SCÈNE VIL Alfonse , Richard
Alfonse.
ais est-il vray ce que tu m'as dict? Je te prie, ne me ments point , à fin que, pour quelque peu de temps , tu ne me I faces esgayer en l'ombre d'un plaisir controuvé.
Richard. Il est comme je le vous dy.
Alfonse. Est-il possible ?
Richard. Encores plus que possible. Alfonse. 0 que je suisbeureux s'il est ainsi! Richard. L'expérience vous en fera sage. Alfonse. Te croiray-je?
Richard. Oy, s'il vous plaist.
Alfonse. Escoute.. M'as-tu pas dict que mon père a parlé au sire Nicaise, et qu'ils ont accordé ensemble que demain je fianceray ma Renée, et qu'à ceste occasion ils m'envoyent quérir?
Les JALorx, Comédie. 87
Richard. Oy, je vous Tay dici.
ÀLFONSE. Que tout m'est pardonné, et à la fille aussi ?
Richard. Oy.
ÂLFONSE. Et qu'ils ne nous ayment moins tous deux qu'auparavant?
Richard. Oy, vous dis-je.
Alfonse. 0 Dieu ! y a il homme aujourd'huy plus heureux quemoy? Ha! que je co^nois maintenant combien le proverbe est véritable, qui dict que la fortune ayde aux courageux ! Car, si jamais je n'eusse entreprins enlever ma Renée, jamais je ne l-eusse espousée , d'autant que desjà elle estoit promise et accordée k un autre. Ëttoutesfois, parce ravissement , je me la suis acquise en despit de tout le monde , de façon que maintenant, par l'advis et du consentement de nos parens communs , elle demeure mienne , comme tousjours je me l'estois souhettée , qui est le plus grand contentement qui m'eust peu advenir en ce monde. Mais vien çà, Richard : que te donneray je en récompense des bonnes nouvelles que tu m'as apportées?
Richard. Je ne veux que vostre bonne grâce et estre vestu de vos livrées.
Alfonse. Je te le promets, va, suy-moy.
88 Lariyet.