SCÈNE II
Gillette^ Dorothée.
Gillette.
ue fais-tu sur ceste porte, affetée? Atten- Itu que ton beau pigeon passe? Que [voila qui est beau, se rendre ainsi serve d un frafifrannier ! Est-ce là l'obejssance que tu portes à ta mère? Tune fais jamais ce que je te commande.
Dorothée. Âins je ne Cay que ce que vous m^avez apprins. N'ay-je pas le visage poly , la façon gentulé , la contenance gracieuse , sous lesquels je cache une langue demanderesse , un esprit trompeur, un corps vénal, un front hardy, une main ravissante, un entendement subtil?. Voilà le sommaire de vos enseignemens.
Gillette. Adjouste-y le proverbe de Dame.
Les Tromperies, GoitEBiE. 33
Libérée , que la courtisanne doit avoir les yeux beaux , le courage faux , la face de miel et le cœur de fiel , le visaçe rare et Fesprit avare , la bouche riante et la mam trayante . Jadis , la bonne ame de ma mère, avoit accoustumè de me dire que tes semblables dévoient avoir le visage d'aymant pour attirer les cœurs de fer , la main de poix pour prendre toute chose, les paroUes de succre pour amorcer et alaicter les personnes , Testomac d'albastre, affin qu'il soit beau et sans pitié ; et, pour te le dire en un mot, elle devoil estre comme les gluaux, que jamais les oyaeaux ne tou» chent qu'ils n'y laissent des plumes.
Dorothée. Qui est celuy qui jamais m'a accostée à qui je n'aye ronge les biens , Testomac et le cœur?
Gillette. Gela est vray. Mais combien de fois t'ay-je dit que tu n'entretiennes point Gonstant? Comme m'as-tu obey? Que t'a-il donné? que t'a-il fait porter en la maison? 0 la belle chose ! tu cours après un je ne sçay qui , et te mocques du medeciii , qui, s'il ne te peut donner, te rue. Par la mercy Dieu , s^il ne m'apporte de l'argent, il n'entrera point céans. Que je te voye plus parler à luy ny mesme luy faire signe!
Dorothée. Vous me tnenez pltfstost , je le vous dy.
Gillette. Je ne te deffend pas d'aymer ceux qui ne viennent jamais les mains vuydes , mais que tu laisses là ces damoiseaux et friquenelles où il n'y a rien à gaigner ; fay caresses à ce capitaine qui revient de la guerre tout chargé d'escus. Entre, et vien embrasser le medeciu, qui t'a apporté la plus belle robbe du ino9de. Fay-luy