‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 131 sur 158 · ACTE IL · texte numérisé non relu

ACTE IL

SGËNE I.

Dorothée, le Médecin y Adrian,

Dorothée.

I cbetive moy ! que je crain que ce pauivre Constant n'ayt prins en mauvaise (part qu*ou luy a fermé l'huys, et que ^ par desespoir il ne me laisse. Il ne se peut faire que le pauvret ne passe pas icy. Je serois ayse le veoir et le consoler. Que maudite soit ma trop fascheuse et mauvaise mère ! Je sçay bien qu'il en adviendra. Elle vent tant tirer à elle qu'elle me fera crever de jalousie. Mais voicy ce. galant amoureux que la pitié maternelle m*a donné. 0 quel joly muguet! ô quel tendre chevreau à qui la bouche sent encoresle laict. Que la peste te vienne, vieil pourry, à qui les mains ne sentent que Turine, ou ne puent que le clystàre! je veux mourir si je ne te pelle jusques aux os, sot puant que tu es. Par la croix que voilà , mon entretenemcnt te coustera chéri Tu refonderas les soixante escus pour le pauvre Constant. La belle happelourde ! u semble un homme de paille, ten fantosme, un espouvantail de chenevière. Je le veux un peu aborder. Dieu soit loué que Ton vous peut veoir! il en est tantost temps.

Le Médecin. Dieu vous contente, mon bien.

Les Tromperies, Comédie. 3i

Dorothée. Vous vons faites bien attendre, beau sire! il j a tantost une beure que je tous espie de pied coy . D'où venez-vous si tard ? de veoir quelque belle filie?Hé! folastre, vous tenez grand conte d'une pauvre qui meurt après vous.

Le Médecin. Ha, ha, ha! Lntronsenla maison , car je t'apporte quelque chose qui te sera agréable.

Adrian. Quand il luy aura baillé la robbe, le martel cessera.

Dorothée. Le mal vous mange avec vos presens, si vous pensez que je vous ayme pour cela ! Quoy que ce soit, reprenez-les, je n'en veux point; non, en bonne foy, je n'en veux point.

Adrian. Elle n'en veut point ; mais devant que nous partions, elle voudra quelque autre chose.

Dorothée. 0 petit meschant ! le mal m'advienne si vous n'estes dur comme un chesne.

Le Médecin. Ha, ha, ha î

Dorothée. Vous en riez! Peu d'amitié, peu de foy.

Le Médecin. Entrons dedans, petite friande.

Dorothée. 0 que si j'estois plus forte que vous, comme je me vengerois du martel que me mettez en teste! G quelle rage vient de vous arracher ces poils d'arpent?

Le Médecin. Ha, ha, ha! Entrons, Godinette, rondelette, doucelette; vien, ma toute belle, colombelle, tourterelle.

Dorothée. Entrez devant, je vous suy. Entre encores, Adrian. La peste vienne à qui m'a icy amené ce vieil ranceux et poussif! Faire caresse à ce glaireux et pourry n'est autre chose sinon

Sa Larivey.

embrasser les corps morts, baiser des cailloux, taster des vessies flasques et flestries, coucher ayec des peaux dW cbat mort sans nerfs et sans os, succer un tetin qui n^a point de laict. Baveux, puant, recreu, qui es deux heures à t'affnster devant que ton marteau en puisse sonner une, va te pendre; je n'yray ja.

Le Médecin. Dorothée , m^amour, venez.

Dorothée. Guy, ouy, crie tout ton saoul! Courez après ce beau muguet. Que la bosse te vienne , aume-uriue ! ronge-estron ! Voicy le diable qui vient.

Page 1