T. TI
gS. Làriyey.
j'employeraj pour vous tout ce qui est en ma puissance et dépend de moy ; mesmement ores que mes affaires se portent si bien, Dieu mercy, que d'elles-mesmes elles pourront désormais cheminer seules.
HippoLiTE. Je croy qu'avez bonne souyenance que si tost que fusmes logez en ce quartier, qui tut au commancemént que arrivasraes en ceste ville, je n'y demeuray long-temps que je devins si fièrement amoureux de la femme du médecin nostre voisin, que depuis je n'ay eu Fepos, sinon en la contemplation où me ravissoit le beau de ses plus belles beautez, qui m'ont reduict en telle misère, que je suis résolu, ou mourir en ceste poursuitte, ou bien en veoir la fin.
Lagtànce. J'ay tousjours pensé qu'en estiez amoureux , mais non tant que me dictes ; sinon depuis quelques jours en ça, qu'estes devenu tout fantastique, pensif et resveur, vous retirant tousjours seul, pour mieux ^etter les fondements de vos chasteaux bastis en l'air. Mais, dictes-moy, qu'en esperez-vous?
HiPPOLiTE. Escoutez : Quelque temps après, nous vinsmes (comme sçavez) demeurer chez Nicolas, nostre hoste, lequel, s'appercevant lors de mou amoureuse volonté, me promit libéralement (après toutesfois que je luy en enz faict quelque ouverture) faire en sorte qu'en bref il me mettroit en grâce de la geollière de mon âme ; mais il m'a trompé, je le cogaois ores à mes despens , parce qu'au contraire je me voy plus qu'au paravant hay et fuy d'elle, que j'aime sur toutes choses: qui faict que je me repute le plus mal'heureux et infortuné homme de la terre. A ceste cause,
Les Esgolliers, Comédie. 99
je me délibère, quoy qu'il en puisse advenir, me bazarder <t l'avoir de force. Au pis aller, Je n'en sçaurois encourir que la mort, qui me sera une beoreuse vie au pris de celle que je vy entre tant de trespas.
Lâctange. Ayez patience, et ne vous donnez ainsi à la fureur. Il faut premièrement esprouver tous autres moyens devant que venir à ce dernier. Peut-cstre que la fortune coûVertira son amer en donlceur, son desdain en contentement et sa fierté en joye et soûlas, par ce que, si elle est femme ainsi qu'on la dépeint , elle pourra, com* me muable, se changer aisément en vostre favçur.
HiPPOLiTB. Comment me pourroit-elle favoriser, m'ayant faict serviteur de la plus ingrate et cruelle fëmme du monde ?
Lactance. Plus la forteresse est inexpugnable, d'autant plus le cappitaine (jùi la force, la prend d'assaut et s'en faict maistre, consacre la mémoire de sa louange à l'immortalité.- Ce n'est moindre vertu, vaincre un courage armé de longue main de bons et solides argumens , que prendre de force cbasteaux et places fortes. Ainsi vous devez courageusement poursuivre vostre entreprinse commancée, car, sans doubte, je me prometz qu'en recueillirez le fruict de vostre contentement.
H1PPOLITE. Comme puis-je espérer mener à ^orieasei^ teste entreprtnse, si les ennemys sont ocmragenx, et l'assaillant foible et quasi vaincu, sans avoir la bardiesse de les attaquer ?
Lactance. Quel moyen a nostre hoste de vmisayder?
ioo Lariyet.
HiPPOLiTB. Vous sçavez que le médecin, pour estre jaloux comme il est, ne -veut que personne halète en sa maison qu^ ce bon bomme, que la yieillesàe a dispensé de tous soupsons, pères de jalousies, lequel il ayme infiniment. Aussi luj faict-il beaucoup de bons services, car en son aln sence il garde les clefs de son logis, le fournit, selon la saison, de bois, vin, bled et autres prorvisions nécessaires en un ménage; bref , c*est son grand gouverneur et seul fac-totum. Or^ cet homme m'avoit promis |)arler de moy k la dame, et luy conter combien je soufirois pouf aymer ses divines beautez ; mais il n^en à nen faict, et m'a dict qu'il n'osoit, craignant que l'affaire ne reussist selon Tintention de nos désirs, à raison de quoy ne vouloit tomber en la male-grace du médecin et de sa femme, qui estoit Poccasion pourquoy il ne s'en vouloit plus mesler; de mode qu'ores vous Toyez à quelle misère mon malheur me conduict. .
Làctamge. Je crain , Hippolite , que nostre hoste ne face toutes ces dimcultez amn de tirqr de vous je sçay bien quoy, et m'esbahy que, profitant plus avecques vous qu'avec cent tels mede^ cins , n ne s'employe au bien de vostre salut et , contentement. Je serois d^advis que luy eti par* lassiez de rechef.
Hippolite. Je ne le puis^faire, et ne me fieray jamais en luy.
Lagtàmge. J'ay pensé un autre moyen pour sonder sa volonté. Vous doibt-il pas de l'argent?
Hippolite. Oy, plus de dix escus. Pourquoi?
Lagtànce. Si (comme vous sçavez) nous
Les Esgolliers, Comédie, loi
n'estions en son logis , le secourant en sa nécessité , il mourroit quasi de faim.
HiPPOLiTE. Â quoy est bon ce que vous me dictes?
Lagtange. a cela que je veux que ce matin Iny disiez quHl clierc)ie autres pensionnaires pour ses chambres , et qu'entre cy et demain , pour le plus tard , il vous paye ce qu'il vous dbibt , par ce que lors , considérant combien nous luy som* mes de profict , et n'ayant de quoy faire si tost argent, il se resouldrâ peut-estre vous aider.
HiPPOLiTE. Par avanture que cela luy pourroit faire changer d'opinion, Tdutesfois il y faut penser. '
Lactance. Ppiurauoy?
Hippolite; Si, ae fortune , iceluy, croyant qu'on dict à bon escient , louoit ses chambres, serois- je pas du tout ruiné? Car n'ayant autre contentement que la commodité de veoir quelquesfois mon autre Lucresse, comme pourroy-je vivre changeant de quartier?
LAGTAïfGE. N'ayez pœur de cela : je feray en sorte qu'autre n'y vienora loger.
HiPPOLiTfi. Or sus, je veux ce quHl vous plaist et me tenir à vostre conseil. Je vay au loeis pour luy faire entendre nostre conception. Hais le voicy, il me relèvera de ceste peine.
Lagtange. Il parle à.soy-mesme, escoutons un peu ce qu'il dict.
102 Lariyet.
SGËNE II.
Nicolaa, hoste; EippoUte, Lactance,
Nicolas.
oilà grand cas, que tout est si cher en • ceste ville que c'est merreilles ! Toute I chose se vend au pris de Tœil d'un-homime. Et puis les escoUiers se plaignent qu'ils sont mal traictez ! Je viens du marché, oà j ay employé plus de quatre francs. Toutesfois , je n'apporte pas de quoy passer une journée entière. Et, par ma foy, si ce n'estoit qu'Hippolite m'ayde tpusjours de quelque chose, outre qu'il me paye fort bien l'ordinaire , j'aurois beaucoup de peine à vivre.
HiPPOLiTE. Tu le cognois bien.
Lactance. Faisons semblant d'arriver.
HipPOLiTE. Bon jour, maistre Nicolas. D'où venez-vous ?
Nicolas. Bonne vie et longue, Messieurs. Je viens du marché.
HiPPOLiTB. Mon hoste, hier au soir un mien amy escolUer arriva en ceste ville, lequel m'a
S rie aller demeurer avec luy. Et pource qu'il est e mon pays et mon parent , je ne luy ay peu refuser. A ceste cause , pourvoiez-vous de pensionnaires , et regardez à me donner (s'il est possible) entre cy et demain pour tout le jour, les dix eseus que je vous ay prestez à plusieurs fois.
Lactance. Il ne sçait qu'il doit dire, prenezy garde.
Les Esgolliers^ Comédie. id3
Nicolas. J'eusse pensé toute autre chose fors ceste-cy. Toutefois, puis qu'il vous plaist, j'en suis content ; mais je tous veux bien dire que mal-aisement trouverez- vous homme en tout Paris qui vous traicte mieux ^ tienne plus nettement en meilleure chambre et plus honorablement que moy, ny qui vous serve avecques une telle amitié et soigneuse diligence que je fais. Quand pensez- vous partir ?
HippoLiTE. D'iey à deux ou trois jours.
Nicolas, à vostre commandement. Gela n'empeschera pas que ne me puissiez tousjours commander, et moy vous faire service.
HipPOLiTE. Gela n'est de refus. Nous alions jusques aux Carmes , puis nous viendrons disner, et lors nous en parlerons tout à loisir.
Nicolas. Et moy, cependant, mettre ordre qœ tout soit prest.
Lagtan CE. Avez-vous veu comme les bras luy sont cheus et comme il parloit doucement ?
HippOLiTE. Ils tomneroient à qui les auroit liez.
Lactange. Je gageray que la journée ne se passera pas sans vous donner quelque espérance touchant cet affaire.
UiPPOLiTE. Je ne sçay ; mais parlons d'autre chose. Me contiez-vous pas n'aguères aue vos affaires cheminoient sur un tel pied qu'elles ne poavment tomber que debout ? Aprenez-m'en quelque chose.
Lagtance. J'en suis content. Vous cognoissez Gillette , servante du père à Susanne. Or, ceste bonne créature m'a promis qu'à la première occasion qui se presenteroit , elle m'introduiroit
io4 Lariybt.
au logis , me disant d^avaatage que là fille n^en est moins désireuse que moy.
HiPPOLiTË. 0 heureux Laetance! ains très heureux, puis que les cieux yousoctroyent ce que vous souhéitez sur toutes choses. Et moy, mal-^ heureux ! ains le plus malheureux de tous les malheureux , puis que le malheur s'oppose à mes desseins. Ha! que j'ay mis les mains à trop dure et difficile entreprise , tant il m'est malaise obtenir la recompense deuë k ma trop ardente et amoureuse affection ! 0 Amour ! dieu que j'adore , fay sentir, je te- supplie, à ceste ingrate, qui mesprise tes forces et desdaigne marcher soubs tes estendarts, la milliesme partie de mes peines, affin que par l'ardeur de ce tourment , simple eschantiUon de mon martire, elle cognoisse ma vie estre une continuelle mort ; car je m'asseure , s*il te plaist m'octroyer ma requeste, qu'elle aura quelque pitié de ma misère , si elle n*a le cœur plus endurcy qu'un rocher.
Lagtance. Prenez courage et espérez jusques à la fin.
HiPPOLiTE. Vous dictes bien, piouryéuque ceste espérance ne me deçoiye; mais que sçavez-vouâ si Gillette vous trompera point.?
Lagtance. J'en suis très asseuré, par ce qu'il n'y a pas long-temps qu'elle m'a apporté lettres escrites de la main de ma Susanne, par lesquelles elle me jure que, puis qu'il a pieu à Dieu prendre son fiancé, qu'elle n'en espousera jamais autre que moy.
HippoLiTE. Susanne a esté donc fiancée?
Lactangb. Oy.
HippoLiTB. Et qui estoit-il?
Les EscQiifiiBHS, Comédie. io5
Lactar€E. Un jeune homme de ceste yille^ lequel, estant aux estudes à Pôictinrs, fut par les yieillards, pàret de luf et d*elle, accordé qu'à son retour il espooseroit là fille; mais par ce qn^l estoit fort jeune, et affin de oe le desbaucher de ses estudes , il sembla bon à son père le laisser là e&cores quelque temps, joint que la fille estoit encores petite.
HippoLiTE. Et qu'est deyenu cet amoureux?
LagtâMCE. 11 y peut aroir un an qu'au siège de la ville de Poictiers , luj et quelques autres ses compagnons firent une sortie sur Tennemy, pensans le charger ; mais la fortune voulut qu'ils se trouvèrent eux - mesmies chargez , de mode qu'après quelque foible resistence, une partie fut taillée en pièces et l'autre prinse à rançon, entre lesquels on tient pour tout certain que ce jeune escollier fut faict prisonnier, mais qu'il estoit blessé en tant d'endroits, que trois jours après il en mourut.
Hippolite. Combien le père de Susanne luy baille-il en mariage ?
Lactange. Six mille francs, et qui plus est, elle et une autre petite fillette, sa sœur 4 demeurent seules héritières universelles du vieillard après son décès, par ce qu'il n'a autres enfànsl
HippOLiTE. Poursuivez donc vostre advantnre, car elle ne peult prendre qu'une désirée et heureose fin^ soit par oe que la fille ne souhette rien plus que vous (s'il est vray ce que m'avez dict),soit nar ce guevos facultez ne sont telles au pays , qu'il vous nist mé trouver un tel mariage. Amsi, maintenant que Dieu vous présente ce bien, il me semble que ne le devez refiiser,-et ne perdre
io6 Làbiyet.
ceste belle occasion de vous accommoder pour le
reste de vos jours.
Lagtange. Je suis aise <jue yostre conseil se rapporte à mon dessein. Mais voicy nostre hostc qui vient avec deux fUccons. Je ne Tay point veu sortir.
HiPPOLiTE. Il est passé par Omis de derrière. Je vous prie, attendons icy pour oyr ce qu'il dict.
Làctânge. Je ne sçaurois. Qu'y voulez-Vbus faire ?
HiPPOLiTE. Je veux demeurer en ce coing avec Luquain pour veoir un peu sa contenance. Et vous, que deviendrez-vous cependant?
Lagtânce. Je vay £adre mettre la nappe.
HiPPOLiTE . C'est bien advisé.
SGÈNE III.
Nicolas^ Luquain^ serviteur d'Uippolite ; Hippo- Ute.
NiGOLAS.
I ù diable trouveray-je dix escus, pour l rendre à Hippolite ? Lactance n'a jamais [un denier. D'aller au fnppier, je n^ay F aucun gage; et ceste espèce d'hommes ne preste jamais sur la foy : ce leur est faulse monnoye. Et de trouver en ceste ville qui me face crédit d'un lyard, il n'en est point de nouvelles. Je vas resvant si je doys emploi^er le médecin ; les services infinis que je luy ay faicts et fais encores tous les jours, ne mentent que je sois refusé. Toutesfois, le cognoissant très avancieux, comme
Les Escollibbs, Comédie. 107
sont qaaâ tous docteurs, et prindpaleineDt les medeciiis, me £aict doater qu'il ne tire le cul arrière, sans aToir égard à ce que j'ay faictpour luj. Mais quand il me lesjpresteroit, quelle asseurance Iqj en pourroy-je Cure?
LuQUÀiH. C^uj-cj pense à trop de choses.
Nicolas. Je nen sçay rien.. Jésus ! que je suis fol de penser à tout cela, et que, maniant ses af- &ires, je ne Iny ay pour le moins ferré la mule de cinq ou six escus ! Je conterois le reste tellement quellement; petit à petit on ya bien loin. D'une chose naist une autre chose. S'il me donne terme d'un an, je suis trop heureux.
LuQUAiN. Ses figues sont trop hautes.
Nicolas. U pourra mourir ce pendant, encores qu'il soit médecin.
HipPOLiTB. La fortune me seroit trop amye.
Nicolas. Ou bien, je pourray m^-mesmes aller visiter le royaume des taulpes. Et si cela advient, qu'ay-je affaire qui paye mes debtes? Je me yeux bazarder, et faire en softe que je puisse trouver de l'argent.
LuQUAiN. Gestuy discourt comme celuy qui vooloit entreprendre enseigner^ l'ours à lire et escrire.
Nicolas. Bref, comme dict Luquain, il vaut mieux estre coqu que coquin.
HiPPOLiTE. Il allègue la bouche de la vérité.
LvQi^All^* Tant y & que je dis vray.
Nicolas. Plus j'y pense, plus je me soucye. Baste ! je ne me veux plus rompre la teste : ce sera pour le médecin.
LVQUA19. S'il te les preste, il me trcMnpera.
Hippolite. Tais-toy , beste, on parle plus bas*
to8 Larivby.
Nicolas.* Mais (helas!) j^ suis perda, encores qu^on me veulle prester<;est argent.
LuQVAiN. Lé diable le puisse emporter !
Nicolas. Parce qae, si Hippolite sort de chez moy pour aller demeurer ailleurs, je n'en trouveray gueres...
Hippolite. Dieu me veulle ayder !
Nicolas. Qui despendent comme il faict.
Hippolite. La médecine commance k opérer.
LuQUAiN. 11 est bon que je parle à luy, afin de ]uy tirer les yers du nez.
Hippolite. Tu me fais rire, et si je n'en ay point d'envye. Escoute, si tu veux.
Nicolas. La plus grand part de ces escolliers regardent de si près, qu'on nepeut non plus profiter avec eux qu'à tondre un œuf. J'en ay eu tels en ma maison qui serroient jusques à un morceau de pain qui leur restoit du disner et du soupper.
LuQVAiN. I>ieu mercy à vous, qui remuez les mains comme un paladin.
Nicolas. Il irest pas bon avoir tels bostes,
ru-ce que nous mournons de faim si nous avions vivre du gain ordinaire qu'on faict avec eux, et n'alongissions l's, tantost d'un grand bknc, et maintenant d'un autre.
LoQUAiN. O pauvres escoliersf quels larrons discours !
Nicolas. Mais je ne me puis imaginer pourquoy Hippolite s'en veut aller de mon logis, attendu mesmes que celle quHl ayme bien est nostre voisine, et a commodité de la veoir.
Hippolite, Ce n'est assez.
Nicolas. Ptut-estre qu'il ne s'en seucye plus. Ces jeunes hommes ayment «t n'ayment pas en on
Les Escolliers, Comédie, tog
Biesme instant. Si tost que j'ay eu dict k Hippo- ]ite qull torchast hardiment sa bouche, et que la dame n^estoit proye pour ses lévriers, je pense qui] s^est pourreu d^une autre.
HipPOLiTE. Vous en estes mal informé , mon hoste, mon amj.
Nicolas. Mais je -veux yeoir si je sçaurois tendre un filet pour empescher que ceste proye ne m'escliappe des mains.
LuQUAiN. Je ne sçay lequel des deux doit estre loiseleur ou Foiseau.
Nicolas. Feste de ma vie ! il ne passe pas tous les jours de tels estourneaux.
LuQUAiN. G^est h mon maistre à qui cela s'adresse.
Nicolas. Je suis résolu. Bref, je yeux faire ce que je pense, quoy qu'il en puisse advenir. Hais comment?
LuQUAiN. Il pense prendre mon maistre § et mon maislre ne deinanae qu'à donner de la test^ en ce filet.
HiPPOLiTE. Que causes-tu de filet?
Nicolas. Voylà le chemin, voylà le moyen.
LuQUAlN. Je dy que resemblerez au regnard qui contrefûct le mort afin d'estre jette sur la voiture des pescheurs, puis, s'estant bien emply le ▼entre, se mocque d'eux.
Nicolas. Je ne voy meilleurr filet, ny plus ferme panneau pour tendre à cest oiseau, aue le fsyoriser en l'amour. Que me sçauroit-cUe faire î Je vas tanter le gué, et vaille que vaille.
Hippolite. Voylk ce que je demande.
-Nicolas. Elle est femme* Toutes les femmes se resemblent, et celles qui, eu gestes et parolesi
se monstrent tant revesches et font le sanctificetur, qui jeusnent et ont tousjours un livre sous le bras, ou un chapelet entre les mains, sont pires que les autres. Foin ! foin ! qui est meschant udict le proverbe) et a le renom d'estre bon peut faire assez de mal sans en estre mescreu. Elles serbient bien sottes si elles ne se donnoient du bon temps tandis que Taage leur permet, qu'elles sont priées, bienvoulues et recherchées , sans attendre que la viellesse les rende laydes, malgracieuses et desprisées d'un chacun. Ce qui es^propre à la jeunesse se doit exercer en la jeunesse, au moins une fois en la vie.
LuQUAiN. Au dire de cestui-cy, Tamour est comme la veroUe : il faut Tavoir en ce monde ou en l'autre.
Nicolas. Qui s'oflSre est mesprisé ; qui est prie a Tadvantage. J'aymerois mieux qu'on me priast cent mille millions de fois qu'estre contraint tant soit peu prier autrui. Hippolite est riche, vertueux, jeune, gaillard, d'amoureuse taille, d'honneste maintien, et la mesme bonté.
LuQUAiN. En voylà trop à la fois.
Nicolas. Quant a moy, si j'estois femme, j'aymerois mieux avoir affaire aux escoliers qu aux plus braves et magnifiques courtisans de France. EscoUiers, eh 1 c'est la perle du monde. Quelles paroles douces ! quelles bonnes grâces ! quelles gayes façons !
LuQUAiN. De toute taille bons lévriers, et de tout mestier bons ouvriers.
Nicolas. Si ceste femme est de chair, elle se pourra aysement plyer. Mais, quand j'y petise, j'ay ici beaucoup musé ; il faut aller aprester à
Les EsGOLLiERS, Comédie, m
disner à mes escoUiers, et yeoir si je poorray faire mon accord a'vec Hippo]ite. Et quand il n'y auroit autre moyen, j'ayme mieux perdre le médecin quç luy, jaçoit que j^aye bonne espérance m^entretenir en la bonne grâce de tous deux, et, d'ayantage) m^acquerir celle de madame Lucresse: car je m'asseure que, si ane fois ils peuvent accoF' der leurs flustes ensemble , elle me bénira à jamais.
HiPPOLiTE. L'afiaire est pour se porter bien, et me suffîst qu^il en est content.
LuQUAiN. Il m*est adyis quHl a la yolonté bonne.
HiPPOLiTE. Vrayement,. quiconquea dict qu'il n^ a yie plus misérable que celle des amans a dict la pure vérité -
LuQUAiN. Elle est cncores beaucoup pire à qui est subject à autruy .
HiPPOLiTE. La maladie, la pauvi*eté, les travaux de la guerre, la fortune de la mer , bref, tout ce que Thomme trouve contraire au bien, heur et repos de ceste vie, sont, à mon opinion, plus supportables que les tourmens amoureux.
LtJQUAiN. C'est tousiours l'ordinaire de l'homme avoir plus d'égard a ce qui luy est particulier qu'à ce qui regarde l'universel.
HiPPOLiTE. Ah! fortune, tu te devois contenter de m'avoir, par expérience, faict cognoistre qu'en tes mains gist lafeucité et misère des mortels, que tu distribues à ton plaisir ! Tu -devois désormais, conduire ce vaisseau, tant tourmenté des vagues de la tempeste d'amour, au port désiré, pour, après tant de peines, joyr d'untranquile repos.
lia Laritkt.
LuQUAiN. Monsieur^ il est tard, et crois ^il< seroit tantost temps qu'allissions disner, afin que, s'il advenoit quelque fortune , . qu'elle ne nousprint les boyaux vuydes;
HiPPOLiTE. Allons!
LuQUAiN.|Passez devant, Thonneur vous appartient. Ce pauvre jeune homoieicy s'esgare tant en ses pensées, qu'il ne. se souvient de boire ny de .manger. Dieu mV faict une belle g?ace que jev ne suis de son bumeur, car nous mourrions tous deux de faim. S'il faict cecypour flatter ses ayses^je n'en sçay rien; mais je suis assejiré qu'autrefois j'ay joué a la fossette ; neantmoins, je n'en ay jamais perdu l'appétit.