RÉCITATIF
Seigneur, inspire encor mon cœur,
Quand je reviens à l’ombre de ce chêne...
(s'interrompant.) Eh bien! mais, il n’y a pas de chêne...
BOISJOLI
Nous l’avons remplacé par cette caisse d’oranger.
MADAME VERDURET.
Ah! bon... ça va me faire rire en scène demain, je vous en avertis. (Elle chante.)
Sur ce banc de gazon où fleurit mon enfance...
(S'interrompant.) OÙ est donc le banc?...
MADAME GROUILLARD, de la coulisse et entrant à demi.
11 n’y en a pas !
VERTPIGNON.
11 était trop grand.
BOISJOLI
Nous l’avons remplacé par la chaise, (chaise à gauche.)
MADAME VERDURET.
Ah I si vous remplacez tout! ce n’est pas la peine que je chante mon récitatif; d’ailleurs, je ne m’en souviens plus !
VERTPIGNON.
Diles donc au souffleur de souffler.
MADAME VERDURET.
Le souffleur?.. Tiens, il y en a donc un, ce soir?.. Ah! oui,
mais il dorl comme on bienheureux... Je me passerai de lui; je me tire toujours d’affaire, moi... Quelqu’un vient!., fuyons!., et je luis... (Elle sort à droite.)
VERTPIGNON, s’élançant du piauo.
Mais nou! mais non I vous ne sortez pas encore... Bon, la voilà partie!.,. (Il retombe assis avec désespoir.)
FOLLEVILLE, toujours assis sur la brioche.
Eh! Boisjoli ?
BOISJOLI
Mon bon?
FOLLEVILLE
Vous me préviendrez quand on mettra le feu au Vésuve... je n’ai pas envie d’ètre incendié!
VERTPIGNON.
Bah! un peu de feu, ça ne vous nuirait pas. Continuons! Entrez, la sultane, entrez!
MADAME GROUILLARD, dans la coulisse de gauche.
Mais, ce n'est pas ma réplique.
VERTPIGNON.
Entrez tout de même avec l’Albanaise.
MADAME GROUILLARD, entrant avec madame Godinot.
Allons! (Elle accroche l’oranger avec sa robe.) J’ai déchiré IHa FOtiC. VERTPIGNON.
Prenez garde, vous emporterez le théâtre avec vous !
MADAME GROUILLARD.
Je vous préviens que je ne sais pas la musique.
VERTPIGNON.
Oui! oui!
MADAME GROUILLARD, chantant très-fort et faisant de grands grstes.
« Viens au pied du Vésuve... »
(Elle s’arrête et montre Folleville assis sur la brioche.)
Est-ce qu’il va rester là, le cuirassier?
VERTPIGNON.
Ce soir seulement.
MADAME GROUILLARD, recommence.
« Viens au pied du Vésuve et suis ta souveraine, a Lorédan et ma fille, .ici, doivent veuir. »
MADAME GODINOT
Lorédan! Lorédan! s’il osait me trahir,
La mort seule pourrait satisfaire ma haine!
VERTPIGNON, battant la mesure.
Très-bien! très-bien!
MADAME GROUILLAHD.
Les voici, ce sont eux!
MADAME GODINOT
Oui! c’est lui qui s'avance!..
Pour leurs coupables feux Qu’ils craigueut ma vengeauceî.i