou de Boileau. Le Roi demandait quel était le plus grand homme de son règne, à l'un des deux qui répondait : Cesi Molière, La réponse doit être de Racine, qui voyait beaucoup Louis XIV et qui était un esprit pénétrant s'il en fut. Boileau n'eût pas si bien dit, car il eût prononcé le nom de Racine. Mais Boileau ne voyait guère Louis XIV. La légende dit encore que le Roi
répliqua devant ce mot de Molière : m J$ne Je croyais point. » C'était une simple politesse à Racine. H n'eût pas été si poli pour Boileau.
Mais revenons à la servante de Molière. Il y en eut plus d'une.
Voici un acte de décès à Saint-Germain-l'Auxerrois : a Le lundy, 9« juillet 1668, fut inhumée Louise Lefebure, ueufue de Edme Jorand, chjrrurgien, seruante de cuisine de M. de Molière, demeurant rue St-Thomas du Louvre. »
On se demande si c'est bien la servante légendaire. « Cette Louise Le Febvre est-elle celle que l'auteur du Misanthrope montre i Boileau en lui disant qu'il lui lisoit quelquefois ses comédies, la servante que Brossette nomme Laforest, comme Grimarest dans sa Vie de M. de Molière ? »
Les très-heureuses découvertes de M. Eudore Soulié nous apprennent que la servante qui chez Molière portait le nom de Laforest, au moment de la mort du grand comique, avait nom Renée Vannier. Mais voyons la première Laforest.
Grimarest raconte cette scène datée de 1664 :
« Q]iielque temps après le retour de Baron, on joua
une pièce intitulée Don Quixote, » u On avoit pris
e sujet de cette pièce au temps que don Quixote
l66 LES COMÉDIENNES DE MOLIÈRE
installe Sancho Panza dans son goavemement.
Molière fiaisoit Sancho; et comme il devoit pandtre sur le théâtre monté sur on âne, il se mit dans la coulisse pour être prêt à entrer dans le moment que la scène le demanderoit . Mais Tâne, qui ne sçavoit pas son rôle par cœur, n'observa point le moment, et dès qu'il fut dans la coulisse, il voulut entrer, quelques efforts que Molière employât pour qu'il n'en fît rien. Il tiroit le licou de toute sa force ; l'âne n'obéissoit point et vouloit paroistre. Molière appeloit : « Baron I Laforest I â moi 1 Ce maudit âne « veut entrer en scène! » Laforest étoit une servante qui faisoit alors tout son domestique, quoiqu'il eût près de trente mille livres de rentes. Cette femme étoit dans la coulisse opposée et elle rioit de tout son cœur. » C'était une tradition du théâtre, que Grimarest tenait de comédiens qui l'avaient recueillie de la bouche de Molière. M. Taschereau rapporte l'aventure â l'année 1670 *; mais voilà une difficulté à l'adoption
* Grimarest dit que Laforest était la servante de Molière, au moment de cette représcnution de Don Quichotte dont il vient d*ètre question.
Ces dates et ces suppositions me sont indiquées par Jal, qui regardait les choses de trop près pour bien voir. Il a toutefois donné de curieuses notes sur les servantes de Molière sans rien prouver.
de cette date. La Grange, dans son journal commencé seulement à Pâques de Tannée 1659, dit que fiSancho Panu, pièce raccommodée par MU« Béjart », fut joué pour la première fois « le samedy 5* juin 1659 ». L'ouvrage eut quelques représentations en 1660, 1662, 1663 et fîit représenté pour la dernière fois «le vendredi 20" novembre 1665. » « Si la petite aventure de l'âne eut lieu en présence de Baron, ce dut être antérieurement â l'affaire du soufflet donné par M"'* Molière au jeune acteur, quelques jours avant la première représentation de Mélicerte, c'est-à-dire de 1660 â 1665. Une Laforest étoit au seivice de Molière ; on en trouve la preuve dans le registre des dépenses journalières de la Comédie françoise, tenu par La Thorillière. » Sous la date « du vendredy 19 décembre 1664 », on lit cette mention : « A Laforest, 5 1. » On se demande pourquoi. C'est bien simple : Molière lui faisait jouer des rôles — de son emploi — ; ainsi dans la distribution des Femmes savantes^ on trouve : Martine, servante de cuisine *.
* Il y avût aussi une seconde Marotte.
Il semble bien étrange aujourd'hui que les écriu du temps de Molière parlent si peu de ce théâtre inunortel d*où a jailli l'esprit français dans Tesprit gaulois. Cest à peisA par exemple si dans la
l68 LES COMÉDIENNES DE MOLIÈRE
Dans Tinventaire après la mort de Molière, on voit apparaître Renée Vannier, dite Laforest, avec Catherine Lemoyne, « servantes filles de chambre, après serment fait par elles de montrer et mettre en évidence, sans aucuns cacher ni latiter sur les peines de droit, tous les biens meubles, ustensiles d*hôtel, or et argent monnayé, lettres, papiers et enseignemens ». La question est de savoir si cette Laforest, qui survit à Molière, a été la vraie servante dont il suivait les conseils. Il avait déjà enterré une Laforest ou plutôt il l'avait laissé enterrer sans lui, ce qui n*est pas bien. Mais avait-il le temps de vivre celui qui n'eut pas le temps de mourir ?
Pourquoi s'appelaient-elles Laforest toutes les deux?
Q^i sait même s'il n'y en a pas trois ou quatre du même nom? C'est qu'on avait coutume dans ce
Gaxette en vers de Robinet on trouve çà et là son profil. J'y prends celui de cette autre Marotte :
Enfin U pucelle Marotte D'un amant seroit la marotte.
Ce m'est advis avec bon droit.
Et n'a point l'esprit maladroit Pour seconder en ce rencontre Les appas dont elle fiât montre.
temps-là, comme il arrive encore aujourd'hui, de changer de servante, mais de leur donner le même pseudonyme pour ne -pas devoir s'habituer à un autre baptême.
Voilà pourquoi tous les domestiques s'appelaient Champagne, Bourguignon, Lépine^ Labranche, Laforêt. Molière surtout aimait trop à simplifier dans les enchevêtrements de sa vie pour donner un nouveau nom à chacune de ses servantes. Q.ui sait d'ailleurs si la seconde n'a pas hérité du nom de Laforêt par un souvenir d'amitié pour la première?
Q}ioi qu'il en soit^ il y eut au moins une Laforêt qui fut la vraie servante de la maison, une autre âme qui veillait à tout, mais qui ne trahissait pas la cuisine sous prétexte d'ébouter les monologues de son maître. Certes, Molière ne Fallait pas quérir à son fourneau, mais si elle le surprenait improvisant tout haut les vers dts Femmes savantes ou du Tartufe, elle ne se gênait pas pour mettre les poings sur la hanche comme si elle fût au spectacle. C'était alors que Molière, qui ne dédaignait aucun spectateur, retenait Laforêt pour lui lire les scènes les plus comiques, l'interrogeant d'un regard qui semblait lui dire : « N'aije pas oublié le sel ? »
Souvent elle applaudissait à belles mains, quand un
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trait de caractère, un trait d'esprit, un trait de génie irappùt son oreille.
Elle s'écriait comme le spectateur des Prkieuut Hdiaûei : ■ Bravo, moniicurde Molière, tchU la co-
LES
MUc DE LA THORILLIÈRE
ADEMOiSELLE Dancourt fut une des plus charmantes amoureuses du Théâtre-Français *; elle s'appelait Thérèse Le Noîr de La Thorillicre; elle était née comédieime dans une famille xle comécHens.
Elle aurait pu créer les amoureuses, tant elle jouait naturellement; c'est qu'elle avait été fort éprise, au premier acte de sa vie, du célèbre Dancourt, qui se fit comédien pour elle. Voici ses débuts : cela commence encore par un enlèvement. Ce fut Dancourt qui fut le chevau-léger. Il était bon gentilhomme, à propos de quoi on lui dit au théâtre qu'il n'y avait que demi-mal.
* Elle fut aussi de U troupe de Molière parce qu'elle jouait une Grâce dans Psyché; c'était moips que rien, mais c'était quelque chose; aussi criaifr-elle painiessus les toits : « Et moi aussi, j'ai été de la troupe de Molière ! »
Thérèse de LaThorillière était née en 1663. Qpand Dancoart Tenleva, en 1680, il n'avait guère que dix-huit ans et demi. Elle n*en avait que dix-sept. Comme on dit : « De part et d*autre, c'était le temps
des belles folies et des folles beautés. »
Dancourt était né à Fontainebleau le même jour que le grand Dauphin. Le calvinisme avait i peu près ruiné sa îamille. Son père^ voulant £dre de lui un bon catholique, avait confié sa jeunesse aux jéstntes, qui étaient sans contredit les meilleurs maîtres du monde. Comme « ils se levaient à quatre heures du matin pour prier Dieu à huit heures du soir 9, 'ûs pouvaient, en passant, cultiver l'esprit de leurs écoliers. On Ta dit, durant tout un siècle, ils ont eu la fleur d'esprit de la jeunesse française. Le P. Lelarue, charmé des agréments et des saillies du jeune Dancourt, avait eu l'envie d'en faire un jésuite ; mais Dancourt, pressentant déjà l'ivresse des passions profanes et des bruyantes aventures, ne s'était pas laissé séduire par la solitude religieuse. D'abord, ne sachant que faire de bon, il avait étudié le droit ; mais, à peine avocat, devenu éperdument amoureux d'une comédienne à la mode, il s'était détourné de son chemin pour une bonne fortune. Il avait héroïquement enlevé la comédienne à ses risques et périls;
Mlle DE LA THORILLIÈRE I73
il s'était réfugié avec elle dans un pauvre logis de la rue Saint-Jacques. Voici comment la chose s'était faite. Un soir, au sortir du théâtre^ Dancourt se jeta sur son passage et, sans autre préambule, il Tenleva, littéralement parlant, pendant queLaThorillière, père de la comédienne, discutait avec Baron. Il faut dire que la belle Thérèse, comme toutes les femmes qu se laissent enlever, n*avait crié « au secours » qu'en se voyant seule avec son ravisseur. C'était un beau cavalier, c'était une aventure, c'était un scandale ; comment se débattre contre tout cela quand on est comédienne? n Vous croyez avoir maille à partir avec quelque grand seigneur magnifique, dit Dancourt len appuyant Thérèse sur son cœur. Détrompez-vous, je ne suis qu'un pauvre gentilhomme sans feu ni lieu^ mais je vous aime à la folie. » Et là-dessus, les amoureux étaient allés au septième ciel, presque au septième étage. Dans une pauvre petite chambre de la rue Saint-Jacques, qui n'était pas une chambre à deux lits, ils furent si heureux que Thérèse oublia, le lendemain, d'aller à la Comédie.
Après la lune de miel de l'amour, une lune de quatre semaines comme toutes les lunes, elle entraîna Dancourt à jouer lui-môme la comédie. Mais ce jour-là, quand ils quittèrent leur paradis de la rue
174 LES COMÉDIEMlilS DE MOLIÈKE
Sdst-Jacqaes, Thérbe, d^i loin de k tnaison, se retoorna en levant ses beaux yeux mouillés de hr^ mes. « Qp'as-tu donc, ma dière amoureuse? Gnmne' te voili pilel » M**« de La Thorillière s'appuya toute tremblante sur le bras de son amant : c Cest que j'ai voulu voir encore une fois la lentoe qui a éclairé tant d*amour ! »
Tout le roman est charmant, mais passons vite. Qpoique les Dancourt partissent de haut, en vertu de rarmorial, « au premier d'azur à un rocher d'argent mouvant de la pointe, surmonté d'un soleil mouvant d'or; au deuxième, de gueules à un lion d'argent et un chef cousu d'azur chargé de trois étoiles d'argent », ils daignèrent reconnaître que La Thorillière luimême était d'une bonne noblesse et que sa fille était épousable. En effet, La Thorillière se qualifiait au baptême de ses filles « ci-devant capitaine d'infanterie au régiment de Lorraine ». Il prenait pour parrain tour à tour le marquis de Sourdéac ou le sieur de Moliéri ; ses armes étaient « d'azur à une hure de sanglier de sable, accompagnée de trois glands de sinople ». Mais, qui le croirait? cefiit La Thorillière lui-même qui s'indigna de ce mariage. On dit qu'il «en mourut » peu de temps après. Selon La Grange, «le samedy 27 juillet 1680, M. de La Thorillière est mort
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à l'hostel de Bourgogne, ce qui a donné lieu à la Jonction des deux troupes ».
Le mariage avait été célébré à Saint-Méry, trois mois auparavant, le 1 5 avril.
n parait que Thérèse était une très-jolie nymphe et un très-joli Cupidon dans les divertissements de Molière à Versailles et au Palais-Royal; aussi je m*étonne qu'elle ne fut pas enlevée avant ses dix-sept ansi
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MUe BRÉCOURT, M^e BEAUBOURG M"« BARRILUONET
N pense que Catherine et Étiennette des Urlis ont été un moment de la troupe de Molière, quoique Thistoire ne les représente que comme comédiennes du théâtre du Marais.
Éûeimette des Urlis jouait les confidentes; elle épousa Brécourt, qui fut peut-être meilleur comédien que MoUère, mais qui fut un mauvais auteur dramatique. U est resté célèbre par ses duels : honmie d'énergie et de sang-froid, il fit preuve de présence d'esprit, de courage et de force dans une rencontre avec un sanglier « en présence de Louis XIV ». M. de Brécourt fut admiré du Roi-Soleil pour le beau coup d'épée dont il abattit devant lui le monstre furieux.
Il fot aimé poor sa gaieté» pour le naturel de son jeu, pour la vérité de son comique dans les rôles de ps^san. Le Hoi pardonna bien des folies au spadasân qui le faisait rire.
Il parait que, conune mari, « il fut homme d'énergie et de sang-froid ». Quoique Édennette des Urlis fût coquette et jolie, elle n*osa pas mettre un amant devant Tépée de son mari.
Peut-être il aurait fallu que Molière, lui aussi, eût tué un sanglier 1
11 ne faut pas oublier M^^ Beaubourg, une des nombreuses filles de la Beauval. C'est elle qui, à l'âge de huit ans, créa le rôle de Loulson dans le Malade imaginaire ; elle était vive et emportée conune sa mère : la même intelligence et le même feu ; mais ce n'était pas non plus uft miracle de beauté. Elle n'en eut pas moins trois maris. On allait bien dans cette famille où la mère avait eu vingt-quatre ou vingt-huit enfants. Hillemacher a gravé M"« Beaubourg d'après un croquis à l'encre rehaussé de bistre, dans la galerie historique de. la troupe de Molière.
On nommera ici, avec tous les égards dus à son rang, cette Martine qui, selon le Mercure de France^ était servante de Molière et avait joué d'original le rôle de Martine des Femmes savantes. Ce serait encore une
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scrvaote de Molière doot les contemporains ne parlent pas. n laiit se méfier de U traditioD qui aime l'histoire, mais qui aime aussi le roman.
11 y a aussi Philipotte, qu'on trouve dans le registre de La Thorillière, avec cette mention : « A Phili' poite, une livre dix sols s pour avoir figuré le per* sonnage muet d'une servante de M"" Peroelle. On sût qu'elle est Interpella par son nom dans la première scène du Tartuje.
Il y a encore M^* Barrillionet. Est-ce parce qu'elle a mis au monde un des Amours du ballet de Psycbt, que M. Frédéric Hillemacher lui a donné gracieuse- , ment l'hospitaliié dans sa galerie?
On peut supposer, dit te Bibliophile Jacob, que M"* Barrillionet était une sceur de MUe de Brie, mais celle-U est dans les infiniment petites sieuts. Sans doute elle fut heureuse : elle n'a pas d'hisurire.
Les portraitt publiés ici ont tous été gravés d*sprés les figures authentiques <— peintures ou dessins du temps.
Comme frontispice, il nous a paru curieux de donner Molière dans sa jeunesse, quand il conduisait les Muses fiunilières de la Comédie, non pas tout à fait dans le char d'Apollon, mais bien plutôt dans la charrette du RomMn comifiu.
Un prédeuz portrait du temps, contresigné pour ainsi dire par un dessin de la même époque, le représente en empereur romain. N'est-ce pas une bonne fortune de pouvoir étudier Molière à la première sution de sa vie aventureuse ?
En regard, voici M** Molière, vraie sœur de la Jocondc de Léonard de Vinci, par la profondeur du regard : la lumière dans Tablme.
Vient ensuite cette brave Madeleine Béjart, franche comme Tor, toujours un peu coquette, qui va jeter son mot pour la gaieté.
Miu de Brie, maltresse de Molière, a bien qudqne ressemblance avec sa femme ; un air de famille, comme les gens qui vivent dans a même maison et dans le même amour; mais le regard exprime la bonté du chien, et nonJa trahisaa £Uine.
On a gravé deux portraitt de la Du Parc, Tun dans u fière alure de la tragédieime, mais on s*est* contenté du portrait qui la peint dans le charme de sa jeunesse, ce charme pénétrant et victorieux qui prit tout à U fois Molière, Corneille et Racine.
Geneviève Béjart n'a-t-elle pas ici Tair d*une héroine de roman, avec son chapeau à plume et ses cheveux épars? C'est que u vie aussi fut un roman.
MU« du Croisy et MU* de La Grange portent Inen la physionomie de leur temps. La première dans la simplicité Louis XIII, la seconde plus bruyamment attifée. Pas plus jolie Tune que Tautre.
Voici la Beauval, qui va dire une insolence. Cette mère Gigogne, qui a eu vingt-six ei^Eutt et qui jouait les servantes, nVn était pas moins coquette; aussi est-elle tout encadrée de fleurs.
Cet autre portrait est-il celui de MU* Beaupré, ou n'est-ce encore
qaSu ponnit il'aM du B^in? Il
uua iiUOrn*.
Iv « du» de 1a C