‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 34 sur 158 · SCÈNE IIL fremin, laquais du médecin , Luquain, Nicolas · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL fremin, laquais du médecin , Luquain, Nicolas

Frehin.

> ue la clavelée, les avives, le chancre, lies escrouelles et la male-peste puis- {sent estrangler celuy qui veut vivre ^ afiin d'user sa vie au service d'autruy ! LuQUAiN. Oy, quand les maistres ne sont tels que le mien*

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Frehik. £t principalement qui demeure avecques ceux qui ne font rien qu'à leur teste, comme mon medean^ qui, pour me mettre de fièvre en diault mal, est le plus jaloux homme de la terre.

LuQUAiN. Qui est jaloux est coqu.

Faemin. Il veut sçavoir que Ton £sdct, que Ton dict^ que Ton pense, et est tousjours au guet comme un lièvre. Je ne croy point qu'il y ait rien {dus misérable que ceste espèce d'hommes. Je TOUS dy qu'il pense quelquefois h ce que pense sa mole; que dis-je, sa mule? il prend garde jusques aux mouches : car, si de fortune elles sont si mal advisées de baiser sa femme en sa présence, il les pourchasse jusques à la mort.

LuQUAiN. £scouton&-le un peu, maistre Nicolas.

Fremin. Je pense que le jour estoit malencontreux auquel j'entray à son service.

Nicolas. Ne te soucie, je ne suis endormy.

Frehin. Je deliberois le garder jusques au jour de Tan, pour le donner au diable en bonne estraine; mais je voy bien que je seray contrainct le quitter plustost. Aussi pensé-je que le diable ne voudra attendre jusques à là, d'autant

SCW y a desjà long temps qu'il se l'est acquis. on Dieu! comme je luy donberois volontiers occasion se plaindre de moy, parce qu'outre ses autres bonnes qualitez (et Dieu me le pardoint !) il est très audacieux et hautain , à la façon des autres qui sont neu£s en grandeur, et esleyez par la fortune, lorsqu'elle veut faire cognoistre le nouvoir des miracles de son inconstance, semblant à ce marautne devoir sortir de sa maison sans une suite d'escoUiers dont il se paonnade. Si

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est-ce toutesfois qu'à ce coup il ira seul, si autre que moy ne raccompagne.

Nicolas. Je me yeux approcher et entrer en discours avec luy.

LuQUÂiN. Ce qu'il vous plaira. Mais ne laissez mourir vostre langue en son berceau.

Nicolas. Tu es en colère, Frcmin? quoy? qu'y a-il?

Fremin. Tousjours quelque iwuveau mal-heur avec les vieux, qui est par trop...

Nicolas. Là, là, resjonis-toy : que diantre penses-tu faire? Mille livres de soucy ne payeront pas uQe once de debtes. ^

Frehin. Vous parlez bien à vostre aise, n'estant comme moy serviteur d'un, homme endiablé, tel qu'est mon maître.

Nicolas. Laissons cela. D'où viens-tu?

Fremin. Du collège de Navarre ; mais par-ce que du commencement je n'ay peu parler à celuy que je cherchois, j'ay attendu jusques à ceste heure, affin de ne faire deux voyages pour un, tellement que je crains que mon maistre ne m'ea crie.

Nicolas. Tu as aussi trop demeuré.

Frehin. Que voulez-vous que j'y face? Les escoUiers estoient à table, de mode qu'il m'a fallu attendre qu'ils ayent eu disné.

Nicolas. Cependant qu'as-tu faict?

Frehin. J'ay entré en la cuisine, et me suis mis à deviser avec les serviteurs.

Nicolas . Comment traictent-ils leurs escolliers.

Frehin. Fort bien, à mon advis, et autant honorablement et blanchement qu'autres qui soient en ce quartier.

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Nicolas. Quel bon temps se donnent ces gairçons, n*ayans rien k départir avec des femmes !

Frehin. Je sçay bien quel heur ce leur peut estre, car j'esprouve tous les jours le contraire. Et Teritablement je pense que quiconque est des-* tiné à seryir ne peut en tout le monde estre wieux. qu'avecque ces gens-là : car, encores qu'ils soient beaucoup, et ayent la cervelle faicte à leur mode, si est-ce, quand on les sçait bien gouverner, qu'on est fort bien, principalement le despensier. 0 Dieu ! quel bon temps se donne le poltron ! quel proffict il faict, outre ses gages, au maniement des deniers destinez k estre employez pour la despence ! Tousjours, petit à petit, quelque cnose leur aemeure entre les doigts , tantost un grand blanc, et maintenant deux autres ; de mode qu'au bout de l'an il faict une chère angelicque.

Nicolas. Je le pense ainsi, car on dict qu'il n'est vie que d'escoliers.

Fremin. a Dieu, Messieurs ; j'aytrop demeuré.

Nicolas. Fremin , escoute : faisse-toy veoir quelquefois, et nous jouerons à pincer sans rire.

LuQtJAiN. C'est-à-dire desrobluer, je vous enten ; c'est vostre mestier.

Nicolas. Quov , de desrobber ?

LuQUAiN. Je dis de jouer à ce jeu.

Fremin. Je ne puis pour lejourd'huy, d'autant qu'il faut que j'aille aux champs avecques mon maistre. Â Dieu, je suis à vostre commandement.

Nicolas. Ne te soucie, Luquain, je m'accorderay bien avecques luy. Mais je suis bien beste, car si je puis librement, et à ma poste, entrer en la maison de madame Lucresse et deviser avecques elle, qu'ay-je affaire de cet animal ?

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LuQUAiN . Vous dktefr vray.

Nicolas. Et, jaçoit que je cognobse combien malaisée est mon entreprise, et sçache qu'elle est la plus cruelle femme de la terre, je veux toutesfois faire en sorte que toymesraes tu diras qu on ne pouvoit faire d'avantage.

LuQUAiN. Les femmes sont quasi toutes telles en apparence ; mais quand ce vient au faict et au prendre, elles ne sçauroient dire : Je ne le veux pas.

Nicolas. Je ferai ce que je pourray, m'asseurant que tu ne me manqueras de ta promesse.

LuQUAiN. Ne pensez à cela. A Dieu, je vay au logis; et vous?

Nicolas. Je vay jusques icy près, je seray aussi tost que toy. Il faut maintenant que je pense à ce que je doy dire à madame Lucresse, si je me trouve aujourd'hui avecque elle. Devenir premièrement aux fers, comme font quelques uns, il n'est pas bon, parce ({u'elle n'est si effrontée qu'elle dise oy du premier coup. Il m'y faut aller à la longue, et gentiment entrer en propos de mes pensionnaires, et comme il viendra à point, louer liippolite le plus qu'il me sera possible. Si elle m'escoute, j'entreray petit à petit en discours, sans quasi qu'elle s'en aperçoive ; non toutesfois si avant, que je ne me puisse retirer quand il en sera besoin. Mais voicy le médecin qui sort de son logis ; je le veux saluer, puis qu'il m'a veu.

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