‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 32 sur 158 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

Anastasej vieillard; Lisette^ sa femme»

Anastase.

i on Dieu ! mon Dieu ! de quel ennuy pen- I sé-je estre tourmenté un bon et pauvre I pire de familk, qui, ayant (coiQme j^en i cognois assez^ deux ou trois filles à marier, ne les peut pourveoir sans grandement s'incommoder. Le soin qu'il a d'amasser leur mariage ne l'afflige seulement, mais de leur trouver mary c|ui en moins de quatre mois ne mange tout. La jeunesse du jourd'nuy est tant corrompue, dépravée et mal conditionnée, que c'est merveilles. Les jeunes hommes, tant pauvres soient-ils, ne se

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80iidebt msÂDtéiKin^ que de piafier, suivre les p^tainS) le jeu, la tayerne, et employer le plus beau et meilleur, non seulement de leur bien, mais de celuj des pauvres gens qu'ils rongent jonques à Tos^ en a<;coustremeus superflus, et qui ne leur servent que trois jours seulement : car, iceux passez, il les fiant vendre k moitié de perte, pour à autre moitié de perte en faire de nouveaux, 011 leur changer de façon. Et si quelque chose est pire, ils choisissent ce pire au lieu de la vertu , dont ils tiennent moins de compte qu'un pourceau d'un diamant. Et si de fortune il se rencon* tre aucun qui soit docile et de bonne nature, il est aussi tost corrompu par les auti'es. Ce qui advient aysement, par ce que le nombre des meschanS est infiny , et le naturel des jeunes plus enclin à l'apparence du bien que les plaisirs nous présentent de première abordée, qu'au vray bien, qui de prime face se montre laid et despiaisant. Il m'estoit advis avoir bien pourveu l'aisnée de mes deux filles ; mais la fortune n'a voulu qu'entièrement j'enaye eu le plaisir. Or maintenant, la voulant remarier, je trouve si peu départis qui ne soient dangereux on ai craindre, que je ne sçay de quel costé me tourner ; et jaçoit qu'il y ait eu desjà pardles de la bailler au fik du sire Contran, je ne me puis résoudre, ayant oy dire que ce jeune homme ne bouge d'après les fenunes, qui me faict douter, s'il espouse ceste-cy pour obeyr à son père, qu'après il ne cesse de courtiser les unes et les autres, et qu'à cette occasion ma fille vive malcontente et désespérée. Je m'en vas jusques au Palais. Si j'y trouve le seigneur Contran, je Iny parleray encor de ceste affaire.

n4 Larivby.

M^ voicj ma flemme qui vient deçà. Où diantre va-eUe si tost? car on ne dira vespre d^une bonne heure. Lisette! Hé! Lisette, Lisette!

Lisette. Qu'y a-il de nouveau?

Anastase. Qu'y a -il de nouveau ! Je ne sçay quelle femme vous estes : vous ne m'avez pas si tost veu les talons que vous vous estes parée comme une espousée pour aller faire vos monstres ^ et ne pensez pas que laissez ceste fille seule en la maison, dont mille inconveniens ponrroient bien advenir, suffisans assez pour me vitupérer k jamais , et vous faire vivre en un perpétuel déshonneur.

Lisette. Mon Dieu! donnez-moy patience.

An A STASE. Vous semble-il que ceste marchandise se doibve laisser ainsi seule? Lisette! Lisette ! si vous n'y avez l'œil , je crain voir nostre malencontre.

Lisette. C'est à vous d'y prendre garde, et penser de la marier, sans entrer en ces soupsons. jEt puis , pour vous en dire la vérité , elle n'est née de mère qui donne occasion de penser à ces choses.

Anastase. Je ne sçay de quelle mère elle est née , mais je sçay bien que je ne suis trop content qu'elle demeure seule. Que diable pensez-vous que ce soit?

Lisette. Je vous prie, ne m'en parlez point. Youdriez-vous que je fusse confinée en la maison, sans aller à messe n^ matines? J'aymerois aultant estre prisonnière. Dictes-moy, en conscience, vondriez-vous qu'on vous fist ainsi? Nenny, par mon âme. Aussi ne vous sçauriez-vous excuser que n'ayez le plus grand tort du monde. Non ! non !

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je pense qae, s'il n'estoit qu'iDcessamment je fais prières à Diea, eh! eh! hu! hu! ii! pour le bien et santé de nous tous , je ne sçaj comme tout en iroit.

Anastase. C'est assez, appaisez-yous et faiotes à vostre fantasie. Je vous dy seulement que lloffice de Thomme est ayoir soin des. affaires de dehors, et le devoir de la femme est prendx'è ^arde à la maison , et à cooserver ce que 1 nomme acquiert avec sueur et peine, et outre , d'avoir soucy des enfans, tant masles que femelles, autant qu'il est requis. Quant à moy, je m'efforceray de mon costé faire mon devoir, mais je veux aussi que faciez du vostre ce que vous devez, afiin que je n'aye occasion de me plaindre, combien que, faisant autrement, vous en recevriez plus grand blasme et vergongne que je ne ferois pas.

Lisette. Et qu'en pourroit-il advenir?

ÂNASTASE. Je n'en sçay rien.

Lisette. Il me Test bien advis, que vous n'en sçavez rien ! Mais laissez-moj aller à mes dévotions, de peur qu'au lieu de bien faire vous ne me £aciez perdre patience, ou dire quelque folie, si je demeure icy.

Anastase. Pensez, pensez, Lisette, que je ne le dis pas sans cause. Je vous ad vise que ces escolliers sont gens endiablez, ausqueis il ne se .£aiultfier qu'à point. Aussi me semble-il qu'ils sont plus adonnez a toute postiquerie et meschanceté qu'à leurs livres.

Lisette. Et quelle meschanceté font-ils ?

Anastase. Toute leur estude est de desbaucher les filles , suborner les femmes mariées , de-

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cevoir les vefves , et engeoller les simples chambrières.

Lisette. Gela ne se £aict sinon à celles qui le veullent bien.

Anastasb. Il me semble que Paris est conduict à telle misère par ces coureurs et batteurs de payé, qu'il faut tenir les pouletz sous la cage, encores ne sont-ils trop asseurez. Je ne pensé point que ce soient escolliers, mais bien des hommes libres, yivans sans loy et à leur appétit.

Lisette. Je ne vous entend pas. Que voulez-vous dire par là ?

AwASTASE. Je veux dire que je ne trouve bon que Susanne demeure seule au logis, par cfe "que ces escolliers ont tousjours la teste aux fenestres.

Lisette. Et que diantre sçauroient-ils faire de leurs fenestres?

Anastase. Je sçay bien qu'il ne sçauroient rien faire de là, mais je crain que tout en ua coup ils n^entrent en la maison, et ne nous ruy— nent.

Lisette. C'est autre chose. Et si nous n'avons point de pouletz !

Am A STASE. Comme si cette génération ne faisoit autre mal que desrobbèr des pouletz ! Vous ay-je pas dit qu il n'y a mal, tant soit- il grand , qui ne leur semble trcspetit ? J'ay peur de nostre nlle, m'entendez-vous à ceste heure?

Lisette. On n'entre pas ainsi à l'ayse aux maisons des gens de bien.

Anastase. Vous en estes mal informée. Ils ne seroîent pas les premiers qui ont entré en la mai-

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son d^autruy par les fenestres, et monté jusques au feste d'un logis, avec des crochets et eschellçs de cordes.

Lisette. Je n'ay pas peur de cela : car, si entre tant d'escolliers on en trouve quelques uns de la sorte que vous dictes, et qui facent choses moins qulionnestes, ce n'est à dire qu'ils soient tous meschans, parce qu'il y en a des nous et des mauvais. Toutes fois, ceux qui s'adonnent à telles meschancetés sont enfans de quelques pauvres gens mécaniques, issus de la lie du peuple , lesquels n'ont rien d'escolliero que le nom, au reste pires qu*advanturiers.

Anàstase. On trouve encore des meschans entre les nobles, et peut-estre plus qu'entre les roturiers et le menu peuple.

Lisette. Tout ce que vous voudrez ; sipensé-je que noz voisins sont les meiUems jeunes hommes qui soient en Paris.

Anàstase. Or bien, faictes-en comme vous Tentendrez ; je ne tous en parleray plus, ains regarderaj seulement à Toster de la maison , affin au^k rostre plus grande commodité vous puissiez désormais aller à vos plaisirs.

Lisette. Adieu ! «^dieu ! je voy bien que vous me voulez mettre en colère.

Amastase. Je sçay bien comme y remédier. Mon Dieu ! que ces femmes sont arrogantes et audacieuses! Il leur est advis qu'elles sont plus sages que Saiomon, et que personne ne les peut re^ pendre. Bref, si on a de la peine à trouver un jeune homme de bien, on ne travaille moins pour trouver uïie femme qui 8*en contente. Si nous laissions courir les filles comme les garçons, sans les

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tenir enfermées en la maison , il nous seroit autant mal-aisé en trouver une bonne et honneste au'un jeune garçon vertueux et bien apris. Le diable ne dureroit pas avec elles quand elles ont leur chapperon coiffé de travers, tant elles sont de mauvaise nature. Il est advis à une femme qui se void un peu plus riche que son mary qu'elle doibt tout mauier et que le gouvernement luy appartient, de façon que le pauvret n'ose dire un mot qu'elle ne luy en responde mille, avec toutes les injures dont elle se pourra adviser, comme : Que ferois-tu sans moy, coquin? les poux te mangeroient; il m'eust esté meilleur que mon père' m'eust coupé la gorge dès que je fus née que me marier avecques toi, pour éternellement endurer les peines que tu me donnes. Le mesme advient si un simple gentilhomme espouse une dame de grande maison, éncores qu'il soit riche et homme de bien. Elle l'appellera belistre , pouilleux , relevé du fumier, hobereau , vilageois desguisé et semblables vilenyes. Mais à tels hommes qui endurent ces choses de leurs femmes, il seroit bon qu'elles leur fissent encores pis , puis qu'ils n^ont que le seul masque d'homme. Ha 4 ha! ha ! il me souvient d'un certain quidam, homme de qualité,

3ue sa fenmie menoit par le nez comme un buffe ; e mode qu'elle estoit monsieur le juge , ouvroit les lettres, rendoit response, oyoit les tesmoings, appointoit les partyes , bref eust volontiers jugé les procès, tant elle estoit rogue , voulant en tout et partout estre veuè'maistresse. Voilà ! cestebreneuse de ma fenune voudroit, ce croy-je, faire ainsi. Mais laissez-moy aller , que ceux icy ne sachent rien de mes affaires.

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