‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 135 sur 158 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Severin et Patrice, vieillards.

Severin.

en fin , Patrice , je ne croy point qu'il y lait cbose plus difficile que se retenir de ^cbastier celuy qui de jour en jour te fait

f une notable injure, estanten ta puissance

de ce faire. Penses-tu, depuis que la sage-femme m'a confessé la vérité, comment à toute neure, à tout moment , le cœur me boiiilloit de colère , et

Les Tromperies, Comédie. 39

mon courage s'allumoit à la vengeance de Pinjure et meschanceté que Robert m^a fait?

Patrice. De grâce, tenez les resnes àvostre couroux jusques à ce qu'il soit temps : car, quand le messager qu'on a envoyé pour apprendre de Testât et de la parenté de Robert aura rapporté ce qui en est , s'il se trouve qull soit de maison roturière et incogneuë, et qu'il n'ait point de moyens, alors l'on pourra trouver l'expédient de s'en deffaire , en sorte qu'on n'en pariera jamais. Cependant vostre ûHe fera ses couches , et après pourra honorablement estre mariée.

Severin. Honorablement! Ha! et la conscience de l'homme ne sert-elle pas de mille tesmoins, de^mille accusateurs? N'est-ce pas assez pour me faire mourir? Ha! petit traislre! me vitupérer de la façon , et que je te pardonne !

Patrice. Que sçait-on? il peut, par aventure , estre vray ce qu'un honneste homme d'Oi^ leans m'a autrefois dit, que Robert à prou moyens, n'estoit que son père est prisonnier, et que ses parens, qui se sont faits maistres de sesfacultez, ne se soucient d'employer un liard pour racheter le père et les enfans. Et en vérité, sa modestie et honnestes façons monstrent qu'il a esté bien nourry, et est de maison.

Severin. Ouy; mais l'aigreur de l'injure est si grande qu'elle empoisonne et envenime tous les services qu'il m'a faits.

Patrice. Allons au jardin passer cet ennuy, et ne retournons jusques à ce soir, pour leur donner meilleur loisir. Cependant pensez à cela le moins qu'il vous sera possible.

Severin. H est bien aisé à ceux qui sont sains

4o Larivet.

àe conseiller les malades. Tu sçais bien que la lan^e oint où la dent noing. Si ce ver te rongeoit autant le cœur qu'a moy, tu ne serois peutestre pas si doux et indulgent conune je suis.

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