‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 110 sur 158 · ACTE IIII · texte numérisé non relu

ACTE IIII

SGËNE I.

Médusent Béatrice.

Méduse.

/en trouvent aucunes qui vivroient hon- [ nestement, mais leurs propres maris nejle veulent pas.

Béatrice. Comment, ne le veulent pas ? Je ne vous entend point.

MedtjsE. Je te le diray. Se r'encontre une sorte de jeunes hommes de laict, de peu d'esprit, lesquels sont mariez, et pourtant ne sont bons à se gouv«ner eux-mesmes , et encores moins une faauUe. ' Ceux-là s'amourachent teUement de leurs femmes , qui sont leurs premières amours , qu'en peu de temps ils consomment autour d'elles toute leur substance , de façon que , débilitez de l'ëstomach , sont contraints quitter la place et se retirer en arrière, et faire que les pauvrettes jeusnent le caresme tout entier : de quoy advient qu'elles , qui du commencement ont eu un bon

4io La»ivey<

et grand ordinaire , pressées de la faim , deyii?»» nent larronnesses , et autant grandes aue le pea de cerveau de leurs mariz leur donne plus grande commodité de desrober.

BfiATaiGB. Elles font bien. Je n'en ferois pas moins.

MÉDUSE . 11 y a en après d'autres de nature plus forte , qui , non contans de leurs femmes , tiennent eucores des garces et des putains, lesquelles^ succeant leur sang , sont causes que les mal mariées vivent une vie misérable, et ne se soucient, soit par nécessité ou par vengeance , de les faire nouveaux Âcteons.

Béatrice. Ils le mentent bien.

Méduse. S*en trouvent d'autres que, sitost q^u'ils ont un enfant masle et sont asseurez d'beriter du douaire , tournent les espauUes à leurs femmes , et les tiennent comme viles esclaves, et souvent les menassent avec paroUes injurieuses, se mettant le cymié sur la teste.

Béatrice. Gela leur est bien deu.

Méduse. Autres, après avoir joué jusques aux • chemises des chetives , retournent en la maison, et coinme désespérez les battent : i raison de quoj icelles, ne pouvant autrement se venger, donnent échec et mat à leur honneur.

Béatrice. Benistes soient-elles!

Méduse. Après se trouve aussi une autre sorte de mariz jaloux , qui font des prudens, lesquels , tandis qu'ils deffendent quelque dibse à leurs femmes et les tiennent recluses , leur font venir mille humeurs en la teste , et disant : Qui est celuv qui se promeine tous les soirs par cy-devant ? N est-ce pas pour te faire Tamour ? Gar aefrrtoy du

Le Fidellf, Comédie. 4ii diable l Ferme ceste fenestre , par aventure que quelqu^an pourroit venir par sur le toit de la maison voisine et entrer céans ; ne laisse pas ceste estode ouverte, car quelqu'un s'y pourroit cacher; et, par leurs reprehensions, les advertissent de ce à quoj elles ne penseront jamais , et par ainsi leur enseignent le àiemin pour les envoyer à Cornouaule.

Béatrice. A leur mal heure que Dieu leur envoyé !

Méduse. Penses-tu point en combien de dan-

fers sont les vieux mariz qui ont des jeunes et elles femmes, jaçoit au ils leur facent bonne compagnie? Je ne parte des inconsiderez , des pauvres et des sots, que j'ay pour convaincus ; mai^ je condud que, par tant d occasions que les mariz donnent à leurs pauvres femmes de faire mal , ils y adjoustent encor les esprons , qui sont la servitude , les faveurs , les presens , les déceptions des amans, lesimportunitez des maquerelles; mais il n'y a aucune , comme je pense , qui me peut tromper ny eschapper de mes mains.

Béatrice. Ma mère, si je ne craignoy perdre mon honneur, je voudroy venir demeurer avec vous pour m'enseigner en cest art; mais j'ay honte.

Méduse. Que baves-tu dlionneur et de honte? Cest art est digne d'estre honoré autant queceluy de médecine, et n'est moins nécessaire au monde; ains est beaucoup plus utile qu'elle , faisant des preuves de plus grande importance.

Béatrice. Vous ne me ferez jamais croire cela.

Méduse. Or, escoutes-moy, et tu me croiras. Ainsi le fisicien , ou médecin, par le moyen de ses sirops , pillules et médecines , guérit les corps des^

4t2 Lariyet.

fievires et autres ittfimdtez ,:et le chirurgien^ par le moyen de ses cauthères, ifontenelles et anpias?-. très , suerit les plajes et blessures quW a sur SOT : ainsi la maquerelle, par le moyen de ses artifices , astuces et trompenes, reguerit Thomme et la femme de toutes les passions qu'on peut endurer k cause d'amour, faisant que la personne aymée se dispose à complaire à celle qui ayme ; et pour ce que s'énamourer ne naist d'autre chose , comme Ton dict, que d'une blessure que le dieu d'amour descochant son arc faict au cœur des personnes , et que celui quy est énamouré devient comme hors de soy, teUement que tu dirois que celle sagette qui le frappe au cœur le touche et le blesse en le mesme instant encores au cerveau, l'art de la maquerelle faict ce que le fisicien et le chirurgien ne peuvent faire en nos corps , puis qu'on n'a jamais vu qu'aucun auquel, ou par meissure , ou par quelqu'autre accident, le cœur ou le cerveau a este ofifensé , en soit suery , aius que misérablement, la chose estant désespérée , il en meurt. Au contraire, la maquerelle , par la vertu de son admirable industrie , convertissant la volonté de la personne aymée , en sorte que ce que veut l'amant elle le veut aussi, elle vient k luy ester toute celle j^assion qui luy avoit offensé le cerveau et luy aigrissoit et rendoit tellement fascheuse laplaye qu'amour lui avoit faicte au cœur, que , sans le remède de la maquerelle, cela l'eust en |>eu de temps conduit à la mort. Et s'il est ainsi, comme vrayement il est ainsi, qui peut avec raison blasmer cet art? Ains qui ne le peut louer et tenir ensemble pour très utile, très honoré et digne d'estre aprins et sceu d'un chacun?

Le Fidelle, Comédie. 4i3

• Béatrice. Je ne puis respondre à tos raisons, tellement que je yeux dutoutdeyenir maquerelie, et vous viendray retrouver au plustost qu'il me sera possible. Cependant je mè recommande.

Méduse. Va, que Tange noir t'accompagne !

Béatrice. Une peut venir avecmoy, pour ce qu'il demeure continuellement avec vous.

SGËNE II.

Jf. Josse^ Fidelle.

M. JOSSE

[ ù avez'vous laissé ]e seigneur Cornille?

] Fidelle. Estendusur unlict,plus

(mort que vif.

^ M. JOSSÉ. Bien! pourvu qu'il ne prenne en mauvaise part vostre sincérité et n'ait aucun soupçon de vostre foy.

Fidelle. Je loy ay dit que je voulois faire quelques comptes. Maistre, je me voy embaiTasse. Je luy ay accusé sa femme , comme sçavez , et , pour ce qu'il ne vouloit croire , je luj ay promis que quand le voudroit je l'en esclairciroy. Of, je ne sçay comment luy tenir promesse. Si je veux attendre que Fortuné retourne en la maison , j'attendray en vain , pour ce qu'il m'a promis de n'y plus aller ; et après, n'y entrant aucun , Cornille se tiendra pour trompé et se rendra mou ennemi. Mais le pis que j'y voye, c'est qu'elle ne sera chastiée , dont je ne sçay quel party prendre. * M. Josse. Je laisseroy là le seigneur Cornille,

4'i4 Lahivky.

, et qu'il pensast ce qa^il Toudroit ; jem^exciiséroy, disant que cest amoureux a peut-^estrfe en quelque odeur ou quelque indice de sa yennë , etqu'à ceste occasion il ne se promène plus derant samai- 9oa , et me le garder pour bon amy.

FiDBLLB. Vous dites bien; mais cependant Victoire ne mourra, comme je désire et en cherche tous les moyens , non tant pour me venger comme pour la pitié que j'ay de ceux qui , à Tadvenir, pourroient estre trahis par femmes , ausquelles je ne doute que Texemple de ceste-cj ne serve de frein.

M. JosSE. Quid faciam aut dicam nescio,

FiDELLE. Il faut que quelqu'un voise en sa maison , et que Coruille le voye entrer.

M. JossE. Qaem invenia si hardy de se metlre. en telle risque?

FiDELLE. Risque de quoy?

M. iossE. Risque d'estre poignardé , meurtry, occis , s'il prenoit envie au mary de le suyvrc. Qui seroit le malheureux ?

FiDELLE. Nous ferons qu'il ne sera yeu, sinon en sortant.

M. JossE. Et s'il ne l'apperçoit?

FiDELLE. Nous trouverons moyen qu'il sera .apperceu.

M. JossE. Je ne pense pas qu'on puisse trouver homme si fol et inhumain qui se vueille bazarder de commettre une telle faute.

FiDELLE. Donc il n'y a point de remède?

M. JossE. Quant à moy, n'en sçay imaginer aucun , et croy que le meilleur seroit que fissiez ce que dit Gicéron, tempori cedere et neceasiiati parère , et pour ce coup laisser tout cela.

Le Fidbllé, Comédie. 4*5

FiDELLE. Je ne le yeux pas. Je diray que c'a esté Fortuné.

M. JosSE. Ne faites pas cela , pour ce que luj manqueriez de foy , laquelle quod fiât dicta est fidea^ et laquelle jasques aux ennemis se doit garder.

FjDELLp. Je yeux par tout moyen faire en sorte qu'elle ne yiye , et quand je ne pourray faire autre chose, je la tueray de ma propre main, et me contenteray de perdre tout en un coup.

M. JosSE. Vous estes pour ne faire guères de bien , pardonnez-moy, pour ce que Tentreprinse d'un honneste gentilhomme et généreux cheyalier est de s'attaquer à une personne plus grande que soy , du moins esgalle , et non intérieure, comme est la fenmie, laquelle par les Latins estant dite muliery quia moUior, a mollitia , et l'homme vir^ a virtute^ vous présentant à elle, yous yous feriez esgal à icelle, et souilleriez le splendide nom de la yertu, laquelle, autant qu'elle a peu, s'est tousjours retirée de la mollitie.

FiDELLE. Â son dam.

M. JosSE. Ego nollem.

FiDELLE. Trouvez-y remède.

M. JosSE. Le remède est trouvé, mais je ne le youdroy exécuter.

FiDELLE. Doncques, la pitié qu'avez d'une chetive fepme, et mon ennemie, a plus de force en yous que l'amitié que me portez, et tant de biens que je vous ay faits? Vous estes ingrat, et yous en repentirez à loisir.

M. JossE. L'amoureuse amitié et la véhémente bienveillance que je vous porte dès long-temps me contraignent parler ainsi, pour ce que je sçay

4i6 LariVby.

bien que dWe mauvaise œuvre ne pei^t venir une bonne fin : car, si c*est une chose mauvaise £aire injure à autrui , qui est un mal, de mesme rendre l'injure, qui est la pareille , est aussi un mal, et encores un plus grand mal d'autant que la vengeance excederoit les limites de Toffense qui vous a esté faite.

FiDELLE. Vous nayez que chercher en cecy, car Tœuvre sera trop bonne, donnant le juste chastiment deu à une meschante ; mais vous, estant amiable et féal comme devez estre, devez approuver mes opinions; mais vous en repentirez. .

M. JOSSE. Celle fidélité qui, amoris causa ^ se convertit après en flatterie et adulation , mérite, comme bastarde, adultérine et faulse, un grand chastiement , pour autant , comme disoit quelque sage, inter mitia animalia nuUum est magis noxium quam adulator^ et non ma foy pure et sincère, car je ne doute pas que vous, jeune homme meur et d'un esprit relevé , ayant quitté la colère, quœ impedit ûnimum ne possit cernere verum, ne soyez pour m'en scavoir gré.

FiDELLE. Je vous en sçauray autant de gré que vous vous conformerez à mes volontez.

M. JosSE. Patienter ferre mémento.

FiDELLE. Voulez-vous dire comme nous devons faire ? Que pensez-vous?

M. JosSE. Je ne sçay que vous dire, et, quand je le sçaurois , me sembleroit trop grande meschanceté consentir à l'occision et meurtre d*un homme ; et puis vous sçavez que agentes et consentientes parijpœna puniuntur, ^ FiDELLE. 0 pédant vil et de peu, allez!

Le Fidblle, Comédie. 417

Qu^en dépit de yous je trouyeray qui me conseillera et aydera à effectuer mou desu*.

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