‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 27 sur 158 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Zacharie, Fierabraa, trois Serviteurs, Marquet,

Zagharie.

laissez-moy faire, je pense que j'en vien- Idray a mon honneur. Comparions, que

veut dire cecy? Je sçay que n avons me-

rite la prison et que n'avez commission

ny puissance nous y mener, quand aurions mal versé , comme n'estans officiers de la justice.

FiERABRAS. Que dictcs-vous? on vous y traisnera si ne me rendez ce qui m'appartient et qu'on m'a voilé.

Zagharie. De ^ace, mon gentilhomme, si vous estes celuy qui conduict ces gensicy, oyezmoy parler.

Fierabras. Quoy, parler?

Zagharie. Hé ! escoutez-moi ! que sçavezvous que je veux dire ?

Marquet. Sa demande est raisonnable.

Fierabras. Or sus, dictes ce que vous voudrez.

Zagharie. Mon gentilhomme, je vous jure par mon ame, et me croyez s'il vous plaist , qu'il n^ a et n'y eut oncques céans chose qui vous appartienne, non plus qu^il en pourroit tenir en mon œil.

Fierabras. Autant poui-le brodeur. Pourquoy estes-vous doncsorty du logis? pour venir parler à moy? Je ne le croy pas.

Zagharie. Je suis sorty afin de tous oster de la

Les Jaloux, Comédie. 89

iantasie ceste faulse opinion, joint aussi cjall me semble estre le devoir d'un homme de bien empescherles diflTerends et moyenner les accords.

FiERABRAS. En cecj, TOUS faictes acte d*un viellard tel que vous estes. Mais je ne sçay s'il m'est autant pennis vous escouter comme à vous défaire des appointements. Dictes un peu, quel accord voulez>vous qui se face?

Zacharie. Que voulez-vous d'avantace, sinon qu'on vous rendra vos linceux et vos chemises?

FlfiRABBAS. Bien, quant à cela ; vous me rendrez encormon robbon, mon bonnet de velours, iQes pantouffles, et tout le reste qui m'a esté prins ; mais que sera-ce de celle-U?

Zagharie. Je vous diray la vérité : pour mon peu de loisir, je n'ay encores peu parler à pas un d eux , ce que je ferois volontiers pour entendre leur volonté.

Fierabras. Ceste putain! si je la rencontre...

Zagharie. Ne dictes ainsi, parce qu'advenant ço'elle voulust plustost vivre à son plaisir qu'au rostre, je ne sçay si la raison vous permettroit que luy puissiez contredire.

FiERABRAS. Taisez-vous! Comment! pensezvous estre suffisant pour me faire mettre monhoniieor sous le pied ! Eh ! mon honneur ! Âh ! je n'en feray rien, je veux tout de force, et non autrenient. Sus, soldats I c'est à ce coup qu'il faut monstKr ce qu'on sçait faire.

Serviteurs. Serre ! serre ! serre ! serre !

Marquet. Ha ! ha ! ha I

Zagharie. Attendez, un mot. Par ma conscience, TOUS devriez prendre ce party. Toutes- ^oû, puisque vous vous monstrez tant difilcile,

f)o Lariyet.

allez, je tous promets qu'où ils ne se voudroutabandonnerrunTautre, que je vous feraj donner cinquante escus.

FiERABRAS. Qne me soucie-jé de cinquante eacus? c'est comme une febve en la gueule d'un Ijon.

Zagharie. Je vous en feray bailler soixante.

FiERABRAS. Encores moins.

Zagharie. Je nesçay pourquoi vous estes tant malaisé à contenter : il me semble que l'offre est belle.

FiERABRAS. Elle n'est belle ni raisonnable.

Zagharie. Je vous en feray donner cent, les deussé-je bailler moy-mesmes. Or, regardez si je ne me mets pas k la raison.

Fierabras, Je ne vend point mon bonneur, je l'estime plus que tous les biens du monde.

Zagharie. Je ne vous ay pas dict cecy pour (Penser vostre bonneur, uy que je sois ayse que Vincent soit avec elle, mais parce que, cela me toucbant de près, comme à son parent, je crain, les cboses estans en ces termes, qu il n'en advienne quelque scandale.

Fierabras. Je vous advise qu'il en adviendra scandale, voyrement; la première fois que je le trouveray, je luy feray bien sentir la force de mes bras et de queUe trempe sont ces armes.

Zagharie. Mon capitaine, je ^eux que saches que nous vivons sous l'audiorité d'un tel prince, que, parla grâce de Dieu, nous ne vous craignons guères ; et quand ainsi ne seroit, nous manions quelquefois les armes. Mais je ne dis mot, afin que n'oyez de moy chose ^ui vous desplaise; seulement vous veux-je adviser que, tant vous,-

Les Jaloux, Comédie. 91

ccwune un autre, doit désirer pouvoir expérimenter ce que nous pouTons comme amys, et non comme ennemys

Mabqxjet. Ëscoutez, Monsieur.

FiERA»RAS. Que me conseilles-tu?

Marqvet. Quant à moy, je suis d'advis que ne laissiez perdre vos biens , et que preniez ces cent escos. Vous estes pauvre, banny de yostre makon, etdespendez beaucoup. C^est une adventare (si voulez que je vous le dise) que Dieu vous a envoyée.

FifiRABRAS. Tu ne dis pas comme je pourray endurer que ma soeur face une telle vergongne à moy et à toute nostre parenté. O que je trouve cecy estrange !

Marquet. Si vous y pouviez remédier, je ne dirois mot ; mais je vous advise que, quand luy donneriez cent gardes, la tiendriez prisonnière, et luy mettriez le cousteau sur la gorge, que ne sçaunez empescher qu'elle ne face à sa teste.

FiERABRAS. Je me trouve en grande perplexité.

Marqoet. Je vous ay dict ce que j'en pense.

Zacharie. Or sus, regardez, vous estes-vous advisé?

Marquet. Ne le tenez plus en suspens, prenez ces cent escus, et vous ferez bien.

Fierabras. Doy-je consentir à cela? mé le conseilles-tu?

Marquet. Faictes-le.

Fierabras. Or sus, ce tort ne se doit acbeter par tant de peines que j'ay souffertes jusques icy ; et, pour dire vray, je serois bomme, quand il en seroit besoin, non seulement pour m*en resentir, mais pour le payer sept fois au double.

92 Lari'vey.

Zàgharie. G'estassez dict ; je vous prie, venons à la conclusion.

FiERABRAS. Pour Tamour de tous, je me veux laisser gaigner. Quand auray-je mes hardes et ces cent escus?

Zàgharie. Demain, quand il tous plaira.

FiERABRAS. Me le promettez-YOus?

Zacharie. Oy, foj dliomme de bien.

FiERABRAS. Et moy, je donne la yie à ce jouvenceau, et qu'il se serve de cette putain tant qu'il voudra. Or sus, hé! Marquet! auons boire.

Serviteurs. Nous allons avecques vous, car, outre le devoir auquel nous nous sommes mis pour vous ayder, nous sommes prests à faire encores d'avant£^ge.

Marquet. Allez assaillir un muy de vin.

FiERABRAS. C'est chose honneste, recompenser les vaiUans soldats qui, au faict d'armes, sont cause de la victoire du pnnce. Allons, enfans ; passe, Marquet, et va laver les verres. Messieurs et dames , n'attendez qu'aucun sorte désormais, parce que la comédie est finie, et si elle vous a pieu, monstrez-le par un signe d'allégresse.

Page 1