‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 134 sur 158 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Foriunai, Constant, Yfdentin,

FORTUNAT

ous soyez le bien venu , seigneur Con- ! stant ! Dieu soit loué que vous me croi- I rez une autre fois !

Constant. Qu'y a-il ?

Valentin. Ce qui n'est point et ne peut estre, et né sera jamais.

Constant. Laisse^le dire. Qu'est-ce qu'il y a de bon ?

Yalentin. Songes, nuées ^ chimères, chasteaux en Espagne.

Fortunat. Faveurs asseurées, promesses certaines , secours opportun, argent content que ma maistresse vous a appresté ; elle vous pne tant seulement, comme je vous ay dit une autre fois , que veniez secrettement parler avec elle, mais que la mère n'en sache rien , et que , baillant cet argent à sa mère, vous faciez faire un contrat bien asseuré, afin que puissiez rire ensemble tout le long de l'année.

Constant. En bonne foy, recevray-jedonc cet argent?

Fortunat. Ouy, vous dis-je ; si ne l'avez , prenez-vous-en à moy.

Yalentin. ^ cela se fait, le monde ira à rebours : les questeurs seront honteux , les Espagnols modestes, les ÂUeniens sobres , et tout ira sens dessus dessoubs.

L'aîgle aura l'asne pour compagne,

Les Tromperies/Comedie, Zy

Le bœuf et le gourmand pourceau Feront le plongeon déduis l*eau , Et la mouche prendra Tyraigne ; Plus ne nous produira la terre Ny herbe, ny feuilles, ny fleurs ; L'arc-en-ciel sera sans couleurs , £t la paix aymera la guerre ; Le printemps sera sans verdure , L'esté sans espics et chaleurs.

L'automne sans des raisins meurs.

Et rhyver sans glace et froidure.

FoRTUNAT. Ne t'en recules pas trop, Valentin; tu le verras aujourdliuy. Que veux-tu davantage?

Valentin. Peut-estre, mais il est incroyable.

Plustost se tûra la cigalle , Et la grenouille fuyra Teau , Que ne soit d'une putain sale L'amant plumé jusqu'à la peau.

FoRTDNAT. Vous le verrez, venez-vous-en avec moi ; toutes fois , laissez-moj aller un peu devant, afin que je Padvertisse, et que la mère ne vous voje point sans argent... Ne me voulezvous pas croire?

Constant. 0 gentil F^tunat î conservateur de ma vie ! ne me donnes point une alarme l

FoRTUNAT. Hà! venez, sur ma fby, et envoyez seulement querit un notaire.

Valentin. Mettez-y telles clauses et conditions qtt« voudrez : la vieille mastine de mère ne laissera de vendre sa fille mille fois k jour.

Fortunat. Va quérir le notaire; fay ce qu'on te dit, et ne «ausé point tant.

Valentin . J 'y vas, mais escoastez : souvienne-

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vous de ce que je vous vas dire : si trouvez qu^elle ayt pitié de vous et qu'elle vous donne cest argent, faites bonne mine, monstrez-vous courroucé , laissez-vous prier , ne descouvrez du premier coup vostre ennuy , parce qu'es guerres d'amour celuy qui fuit est le vainqueur.

Constant. Et si je la fasckois , luy monstrant si peu d'amitié en récompense d'un si grand bienfait?

Valentin. Faites ce que je vous dy, il n'y a point de danger : courroux sont proprement la saulse et la moutarde d'amour.

Constant. Il faut se donner garde , Valentin, que ceste moustarde ne lui entre trop au nez.

Valentin. Ha! laissez- vous une fois gouverner ; monstrez qu'avez du courage , feignez vouloir prendre congé , faites-vous prier.

Constant, (fest assez. Voilà Fortunat à la porte, qui me fait signe ; je le vas trouver, et toy, va-t'en où je t'ay dit.

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